Subscribe By RSS or Email

22 janvier 2015

Hommage libertaire au sous-commandant Marcos : auto-ironie d’un porte-parole à l’écart des aspirants caudillos – par Philippe Corcuff

 

Avant-propos (janvier 2015)

 

 

« Si vous me permettez de définir Marcos, le personnage, alors je dirais sans hésiter que c’était un hétéroclite. »

« Dernières paroles publiques » du sous-commandant Marcos, 25 mai 2014, La Realidad (Chiapas, Mexique, Monde)

 

 

Le 25 mai 2014 a arrêté « d’exister le Sous-commandant Insurgé Marcos » (1). S’il s’est ainsi retiré de la scène politique active, il pourrait nourrir encore longtemps les imaginaires émancipateurs de ceux qui sont en quête d’une politique radicalement renouvelée, et pas de la énième resucée du marketing de « la politique autrement…comme avant ». En des temps particulièrement troublés, où le néoconservatisme et l’extrême droite prospèrent en France et, plus largement, en Europe (2), après l’assassinat de nos amis de Charlie Hebdo (3) et les crimes antisémites de ce tragique mois de janvier 2015, il apparaît particulièrement important de célébrer la figure hérétique de Marcos dans la perspective que « le côté obscur de la force » ne finisse pas par recouvrir la promesse d’émancipation. Et l’on peut souhaiter aux gauches radicales, si elles veulent sortir de leurs impasses respectives et conjuguées, la réinvention démocratique de porte-parole introduisant des grains de sable libertaires dans la domination politique qui s’insinue sans cesse dans les mécanismes de représentation, comme a commencé à le dessiner le sous-commandant.

 

Mirages de la Grèce et de l’Espagne ?

 

La voix de Marcos, celle d’un porte-parole qui descend de son piédestal, ironise sur lui-même et contribue à introduire le jeu de la fragilité dans les rapports représentants/représentés, va à l’encontre des aspirants caudillos actuels au sein des gauches radicales. Je pense à notre Jean-Luc Mélenchon national, à Alexis Tsipras de Syriza en Grèce ou à Pablo Iglesias de Podemos au sein de l’État espagnol.

Qu’on ne se méprenne pas ! Je suis suffisamment pragmatique pour considérer que si Syriza, Podemos ou le Front de gauche arrivaient un jour au pouvoir dans le cadre des institutions existantes par voie électorale, ce serait un mieux par rapport à la situation actuelle. Par exemple, la victoire électorale de Syriza en Grèce pourrait contribuer à améliorer les rapports de force dans l’Union Européenne pour des politiques davantage sociales en desserrant un peu l’étau néolibéral dans une perspective internationaliste, et non celle d’un repli national étriqué portée par les nouveaux nationalistes de gauche aux pulsions germanophobes à la Frédéric Lordon (4).

Cependant, apporter un mieux par rapport aux contraintes néolibérales, cela n’ouvre pas une transformation radicale du rapport tutélaire à la politique, ni une mise en cause de l’étatisme, ni une rupture avec le capitalisme. Du réformisme toujours bon à prendre si l’on ne se situe pas dans les vaines illusions identitaires d’une « pureté » fantasmatique ou dans la logique de la politique suicidaire du pire. Pourtant les principaux nœuds de la domination sociale et politique seraient toujours en place. Un simple adoucissement, non négligeable, des rigueurs néolibérales du temps. Mais dans l’indéniable mieux se niche aussi un mensonge : la reproduction des politiques tutélaires, autour d’un « homme providentiel » au sommet de la pyramide de la délégation, repeintes aux couleurs « démocratiques », à l’opposé des aspirations démocratiques et libertaires à  l’autogouvernement de soi et des collectivités dont nous sommes parties-prenantes. Et quand un mouvement social émerge spontanément face à l’horreur comme le récent « Je suis Charlie », certes impur, imparfait, charriant des ambivalences, des ambiguïtés et des contradictions, comme chacun d’entre nous ou comme la vie en général, une part importante des animateurs locaux et nationaux de « la gauche de la gauche » et des organisations libertaires se pinçait le nez, voire stigmatisait les émotions populaires publiques mises en mouvement (5). Des figures de la gauche radicale préfèrent les fuites imaginaires vers la Grèce et l’Espagne que de se coltiner les fragilités et les incertitudes du mouvement réel. Ces échappées dans le fantasme sont fort distinctes de la nécessaire solidarité internationaliste (6). Quant aux organisations anarchistes, elles ont du mal à résister à l’enfermement dans un mélange de chaleurs et d’aigreurs ritualisées propre à l’entre soi.

 

Tout cela apparaît si loin de l’iconoclaste Marcos, de ses pétards réjouissants dans les mécanismes de délégation comme de sa radicalité pragmatique face aux indispensables insertions ordinaires de l’émancipation… C’est pourquoi je republie aujourd’hui un texte de 2006 qui mettait l’accent sur les ressources subversives du langage politique du sous-commandant.

 

Déplacements politiques depuis 2006

 

Je dois préciser que, lors de la publication initiale de ce texte, j’étais militant de la Ligue Communiste Révolutionnaire et que je croyais (encore !) à la rénovation de la forme parti dans un processus émancipateur. Après un long parcours militant et l’échec récent du Nouveau Parti Anticapitaliste (7), aujourd’hui membre de la Fédération Anarchiste, je suis devenu nettement plus sceptique quant à la forme parti, en tant que trop calée sur les logiques oligarchiques travaillant l’État-nation moderne, y compris ceux se parant des atours démocratiques (8). La forme parti a peut-être un avenir du côté « postfasciste », avec des groupes comme le Front national, mais peu probablement du côté de l’auto-émancipation des opprimés.

 

Je m’inscris actuellement dans l’exploration de l’hypothèse provisoire de la possibilité d’organisations politiques renouvelées qui ne seraient pas à proprement parler des partis, au sens où elles ne seraient pas orientées vers la prise du pouvoir d’État, dans une modalité électorale ou dite « révolutionnaire ». Des organisations politiques, lieux de mémoire critique du passé émancipateur, de mutualisation des expériences et de formulation de repères stratégiques (le niveau du « comment » de la transformation sociale), qui seraient susceptibles de jouer un rôle (secondaire, mais utile) dans un processus pluridimensionnel d’émancipation individuelle et collective par-delà les chaînes du capitalisme et de l’État-nation.

 

Par ailleurs, je n’avais pas lu en 2006 les ouvrages principaux de John Holloway, mais seulement des textes courts, et je restais tributaire de la lecture trop biaisée par sa culture « trotskyste » de mon ami Daniel Bensaïd (9). Depuis, j’ai développé une vue plus informée et nuancée des apports des écrits récents d’Holloway (10).

 

Ces précisions sur mes déplacements entre 2006 et janvier 2015 renforcent le caractère d’hommage de ce texte vis-à-vis de la figure militante du sous-commandant Marcos. Car le potentiel subversif de la geste politique néozapatiste de Marcos excédait largement en 2006 mes capacités de problématisation… et les excède encore aujourd’hui, comme d’ailleurs il le fait des proclamations arrogantes d’une insurrection qui serait en train de venir ou qui serait déjà là, mais qui ne serait perceptible qu’aux yeux supposés éclairés d’une avant-garde qu’il ne faudrait surtout pas appeler avant-garde… Comme on l’a déjà vu précédemment, la vieille politique tutélaire revient pas mal aujourd’hui par la voie de sa critique et par la prétention d’un « nouveau » qui aurait magiquement fait table rase des problèmes !

 

Spéciale dédicace à l’ami Charb !

 

Charb-Marcos

 
___________________________________
Notes de l’avant-propos de janvier 2015 :

(1) « Extrait du dernier communiqué du SCI Marcos » (25 mai 2014), [http://espoirchiapas.blogspot.fr/2014/05/extraits-du-dernier-communique-du-sci.html].

(2) Voir P. Corcuff, Les années 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard, Paris, La Découverte, collection « Petite Encyclopédie Critique », 2014 ; voir sur Gand Angle : « Les années 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard – Bonnes feuilles et entretien vidéo », 7 octobre 2014, [http://www.grand-angle-libertaire.net/les-annees-30-reviennent-et-la-gauche-est-dans-le-brouillard-philippe-corcuff/].

(3) Voir P. Corcuff, « Mon ami Charb : les salauds, les cons, l’émotion ordinaire et la tendresse », 8 janvier 2014, Mediapart, [http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-corcuff/080115/mon-ami-charb-les-salauds-les-cons-l-emotion-ordinaire-et-la-tendresse].

(4) Voir F. Lordon, « L’alternative Syrisa : passer sous la table ou la renverser », blog « La pompe à phynance », Les blogs du Diplo, 19 janvier 2015, [http://blog.mondediplo.net/2015-01-19-L-alternative-de-Syriza-passer-sous-la-table-ou] ; pour une critique plus large du nouveau nationalisme de gauche (incluant les points de vue récents de F. Lordon), voir P. Corcuff, Les années 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard, op. cit., pp.100-116.

(5) Voir P. Corcuff, « Après Charlie : bal tragi-comique à gauche radicale-sur-Seine », Rue 89, 19 janvier 2015, [http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/19/apres-charlie-bal-tragi-comique-a-gauche-radicale-seine-257188], ainsi que l’entretien avec Laure Adler sur France Culture, émission Hors-champs, 20 janvier 2015, à écouter sur : [http://www.franceculture.fr/emission-hors-champs-philippe-corcuff-2015-01-20].

(6) Voir, par exemple, la pétition « Grèce : Rendons-leur la démocratie ! (Troïka basta !) », [http://troikabasta.wesign.it/fr].

(7) Voir P. Corcuff, « Enjeux pour la gauche de gauche en France en 2013 : éclairages autobiographiques », Mediapart, 27 mai 2013, [http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-corcuff/270513/enjeux-pour-la-gauche-de-gauche-en-france-en-2013-eclairages-autobiographiques].

(8) Voir P. Corcuff, « Nos prétendues « démocraties » en questions (libertaires). Entre philosophie politique émancipatrice et sociologie critique », Grand Angle, 5 mai 2014, [http://www.grand-angle-libertaire.net/nos-pretendues-democraties-en-questions-libertaires-philippe-corcuff/].

(9) Voir notamment D. Bensaïd, « La Révolution sans prendre le pouvoir ? Á propos d’un récent livre de John Holloway », revue ContreTemps, n°6, février 2003 ; repris sur le site Daniel Bensaïd : [http://danielbensaid.org/La-Revolution-sans-prendre-le].

(10) Voir P. Corcuff, « Holloway ou une ouverture stimulante de la pensée critique et émancipatrice au XXIe siècle à…ouvrir un peu plus » (séminaire ETAPE du 14 mai 2014), Grand Angle, 5 juin 2014, [http://www.grand-angle-libertaire.net/holloway-ou-une-ouverture-stimulante-de-la-pensee-critique-et-emancipatrice-pour-le-xxie-siecle-a-ouvrir-un-petit-peu-plus-philippe-corcuff/].

 

 


 

Sous-commandant Marcos, une fragilité radicale (2006)

 

Paru dans La planète altermondialiste – Guide critique de la pensée, Chiara Bonfiglioli et Sébastien Budgen (éds.), Paris, éditions Textuel, collection « La Discorde », 2006, pp.149-160

 

____________________

 

Le 1er janvier 1994, entre en vigueur l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) entre les États-Unis, le Canada et le Mexique. Le même jour, l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) occupe plusieurs villes de la région du Chiapas au Mexique, dans le but de braquer les projecteurs sur la cause indigène. Ignacio Ramonet qualifie cet événement de « première protestation contre la globalisation » (1). C’est pourquoi on fait souvent du néozapatisme (2) une des sources de la galaxie altermondialiste. Porte-parole de ce néozapatisme : le désormais légendaire sous-commandant Marcos, la pipe au bec et le visage masqué par un passe-montagne.

 

Les autorités mexicaines ont révélé en 1995 le nom de celui qui se cache derrière le passe-montagne néozapatiste : Rafael Sebastián Guillén Vicente, né le 19 juin 1957 à Tampico. Rafael Guillén a effectué des études de philosophie à l’Université nationale autonome de Mexico (UNAM) à partir de 1977. Son mémoire de licence porte sur Philosophie et éducation – Pratiques discursives et pratiques idéologiques – Sujet et changement historiques dans les livres scolaires officiels pour l’enseignement primaire au Mexique (octobre 1980), et se nourrit principalement de références à des philosophes français : Louis Althusser, Jacques Derrida et Michel Foucault. Il commence à enseigner à l’Université autonome métropolitaine (UAM), en tant qu’assistant à la faculté des sciences et des arts graphiques dès 1979. Admirateur de Che Guevara, il quitte l’enseignement en 1984 pour rejoindre l’EZLN, créée en novembre 1983 au cœur de la forêt Lacandone, au Chiapas.

 

Jusqu’en 1994, le sous-commandant Marcos (surnommé « el Sub ») restera dans l’ombre. Les initiatives néozapatistes, médiatisées à partir de cette période, eurent des hauts et des bas, des avancées et des reculs, des hésitations. Du 27 juillet au 3 août 1996 est ainsi organisée la première Rencontre intercontinentale (intergalactique) pour l’humanité et contre le néolibéralisme, des délégués du monde entier se réunissant au Chiapas. Du 24 février au 11 mars 2001, 23 commandants de l’EZLN et le sous-commandant Marcos parcourent 12 États du Mexique pour venir défendre devant le Parlement une loi en faveur de la reconnaissance de la culture et des droits indigènes. C’est la « Marche de la dignité indigène ». La loi votée le 28 avril 2001 ne répond pas aux attentes et l’EZLN la rejette. En août 2003, sont créés dans les zones contrôlées par les néozapatistes des “ caracoles ” (escargots) et des « conseils de bon gouvernement », expérience de démocratie participative (3). Le 1er janvier 2006 a été lancée « l’Autre Campagne » devant se clore en juin de la même année, avant l’élection présidentielle mexicaine de juillet. Marcos, devenu « le délégué zéro », parcourt le Mexique pour faire naître une nouvelle gauche « antinéolibérale et anticapitaliste ».

 

Le néozapatisme se présente comme l’émergence d’une radicalité renouvelée à travers des tâtonnements pratiques, des échecs, des innovations, des formes plus traditionnelles. Les textes de Marcos (communiqués, articles, contes, interviews, etc.) revêtent des tonalités littéraires et poétiques indéniables qui font de lui un écrivain de talent. Il a d’ailleurs collaboré à l’écriture d’un polar avec le romancier mexicain Paco Ignacio Taibo II (4). Certes les discours de Marcos connaissent des décalages inévitables avec les pratiques politiques concrètes des néozapatistes, qu’on ne doit pas mythifier (5). Mais ils dessinent pourtant les linéaments d’une nouvelle pensée politique, puisant dans les traditions marxistes, indigènes et libertaires.

 

Ironie libertaire et politique de la fragilité

 

Ainsi Marcos expérimente une subversion du langage politique, en s’affrontant directement aux contradictions de l’émancipation individuelle et collective des êtres humains dans une ère de globalisation capitaliste.

 

Marcos exerce d’abord son ironie contre les puissants, tant « la citadelle de l’argent » que le politique « arrogant », « du haut de son pouvoir ». Ce sont notamment les dérèglements conjoints de l’argent-roi et de la politique professionnalisée qui sont visés. Par exemple : « Veufs et orphelins, les politiques traditionnels, et leurs intellectuels se gominent les cheveux (ceux qui leur restent) et cherchent de nouvelles hardes à offrir sur le marché des idées. C’est inutile : il y a déjà là plus de vendeurs qu’il n’en faut, et pas d’acheteurs » (6). Si Marcos a remis à l’honneur l’ironie, il ne s’agit pas de l’ironie chic des relativismes dits « postmodernes », pour laquelle tout se vaut et donc rien ne vaut, dans un scepticisme généralisé. L’ironie de Marcos fait corps avec l’engagement, et a donc le sens des valeurs, même si leur portée demeure incertaine et précaire. C’est ce qu’exprime fort justement Camille de Toledo : « Au-delà du simulacre, au-delà de la fiction, au-delà de l’image, la lucidité candide du verbe zapatiste démontrait qu’il était désormais possible de rire des rires, de moquer la moquerie, et, par cette ironie, d’agir pour un idéal branlant » (7).

 

Le recours à l’humour contre « ceux d’en haut » trouve une légitimité supplémentaire dans son retournement contre Marcos lui-même. L’expression même « sous-commandant », celle plus récente de « délégué zéro » ou le texte appelé « auto-interview de Marcos » – laissant aux journalistes le choix notamment entre les qualificatifs suivants : « un professionnel de la violence/un symbole sexuel/un transgresseur de la loi/un rebelle/un clown/un leader charismatique/un enfoiré » (8) – sont particulièrement significatifs. La parole de Marcos rompt avec la dissymétrie classique de « la parole pamphlétaire », où celui qui énonce la critique se met à l’abri de celle-ci, comme l’a pointé Marc Angenot dans une étude linguistique et historique du genre « pamphlet »en France de 1868 à 1968 (9). Pour Angenot, manichéisme, autojustification et fermeture du discours seraient trois caractéristiques tendancielles de l’ironie pamphlétaire, se présentant « comme un discours opposé à celui de l’Autorité et du Pouvoir tout en reproduisant de façon terroriste leurs traits » (10). Or, Marcos expose à la critique tout en s’exposant à (l’) la (auto-)critique.

 

Dans les discours de Marcos, c’est donc la figure même du porte-parole rebelle qui est interrogée. Pourtant la fonction de porte-parole, qui inclut la possibilité de la confiscation de la parole, constitue souvent un point aveugle des réflexions militantes, encore plus dans les situations de lutte armée, où le vocabulaire viriliste vient serrer les boulons face aux urgences et aux périls de l’action. Alors que le langage des armes porte le plus souvent à la sacralisation des chefs guérilleros, Marcos s’efforce, non sans difficultés, de s’émanciper de la logique du discours d’importance véhiculée par tant de porte-parole. L’humour serait d’ailleurs, selon Régis Debray, un élément distinguant Marcos de Che Guevara : « Un chercheur d’absolu possédé par la Cause suprême ne peut envisager de la voir relativisée par un bon mot. Du sacré, nul ne peut s’écarter et encore moins s’esclaffer » (11). L’ironie humanise, en pointant ses fragilités, le combat héroïque, mais encore trop enserré dans les filets de la recherche d’absolu et de pureté, de révolutionnaires comme Guevara.

 

Après les multiples désillusions vis-à-vis de ceux qui annonçaient des « jours radieux », qu’il s’agisse des crimes des communismes totalitaires, des échecs des guérillas classiques ou des palinodies de la gauche noyée dans le marché, le retour critique sur soi est devenu une exigence politique pour Marcos. Narquois, il décrit son arrivée dans les villages indiens du Chiapas muni d’un « baratin politique » de type « marxiste-léniniste », « les absurdités qu’on avait apprises…des trucs que personne ne comprenait » (12). C’est pourquoi « il fallait chercher d’autres mots, apprendre à parler avec la population », et donc « nous avons appris à écouter; avant, on avait appris à parler, comme toute la gauche (13). « Nous avions une conception très carrée de la réalité. Lorsque nous nous sommes heurtés à la réalité, ce carré s’est trouvé tout cabossé. Comme cette roue qui se trouve là. Et il commence à rouler et à se polir au contact des communautés. » (14), métaphorise Marcos. Ce nouveau porte-parole apparaît conscient de ses faiblesses et accepte alors de s’inscrire dans une dynamique continue d’apprentissage : « Nous sommes le produit d’une hybridation ou d’une confrontation, dont nous sommes, et c’est tant mieux, sortis vaincus » (15). C’est ce qui fait dire à l’historien Jérôme Baschet que « le zapatisme apparaît comme une critique en acte des expériences révolutionnaires du XXème siècle, en particulier de l’héritage léniniste et guévariste » (16).

 

Le langage néozapatiste vise également une démocratisation – « On voulait que n’importe quel zapatiste, et en particulier la 2ème ou la 3ème tête, le moment venu, puisse mettre un passe-montagne et dire : « c’est moi Marcos » (…) que chacun puisse être Marcos » (17) – et une désacralisation – « Que diriez-vous d’un streap-tease (ça s’écrit comme ça ?) de passe-montagne ? » (18). Les effets sont loin d’être à la hauteur des ambitions : à l’encontre des visées initiales « Marcos est aussi individualisé, ou plus, que s’il n’avait pas de passe-montagne (…) je veux dire que la nouveauté, apparemment n’est pas qu’il n’y a pas de « caudillo » (un chef), c’est qu’il y a un « caudillo » sans visage… » (19). Il reste donc lucide sur les limites de la tentative. Toutefois ce discours donne quelques armes imparfaites contre les dangers de monopolisation de la parole et du pouvoir par ceux qui animent les luttes contre les oppressions sociales et économiques.

 

Marcos inscrit ainsi au cœur du langage politique la tension, tant refoulée, entre la nécessité du porte-parole pour faire exister les sans voix dans l’espace public et les risques de la confiscation de la parole par les politiques libérateurs. Le principe néozapatiste « mandar obedeciendo » (commander en obéissant) synthétise ce paradoxe. On rejoint une tension inévitable identifiée par Pierre Bourdieu : « Il y a une sorte d’antinomie inhérente au politique qui tient au fait que les individus – et cela d’autant plus qu’ils sont démunis – ne peuvent se constituer (ou être constitués) en tant que groupes, c’est-à-dire en tant que force capable de se faire entendre et de parler et d’être écoutée, qu’en se dépossédant au profit d’un porte-parole. Il faut toujours risquer l’aliénation politique pour échapper à l’aliénation politique » (20). Point de solution définitive vis-à-vis de cette contradiction, nous disent Bourdieu et Marcos : lucidité auto-critique, éducation démocratique et dispositifs de contrôle collectif des porte-parole ne constituent que des outils partiels dans un équilibre nécessairement instable au milieu des impuretés de la vie. Certains anarchistes pensent qu’on peut résoudre complètement cette contradiction en supprimant un de ses termes (les porte-parole). Pour Bourdieu et Marcos, le combat entre les dérives de l’institutionnalisation et l’indispensable critique libertaire de ces dérives apparaît infini, même s’il peut prendre des formes historiques différentes.

 

Qui dit lutte armée, ne dit pas fatalement, non plus, valeurs mortifères. On s’éloigne avec Marcos du classique « la patrie ou la mort » des guérillas classiques. On engage bien sa vie dans la lutte, mais cet héroïsme quotidien, toujours ironique par rapport à lui-même, est un héroïsme de vie : « Nous ne voulons pas qu’on hérite de nous le culte de la mort. On veut laisser en héritage le culte de la lutte. Et comme on dit ici, pour lutter il faut être en vie ; morts, on ne peut pas lutter. » (21) Cet héroïsme de vie, adossé à une reconnaissance ironique des faiblesses humaines (et d’abord celles du « chef » rebelle lui-même), esquisse quelque chose comme un héroïsme de la fragilité. La figure admirée de Che Guevara demeure un repère, mais ses visées d’absolu et de pureté sont déplacées pour donner une forme plus humaine à la révolte. On se rapproche de certains traits perceptibles dans la correspondance de Rosa Luxemburg. Le 2 mai 1917, la révolutionnaire écrit de prison à une amie : « au fond de moi, je me sens beaucoup plus chez moi dans un bout de jardin comme ici ou dans la campagne, sur l’herbe, entourée de bourdons que… dans un congrès du parti », tout en ajoutant : « Vous le savez, j’espère malgré tout que je mourrai à mon poste, dans une bataille de rues ou au bagne. Mais mon moi le plus profond appartient plus à mes mésanges charbonnières qu’aux “camarades“ » (22). « Rosa la Rouge » mourut d’ailleurs assassinée par des militaires en janvier 1919. Comme Marcos, Rosa est consciente de ses faiblesses, pleine du sentiment de son « infime petitesse » : « au total je ne me considère pas plus importante que cette petite coccinelle », écrit-elle encore (23). Une différence, cependant, entre Marcos et Rosa : encore soumise au modèle d’un sacrifice militant totalisateur, écrasant l’intime au profit du politique, elle exprime seulement sa fragilité dans des lettres privées, pas dans ses textes politiques. En faisant de la fragilité une matière et un thème du langage politique, Marcos ouvre, en revanche, une nouvelle ère pour une politique de la fragilité.

 

Chevauchements spatio-temporels

 

Les rapports entre le local et le global tendent à être bouleversés par Marcos. Il ne s’agit pas seulement du « penser globalement, agir localement » mis à l’honneur par les écologistes, mais émerge quelque chose comme un double mouvement plus complexe : « agir localement, penser globalement/agir globalement, penser localement ». Le langage néozapatiste et ses métaphores activent un potentiel d’universalisation, ancré dans des expériences particulières, allant des communautés indiennes au Mexique, du Mexique au Monde, via notamment Internet. Le chevauchement des valeurs communautaires, de l’identité mexicaine et de l’adresse internationaliste au nom de l’humanité marque un va-et-vient entre la réinvention de traditions ancrées géographiquement et l’aspiration à une modernité transnationale. La lutte se déploie sur différents espaces : locaux (le Chiapas), nationaux (le Mexique) et mondiaux. On n’a pas affaire à un combat qui se perdrait dans les accusations croisées de localisme, de nationalisme ou d’internationalisme abstrait. Il prend à bras le corps, sans prétendre d’ailleurs le résoudre, le problème des articulations entre des groupes humains de tailles différentes. « Le zapatisme ne signifie pas fermeture et ne veut nullement reconstruire les compartiments étanches qui séparaient les peuples les uns des autres. Il ne veut pas non plus que les nations indiennes redeviennent ce qu’elles furent avant la découverte et la conquête des territoires. Ce qu’il cherche, c’est une façon de s’intégrer dans les sociétés nationales, et au sein de la société internationale, sans perdre son identité, ni ses valeurs culturelles et, surtout, sans perdre la richesse de l’échange d’expériences différentes », avance Marcos (24). Identités ouvertes et en mouvement, dialogue et métissage des dissemblances dans une dynamique d’universalisation non uniformisatrice : telle est une autre équation difficile, « sur le fil d’un rasoir », du rêve néozapatiste.

 

Cette dialectique spatiale et culturelle s’articule à des référents également dispersés dans le temps, à partir desquels perce la possibilité d’un à-venir ouvert. Le mouvement néozapatiste prend appui sur l’effet rétrospectif-prospectif de traditions indiennes, mexicaines et internationalistes. « De même qu’Alice découvre que pour atteindre la Reine Rouge, elle doit repartir en arrière, nous aussi devons-nous retourner vers le passé pour pouvoir avancer et devenir meilleurs. Dans le passé, nous trouverons des chemins pour l’avenir. Et nous, vous, n’avons pas d’aspiration plus grande que l’avenir. C’est pour cela que le passé est important. Si quelque chose de nouveau naît, c’est parce que meurt quelque chose de vieux. Mais dans le neuf, le vieux se prolonge et peut dévorer l’avenir si nous ne savons pas le contenir, le connaître, lui parler, l’écouter, en somme, si nous continuons d’en avoir peur », explique Marcos (25). Contre la prétention à l’éternité du présent néolibéral, un rapport critique au passé livrerait des ressources pour provoquer un avenir différent. Cette « affirmation d’une alliance nécessaire entre le passé et le futur » (26) rejoint l’inspiration mélancolique de Walter Benjamin dans ses thèses « Sur le concept d’histoire » (1940), au croisement d’un messianisme juif laïcisé et d’un marxisme hétérodoxe (27). Benjamin nous invitait à aller chercher dans le passé les voix recouvertes et oubliées des vaincu-e-s afin de nous aider à repérer de nouvelles bifurcations émancipatrices.

 

La question de la prise du pouvoir

 

Les néozapatistes ont souvent affirmé que leur objectif « n’est pas de conquérir le pouvoir » (28). Ce point a suscité des enthousiasmes (29) comme des critiques (30). Cependant le thème de l’antipouvoir défendu par John Holloway se présente comme une théorisation trop systématique, en décalage avec les complexités et les tâtonnements de Marcos et des néozapatistes à l’égard du problème.

 

Tout d’abord, c’est seulement la conquête militaire du pouvoir qui est nettement récusée : « Tu ne peux pas, comme personne, aspirer à ce que le monde que tu veux, le tien, ta patrie, soit dirigé par des gens armés. Ce n’est pas possible qu’un militaire, même très gentil, très sympa, très beau et qui écrit bien, dirige les destins d’une nation, pas plus qu’un groupe de gens armés, même un collectif. Quelqu’un qui a dû recourir à l’argument des armes ne saurait conduire un pays avec justice. Il faut un civil » (31). Les néozapatistes prennent acte du fait qu’ils doivent agir dans un monde marqué par des rapports de force, sans pour autant fétichiser les armes, en se défiant même des armes. « Si le but est la démocratie, le zapatisme armé n’est pas une alternative de gouvernement », ajoute Marcos (32).

 

Ensuite, la distance critique à l’égard de la délégation politique se prolonge dans une distance critique à l’égard des risques de la prise du pouvoir politique. Car le pouvoir menace de prendre ceux qui croient le prendre, comme l’ont montré sous des formes diverses nombre de tentatives, qu’elles aient été qualifiées de « révolutionnaires » ou « réformistes ». Or l’objectif principal des néozapatistes est plutôt de « subvertir la relation de pouvoir », en allant « vers une « citoyennisation » de la politique » (33). Et prendre le pouvoir pour le transformer ? La question demeure en suspens chez les néozapatistes, qui manifestent davantage une méfiance libertaire à l’égard de la prise du pouvoir qu’un refus définitif, à la différence d’Holloway. Leur prudence nous signale opportunément que prendre le pouvoir n’est pas le seul moyen de changer radicalement une société. Est-ce à dire qu’il ne constitue plus un moyen important de transformation sociale ? On peut en douter. Á suivre…

 

Marcos

 

 

_____________________

Notes du texte de 2006 :

(1) Ignacio Ramonet, Marcos. La dignité rebelle. Conversations avec le sous-commandant Marcos, Paris, Galilée, 2001, p.29.

(2) Emiliano Zapata (1879-1919) a été une des grandes figures de la Révolution mexicaine.

(3) Voir l’article du sociologue mexicain Pablo Gonzalez Casanova, « Les « Escargots » zapatistes », revue ContreTemps, n°10, mai 2004, [http://www.contretemps.eu/sites/default/files/Contretemps%2010.pdf].

(4) Paco Ignacio Taibo II, sous-commandant Marcos, Des morts qui dérangent (1ère éd. : 2005), trad. franç., Paris, Rivages, coll. « Thriller », 2006.

(5) Bernard Duterme, dans une mise en parallèle des limites respectives des lectures d’inspiration marxiste et de celles dérivées de la sociologie d’Alain Touraine, pointe ainsi le risque pour une sociologie du mouvement néozapatiste de se limiter aux écrits de Marcos (dans « Chiapas : quelles lunettes pour des cagoules ? », La Revue nouvelle, Bruxelles, n°4, avril 2005).

(6) Marcos, « Sept considérations de mai 2003 », revue ContreTemps, n°8, septembre 2003, p.145.

(7) Camille de Toledo, Archimondain, jolipunk. Confessions d’un jeune homme à contretemps – Du cynisme à l’innocence, Paris, Calmann-Lévy, 2002, pp.177-178.

(8) Marcos, Ya Basta, tome 1 : Les insurgés zapatistes racontent un an de révolte aux Chiapas (1ère éd. : 1994), texte annoté par Maurice Lemoine et Tessa Brisac, réédition de 1996, pp.371-375.

(9) Marc Angenot, La parole pamphlétaire, Paris, Payot, 1982.

(10) Ibid., p. 337.

(11) Régis Debray, Loués soient nos seigneurs. Une éducation politique, Paris, Gallimard, 1996, p.170.

(12) Marcos, dans le film de Tessa Brisac et Carmen Castillo, La véridique légende du sous-commandant Marcos, 1994 (diffusé sur Arte, le 8 mars 1995).

(13) Ibid.

(14) Ibid.

(15) Ibid.

(16) Jérôme Baschet, L’étincelle zapatiste. Insurrection indienne et résistance planétaire, Paris, Denoël, 2002, p.97 (réédition en format de poche sous le titre La rébellion, zapatiste, Paris, Flammarion, collection « Champs », 2005)

(17) Marcos dans le film de T. Brisac et C. Castillo.

(18) Marcos, Ya Basta, tome 1, op. cit., p. 181.

(19) Marcos dans le film de T. Brisac et C. Castillo.

(20) Pierre Bourdieu, « La délégation et le fétichisme politique » (1ère éd. : 1984), repris dans Langage et pouvoir symbolique, Paris, Seuil, coll. « Points », 2001, pp.260-261.

(21) Marcos dans le film de T. Brisac et C. Castillo.

(22) Rosa Luxemburg, lettre de prison du 15 avril 1917, dans J’étais, je suis, je serai! Correspondance 1914-1919, trad. franç., Paris, François Maspero, 1977, p.232.

(23) Ibid., p.213.

(24) Marcos, dans Ignacio Ramonet, op. cit., p.44.

(25) Marcos, « Appel à la cinquième rencontre européenne de solidarité avec la rébellion zapatiste », janvier 1996, [http://palabra.ezln.org.mx/comunicados/1996/1996_01_30.htm].

(26) Selon l’expression de Jérôme Baschet, op. cit., p.189.

(27) Voir Michael Löwy, Walter Benjamin : Avertissement d’incendie. Une lecture des thèses Sur le concept d’histoire“, Paris, PUF, 2001.

(28) Marcos, dans Ignacio Ramonet, op. cit., p.65.

(29) Pour une thématisation positive de « l’anti-pouvoir », voir le politiste britannique John Holloway, Change the World Without Taking Power, Londres, Pluto Press, 2002 (traduction française en 2008 chez Syllepse et Lux, sous la titre Changer le monde sans prendre le pouvoir. Le sens de la révolution aujourd’hui), ainsi que « Douze thèses sur l’anti-pouvoir », trad. franç., revue ContreTemps, n°6, février 2003, [http://www.contretemps.eu/sites/default/files/Contretemps%2006.pdf].

(30) Sur les risques de « l’anti-politique » dans le néozapatisme, voir le sociologue argentin Atilio Borón, « La montagne et la ville » (1ère éd. en juin 2001), trad. franç., revue ContreTemps, n°6, février 2003, [http://www.contretemps.eu/sites/default/files/Contretemps%2006.pdf].

(31) Marcos dans le film de T. Brisac et C. Castillo.

(32) Sous-commandant Marcos, Yvon Le Bot, Le rêve zapatiste, Paris, Seuil, 1997, p.218.

(33) Marcos, dans Ignacio Ramonet, op. cit., p.66 et p.67.

 

 

Bibliographie en français (2006)

 

Le sous-commandant Marcos par lui-même

 

Sous-commandant Marcos, Ya Basta, tome 1 : Les insurgés zapatistes racontent un an de révolte aux Chiapas, texte annoté par Maurice Lemoine et Tessa Brisac, 1994 (réédition 1996) ; tome 2 : Vers l’internationale zapatiste, texte annoté par T. Brisac ; trad. franç., Paris, Dagorno, 1996

Sous-commandant Marcos, Yvon Le Bot, Le rêve zapatiste, Paris, Seuil, 1997

Ignacio Ramonet, Marcos. La dignité rebelle. Conversations avec le sous-commandant Marcos, Paris, Galilée, 2001

Paco Ignacio Taibo II, sous-commandant Marcos, Des morts qui dérangent (1e éd. : 2005), trad. franç., Paris, Rivages, coll. « Thriller », 2006

 

Essais et commentaires

 

Philippe Corcuff, Éric Doidy, Domar Idrissi, « S’émanciper des langues de bois : originalité du langage zapatiste », dans Club Merleau-Ponty, La pensée confisquée, Paris, la Découverte, 1997, pp.273-287 (réédition dans la revue Nord-Sud XXI, Genève, n°16, 2001)

Jérôme Baschet, L’étincelle zapatiste – Insurrection indienne et résistance planétaire, Paris, Denoël, 2002 (rééd. en poche sous le titre La rébellion, zapatiste, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 2005)

Philippe Corcuff, « L’auto-ironie d’un guérillero : le sous-commandant Marcos », dans La société de verre – Pour une éthique de la fragilité, Paris, Armand Colin, 2002, pp.228-231

Contretemps n°6,  février 2003 : « Changer le monde sans prendre le pouvoir ? Nouveaux libertaires, nouveaux communistes », [http://www.contretemps.eu/sites/default/files/Contretemps%2006.pdf]

Bernard Duterme, « Chiapas : quelles lunettes pour des cagoules ? », La Revue nouvelle (Bruxelles), n°4, avril 2005, [http://www.revuenouvelle.be/Chiapas-Quelles-lunettes-pour-des-cagoules]

 

Compléments bibliographiques 2014

 

Sous-commandant Marcos (avec la participation de la  Commandante Hortensia et du Lieutenant-Colonel Moisés), Saisons de la digne rage, présentation de Jérôme Baschet, Paris, Climats/Flammarion, 2009

Sous-commandant Marcos, Eux & nous, préface de Jérôme Baschet, Éditions de l’Escargot, 2013

Sous-commandant Marcos, Éthique et politique, préface de Jérôme Baschet, Éditions de l’Escargot, 2013

Jérôme Baschet, Adieux au capitalisme. Autonomie, société du bien vivre et multiplicité des mondes, Paris, La Découverte, 2014

Antonio Fuentes Díaz, Francisco Javier Gómez Carpinteiro, John Holloway, Fernando Matomoros Ponce, Vittorio Sergi et Sergio Tischler, Néozapatisme : Échos et traces des révoltes indigènes, Paris, Éditions Syllepse, 2012

Guillaume Goutte, Tout pour tous ! L’expérience zapatiste, une alternative concrète au capitalisme, Paris, Libertalia, 2014

Zapatisme : la rébellion qui dure. Points de vue du Sud, revue Alternatives Sud (Louvain-la-Neuve et Paris, Centre Tricontinental et Éditions Syllepse), volume 21, 2014, n°2

 

– Documentaire –

 

La véridique légende du sous-commandant Marcos, un film de Tessa Brisac et Carmen Castillo, 1994, diffusé sur Arte, le 8 mars 1995.

 

– Sites Internet –

 

En français

Site du Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte (CSPCL) : http://cspcl.ouvaton.org/

Site La voie du jaguar : http://www.lavoiedujaguar.net/

 

En espagnol

Site officiel de l’EZLN : http://enlacezapatista.ezln.org.mx/

Revue néozapatiste Rebeldia : http://www.revistarebeldia.org/.

 

 

 

 

Laisser un commentaire