{"id":686,"date":"2013-08-28T22:16:10","date_gmt":"2013-08-28T20:16:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=686"},"modified":"2013-09-29T00:42:13","modified_gmt":"2013-09-28T22:42:13","slug":"marx-et-keynes-paul-mattick-1955","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=686","title":{"rendered":"Marx et Keynes &#8211; Paul Mattick, 1955"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9conomie politique classique, que l\u2019on fait habituellement commencer avec Adam Smith, trouva sa meilleure expression mais aussi sa plus fine avec David Ricardo. Ricardo, qui, dit Marx, a fait \u00abd\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de l\u2019antagonisme des int\u00e9r\u00eats de classe, de l\u2019opposition entre salaire et profit, profit et rente, le point de d\u00e9part de ses recherches. Cet antagonisme (\u2026), il le formule na\u00efvement comme la loi naturelle, immuable, de la soci\u00e9t\u00e9 humaine. C\u2019\u00e9tait atteindre la limite que la science bourgeoise ne franchira pas.\u00bb [1] En effet, pousser la critique plus loin ne pouvait aboutir qu\u2019\u00e0 mettre en lumi\u00e8re les contradictions et les limites propres au syst\u00e8me de production capitaliste. Tout en parvenant \u00e0 des r\u00e9sultats que les \u00e9conomistes bourgeois \u00e9taient d\u00e9cid\u00e9ment incapables d\u2019obtenir, Marx avait le sentiment d\u2019\u00eatre tout \u00e0 la fois l\u2019h\u00e9ritier authentique et le destructeur de l\u2019\u00e9conomie politique bourgeoise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9veloppement ult\u00e9rieur de la th\u00e9orie \u00e9conomique a renforc\u00e9 l\u2019avis de Marx. M\u00eame si l\u2019\u00e9conomie bourgeoise \u00e9tait effectivement incapable de progresser, elle n\u2019en a pas moins su changer de visage. Les \u00e9conomistes classiques avaient mis l\u2019accent sur la production et sur le syst\u00e8me en tant que tel ; leurs successeurs le mirent sur l\u2019\u00e9change et sur l\u2019entreprise en tant qu\u2019unit\u00e9 particuli\u00e8re. M\u00eame si aucun doute s\u00e9rieux ne s\u2019est \u00e9lev\u00e9 quant \u00e0 l\u2019id\u00e9e que le syst\u00e8me capitaliste soit naturel, raisonnable et invariable, le d\u00e9saccord croissant entre la th\u00e9orie lib\u00e9rale et la r\u00e9alit\u00e9 sociale a d\u00e9truit la confiance initiale de la th\u00e9orie \u00e9conomique bourgeoise. Toutefois, avec l\u2019aggravation des difficult\u00e9s \u00e9conomiques, il fallut se pencher sur le cycle industriel, les facteurs contribuant \u00e0 engendrer la prosp\u00e9rit\u00e9 comme les crises et les d\u00e9pressions. L\u2019\u00e9cole n\u00e9o-classique \u2014 dont le repr\u00e9sentant le plus connu reste Alfred Marshall \u2014 s\u2019effor\u00e7a de transformer l\u2019\u00e9conomie politique en une science susceptible d\u2019\u00eatre appliqu\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire de d\u00e9couvrir des moyens d\u2019influer sur les fluctuations du march\u00e9, afin d\u2019accro\u00eetre la rentabilit\u00e9 du capital et le bien-\u00eatre social en g\u00e9n\u00e9ral. La dur\u00e9e et la violence croissantes des d\u00e9pressions allaient toutefois bient\u00f4t changer son optimisme renouvel\u00e9 en un d\u00e9sespoir encore plus profond, et la st\u00e9rilit\u00e9 de la th\u00e9orie bourgeoise amena encore une fois les \u00e9conomistes \u00e0 saisir la s\u00e9curit\u00e9 moins embarrassante de la \u00abth\u00e9orie pure\u00bb et le silence du monde acad\u00e9mique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est pendant la \u00abgrande crise\u00bb des ann\u00e9es 1930 que la pens\u00e9e \u00e9conomique a \u00e9t\u00e9 ressuscit\u00e9e par les th\u00e9ories \u00abos\u00e9es\u00bb de John Maynard Keynes. Son \u0153uvre principale, <em>La Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019emploi, de l\u2019int\u00e9r\u00eat et de la monnaie<\/em>, fut acclam\u00e9e comme une \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb de la pens\u00e9e \u00e9conomique, et devait amener la formation d\u2019une nouvelle \u00e9cole, l\u2019\u00e9cole \u00abkeyn\u00e9sienne\u00bb. Tandis que les \u00e9conomistes fid\u00e8les \u00e0 l\u2019\u00aborthodoxie\u00bb prenaient position contre cette tendance, la qualifiant pour les uns de \u00ab\u00a0socialisante\u00a0\u00bb, pour les autres d\u2019\u00abillusoire\u00bb, certains soi-disant socialistes cherchaient \u00e0 amalgamer Marx et Keynes ou, plus exactement, \u00e0 faire passer les th\u00e9ories du second pour le \u00abmarxisme de notre temps\u00bb. Le scepticisme de Marx quant \u00e0 l\u2019avenir de la th\u00e9orie \u00e9conomique bourgeoise fut pr\u00e9sent\u00e9e comme la marque de l\u2019incapacit\u00e9 \u2014 ou de la mauvaise volont\u00e9 \u2014 \u00e0 critiquer les classiques d\u2019une mani\u00e8re constructive. Par contre, Keynes avait, disait-on, donn\u00e9 corps aux aspirations d\u2019Alfred Marshall\u00a0: la r\u00e9forme et le progr\u00e8s du syst\u00e8me capitaliste. Ces tentatives, aussi bien que la popularit\u00e9 des \u00abkeyn\u00e9siens\u00bb, en g\u00e9n\u00e9ral et dans les milieux acad\u00e9miques, et l\u2019insistance des keyn\u00e9siens sur l\u2019applicabilit\u00e9 pratique de leurs raisonnements \u00e9conomiques, font qu\u2019il est utile d\u2019examiner leurs pr\u00e9tentions et d\u2019analyser l\u2019\u0153uvre de leur ma\u00eetre d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re du d\u00e9veloppement actuel et des tendances reconnaissables de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui. Ce qui appelle une comparaison entre les points de vue keyn\u00e9sien et marxien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6 style=\"text-align: center;\"><strong>&#8211; II &#8211;<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant la publication de la <em>Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale<\/em>, on voyait Keynes comme un \u00e9conomiste de l\u2019\u00e9cole n\u00e9o-classique dont le langage marginaliste \u00e9tait le sien. Les cat\u00e9gories \u00e9conomiques \u00e9taient habill\u00e9es en termes psychologiques, tir\u00e9s, semblait-il, de la \u00abnature humaine\u00bb. Les anticipations et les d\u00e9ceptions individuelles d\u00e9terminent la vie \u00e9conomique et Keynes parlait m\u00eame des instincts des individus \u00e0 faire et \u00e0 aimer l\u2019argent comme la force motivante principale de la machine \u00e9conomique. Selon lui, les individus, en vertu d\u2019une \u00abloi psychologique\u00bb, tendent \u00e0 consommer une fraction de plus en plus r\u00e9duite de leur revenu \u00e0 mesure que ce revenu s\u2019accro\u00eet. Quand le revenu r\u00e9el global s\u2019accro\u00eet, bien entendu la consommation s\u2019accro\u00eet \u00e9galement mais moins que le revenu. En supposant que tout investissement ait pour cons\u00e9quence ultime de combler les exigences de la consommation, on verra le volume de l\u2019\u00e9pargne s\u2019\u00e9lever plus vite que celui des investissements. Que tel soit le cas, et la demande globale fl\u00e9chira et le niveau effectif de l\u2019emploi en fera autant, faute d\u2019offre du c\u00f4t\u00e9 de la main-d\u2019\u0153uvre. Voila un ph\u00e9nom\u00e8ne qui caract\u00e9rise les soci\u00e9t\u00e9s \u00abm\u00fbres\u00bb o\u00f9 la quantit\u00e9 \u00e9norme de l\u2019\u00e9quipement en capital d\u00e9j\u00e0 en place contribue \u00e0 d\u00e9primer l\u2019efficacit\u00e9 marginale, la rentabilit\u00e9, du capital et \u00e0 d\u00e9courager l\u2019esp\u00e9rance de rapports futurs. D\u2019o\u00f9 \u00e0 son tour une attitude psychologique o\u00f9 les possesseurs de richesses pr\u00e9f\u00e8rent conserver leur \u00e9pargne sous forme liquide plut\u00f4t d\u2019investir dans des entreprises qui ne paraissent gu\u00e8re prometteuses, voire pas du tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La stagnation \u00e9conomique et le ch\u00f4mage \u00e0 grande \u00e9chelle \u00e9taient au centre de l\u2019int\u00e9r\u00eat de Keynes. La th\u00e9orie \u00e9conomique traditionnelle \u00e9tait li\u00e9e aux conditions imaginaires du plein emploi et \u00e0 \u00abla loi de d\u00e9bouch\u00e9s\u00bb de Say. Comme Say, Keynes voyait dans la consommation pr\u00e9sente et future le but de toute activit\u00e9 \u00e9conomique, mais, \u00e0 la diff\u00e9rence de l\u2019\u00e9conomiste fran\u00e7ais, il ne croyait plus que l\u2019offre cr\u00e9e une demande suffisante pour maintenir le plein emploi. La r\u00e9futation de la \u00ab\u00a0loi de Say\u00a0\u00bb est acclam\u00e9e comme l\u2019aspect le plus important de la th\u00e9orie keyn\u00e9sienne, en particulier parce qu\u2019il r\u00e9fute cette \u00ab\u00a0loi\u00a0\u00bb sur sa base m\u00eame en d\u00e9montrant que l\u2019offre ne cr\u00e9e pas sa propre demande pr\u00e9cis\u00e9ment de ce \u00abfait\u00bb que la production est en tout subordonn\u00e9e \u00e0 la consommation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pr\u00e8s de soixante-quinze ans plus t\u00f4t, Marx faisait d\u00e9j\u00e0 observer qu\u2019une expansion acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e du capital permet d\u2019accro\u00eetre l\u2019emploi, que la consommation et la \u00ab\u00a0consommation\u00a0\u00bb dans des conditions de production capitaliste sont deux choses diff\u00e9rentes, et que la production totale ne peut accro\u00eetre que si elle fournit une part du total plus grande \u00e0 ceux qui poss\u00e8dent et qui contr\u00f4lent le capital. Quant \u00e0 Say, il estimait inutile de d\u00e9molir ce \u00ab\u00a0comique prince de la science\u00a0\u00bb, quand bien m\u00eame \u00ab\u00a0ses admirateurs sur le continent l\u2019ont c\u00e9l\u00e9br\u00e9 comme l\u2019inventeur de ce fameux tr\u00e9sor de l\u2019\u00e9quilibre m\u00e9taphysique des achats et des ventes\u00a0\u00bb [2]. Aux yeux de Marx, la loi de Say perdait toute esp\u00e8ce de fondement d\u00e8s qu\u2019on tenait compte de la disparit\u00e9 croissante entre les exigences de profit ins\u00e9parables de l\u2019expansion du capital et celles de la soci\u00e9t\u00e9 en mati\u00e8re de production consid\u00e9r\u00e9es dans une optique rationnelle, entre la \u00ab demande sociale \u00bb et les besoins sociaux r\u00e9els ; et Marx avait d\u00e9montr\u00e9 que l\u2019accumulation du capital pr\u00e9suppose une arm\u00e9e de r\u00e9serve industrielle de ch\u00f4meurs.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6 style=\"text-align: center;\"><strong>&#8211; III &#8211;<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand, si tardivement, Keynes s\u2019approcha de la position de Marx, ce n\u2019\u00e9tait pas pour signaler une contradiction inh\u00e9rente \u00e0 la production du capital mais pour saluer la disparit\u00e9 entre l\u2019emploi et l\u2019investissement comme un grand accomplissement. Selon lui seule \u00abune communaut\u00e9 riche est oblig\u00e9e de d\u00e9couvrir des occasions d\u2019investissement beaucoup plus nombreuses, pour pouvoir concilier la propension \u00e0 \u00e9pargner de ses membres les plus riches avec l\u2019emploi de ses membres les plus pauvres.\u00bb [3] Cependant, sans l\u2019\u00e9limination de l\u2019\u00e9cart entre le revenu et la consommation, il s\u2018en suit dans la th\u00e9orie de Keynes que \u00abchaque fois que nous assurons l\u2019\u00e9quilibre d\u2019aujourd\u2019hui en augmentant l\u2019investissement, nous aggravons la difficult\u00e9 que nous aurons \u00e0 assurer l\u2019\u00e9quilibre demain\u00bb. [4] Mais, en ce qui concerne le proche avenir, Keynes jugeait ces difficult\u00e9s surmontables gr\u00e2ce \u00e0 des politiques gouvernementales visant \u00e0 diminuer la \u00abpr\u00e9f\u00e9rence pour la liquidit\u00e9\u00bb et \u00e0 augmenter la \u00abdemande effective\u00bb par moyen de l\u2019inflation contr\u00f4l\u00e9e, des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9duits et des salaires r\u00e9els plus bas, promouvant ainsi les stimulants \u00e0 investir. Si cela ne suffit pas, le gouvernement peut accro\u00eetre l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique par les travaux publics et le financement d\u00e9ficitaire. Avec le plein emploi comme le crit\u00e8re, l\u2019efficacit\u00e9 des diverses interventions dans l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 peut \u00eatre test\u00e9e exp\u00e9rimentalement. Tout ce qui n\u2019am\u00e8ne pas le plein emploi n\u2019est pas suffisant. Puisque l\u2019emploi accru par le truchement du \u00abpump priming\u00bb peut amener \u00abl\u2019emploi secondaire\u00bb dans des branches additionnelles de la production, on a suppos\u00e9 qu\u2019il l\u2019am\u00e8ne. Et si tout s\u2019\u00e9chouait, il existait toujours la possibilit\u00e9 d\u2019un contr\u00f4le direct de l\u2019investissement par le gouvernement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019\u00eatre d\u2019accord avec Keynes quant \u00e0 la cause du ch\u00f4mage pour reconna\u00eetre que les politiques qu\u2019il a sugg\u00e9r\u00e9es pour le combattre ont \u00e9t\u00e9 les politiques de tous les gouvernements dans l\u2019histoire r\u00e9cente, qu\u2019ils aient eu connaissance de ses th\u00e9ories ou pas. Ces politiques ont fait leur d\u00e9but historique bien avant leur expression th\u00e9orique. On a d\u00e9j\u00e0 tent\u00e9 toutes les innovations mon\u00e9taires et fiscales\u00a0: les travaux publics, l\u2019inflation et le financement d\u00e9ficitaire sont aussi vieux que les gouvernements et ils ont \u00e9t\u00e9 employ\u00e9s dans maintes situations de crise. Aux temps modernes, on les a cependant regard\u00e9s comme des exceptions \u00e0 la r\u00e8gle, excusables en temps de stress social mais d\u00e9sastreux comme politique permanente.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6 style=\"text-align: center;\"><strong>&#8211; IV &#8211;<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Marx, les contradictions inh\u00e9rentes \u00e0 la production du capital n\u2019ont pas un caract\u00e8re \u00ab\u00a0\u00e9conomique\u00a0\u00bb au sens bourgeois du terme. Il ne s\u2019occupe pas des relations de l\u2019offre et de la demande du march\u00e9 mais de l\u2019effet des forces de production sociales sur les relations sociales de production capitalistes, c\u2019est-\u00e0-dire, les r\u00e9sultats de la productivit\u00e9 croissante sur la production de la valeur et de la plus-value. La th\u00e8se bourgeoise disjoint la productivit\u00e9 croissante, f\u00eat\u00e9e comme le produit du capital lui-m\u00eame, de ses implications sociales. Pour Marx, elle est la variable ind\u00e9pendante qui d\u00e9termine toutes les autres variables dans le syst\u00e8me de relations \u00e9conomiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La signification sp\u00e9ciale du travail et de sa productivit\u00e9 croissante dans le sch\u00e9ma de raisonnement de Marx, amena sa d\u00e9couverte d\u2019une tendance de d\u00e9veloppement nette quant \u00e0 l\u2019accumulation du capital, tendance qui r\u00e9v\u00e9lait des changements qualitatifs \u00e0 la suite des changements quantitatifs. Il a pu montrer que le \u00ab m\u00e9canisme d\u2019\u00e9quilibre \u00bb capitaliste doit changer lui-m\u00eame au cours de l\u2019expansion du capital et que c\u2019est celui-ci qui d\u00e9termine et modifie les forces du march\u00e9 de l\u2019offre et de la demande, puisque les lois du march\u00e9 doivent s\u2019affirmer dans le cadre d\u2019un \u00ab \u00e9quilibre \u00bb qui se d\u00e9veloppe entre les forces de production sociales et les relations de production capitalistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019accroissement de la productivit\u00e9, de la plus-value et de l\u2019accumulation du capital constitue un m\u00eame processus. Il implique un accroissement plus rapide du capital investi dans les moyens de production que celui investi dans la force de travail. Cela entra\u00eene ce que Marx a appel\u00e9 une \u00ab\u00a0composition organique du capital croissante\u00a0\u00bb. Puisque les profits se calculent sur le capital total investi, une tendance \u00e0 chuter doit se manifester parce que la partie du total qui seule donne de la plus-value devient relativement plus petite. Bien entendu, le processus entra\u00eene \u00e9galement une capacit\u00e9 croissante d\u2019extraire davantage de plus-value, rendant ainsi nulle la \u00ab\u00a0tendance\u00a0\u00bb des profits \u00e0 chuter, et constituant la raison pour le processus lui-m\u00eame. Mettant de cot\u00e9 toutes les complications de l\u2019expos\u00e9 de Marx, son sch\u00e9ma abstrait de l\u2019expansion du capital montre qu\u2019outre la concurrence comme moteur de l\u2019expansion du capital dans la r\u00e9alit\u00e9 du march\u00e9, la production et l\u2019accumulation capitalistes trouvent d\u00e9j\u00e0 dans le caract\u00e8re double de la production du capital \u2014 telles les valeurs d\u2019\u00e9change et d\u2019usage \u2014 un \u00e9l\u00e9ment limitant, \u00e0 ne surmonter que par l\u2019expansion et l\u2019extension continues du mode de production capitaliste. Afin de pr\u00e9venir un taux de profit qui chute, l\u2019accumulation ne doit jamais cesser. On doit extraire de plus en plus de plus-value, ce qui entra\u00eene le bouleversement r\u00e9gulier de la production et l\u2019extension continue des march\u00e9s. Aussi longtemps que l\u2019accumulation est possible, le syst\u00e8me capitaliste prosp\u00e8re. Si l\u2019accumulation s\u2019arr\u00eate une crise et une d\u00e9pression s\u2019installent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marx et Keynes, tous les deux, donc, m\u00eame si pour des raisons diff\u00e9rentes, reconnaissent le dilemme capitaliste dans un taux d\u2019accumulation qui baisse. Keynes diagnostique sa cause dans un manque de stimulant \u00e0 investir. Marx, regardant derri\u00e8re le manque de stimulant, en trouve les raisons dans le caract\u00e8re social de la production en tant que production du capital. Keynes ne regarde pas les crises et des d\u00e9pressions comme \u00e9tant des aspects n\u00e9cessaires de la formation du capital\u00a0; elles ne sont telles que dans les conditions du laisser-faire et que dans le sens de l\u2019\u00e9quilibre \u00e9conomique qui n\u2019inclut pas le plein emploi. Pour Marx, cependant, une accumulation continue du capital pr\u00e9suppose des p\u00e9riodes de crises et de d\u00e9pression, car la crise n\u2019est que \u00ab\u00a0le m\u00e9canisme d\u2019\u00e9quilibre\u00a0\u00bb qui agit dans le capitalisme \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son d\u00e9veloppement. C\u2019est dans la p\u00e9riode de d\u00e9pression que la structure du capital subit les changements n\u00e9cessaires qui r\u00e9tablissent la rentabilit\u00e9 perdue et qui permettent l\u2019expansion nouvelle du capital.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6 style=\"text-align: center;\"><strong>&#8211; V &#8211;<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La th\u00e9orie d\u2019accumulation de Marx par sa critique de la th\u00e9orie classique anticipa la critique de Keynes de la th\u00e9orie n\u00e9o-classique. Dans son essence la \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb keyn\u00e9sienne repr\u00e9sente une r\u00e9p\u00e9tition partielle de quelques-unes des critiques de Marx de l\u2019\u00e9conomie capitaliste et de sa th\u00e9orie. Keynes n\u2019\u00e9tudia pas s\u00e9rieusement les th\u00e9ories de Marx, et il ne sentit pas la n\u00e9cessit\u00e9 de le faire parce qu\u2019il assimila ces th\u00e9ories \u00e0 celles des classiques. En s\u2019opposant \u00e0 la th\u00e9orie classique Keynes pensa qu\u2019il s\u2019opposa en m\u00eame temps \u00e0 Marx. Mais, en v\u00e9rit\u00e9, loin de traiter de l\u2019une ou de l\u2019autre, il attaquait la th\u00e9orie n\u00e9o-classique du march\u00e9 qui avait cess\u00e9 de pr\u00e9senter des rapports un tant soit peu sensibles avec les id\u00e9es de Smith et de Ricardo. La critique de Marx de l\u2019\u00e9conomie classique, cependant, ressemble \u00e0 la critique de Keynes des n\u00e9o-classiques, m\u00eame si elle approfondit davantage que celle de Keynes parce que les classiques avaient \u00e9t\u00e9 des penseurs plus profonds que leurs \u00e9pigones et parce que Marx n\u2019\u00e9tait pas un r\u00e9formateur bourgeois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame si Keynes voulait \u00ab\u00a0pulv\u00e9riser les fondations ricardiennes du marxisme\u00a0\u00bb, pour ce faire il a d\u00fb d\u2019abord se placer sur ces m\u00eames fondations. Il accepta la th\u00e9orie de valeur dans le sens ricardien, dans laquelle le travail comme seul facteur de production inclut \u00ab\u00a0les services personnels de l\u2019entrepreneur et de ses assistants.\u00a0\u00bb Comme Marx il s\u2019occupa avec des totaux \u00e9conomiques, mais tandis que dans le syst\u00e8me de Marx l\u2019analyse en termes de totaux \u00e9conomiques allait mener \u00e0 la d\u00e9couverte de la tendance de base de l\u2019accumulation du capital et rien d\u2019autre, dans le syst\u00e8me keyn\u00e9sien elle allait servir comme fondation d\u2019une politique capable d\u2019appuyer la tendance sans nuire aux relations de production capitalistes. R\u00e9duit \u00e0 sa plus simple expression, le mod\u00e8le de Keynes se pr\u00e9sente comme un syst\u00e8me clos divis\u00e9 en deux secteurs de production\u00a0: celui des biens de consommation et celui des biens capitaux. La d\u00e9pense totale exprim\u00e9e en unit\u00e9s de salaire (bas\u00e9es sur l\u2019heure de travail) dans ces deux secteurs correspond au revenu total. Quand la demande globale, c\u2019est-\u00e0-dire la somme de la demande de biens de consommation et de la demande de biens capitaux, est \u00e9gale au revenu total et implique que le total de l\u2019\u00e9pargne est \u00e9gal \u00e0 celui de l\u2019investissement, le syst\u00e8me est cens\u00e9 se trouver en \u00e9quilibre. Une baisse de la demande globale, laissant supposer une disparit\u00e9 entre l\u2019\u00e9pargne et l\u2019investissement, a pour effet de r\u00e9duire le revenu total et de provoquer du ch\u00f4mage. Si l\u2019on veut sortir de cette situation, il faut faire en sorte d\u2019accro\u00eetre la demande globale et de la porter au niveau o\u00f9 le revenu total implique le plein emploi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le syst\u00e8me de totaux \u00e9conomiques globaux de Marx le capital constant est la propri\u00e9t\u00e9 de la classe capitaliste, le capital variable est l\u2019\u00e9quivalent social de la force de travail, et la plus-value est la source de l\u2019accumulation et du revenu de la classe r\u00e9gnante. Il ne s\u2019agit pas ici du \u00ab\u00a0revenu social\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0produit social\u00a0\u00bb et des relations entre eux, mais de l\u2019exploitation capitaliste de la force de travail.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6 style=\"text-align: center;\"><strong>&#8211; VI &#8211;<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale les th\u00e9ories de Keynes n\u2019eurent qu\u2019une v\u00e9rification modeste. En effet il avait l\u2019alibi parfait : soit que ses th\u00e9ories n\u2019\u00e9taient pas appliqu\u00e9es, soit qu\u2019elles l\u2019ont \u00e9t\u00e9 mais trop chichement. Lorsque la production de guerre se mit \u00e0 d\u00e9marrer, Keynes se dit d\u00e9finitivement convaincu que sa th\u00e9orie trouverait enfin confirmation\u00a0: on allait voir maintenant \u00ab\u00a0quel niveau de consommation il faut \u00e0 une collectivit\u00e9 libre, moderne (\u2026), pour arriver \u00e0 proximit\u00e9 de l\u2019emploi optimal de ses ressources\u00bb. [5] Cependant, les mesures li\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tat de guerre n\u2019avaient rien \u00e0 voir avec l\u2019id\u00e9ologie keyn\u00e9sienne. Elles ne diff\u00e9raient pas des mesures prises au cours de la guerre pr\u00e9c\u00e9dente, ni ne variaient d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre, tous pourtant n\u2019ayant pas opt\u00e9 pour la \u00ab\u00a0r\u00e9volution keyn\u00e9sienne\u00a0\u00bb. Toutes les innovations associ\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9conomie dirig\u00e9e de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale \u2014 inflation de la monnaie et du cr\u00e9dit, contr\u00f4le des prix, contr\u00f4le de la main-d\u2019\u0153uvre, priorit\u00e9s, \u00e9pargne forc\u00e9e, rationnement, etc. \u2014 avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 mises en vigueur pendant la d\u00e9b\u00e2cle pr\u00e9c\u00e9dente, alors que les conceptions \u00ab\u00a0orthodoxes\u00a0\u00bb pr\u00e9dominaient encore en \u00e9conomie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019\u00e9conomie de guerre a \u00abd\u00e9montr\u00e9\u00bb la validit\u00e9 de la th\u00e9orie de Keynes, elle l\u2019a fait \u00e0 un tel degr\u00e9 que la th\u00e9orie elle-m\u00eame a d\u00fb se renverser. Bien qu\u2019elle n\u2019ait pas r\u00e9ussi \u00e0 accro\u00eetre la \u00ab\u00a0propension \u00e0 consommer\u00a0\u00bb pendant la d\u00e9pression, elle a \u00e9t\u00e9 un \u00abbrillant succ\u00e8s\u00bb en la r\u00e9duisant pendant la guerre. Incapable d\u2019accro\u00eetre les investissements de mani\u00e8re \u00e0 cr\u00e9er le plein emploi, elle amena la p\u00e9nurie de postes de travail par les destructions du capital. Bien que laiss\u00e9e de c\u00f4t\u00e9 pendant la dur\u00e9e des hostilit\u00e9s, sa th\u00e9orie recouvrera sa validit\u00e9 d\u00e8s le \u00abretour \u00e0 la normale\u00bb. Quant \u00e0 la guerre elle-m\u00eame, elle ne fit que renforcer Keynes dans l\u2019id\u00e9e qui lui \u00e9tait ch\u00e8re, \u00e0 savoir\u00a0: que tout syst\u00e8me \u00e9conomique, s\u2019il y tient, peut jouir du plein emploi. Il ne soup\u00e7onna pas qu\u2019\u00e0 notre \u00e9poque, seules la guerre et la pr\u00e9paration \u00e0 la guerre permettent d\u2019y arriver. Mais d\u2019autres que lui s\u2019en aper\u00e7urent\u00a0; l\u2019\u00abesprit\u00bb keyn\u00e9sien appara\u00eet mieux en g\u00e9n\u00e9ral chez des avocats de l\u2019\u00ab\u00c9tat providence\u00bb tel William Beveridge qui, vers la fin de la guerre, \u00e9labora un plan de plein emploi qui pr\u00e9voyait \u00abla socialisation de la demande sans socialisation de la production\u00bb. [6] Fond\u00e9 sur les principes keyn\u00e9siens, ce plan, qui devait \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 des moyens fiscaux, visait \u00e0 recr\u00e9er en temps de paix le plein emploi du temps de guerre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les craintes d\u2019un retour du ch\u00f4mage massif \u00e0 la fin de la guerre se r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent en fin de compte exag\u00e9r\u00e9es. Une diff\u00e9rence nette entre \u00e9conomie de guerre et \u00e9conomie de paix n\u2019existait pas et il \u00e9tait inutile de recourir au plan Beveridge \u2014 ou \u00e0 tout autre plan \u2014 en vue d\u2019arriver au plein emploi des ressources nationales. Depuis le commencement de la \u00ab\u00a0r\u00e9volution keyn\u00e9sienne\u00a0\u00bb aucune occasion r\u00e9elle ne s\u2019est donc pr\u00e9sent\u00e9e pour tester sa validit\u00e9 pratique. N\u00e9anmoins l\u2019intervention gouvernementale pendant la d\u00e9pression a fait cro\u00eetre l\u2019emploi jusqu\u2019\u00e0 un certain point. On peut donc dire que la th\u00e9orie s\u2019est montr\u00e9e valide d\u2019une fa\u00e7on tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale partout o\u00f9 on l\u2019a appliqu\u00e9e et dans la mesure o\u00f9 on l\u2019a appliqu\u00e9e. Dans ce sens cependant le keyn\u00e9sianisme ne serait qu\u2019un autre nom des politiques gouvernementales pendant une d\u00e9pression et n\u2019est pas plus que la suggestion que le gouvernement devrait s\u2019occuper d\u2019anticiper la formation du capital lorsque l\u2019initiative priv\u00e9e commence \u00e0 se ralentir. Aussi longtemps que la production sera encore la production pour l\u2019int\u00e9r\u00eat priv\u00e9, son expansion serait la responsabilit\u00e9 du gouvernement \u2014 une extension logique du syst\u00e8me de cr\u00e9dit par un passage de la gestion financi\u00e8re priv\u00e9e \u00e0 la gestion financi\u00e8re gouvernementale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pas seulement du point de vue keyn\u00e9sien, mais de tout point de vue r\u00e9aliste, on voit l\u2019intervention gouvernementale comme une n\u00e9cessit\u00e9 in\u00e9luctable. Les d\u00e9fenseurs de l\u2019\u00ab\u00c9tat providence\u00bb et ceux de l\u2019entreprise priv\u00e9e, tous deux, pr\u00e9conisent la croissance de l\u2019\u00ab\u00e9conomie du bien-\u00eatre\u00bb. N\u00e9anmoins, m\u00eame si personne ne semble douter que la gestion gouvernementale se soit install\u00e9e, la question de sa nature reste controvers\u00e9e. Les Keyn\u00e9siens favorisent en g\u00e9n\u00e9ral plus d\u2019intervention gouvernementale, mais puisque l\u2019accroissement suivi de la r\u00e9gulation gouvernementale et du financement d\u00e9ficitaire est synonyme de la transformation du syst\u00e8me de capitalisme priv\u00e9 en capitalisme d\u2019\u00c9tat, on s\u2019y oppose comme une forme de \u00absocialisme rampant\u00bb. Parce que l\u2019on pourrait voir le keyn\u00e9sianisme comme un \u00e9tat transitoire vers une \u00e9conomie pleinement r\u00e9glement\u00e9e par le gouvernement, il est devenu la th\u00e9orie de la r\u00e9forme sociale au sein du syst\u00e8me capitaliste. En tant que telle elle se situe en pleine opposition au marxisme qui, lui, ne s\u2019occupe pas de la r\u00e9forme sociale mais avec l\u2019abolition du syst\u00e8me capitaliste.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Notes<\/span> :<\/strong><br \/>\n[1] <em>Le Capital<\/em>, livre I, postface de la deuxi\u00e8me \u00e9dition allemande.<\/p>\n<p>[2] <em>Contribution \u00e0 la critique de l\u2019\u00e9conomie politique<\/em>.<\/p>\n<p>[3] <em>Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale<\/em>, Paris, 1942, p. 123<\/p>\n<p>[4] <em>Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale<\/em>, [livre I, ch. 3, II]<\/p>\n<p>[5] <em>The New Republic<\/em> (New York), 29 juillet 1940.<\/p>\n<p>[6] W. H. Beveridge, <em>Du travail pour tous dans une soci\u00e9t\u00e9 libre<\/em>, Paris, 1945, p. 28<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Article de Paul Mattick extrait du site <a href=\"http:\/\/bataillesocialiste.wordpress.com\/\">Bataille socialiste<\/a>, paru dans le Western Socialist<em> <\/em>(Boston, EU) de novembre-d\u00e9cembre 1955, traduit de l\u2019anglais par les soins des animateurs du site \u00ab\u00a0Bataille socialiste\u00a0\u00bb\u00a0 (par A.B. et S.J.). Un livre portant le m\u00eame titre est \u00e9dit\u00e9 chez Gallimard.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019\u00e9conomie politique classique, que l\u2019on fait habituellement commencer avec Adam Smith, trouva sa meilleure expression mais aussi sa plus fine avec David Ricardo. 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