{"id":633,"date":"2013-08-14T10:36:45","date_gmt":"2013-08-14T08:36:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=633"},"modified":"2013-09-26T00:26:42","modified_gmt":"2013-09-25T22:26:42","slug":"pereira-irene-pour-un-usage-anarchiste-du-pragmatisme-i-theorie-de-la-connaissance-pragmatiste-et-anarchisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=633","title":{"rendered":"Pour un usage anarchiste du pragmatisme &#8211; I &#8211; Th\u00e9orie de la connaissance pragmatiste et Anarchisme &#8211; Ir\u00e8ne Pereira"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/ouvrier.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-942 alignright\" alt=\"ouvrier\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/ouvrier.jpg?resize=189%2C167&#038;ssl=1\" width=\"189\" height=\"167\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/ouvrier.jpg?resize=300%2C265&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/ouvrier.jpg?w=611&amp;ssl=1 611w\" sizes=\"auto, (max-width: 189px) 100vw, 189px\" \/><\/a>L\u2019objectif de ce texte est de se demander dans un contexte post-moderne de \u00abfin des certitudes\u00bb et de remise en cause des \u00abgrandes id\u00e9ologies\u00bb, s\u2019il y a une philosophie qui puisse nous servir de cadre de r\u00e9flexion fructueux pour d\u00e9velopper une pens\u00e9e anarchiste. Il nous semble que la philosophie pragmatiste peut nous fournir ce paradigme philosophique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Anarchie, c\u2019est, \u00e9tymologiquement, ce qui est sans principe au sens de ce qui est sans commandement, sans hi\u00e9rarchie, sans autorit\u00e9. De l\u00e0, deux conceptions oppos\u00e9es de la notion d\u2019anarchie. Une premi\u00e8re conception assimile l\u2019anarchie au d\u00e9sordre, dans la mesure o\u00f9 une soci\u00e9t\u00e9 sans principe de commandement serait vou\u00e9e au d\u00e9sordre. Une autre conception, qui est celle de l\u2019anarchisme (1), consid\u00e8re au contraire que le plus haut degr\u00e9 d\u2019ordre est atteint quand la soci\u00e9t\u00e9 se passe du principe d\u2019autorit\u00e9 pour son organisation. On peut donc constater, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, que ce dont l\u2019anarchisme fait la critique, c\u2019est le principe d\u2019autorit\u00e9 (2). L\u2019autorit\u00e9 peut \u00eatre d\u00e9finie comme le pouvoir de se faire ob\u00e9ir. On peut par exemple remarquer qu\u2019au XIX\u00e8me si\u00e8cle, les auteurs anarchistes s\u2019opposent aux communistes autoritaires. Par cons\u00e9quent, la critique anarchiste ne se limite pas \u00e0 une critique de l\u2019Etat, mais inclut la critique de toute relation de pouvoir fond\u00e9e sur le principe d\u2019autorit\u00e9 et en particulier la critique de toute recherche d\u2019un fondement transcendant de l\u2019autorit\u00e9 tel que Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or si l\u2019anarchisme essaie de penser sur le plan politique, une soci\u00e9t\u00e9 sans principe d\u2019autorit\u00e9 et sans fondement transcendant, il semble par cons\u00e9quent que l\u2019anarchisme pr\u00e9suppose implicitement un cadre philosophique g\u00e9n\u00e9ral qui soit en accord avec ses options. Le pragmatisme, nous para\u00eet justement \u00eatre le paradigme philosophique qui est en accord avec les pr\u00e9suppos\u00e9s philosophiques de l\u2019anarchisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le pragmatisme, au sens strict, d\u00e9signe un courant de la philosophie am\u00e9ricaine divis\u00e9 en deux sous courants : le pragmatisme classique (dont les principaux repr\u00e9sentants sont Pierce, James et Dewey) et le n\u00e9o-pragmatisme (principalement incarn\u00e9 par Putnam, Rorty et Shusterman). Mais, on peut consid\u00e9rer que le pragmatisme au sens large incarne une position structurelle de la philosophie. En effet, W. James, dans <i>Le<\/i> <i>Pragmatisme<\/i>, Ch.II, \u00e9crit que le pragmatisme n\u2019est qu\u2019 \u00abun mot nouveau pour d\u00e9signer d\u2019anciennes mani\u00e8res de penser\u00bb. Il semble que l\u2019on puisse voir par exemple dans ce qui nous est parvenu de la pens\u00e9e de Protagoras(3), dans la pens\u00e9e de Nietzsche (4) ou de M. Foucault (5), des \u00e9l\u00e9ments de pens\u00e9e pragmatiste (6).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le pragmatisme se caract\u00e9rise par un refus de toute d\u00e9marche de recherche d\u2019un principe premier, d\u2019un fondement. En effet, toute recherche d\u2019un fondement suppose l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une transcendance, \u00e0 un point de vue de Dieu qu\u2019il nous est impossible d\u2019atteindre : nous ne pouvons pas sortir du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De mani\u00e8re tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale, comment peut-on d\u00e9finir le pragmatisme ? Le pragmatiste est celui qui affirme que la v\u00e9rit\u00e9 est ce qui est utile pour nous conserver en vie. Le pragmatisme est donc un courant philosophique qui remet en cause la conception traditionnelle d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 transcendante que l\u2019homme recherche de mani\u00e8re d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e et auquel il se soumet parce que c\u2019est la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parce qu\u2019il refuse toute d\u00e9marche de fondement transcendant, le pragmatisme se caract\u00e9rise par une m\u00e9thode que l\u2019on peut d\u00e9finir comme \u00abl\u2019exp\u00e9rience combin\u00e9e de tout le monde\u00bb (7) par opposition \u00e0 la m\u00e9thode de l\u2019autorit\u00e9 qui au lieu d\u2019exp\u00e9rimenter cherche \u00e0 fonder a priori la connaissance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par cons\u00e9quent, de par ses pr\u00e9suppos\u00e9s remettant en cause tout \u00abarch\u00e9\u00bb dans le domaine politique, l\u2019anarchisme impliquerait le pragmatisme comme paradigme philosophique. Il s\u2019agit donc alors de se demander comment le pragmatisme permet de d\u00e9velopper de mani\u00e8re coh\u00e9rente l\u2019anarchisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le probl\u00e8me qui se pose est donc de savoir comment on peut penser de mani\u00e8re coh\u00e9rente la r\u00e9alit\u00e9 et la soci\u00e9t\u00e9 sans faire appel \u00e0 un principe premier, \u00e0 un fondement. La notion de coh\u00e9rence a un double sens, c\u2019est \u00e0 la fois la coh\u00e9rence logique du raisonnement et la coh\u00e9rence physique qui fait que diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments tiennent ensemble comme dans le cas de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019enjeu d\u2019une telle r\u00e9flexion est de montrer que le pragmatisme permet \u00e0 la fois de d\u00e9velopper une anarchie n\u00e9gative (8), c\u2019est \u00e0 dire une critique de l\u2019organisation sociale autoritaire, et une anarchie positive, c\u2019est \u00e0 dire une alternative \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9. La d\u00e9marche adopt\u00e9e ne peut \u00eatre dans une perspective pragmatiste de chercher \u00e0 saisir l\u2019essence du pragmatisme et de l\u2019anarchisme, mais \u00e0 partir des diverses th\u00e9ories pragmatistes et anarchistes que nous propose l\u2019histoire de la philosophie, de construire une th\u00e9orie pragmatiste et anarchiste qui puisse fonctionner.<\/p>\n<h3 id=\"outil_sommaire_0\">\u00a0I. Th\u00e9orie de la connaissance<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous allons tout d\u2019abord essayer de montrer les liens qui peuvent exister entre la th\u00e9orie de la connaissance pragmatiste et l\u2019anarchisme. En effet, il s\u2019agit de doter l\u2019anarchisme d\u2019une th\u00e9orie de la connaissance relativiste mais coh\u00e9rente. L\u2019importance d\u2019une telle d\u00e9marche est double. D\u2019une part, tout discours d\u2019analyse de la soci\u00e9t\u00e9, tout discours politique pr\u00e9suppose implicitement une th\u00e9orie de la connaissance qui soutient sa validit\u00e9. D\u2019autre part, de faire reposer l\u2019anarchisme sur une th\u00e9orie de la connaissance qui \u00e9vite le dogmatiste scientiste tel qu\u2019il peut s\u2019exprimer par exemple dans la th\u00e9orie de Marx ou m\u00eame de Kropotkine et d\u2019\u00e9viter l\u2019incoh\u00e9rence dont peuvent souffrir certaines th\u00e9ories relativistes s\u2019appuyant par exemple sur les th\u00e9ories de la connaissance de Nietzsche, de Foucault ou de Feyerabend.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6><strong>A &#8211; Relativisme et anti-fondationalisme<\/strong><\/h6>\n<p>1. <i>Relativisme<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le philosophe Protagoras, \u00abL\u2019homme est la mesure de toutes choses, de celles qui sont pour ce qu\u2019elles sont, et de celles qui ne sont pas pour ce qu\u2019elles ne sont pas.\u00bb Dans ce c\u00e9l\u00e8bre aphorisme, comment\u00e9 aussi bien par Platon que par Aristote, Protagoras \u00e9nonce la relativit\u00e9 de la connaissance \u00e0 la sensation de l\u2019individu singulier. \u00abTelles t\u2019apparaissent les choses, telles elles sont pour toi. Telles m\u2019apparaissent les choses, telles elles sont pour moi\u00bb. Protagoras soutient un relativisme \u00e0 partir d\u2019un sensualisme mat\u00e9rialiste dans le cadre d\u2019une conception de la nature de type h\u00e9raclit\u00e9enne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais comme le montre Nietzsche, il ne s\u2019agit pas de r\u00e9duire la connaissance \u00e0 une simple appr\u00e9hension passive par les sens d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 mouvante. L\u2019\u00eatre vivant construit la r\u00e9alit\u00e9 qui l\u2019entoure \u00e0 partir de ses propres valeurs vitales. A partir de son point de vue vital, c\u2019est \u00e0 dire de sa perspective(\u00e7), il constitue son monde v\u00e9cu (Umwelt (10)). Par cons\u00e9quent, ce que montre Nietzsche, c\u2019est que l\u2019\u00e9valuation, les valeurs, sont des faits vitaux, qui ne sont pas propres \u00e0 l\u2019homme, mais communs \u00e0 tous les \u00eatres vivants :<\/p>\n<blockquote><p>\u00abL\u2019ensemble du monde organique est un encha\u00eenement m\u00eame d\u2019\u00eatres entour\u00e9s de petits univers qu\u2019ils se sont cr\u00e9es\u00bb (11).<\/p><\/blockquote>\n<p>Or la r\u00e9alit\u00e9 est toujours construite \u00e0 partir de cette perspective vitale ou interpr\u00e9tation :<\/p>\n<blockquote><p>\u00abNos valeurs sont des interpr\u00e9tations introduites par nous dans les choses\u00bb (12).<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par cons\u00e9quent, ce que nous appelons la r\u00e9alit\u00e9 est toujours relative \u00e0 un point de vue vital singulier ou perspective. Ce que nous connaissons ce n\u2019est pas la r\u00e9alit\u00e9, mais un monde, c\u2019est \u00e0 dire la r\u00e9alit\u00e9 telle qu\u2019elle est appr\u00e9hend\u00e9e du point de vue d\u2019un centre de valeurs vitales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les pragmatistes am\u00e9ricains qualifient leur pragmatisme d\u2019humanisme naturaliste. Il ne faut cependant pas confondre l\u2019humanisme pragmatique avec l\u2019humanisme chr\u00e9tien par exemple. Il ne s\u2019agit pas de d\u00e9fendre une place \u00e9minente de l\u2019homme au sein de la nature, mais d\u2019une remise en cause de l\u2019existence de valeurs transcendantes et d\u2019un fondement transcendant, tel que Dieu, de la connaissance, du fait de la relativit\u00e9 de toute connaissance au point de vue d\u2019un individu singulier. Comme l\u2019explique R.Rorty, dans <i>L\u2019espoir au lieu du savoir<\/i>, le pragmatisme ne consid\u00e8re pas qu\u2019il y a une diff\u00e9rence de nature entre les hommes et les animaux, mais une continuit\u00e9. Les pragmatistes sont des darwiniens et des naturalistes (13).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si Rorty qualifie, par exemple, le pragmatisme d\u2019humanisme, c\u2019est seulement parce que les pragmatismes consid\u00e8rent comme m\u00e9taphysique tout point de vue d\u00e9sincarn\u00e9 qui pr\u00e9tend saisir la r\u00e9alit\u00e9 en soi. Parler en soi du point de vue de l\u2019animal ou de l\u2019objet, est une position m\u00e9taphysique qui suppose que nous puissions sortir de nous m\u00eame, or notre discours est toujours relatif \u00e0 nous m\u00eame. Lorsque nous parlons du point de vue de l\u2019animal ou de l\u2019objet, c\u2019est toujours notre point de vue singulier sur l\u2019animal et l\u2019objet, nous ne sommes pas en mesure d\u2019\u00e9noncer, \u00e0 sa place, le point de vue de l\u2019animal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Donc premier \u00e9l\u00e9ment, d\u2019un point de vue pragmatiste, il appara\u00eet tout d\u2019abord que toute r\u00e9alit\u00e9 est relative au point de vue singulier qui est adopt\u00e9 sur la r\u00e9alit\u00e9 et nous n\u2019avons acc\u00e8s, par l\u2019interm\u00e9diaire du langage, qu\u2019\u00e0 des points de vue humains. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un premier point commun avec l\u2019anarchisme. En effet, cela signifie qu\u2019il ne peut y avoir de fondement a priori de la connaissance qui permettrait d\u2019imposer \u00e0 l\u2019individu singulier une conception de la r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e comme absolue et qui en r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est qu\u2019un instrument id\u00e9ologique de justification du rapport d\u2019autorit\u00e9 existant dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>2. <i> Le refus d\u2019un point de vue fondationaliste<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le refus du point de vue de Dieu est une position qui caract\u00e9rise les pragmatistes. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale notre position d\u2019\u00eatre immanent au monde, fait qu\u2019il nous est impossible d\u2019adopter un point de vue transcendant sur le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le refus pragmatiste de la d\u00e9marche fondationaliste, s\u2019appuie sur l\u2019historicit\u00e9. Le retour du pragmatisme contre la philosophie analytique, est interpr\u00e9t\u00e9 outre-atlantique comme un retour de Hegel contre Kant. Les pragmatistes se d\u00e9finissent comme Hegel comme des monistes (14) historicistes, mais ils refusent l\u2019absolu h\u00e9g\u00e9lien. J. Dewey d\u00e9finissait son \u00e9volution historique comme \u00abl\u2019\u00e9volution de l\u2019absolu vers l\u2019exp\u00e9rimentalisme\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">H.Putnam dans <i>Raison, V\u00e9rit\u00e9 et Histoire <\/i>essaie de montrer comment nos conceptions de la rationalit\u00e9 sont fonction de nos cadres conceptuels. D\u2019une part, parce que comme l\u2019a montr\u00e9 Wittgenstein, l\u2019application d\u2019une r\u00e8gle de rationalit\u00e9 est relative au jeu de langage dans lequel on se trouve, \u00e0 un usage. Il n\u2019y a donc pas de rationalit\u00e9 a priori, la raison n\u2019est pas une facult\u00e9. D\u2019autre part, parce que nos cadres conceptuels organisent la r\u00e9alit\u00e9 relativement \u00e0 des valeurs, qui sont pr\u00e9suppos\u00e9es par le langage qui est l\u2019expression d\u2019une certaine organisation sociale, valeurs qui ont elles m\u00eame une origine vitale comme nous l\u2019avons vu. Il n\u2019est donc pas possible de comparer nos \u00e9nonc\u00e9s \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, une telle comparaison supposerait de sortir du langage. Or cela n\u2019est pas possible parce que le langage joue un r\u00f4le transcendantal dans notre appr\u00e9hension du monde. Les langues indo-europ\u00e9ennes organisent ainsi le monde en distinguant mati\u00e8re et \u00eatres vivants, en distinguant animaux et hommes, hommes et femmes. A travers ces dualismes, s\u2019exprime \u00e0 la fois la m\u00e9taphysique occidentale, mais aussi par exemple l\u2019organisation h\u00e9t\u00e9ro-normative de notre soci\u00e9t\u00e9. Ainsi une phrase aussi apparemment aussi neutre que \u00abLe chat est sur le paillasson\u00bb, comme le montre Putnam, pr\u00e9suppose donc les valeurs implicites, refl\u00e9tant l\u2019organisation sociale, que contient le langage et qui nous fait distinguer par exemple entre artefact et \u00eatre vivant. Par cons\u00e9quent, en fonction d\u2019une organisation sociale in\u00e9galitaire et autoritaire, le langage exprime les valeurs des groupes dominants, d\u2019o\u00f9 l\u2019importance de la guerre s\u00e9mantique que peuvent mener les domin\u00e9s pour imposer leur description du monde : par exemple, la remise en cause du dualisme homme\/femme, dans lequel la notion d\u2019homme est dominante, telle qu\u2019elle est effectu\u00e9e par les th\u00e9ories queers, au profit d\u2019une multiplicit\u00e9 des identit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il se pose un probl\u00e8me, si toute connaissance est relative \u00e0 un point de vue singulier qui s\u2019exprime \u00e0 travers les cat\u00e9gories d\u2019une langue particuli\u00e8re et que par cons\u00e9quent il n\u2019est pas possible de fonder absolument la connaissance, ne sombrons-nous pas dans un relativisme auto-r\u00e9futant : \u00abToute v\u00e9rit\u00e9 est relative\u00bb. Cet \u00e9nonc\u00e9 comporte une double incoh\u00e9rence. D\u2019une part si tous les \u00e9nonc\u00e9s sont relatifs, mon \u00e9nonc\u00e9 admet l\u2019\u00e9nonc\u00e9 inverse selon lequel tous les \u00e9nonc\u00e9s ne sont pas relatifs. D\u2019autre part, la notion d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 relative est incoh\u00e9rente, dans la mesure o\u00f9 si une v\u00e9rit\u00e9 est relative, c\u2019est qu\u2019elle peut \u00eatre fausse et que dans ce cas l\u00e0 elle n\u2019est pas une v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette question qui est une question de th\u00e9orie de la connaissance a bien un enjeu pratique qui est celui de savoir si on peut se passer de toute notion d\u2019 \u00abarch\u00e9\u00bb c\u2019est \u00e0 dire de fondement, dans le domaine aussi bien de la connaissance que politique, sans conduire \u00e0 une incoh\u00e9rence de fait de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<h6>B &#8211; <strong>Une conception non-transcendante de la v\u00e9rit\u00e9 : une v\u00e9rit\u00e9 humaine<\/strong><\/h6>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour les pragmatistes, nos interrogations partent toujours de quelque chose, il n\u2019y a pas de remise en cause radicale possible, contrairement \u00e0 la d\u00e9marche cart\u00e9sienne, de tout ce que nous savions auparavant. Par cons\u00e9quent, lorsque nous nous interrogeons sur la v\u00e9rit\u00e9, nous le faisons \u00e0 partir du langage. Or le langage pr\u00e9suppose la vie en soci\u00e9t\u00e9, qui pr\u00e9suppose elle-m\u00eame l\u2019existence de la nature, dans notre conception implicite du monde. Par cons\u00e9quent qu\u2019est-ce que la v\u00e9rit\u00e9 pour un pragmatiste ? La v\u00e9rit\u00e9 est une notion qui appartient au langage. Elle est une notion qui est apparue comme une n\u00e9cessit\u00e9 de la vie en soci\u00e9t\u00e9. Face \u00e0 la contradiction des opinions, les hommes ont eu besoin de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 une notion qui caract\u00e9rise le point de vue dans lequel les controverses seraient tranch\u00e9es radicalement car il dirait la r\u00e9alit\u00e9 en soi. Nietzsche, dans <i>V\u00e9rit\u00e9 et Mensonge au sens extra-moral,<\/i> a bien compris que la v\u00e9rit\u00e9 est un produit de la vie en soci\u00e9t\u00e9 et du langage, et qu\u2019il n\u2019y a pas de sens \u00e0 parler de v\u00e9rit\u00e9 en dehors de ce contexte. La v\u00e9rit\u00e9 est un caract\u00e8re inali\u00e9nable d\u2019une proposition. Donc parler de v\u00e9rit\u00e9 n\u2019a de sens que dans le contexte d\u2019\u00eatres qui sont capables de communiquer entre eux. En effet, toute critique du crit\u00e8re de la v\u00e9rit\u00e9 engage celui qui l\u2019\u00e9nonce dans une discussion sur la validit\u00e9 de ce crit\u00e8re. Donc la question de la d\u00e9finition de l\u2019homme ne se pose pas, la question de la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9tant immanente au langage, elle ne se pose que pour des \u00eatres qui ont un tel concept et qui sont capables de communiquer entre eux. C\u2019est bien pourquoi, il s\u2019agit d\u2019un humanisme dans un cadre naturaliste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A partir de cette \u00e9lucidation de la notion de v\u00e9rit\u00e9, la v\u00e9rit\u00e9 est donc une notion sociale, par cons\u00e9quent la v\u00e9rit\u00e9 ne peut \u00eatre que le produit d\u2019un consensus. Or l\u00e0 aussi, il faut faire attention de ne pas confondre le consensus et la majorit\u00e9. Le consensus, comme le d\u00e9finit Habermas (15) dans <i>V\u00e9rit\u00e9 et Justification<\/i>, est ce qui ne peut \u00eatre r\u00e9fut\u00e9 par personne. Il est n\u00e9anmoins vraisemblable que la v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9finie comme consensus dans ce sens l\u00e0 correspond \u00e0 une place vide dans le discours. En effet, il faudrait que tous les hommes qui vivent en m\u00eame temps puissent s\u2019accorder. Mais en outre, il est toujours possible que quelqu\u2019un, par la suite, par un argument exp\u00e9rimental ou logique, puisse venir remettre en cause ce consensus. L\u2019a priori \u00e9tant rejet\u00e9, ce consensus n\u2019a donc pas le sens d\u2019un consensus de droit, mais de fait : il pr\u00e9suppose donc de construire un universel concret et non pas formel. \u00abCommuniquer, partager, participer sont les seules fa\u00e7ons d\u2019universaliser la loi\u00bb(16). La d\u00e9marche pragmatiste est donc une d\u00e9marche faillibiliste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par cons\u00e9quent, il faut distinguer, comme le font un certain nombre d\u2019auteur pragmatiste, entre v\u00e9rit\u00e9 et justification. En effet, si Rorty consid\u00e8re qu\u2019il faut se passer de la notion de v\u00e9rit\u00e9 (il semble que face \u00e0 la difficult\u00e9 de tenir de mani\u00e8re coh\u00e9rente une telle position, il ait att\u00e9nu\u00e9 sa position r\u00e9cemment), un pragmatiste comme Putnam distingue entre v\u00e9rit\u00e9 et justification. Il y a donc la r\u00e9alit\u00e9 en soi qui existe par elle-m\u00eame, mais dont la connaissance suppose une position m\u00e9taphysique. Il y a la v\u00e9rit\u00e9 qui correspond \u00e0 cette place vide o\u00f9 le consensus et la r\u00e9alit\u00e9 correspondent. Par cons\u00e9quent, le pragmatisme ne nie pas forcement la correspondance de la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, mais il ins\u00e8re aussi bien la conception correspondantiste que la conception coh\u00e9rentiste dans une conception plus large \u00e0 la fois naturaliste et sociale de la v\u00e9rit\u00e9. Enfin, il y a la justification: plus un \u00e9nonc\u00e9 r\u00e9siste \u00e0 la discussion argument\u00e9e de tous, plus il est justifi\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, quant on dit de quelqu\u2019un qu\u2019il avait raison contre tous, on oublie que la phrase est au pass\u00e9. On ne d\u00e9tient jamais la \u00abv\u00e9rit\u00e9\u00bb seul, le moment o\u00f9 on reconna\u00eet qu\u2019il a raison c\u2019est le moment o\u00f9 ce point de vue est devenu dominant. La v\u00e9rit\u00e9 et la justification sont des notions sociales. Dire qu\u2019on consid\u00e8re qu\u2019il a maintenant raison, c\u2019est bien reconna\u00eetre que son point de vue est consid\u00e9r\u00e9 comme le plus justifi\u00e9 actuellement. Mais l\u00e0 o\u00f9 il ne faut pas commettre d\u2019erreur, c\u2019est en confondant la v\u00e9rit\u00e9 et la justification : car soit on absolutise ce qui ne sont que des justifications, soit on fait de la v\u00e9rit\u00e9 quelque chose de relatif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut ajouter une deuxi\u00e8me conclusion que nous aurons l\u2019occasion de d\u00e9velopper plus loin. Si comme le soutiennent les pragmatistes, la v\u00e9rit\u00e9 est une valeur (elle est quelque chose qui est d\u00e9sir\u00e9 pour son utilit\u00e9), si en outre notre discours inclut toujours des valeurs comme le montre Putnam (valeurs qui ont une origine naturelle comme le montre Nietzsche), s\u2019il faut distinguer v\u00e9rit\u00e9 et justification comme le font Putnam et Habermas, alors plus nos faits seront justifi\u00e9s, plus nos valeurs seront justifi\u00e9es. Car tout fait pr\u00e9suppose des valeurs et toute valeur pr\u00e9suppose des faits. Comme le montre H. Putnam, dans <i>Raison, V\u00e9rit\u00e9 et Histoire<\/i>, pour soutenir les valeurs des nazis, il faut accepter des faits tout \u00e0 fait contestables qui leurs servent d\u2019arguments : il y a des races sup\u00e9rieures, il existe un complot juif mondial\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons donc cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir comment on pouvait soutenir une conception de la connaissance qui ne soit pas absolue, c\u2019est \u00e0 dire en d\u00e9finitive th\u00e9ologique, mais qui soit en m\u00eame temps coh\u00e9rente en \u00e9vitant de rabattre la v\u00e9rit\u00e9 sur la justification comme l\u2019ont fait Nietzsche ou Foucault.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous allons maintenant chercher \u00e0 montrer comment dans le pragmatisme, la th\u00e9orie est toujours pens\u00e9e \u00e0 partir de la pratique, comment il n\u2019y a pas de sens \u00e0 s\u00e9parer les deux dans une d\u00e9marche pragmatiste : il s\u2019agit d\u2019ailleurs d\u2019un des dualismes fondamentaux que le pragmatisme essaie de remettre en cause. C\u2019est dans ce refus de s\u00e9parer th\u00e9orie et pratique que l\u2019on trouve l\u00e0 aussi un ferment commun avec l\u2019anarchisme, dans le refus de s\u00e9parer activit\u00e9 intellectuelle et activit\u00e9 manuelle, la pens\u00e9e et l\u2019action, une telle s\u00e9paration conduit \u00e0 r\u00e9server l\u2019activit\u00e9 intellectuelle uniquement \u00e0 des experts.<\/p>\n<h6>C &#8211; <strong>Le primat de la pratique<\/strong><\/h6>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9marche pragmatiste est d\u00e9finie, au sens strict du terme la premi\u00e8re fois par Pierce dans un article qui s\u2019intitule <i>Comment rendre nos id\u00e9es claires :<\/i> \u00abnous avons reconnu que la pens\u00e9e est excit\u00e9e \u00e0 l\u2019action par l\u2019irritation du doute, et cesse quand on atteint la croyance : produire la croyance est donc la seule fonction de la pens\u00e9e\u00bb. Mais qu\u2019est ce que la croyance, s\u2019agit-il ici de la croyance religieuse pour Pierce ? \u00abQu\u2019est ce que donc que la croyance ? La croyance est quelque chose dont nous avons connaissance ; puis elle apaise l\u2019irritation du doute ; enfin elle implique l\u2019\u00e9tablissement dans notre esprit d\u2019une r\u00e8gle de conduite ou pour parler plus bri\u00e8vement d\u2019une habitude.\u00bb La croyance est simplement ce qui fixe une habitude, en fait pour les pragmatistes, il n\u2019y a pas de diff\u00e9rence de nature entre foi, opinion et savoir : il s\u2019agit dans les trois cas de croyances car elles ne peuvent pas \u00eatre fond\u00e9es. Par cons\u00e9quent, il n\u2019y a pas de diff\u00e9rence de nature entre la foi religieuse et le savoir scientifique. Cette position, on la trouve aussi chez Nietzsche qui fait remarquer dans <i>Le Gai Savoir<\/i> : \u00abla brave croyance en la science, le pr\u00e9jug\u00e9 favorable dont elle b\u00e9n\u00e9ficie et qui domine nos Etats ( autrefois, c\u2019\u00e9tait m\u00eame l\u2019Eglise)(17)\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, Pierce distingue trois m\u00e9thodes pour fixer la croyance :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1) la m\u00e9thode de la t\u00e9nacit\u00e9 : il s\u2019agit de se persuader de ce qui nous fait plaisir<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2) la m\u00e9thode de l\u2019autorit\u00e9 : c\u2019est celle utilis\u00e9e par les \u00e9glises ou les pouvoirs politiques autoritaires, les chefs, par exemple, elle renvoie \u00e0 l\u2019argument d\u2019autorit\u00e9(18)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3) la m\u00e9thode scientifique (ou pragmatiste) : elle postule qu\u2019il y a des r\u00e9alit\u00e9s ind\u00e9pendantes aux id\u00e9es que l\u2019on peut en avoir et que, par l\u2019exp\u00e9rience et le raisonnement, les hommes peuvent arriver \u00e0 une seule et m\u00eame conclusion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui diff\u00e9rencie donc la m\u00e9thode scientifique de la premi\u00e8re m\u00e9thode, c\u2019est qu\u2019elle cherche \u00e0 \u00e9tablir un consensus, mais contrairement \u00e0 la m\u00e9thode autoritaire, cette recherche de consensus n\u2019est pas faite par le moyen de la violence ou par une position sociale, mais par l\u2019argumentation et l\u2019exp\u00e9rimentation. Il s\u2019agit d\u2019un point important : Spinoza dans le <i>Trait\u00e9 de l\u2019autorit\u00e9 politique<\/i> prend soin de distinguer la paix qui d\u00e9coule du consentement rationnel et celle qui d\u00e9coule de la terreur, de m\u00eame il existe des consensus apparents car ils ne d\u00e9coulent pas d\u2019une discussion argument\u00e9e, mais du pouvoir de l\u2019autorit\u00e9 (si d\u2019ailleurs l\u2019autorit\u00e9 parvenait \u00e0 mettre en place un consentement total ou consensus, par la manipulation, il n\u2019y aurait plus en toute logique de r\u00e9sistance). En fait, il est tr\u00e8s certainement impossible de mettre en place une situation d\u00e9pourvue totalement de rapport de violence (il ne s\u2019agit pas seulement de violence physique, mais aussi de violence morale), mais il y a des situations int\u00e9grant plus ou moins de violence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut se demander si le pragmatisme par la notion de m\u00e9thode ne tombe pas sous le coup de l\u2019anarchisme \u00e9pist\u00e9mologique (19) de Feyerabend, qui est une sorte de pragmatisme radical ou de relativisme, pour qui \u00abil n\u2019y a pas de m\u00e9thode en science, tout est bon du moment que cela marche\u00bb. L\u2019anarchisme \u00e9pist\u00e9mologique de Feyerabend le conduit, au nom du pluralisme et d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 libre, \u00e0 mettre sur le m\u00eame plan le darwinisme et le cr\u00e9ationnisme, l\u2019astronomie et l\u2019astrologie. Si d\u2019un point de vue pragmatique, on peut s\u2019accorder avec le fait qu\u2019il n\u2019y a pas de m\u00e9thode a priori, on peut n\u00e9anmoins remarquer que Feyerabend s\u2019auto-refute et suppose une m\u00e9thode implicitement : la m\u00e9thode pragmatiste de l\u2019argumentation et de l\u2019exp\u00e9rimentation. En effet, en soutenant que toute les m\u00e9thodes sont valables, il le fait au nom du pluralisme, il exclut donc implicitement les m\u00e9thodes qui refusent le pluralisme. Dit autrement, les m\u00e9thodes autoritaires consid\u00e8rent que seule leur m\u00e9thode est valable, par cons\u00e9quent admettre ces m\u00e9thodes, c\u2019est contredire le principe selon lequel il n\u2019y a pas de m\u00e9thode. Par cons\u00e9quent, la m\u00e9thode autoritaire est implicitement r\u00e9cus\u00e9e par le principe de Feyerabend. Le cr\u00e9ationnisme ne peut \u00eatre mis sur le m\u00eame plan que le darwinisme car si le darwinisme accepte d\u2019\u00eatre r\u00e9cus\u00e9 par l\u2019exp\u00e9rimentation et l\u2019argumentation, par contre le cr\u00e9ationnisme en reposant, sur l\u2019autorit\u00e9, le refuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme le montre W. James dans la Ch. II du <i>Pragmatisme<\/i>, le pragmatisme consiste \u00e0 interpr\u00e9ter les interminables controverses philosophiques du point de vue de leurs cons\u00e9quences pratiques. Si une voiture me fonce dessus et qu\u2019en me fiant aux apparences, je saute pour l\u2019\u00e9viter et que j\u2019ai la vie sauve alors on peut dire que cette croyance est plus justifi\u00e9e qu\u2019une autre. Le pragmatisme est une th\u00e9orie de la connaissance qui d\u00e9coule de la pratique : il n\u2019y a pas de sens pour un pragmatiste \u00e0 s\u00e9parer th\u00e9orie et pratique, pratique et justification (20). \u00abPoss\u00e9der des id\u00e9es vraies, nous dit James, c\u2019est poss\u00e9der de puissants instruments pour l\u2019action\u00bb. Qu\u2019est ce qu\u2019une id\u00e9e pour un pragmatiste ? Les pragmatistes, comme le rappelle Cometti son livre <i>Le philosophe et la poule de Kircher<\/i>, ne sont pas des philosophes de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9, l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 est un mythe : une id\u00e9e est une action. Ou comme le montre Wittgenstein, ce sont les pratiques de discours qui constituent la pens\u00e9e et l\u2019int\u00e9riorit\u00e9, il n\u2019y pas de pens\u00e9e avant le langage. Le pragmatisme est une ontologie pluraliste de l\u2019action ou de la relation (appel\u00e9e transaction chez J.Dewey). Les discours sont eux m\u00eame des actes, des pratiques. Il ne s\u2019agit pas de repr\u00e9senter la r\u00e9alit\u00e9, il n\u2019y a pas d\u2019esprit qui soit le miroir de la r\u00e9alit\u00e9, mais uniquement des instruments utiles pour l\u2019action. Dire d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019elle correspond \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 ne signifie donc pas dire qu\u2019elle la repr\u00e9sente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rechercher la v\u00e9rit\u00e9 pour la v\u00e9rit\u00e9 de mani\u00e8re d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e pour un pragmatiste rel\u00e8ve du pur id\u00e9alisme, nous recherchons la v\u00e9rit\u00e9 parce que nous y avons un int\u00e9r\u00eat vital : la v\u00e9rit\u00e9 est utile pour l\u2019action. La notion de v\u00e9rit\u00e9 est un produit humain, comme tout produit vital, elle a une utilit\u00e9. Il nous est utile d\u2019avoir des croyances en accord avec la r\u00e9alit\u00e9 car nous sommes une partie de cette r\u00e9alit\u00e9. Par cons\u00e9quent, l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle ce qui pourrait nous \u00eatre utile serait le faux est absurde car c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui est utile que nous appelons vrai. Donc ce qui est utile, c\u2019est ce qui est vrai car la notion de vraie elle-m\u00eame est un produit de nos besoins. Comme l\u2019\u00e9nonce C. Tiercelin : \u00abune croyance est utile si et seulement si elle est vraie et de m\u00eame elle est vraie si et seulement si elle est utile\u00bb (21).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De la m\u00eame mani\u00e8re, nous devons noter, comme nous l\u2019avons fait remarquer avec Putnam sur les valeurs, que par cons\u00e9quent le vrai, le bon ou le juste sont li\u00e9s et que donc de m\u00eame le bon et le juste sont ce qui nous est utile. Comme l\u2019\u00e9crit W. James :<\/p>\n<blockquote><p>\u00able vrai consiste simplement en ce qui est avantageux pour notre pens\u00e9e, le juste simplement dans ce qui est avantageux pour notre conduite (\u2026) pour des raisons d\u00e9finies et susceptibles d\u2019\u00eatre sp\u00e9cifi\u00e9es\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">J. Dewey, dans <i>Reconstruction en Philosophie,<\/i> nous fournit une bonne analyse de la m\u00e9thode d\u2019action pragmatique. La m\u00e9thode pragmatique n\u2019est pas propre \u00e0 l\u2019homme, elle est commune \u00e0 tous les \u00eatre vivants.<\/p>\n<blockquote><p>\u00abL\u2019organisme agit en accord avec sa propre structure sur son environnement\u2026Les changements produits par l\u2019environnement r\u00e9agissent sur l\u2019organisme et ses activit\u00e9s (22)\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ce que Dewey appelle l\u2019exp\u00e9rience. L\u2019empirisme pragmatiste s\u2019oppose \u00e0 l\u2019id\u00e9e rationaliste d\u2019a priori, mais il se distingue de l\u2019empirisme classique en insistant sur la dimension active de l\u2019organisme vivant dans sa relation avec le milieu. \u00abLa connaissance fait partie du processus par lequel la vie persiste et croit\u00bb. Ce qui diff\u00e9rencie l\u2019exp\u00e9rience humaine et l\u2019exp\u00e9rience animal, c\u2019est le r\u00f4le du langage et donc de la culture qui est apparue du fait de l\u2019\u00e9volution des esp\u00e8ces. Ce qui fait qu\u2019il n\u2019y a pas que l\u2019exp\u00e9rimentation qui intervient, mais aussi la discussion argument\u00e9e. Dans le cas des hommes, l\u2019exp\u00e9rience et le langage sont sans cesse entrem\u00eal\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si on imagine qu\u2019un homme se trouve devant une rivi\u00e8re (situation) qu\u2019il veut traverser (probl\u00e8me), il va commencer par observer son environnement, il voit une planche de bois, il \u00e9labore une hypoth\u00e8se, il va l\u2019exp\u00e9rimenter en mettant la planche entre les deux rives, s\u2019il parvient \u00e0 traverser, son hypoth\u00e8se sera justifi\u00e9e (assertabilit\u00e9 garantie) relativement \u00e0 la situation. Cet ensemble constitue ce que Dewey appelle la logique ou th\u00e9orie de l\u2019enqu\u00eate. \u00abL\u2019enqu\u00eate est la transformation contr\u00f4l\u00e9e ou dirig\u00e9e d\u2019une situation ind\u00e9termin\u00e9e en une situation qui est si d\u00e9termin\u00e9e en ses distinctions et relations constitutives qu\u2019elle convertit les \u00e9l\u00e9ments de la situation en un tout unifi\u00e9 (23)\u00bb. Il s\u2019agit donc du passage d\u2019une situation de doute \u00e0 une situation o\u00f9 la croyance est fix\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette interd\u00e9pendance de la th\u00e9orie et de la pratique est l\u00e0 aussi un point commun que partage le pragmatisme avec l\u2019anarchisme puisque c\u2019est un th\u00e8me que l\u2019on retrouve par exemple chez Bakounine ou Proudhon. A propos de Proudhon, J.Bancal a pu parler d\u2019un pragmatisme travailliste.<\/p>\n<blockquote><p>\u00abL\u2019id\u00e9e, avec ses cat\u00e9gories na\u00eet de l\u2019action et doit revenir \u00e0 l\u2019action [\u2026] Cela signifie que toute connaissance [\u2026] est sortie du travail et doit servir d\u2019instrument au travail\u00bb (24).<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Proudhon d\u00e9fend une conception pragmatiste du travail : le travail est une action, le travail en tant qu\u2019action est ce qui d\u00e9termine l\u2019apparition des id\u00e9es et les id\u00e9es n\u2019ont elles-m\u00eames de valeurs qu\u2019en tant qu\u2019instrument pour l\u2019action. La connaissance n\u2019est pas contemplative, elle a son origine dans le travail. Nous constatons par-l\u00e0, que le pragmatisme tout comme l\u2019anarchisme remet en cause la dualit\u00e9 entre th\u00e9orie et pratique dont nous verrons qu\u2019elle a une origine dans l\u2019existence m\u00eame de classes sociales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons donc cherch\u00e9 \u00e0 montrer que le pragmatisme nous permettait de nous appuyer sur une th\u00e9orie de la connaissance qui soit coh\u00e9rente et qui soit en accord avec les principes de l\u2019anarchisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s\u2019agit maintenant de nous demander comment le pragmatisme nous permet de penser une politique anarchiste \u00e0 partir d\u2019un naturalisme m\u00e9thodologique, d\u2019une hypoth\u00e8se naturaliste qui puisse \u00eatre soumise \u00e0 l\u2019exp\u00e9rimentation, de montrer quel peut \u00eatre l\u2019impact de la th\u00e9orie de la connaissance pragmatiste pour repenser l\u2019anarchisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[1] Comme le souligne M. Marsal \u00e0 l\u2019article \u00ab anarchie \u00bb du dictionnaire Lalande de la philosophie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[2] Voir par exemple Proudhon, <i>Confession d\u2019un r\u00e9volutionnaire<\/i> ou m\u00eame Engels, \u00abDe l\u2019autorit\u00e9\u00bb, texte dans lequel Engels critique l\u2019obsession de la critique de l\u2019autorit\u00e9 chez les anarchistes, c\u2019est en particulier Bakounine qui est vis\u00e9 dans ce texte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[3] Pour une interpr\u00e9tation pragmatiste de Protagoras voir <i>Les Sophistes<\/i> de G. Romeyer Dherbey sous le titre \u00abinterpr\u00e9tation nietzsch\u00e9enne\u00bb. Romeyer y fait une interpr\u00e9tation tr\u00e8s explicitement pragmatiste de Nietzsche et de Protagoras.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[4] Pour une interpr\u00e9tation pragmatiste de Nietzsche, voir : \u00ab\u00a0Le pragmatisme chez Nietzsche et Poincar\u00e9\u00a0\u00bb de R. Berthelot, \u00ab\u00a0Pragmatisme et sociologie\u00a0\u00bb de E. Durkheim, Le probl\u00e8me de la v\u00e9rit\u00e9 chez Nietzsche\u00a0\u00bb de J. Granier, \u00abNietzsche et le pragmatisme\u00bb in <i>Le Magazine litt\u00e9raire<\/i>, avril 1992 de R. Rorty. ( On rattache aussi certains aspect de la pens\u00e9e de Bergson au pragmatisme en ce qui concerne sa conception du langage, de l\u2019intelligence et de l\u2019homme d\u00e9fini avant tout comme Homo faber).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[5] Pour une interpr\u00e9tation pragmatiste de Foucault, voir par exemple <i>La philosophie : Pragmatisme et art de vivre<\/i> de R. Shusterman. (On peut aussi signaler, en ce qui concerne la th\u00e9orie de la v\u00e9rit\u00e9, celle qu\u2019esquisse Foucault dans <i>L\u2019Ordre du discours<\/i> par exemple).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[6] Aux Etats Unis, le lien entre le pragmatisme dans les d\u00e9partements de philosophie et ce qu\u2019on appelle les post-structuralistes, c\u2019est \u00e0 dire les philosophes continentaux qui dominent les d\u00e9partements de litt\u00e9rature, constitue un mouvement de pens\u00e9e oppos\u00e9 \u00e0 la philosophie analytique. R. Rorty est l\u2019un des auteurs qui illustrent le mieux cette d\u00e9marche. Les auteurs qui ont contribu\u00e9s \u00e0 remettre en cause les dogmes de la philosophie analytique sont principalement Quine, Goodman, Kuhn ou Feyerabend. Cela a ainsi permis aux auteurs n\u00e9o-pragmatistes de tracer des liens entre des auteurs tels que Nietzsche, James, Dewey, Heidegger, Wittgenstein, Foucault ou Derrida\u2026 Le pragmatisme a pour caract\u00e9ristique, comme l\u2019anarchisme d\u2019\u00eatre un courant qui r\u00e9unit des positions philosophiques assez diverses en fonction des auteurs (r\u00e9alisme ou nominalisme, r\u00e9alisme ou subjectivisme, pluralisme ou monisme\u2026). D\u2019un point de vue politique, on peut dire que les pragmatistes am\u00e9ricains sont des philosophes de la d\u00e9mocratie et de la gauche am\u00e9ricaine soit lib\u00e9raux (au sens am\u00e9ricain) comme Rorty, soit socialistes comme Bernstein.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019auteur le plus proche dans ce courant des positions libertaires est certainement Dewey dont la forme sp\u00e9cifique de pragmatiste a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9e par lui instrumentalisme. Westbrook dans <i>J. Dewey and American democracy<\/i> parle du \u00absocialisme sans Etat\u00bb de J. Dewey et d\u2019une sorte de \u00absocialisme libertaire\u00bb. P.Manicas a par ailleurs \u00e9crit un article sur J.Dewey et l\u2019anarchisme intitul\u00e9 <i>J. Dewey : anarchism and political state.<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dewey fut en contact avec des militants anarchistes, dont E. Goldman avec laquelle il entretint une correspondance. Il eut une influence sur la p\u00e9dagogie libertaire et en particulier sur la p\u00e9dagogie Freinet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus r\u00e9cemment, parmi les auteurs anarchistes am\u00e9ricains qui se sont r\u00e9clam\u00e9s de son influence, on peut citer P. Goodman et N.Chomsky. M\u00eame si Dewey est proche de certains th\u00e8mes anarchistes, on ne peut pas n\u00e9anmoins faire de lui un anarchiste au sens strict dans la mesure o\u00f9 il a tent\u00e9 de cr\u00e9er un troisi\u00e8me parti aux Etats Unis et que sa position n\u2019est pas toujours nettement hostile \u00e0 l\u2019Etat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Pour ce qui est des points communs entre l\u2019anarchisme et des auteurs comme Nietzsche, James ou Bergson, on peut se r\u00e9f\u00e9rer au <i>Petit lexique<\/i> de D. Colson).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[7] Cette expression qui n\u2019est pas celle d\u2019un auteur pragmatiste au sens strict, puisqu\u2019elle est celle de Bakounine dans <i>L\u2019instruction int\u00e9grale<\/i>, d\u00e9finit pourtant tr\u00e8s bien le pragmatisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[8] Les expressions d\u2019anarchie n\u00e9gative et d\u2019anarchie positive sont emprunt\u00e9es \u00e0 Proudhon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[9] D. Colson, en particulier dans le <i>Petit lexique<\/i>, a tr\u00e8s bien montr\u00e9 le lien qu\u2019il peut y avoir entre le perspectivisme nietzsch\u00e9en et l\u2019importance accord\u00e9 \u00e0 la singularit\u00e9 individuelle par l\u2019anarchisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[10] Voir aussi Canguilhem, <i>La connaissance de la vie<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[11] <i>La volont\u00e9 de Puissance<\/i>, vol.I, Livre I, Ch. II, \u00a789<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[12] Ibid, Ch.I, \u00a734<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[13] \u00abOn oppose parfois les anciens physiologues et les sophistes, les uns s\u2019\u00e9tant vou\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la nature, les autres ayant inaugur\u00e9 celle de l\u2019homme. En fait, les sophistes ce sont beaucoup appuy\u00e9s sur les physiologues, comme Protagoras sur H\u00e9raclite.\u00bb (G. Romeyer Dherbey, <i>Les sophistes<\/i>). Les sophistes opposent certes la relativit\u00e9 du <i>nomos<\/i> \u00e0 la <i>phusis<\/i> mais dans un cadre naturaliste. C\u2019est cette m\u00eame inspiration que l\u2019on trouve chez un pragmatiste tel que J.Dewey.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[14] Un philosophe comme Dewey est moniste dans la mesure o\u00f9 il reconna\u00eet par exemple une continuit\u00e9 entre la mati\u00e8re et l\u2019esprit, mais pluraliste sur la question des interactions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[15] Habermas et Apel sont consid\u00e9r\u00e9s dans une certaine mesure comme des repr\u00e9sentants continentaux du pragmatisme. Il faut cependant remarquer qu\u2019ils s\u2019en distinguent par une d\u00e9marcher plus kantienne de recherche de transcendantal qui n\u2019existe pas chez les pragmatistes classiques. En outre, la d\u00e9marche d\u2019Appel s\u2019inscrit dans une d\u00e9marche de recherche de fondation, ce qui n\u2019est pas les cas de Habermas. Par cons\u00e9quent, Habermas est plus proche du pragmatisme classique que Apel, mais il s\u2019en \u00e9loigne par la recherche de normes universelles en droit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[16] J. Dewey, <i>Reconstruction en philosophie<\/i>, p.168<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[17] Nietzsche souligne ici comment une conception autoritaire de la science, qui la transforme en objet de v\u00e9n\u00e9ration, peut lui faire jouer, comme chez A. Comte, une fonction religieuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[18] Il faut bien voir comme le montre H. Arendt, dans \u00abQu\u2019est ce que l\u2019autorit\u00e9 ?\u00bb in <i>La crise de la culture<\/i>, que la notion d\u2019autorit\u00e9 suppose la hi\u00e9rarchie, l\u2019in\u00e9galit\u00e9 et s\u2019oppose donc \u00e0 l\u2019argumentation qui est un mode \u00e9galitaire de r\u00e8glement de conflits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[19] Voir Feyerabend P., <i>Contre la m\u00e9thode<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[20] Ce qui implique que distinguer ontologiquement entre ce que les gens disent et font, entre superstructure et base \u00e9conomique, c\u2019est pour les philosophes pragmatistes se contenter de retourner les dualismes de la philosophie id\u00e9aliste. C\u2019est un des points, par exemple, qui permet de faire une lecture pragmatiste de Foucault qui a tr\u00e8s bien vu que les discours sont aussi des pratiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[21] Tiercelin C., <i>Le doute en question<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[22] <i>Reconstruction en philosophie<\/i>, p.92<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[23] J.Dewey,<i> La th\u00e9orie de l\u2019enqu\u00eate<\/i>, p.169<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[24] <i>Justice<\/i>, III, p.69<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019objectif de ce texte est de se demander dans un contexte post-moderne de \u00abfin des certitudes\u00bb et de remise en cause des \u00abgrandes id\u00e9ologies\u00bb, s\u2019il y a une philosophie qui puisse nous servir de cadre de &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":942,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[31],"tags":[],"class_list":["post-633","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-la-pensee-libertaire-philosophie"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/ouvrier.jpg?fit=611%2C541&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pc9uqr-ad","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/633","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=633"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/633\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/942"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=633"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=633"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=633"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}