{"id":5796,"date":"2026-08-08T16:08:15","date_gmt":"2026-08-08T14:08:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=5796"},"modified":"2026-08-08T16:53:46","modified_gmt":"2026-08-08T14:53:46","slug":"un-thriller-philosophique-et-politique-marx-levinas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=5796","title":{"rendered":"Un thriller philosophique et politique\u00a0: Marx\/Levinas"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Le 26 janvier 2024 le s\u00e9minaire libertaire ETAPE (Explorations Th\u00e9oriques Anarchistes Pragmatistes pour l&rsquo;Emancipation) a consacr\u00e9 sa s\u00e9ance au livre de la philosophe Lucie Doublet, <\/span><span style=\"color: #000080;\"><u><a href=\"https:\/\/www.otrante.fr\/levinas.html\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Emmanuel Levinas et l\u2019h\u00e9ritage de Karl Marx. Sublime mat\u00e9rialisme<\/i><\/span><\/a><\/u><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> (\u00e9dition Orante, 2021). Mettre en rapport un philosophe, Emmanuel Levinas (1906-1995), que l\u2019on enferme souvent dans la case \u00ab\u00a0\u00e9thique\u00a0\u00bb et un penseur et militant r\u00e9volutionnaire comme Karl Marx (1818-1883) \u00e9tait loin d\u2019aller de soi. Et faire ce geste h\u00e9r\u00e9tique dans le cadre d\u2019un s\u00e9minaire anarchiste, en pointant des composantes libertaires tant chez Marx que chez Levinas, encore moins. Ainsi va le questionnement non dogmatique qui devrait \u00eatre plus souvent emprunt\u00e9 par celles et ceux qui se r\u00e9clament de l\u2019anarchisme\u00a0: il peut faire son miel de ce qui est ext\u00e9rieur \u00e0 l\u2019anarchisme et n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 sortir des autoroutes qui ont si souvent men\u00e9 \u00e0 des impasses.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">A la suite de la pr\u00e9sentation faite par Thomas Chust, nous trouverons les contributions de :<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Philippe Corcuff<\/strong> : <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif;\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\">Levinas et Marx : penser les tensions pour r\u00e9inventer la politique \u00e9mancipatrice aujourd\u2019hui, gr\u00e2ce \u00e0 Lucie Doublet ;<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Alain David<\/strong> :\u00a0<span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\">Levinas avec Marx.\u00a0<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\">Post-scriptum \u00e0 une s\u00e9ance du s\u00e9minaire ETAPE ;<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Lucie Doublet<\/strong> :\u00a0<span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif;\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\">Retour sur un couple philosophique et politique : Marx\/Levinas.\u00a0<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif;\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\">Rebonds apr\u00e8s les \u00e9changes du s\u00e9minaire ETAPE.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"right\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Le collectif \u00e9ditorial de Grand Angle<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">********************************************<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><b>La gauche radicale troubl\u00e9e par Levinas\u00a0: lueurs de Lucie Doublet<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><b>Par Thomas Chust<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">****************************************<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Ce texte est tir\u00e9 d&rsquo;un rapport pr\u00e9sent\u00e9 lors de la s\u00e9ance du s\u00e9minaire ETAPE (Explorations Th\u00e9oriques Anarchistes Pragmatistes pour l&rsquo;Emancipation) du 26 janvier 2024 consacr\u00e9e au livre de la philosophe Lucie Doublet, <\/span><span style=\"color: #000080;\"><u><a href=\"https:\/\/www.otrante.fr\/levinas.html\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Emmanuel Levinas et l\u2019h\u00e9ritage de Karl Marx. Sublime mat\u00e9rialisme<\/i><\/span><\/a><\/u><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> (\u00e9dition Orante, 2021).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">****************************************<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Le parcours philosophique amateur qui est le mien a certainement influenc\u00e9 la fa\u00e7on dont j&rsquo;ai pu lire le livre-th\u00e8se de Lucie Doublet. Alors je vous le livre en deux mots. De formation scientifique, j\u2019ai accueilli avec bonheur la pens\u00e9e d\u2019Henri Bergson (1859-1941) qui m\u2019a aid\u00e9 \u00e0 trouver les mots pour exprimer mes intuitions anti-scientistes. Ensuite, ce fut un bonheur redoubl\u00e9 que de d\u00e9couvrir la philosophie d\u2019Emmanuel Levinas (1906-1995). Il faut peut-\u00eatre pr\u00e9ciser qu\u2019\u00e0 ce stade de ma vie, mes lectures \u00e9taient encore quasi apolitiques, aussi na\u00eff que cela puisse para\u00eetre. Et c\u2019est seulement dans le tournant des ann\u00e9es 2000 que j\u2019en vins \u00e0 m\u2019int\u00e9resser \u00e0 un peu de politique et \u00e0 Karl Marx (1818-1883). Avec le recul, je pense que Bergson et Levinas m\u2019ont fortement aid\u00e9 \u00e0 voir dans le mat\u00e9rialisme de Marx un mat\u00e9rialisme concret, humain, et non un mat\u00e9rialisme abstrait, m\u00e9canique.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><b>Marx et Levinas\u00a0: un thriller philosophique par Lucie Doublet\u2026<\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Il a \u00e9t\u00e9 donc ironique pour moi que le livre de Lucie Doublet s&rsquo;ouvre sur le constat que Levinas passe en g\u00e9n\u00e9ral pour un penseur apolitique. Mais qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, comme le d\u00e9montre tr\u00e8s bien son livre, l\u2019exigence d\u2019une \u00ab soci\u00e9t\u00e9 universelle \u00bb englobe l\u2019ensemble de son projet philosophique. Et la question \u00ab\u00a0Comment une communaut\u00e9 humaine pourrait \u00eatre unie, non par un principe de violence, mais par la justice ?\u00a0\u00bb impr\u00e8gne toute sa d\u00e9marche. Levinas n\u2019a n\u00e9anmoins jamais tenu \u00e0 se qualifier de communiste ou autre identit\u00e9 militante engag\u00e9e, au contraire. Il tient pour essentiel le retrait et la rigueur qu\u2019exige la philosophie d\u00e9finie comme autonomie de la raison, en tension donc avec la conscience d\u2019une vocation \u00e0 l\u2019absolu.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">On comprend alors que la distance qu\u2019entretien Levinas avec le projet r\u00e9volutionnaire est paradoxalement une mani\u00e8re de le nourrir. La th\u00e8se de Lucie Doublet propose justement une lecture de l\u2019\u0153uvre levinassienne qui permet d\u2019en apercevoir l\u2019importance, renouvelant ainsi une r\u00e9flexion radicale sur le changement social.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Les analyses qui sont d\u00e9velopp\u00e9es dans cette th\u00e8se se pr\u00e9sentent comme une mise en dialogue entre Levinas et Marx, voire comme un thriller philosophique gravitant autour de l\u2019\u0153uvre de ces deux auteurs! Par ce \u00ab\u00a0d\u00e9tour\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0subterfuge\u00a0\u00bb, on y apprend \u00e9norm\u00e9ment de choses sur l\u2019un et l\u2019autre! Mise en valeur d\u2019un vaste champ de subtilit\u00e9s de pens\u00e9e et de positionnement. Tr\u00e8s instructif et passionnant\u00a0! Et ampleur des sources bibliographiques qui ont \u00e9t\u00e9 scrut\u00e9es, balayant tous les registres de communication de Levinas.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">\u00c0 noter aussi\u00a0: de nombreux tr\u00e8s beaux passages o\u00f9 des choses vraiment pas simples sont exprim\u00e9es simplement.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Th\u00e8se principale (si l\u2019on souhaite): la gauche radicale gagnerait \u00e0 valoriser la notion de transcendance levinassienne, celle qui permet de d\u00e9faire tout ordre dans lequel l\u2019humain inscrit son existence.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Voil\u00e0 donc un premier aper\u00e7u du livre de Lucie Doublet. Dans la suite de ce texte, j&rsquo;essaierai de faire un r\u00e9sum\u00e9 chapitre par chapitre de l&rsquo;ensemble de son livre, suivi de commentaires et de questions plus sp\u00e9cifiques.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><b>Chapitre 1\u00a0: \u00ab\u00a0Sublime mat\u00e9rialisme\u00a0!\u00a0\u00bb<\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Le premier chapitre, \u00ab\u00a0Sublime mat\u00e9rialisme\u00a0!\u00a0\u00bb, propose une premi\u00e8re mise en regard de la pens\u00e9e de Levinas et de Marx. De prime abord, tout les distingue dans leur d\u00e9marche\u00a0:<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">&#8211; Marx d\u00e9nonce toute philosophie comme sp\u00e9culative et donc id\u00e9ologique, devant \u00eatre remplac\u00e9e par la \u00ab\u00a0science r\u00e9elle\u00a0\u00bb, bas\u00e9e sur l\u2019activit\u00e9 pratique des hommes et les relations sociales qui la d\u00e9terminent.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">&#8211; Levinas n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 cette critique de l\u2019id\u00e9alisme propre \u00e0 toute philosophie. La situation de \u00ab\u00a0face-\u00e0-face\u00a0\u00bb, o\u00f9 se joue une responsabilit\u00e9 infinie pour autrui et sur laquelle se fonde la philosophie levinassienne des rapports humains, n\u2019est pas issue des relations sociales concr\u00e8tes. Levinas qualifie lui-m\u00eame son objet de \u00ab\u00a0socialit\u00e9 utopique\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Cependant, au fil des descriptions de leur pens\u00e9e, par exemple, sur la violence de l\u2019or versus la violence de l\u2019\u00e9p\u00e9e, sur la distinction entre \u00eatre et avoir (appropriation jouissive ou avoir ali\u00e9nant, il faut choisir\u00a0!), dans leur opposition au lib\u00e9ralisme, se d\u00e9tache une m\u00eame conception de la valeur de l\u2019individu ou de la \u00ab\u00a0personne\u00a0\u00bb comme bien supr\u00eame. Ainsi, tant Levinas que Marx d\u00e9noncent la forme particuli\u00e8re d&rsquo;oppression que l\u2019on recouvre sous le terme de \u00ab\u00a0violence \u00e9conomique\u00a0\u00bb. Tous deux comprennent \u00e9galement cette violence au sein d&rsquo;une approche critique de la communaut\u00e9 humaine, qui consiste \u00e0 la concevoir comme une \u00ab\u00a0totalit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">\u00c0 la diff\u00e9rence de l\u2019humanisme classique qui con\u00e7oit la \u00ab\u00a0personne\u00a0\u00bb dans un universalisme abstrait qui l&rsquo;essentialise, Levinas parle de \u00ab\u00a0visage\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0l\u2019autre homme\u00a0\u00bb, et Marx d\u2019\u00ab\u00a0individu humain vivant\u00a0\u00bb ou d\u2019\u00ab\u00a0homme individuel r\u00e9el\u00a0\u00bb. Tous deux d\u00e9noncent cet \u00ab\u00a0humanisme\u00a0\u00bb qui repose sur la n\u00e9gation de tout ce qui constitue la vie concr\u00e8te des individus. \u00c0 cet humanisme abstrait, Marx oppose un \u00ab\u00a0humanisme r\u00e9el\u00a0\u00bb, et Levinas, invoquant la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019aborder l\u2019homme depuis son alt\u00e9rit\u00e9 radicale, un \u00ab\u00a0humanisme de l\u2019autre homme\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Chez Levinas, dire que l\u2019homme est \u00ab\u00a0visage\u00a0\u00bb, c\u2019est exprimer qu\u2019il a un statut d\u2019\u00ab\u00a0individu sans concept\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire une dimension qui r\u00e9siste \u00e0 toute conceptualisation, consistant \u00e0 exister sans avoir de genre, sans \u00eatre individuation d\u2019un concept. \u00ab\u00a0Unicit\u00e9 \u00bb. Pour r\u00e9sister au concept, l\u2019unicit\u00e9 de l\u2019individu doit relever d\u2019un autre ordre, celui de la transcendance. L\u2019humain est ainsi d\u00e9crit comme s\u2019enracinant dans l\u2019\u00eatre, mais sans jamais y \u00eatre enferm\u00e9\u00a0; sa transcendance \u00e9tant justement ce mouvement d\u2019exception qui le porte au-del\u00e0 de sa position dans le monde. L\u2019humain est hors cat\u00e9gorie. N\u00e9cessit\u00e9 alors de rompre avec l\u2019universalisme humaniste abstrait pour avoir une approche ad\u00e9quate de la communaut\u00e9 humaine.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Marx d\u00e9nonce \u00e9galement la vanit\u00e9 de toute tradition philosophique, mais il se concentre sur l&rsquo;analyse de la production humaine en g\u00e9n\u00e9ral, et non sur les relations humaines en particulier. Si la productivit\u00e9 humaine est exceptionnelle, en ce sens qu&rsquo;elle diff\u00e8re de celle des autres animaux, c&rsquo;est parce qu&rsquo;elle est r\u00e9flexive\u00a0: \u00ab\u00a0les circonstances font tout autant les hommes que les hommes font les circonstances\u00a0\u00bb. Les propos de Marx s\u2019attachent ainsi \u00e0 montrer l\u2019importance du caract\u00e8re relationnel et dynamique de la construction individuelle ou individuation (\u00ab\u00a0affirmation individuelle\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0activit\u00e9 personnelle\u00a0\u00bb). L\u2019\u00ab\u00a0individu humain vivant\u00a0\u00bb produit sa propre d\u00e9finition, ce qui fait de lui un \u00eatre historique, r\u00e9tif \u00e0 toute d\u00e9finition par l\u2019essence, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 toute abstraction philosophique.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">\u00c0 la diff\u00e9rence de la notion de visage consid\u00e9r\u00e9e lors de la rencontre d\u2019autrui, notion hors cat\u00e9gorie, la ph\u00e9nom\u00e9nologie du moi chez Levinas est ancr\u00e9e dans la mat\u00e9rialit\u00e9 de son rapport au monde et \u00e0 la jouissance. Comme chez Marx, l\u2019identit\u00e9 du moi est le produit r\u00e9flexif d\u2019une activit\u00e9 concr\u00e8te\u00a0: \u00ab\u00a0Exister dans le monde c\u2019est agir, mais agir de telle sorte qu\u2019en fin de compte l\u2019action a pour objet notre existence m\u00eame\u00a0\u00bb. Le moi ne rel\u00e8ve pas d\u2019un substantif\u00a0: \u00ab\u00a0Le moi, c\u2019est l\u2019\u00eatre dont l\u2019exister consiste \u00e0 s\u2019identifier, c\u2019est l\u2019\u0153uvre originelle de l\u2019identification\u00a0\u00bb. \u00c0 l\u2019instar de<\/span><b> <\/b><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">la vie de \u00ab\u00a0individu humain vivant\u00a0\u00bb qui se rapporte in fine \u00e0 une th\u00e9orie de l\u2019affectivit\u00e9, \u00e0 celle du \u00ab\u00a0besoin souffrant\u00a0\u00bb, chez Levinas, l\u2019unicit\u00e9 du moi se rapporte \u00e0 la corpor\u00e9it\u00e9 de l\u2019individu et la gen\u00e8se de la conscience est d\u00e9crite \u00e0 partir de son enracinement dans la vie sensible. Ainsi, de fa\u00e7on similaire \u00e0 Marx pour qui la conscience \u00e9merge des rapports naturels et sociaux (\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas la conscience qui d\u00e9termine la vie\u00a0, mais la vie qui d\u00e9termine la conscience\u00a0\u00bb), Levinas consid\u00e8re que la pratique pr\u00e9c\u00e8de la th\u00e9orie, et conditionne ses repr\u00e9sentations. Tout d\u2019abord, Levinas voit dans la jouissance un principe de s\u00e9paration (individuation) et d\u2019ind\u00e9pendance du soi (substantialisation)\u00a0: \u00ab\u00a0Ce dont nous vivons ne nous asservit pas, nous en jouissons\u00a0\u00bb. Dans son imm\u00e9diatet\u00e9, la jouissance produit d\u00e9j\u00e0 une premi\u00e8re distinction entre le sujet (le moi) et ses contenus (l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 qui s\u2019y r\u00e9v\u00e8le sous une forme que Levinas nomme l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9mental\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019instar du milieu sensible imm\u00e9diat chez Marx qui se caract\u00e9rise par son \u00e9tranget\u00e9). La conscience appara\u00eet ainsi comme un outil de la jouissance et permet de domestiquer l\u2019\u00e9lemental. En travaillant, l\u2019individu s\u2019approprie une partie des \u00e9l\u00e9ments. La conscience distingue alors des objets, et l\u2019environnement perd son caract\u00e8re d\u2019\u00e9tranget\u00e9, il devient \u00ab\u00a0monde\u00a0\u00bb, offert \u00e0 la repr\u00e9sentation. Finalement, modalit\u00e9 ultime d\u2019individuation du moi, la conscience, ne se contentant plus de refl\u00e9ter l\u2019\u00eatre, se fait \u00ab\u00a0psychisme\u00a0\u00bb, pens\u00e9e et int\u00e9riorit\u00e9, et, par-l\u00e0, distinction absolue du moi et de l\u2019\u00eatre. Pour Levinas, le psychisme constitue un \u00e9v\u00e9nement dans l\u2019\u00eatre, y creusant un repli, o\u00f9 se d\u00e9ploie la vie subjective. Cette dimension n\u2019est pas premi\u00e8re, mais prolonge le geste de retour \u00e0 soi entam\u00e9 par la jouissance, et reste conditionn\u00e9e par l\u2019\u00e9go\u00efsme du M\u00eame, cherchant \u00e0 s\u2019assurer la ma\u00eetrise de l\u2019environnement qui le nourrit.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">La jouissance, et la corpor\u00e9it\u00e9 elle-m\u00eame, chez Levinas, ainsi que l\u2019activit\u00e9 humaine chez Marx, correspondent \u00e0 des situations de conditionnement mutuels, o\u00f9 le constitu\u00e9 est constituant et le constituant est constitu\u00e9. Et \u00e0 ce titre doivent \u00eatre qualifi\u00e9es de \u00ab\u00a0transcendantal\u00a0\u00bb, ce qui se pose en condition de sa condition. La transcendance de l\u2019Autre appara\u00eet donc chez Levinas comme le corr\u00e9lat du caract\u00e8re transcendantal de la jouissance. Si le visage est \u00ab\u00a0transcendant\u00a0\u00bb, c\u2019est qu\u2019il ne cesse de s\u2019excepter du monde qui conditionne son \u00eatre. Et cette transcendance s\u2019accomplit tr\u00e8s concr\u00e8tement dans les gestes de la jouissance, du travail et de la repr\u00e9sentation, en s\u2019inscrivant jusque dans la corpor\u00e9it\u00e9 de la vie sensible propre aux individus humains. L\u2019approche levinassienne de l\u2019Autre comme transcendance peut ainsi \u00eatre qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0spiritualisme concret\u00a0\u00bb, car elle saisit l\u2019individu sous l\u2019aspect du psychisme, et sans aucune abstraction sp\u00e9culative. Par le psychisme, les individus se posent en fondement de leurs propres \u00eatres. Le mat\u00e9rialisme concret de Marx, \u00ab\u00a0naturalisme accompli\u00a0\u00bb, pr\u00e9sente un sch\u00e9ma parall\u00e8le. Il consid\u00e8re aussi les individus en tant que principes ultimes et fondements de leurs propres existences.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Sur le plan ontologique, Levinas et Marx partagent \u00e9galement une hypoth\u00e8se commune\u00a0: le pluralisme de l\u2019\u00eatre. Pour L\u00e9vinas, \u00ab\u00a0l\u2019\u00eatre se produit comme multiple et comme scind\u00e9 en M\u00eame et en Autre. C\u2019est sa structure ultime\u00a0\u00bb\u00a0; le r\u00e9el est de part en part individualit\u00e9s. Marx aussi ne postule aucune unit\u00e9 r\u00e9elle derri\u00e8re la pluralit\u00e9 des individus. Et chacune \u00e0 leur mani\u00e8re, la m\u00e9thode mat\u00e9rialiste et la m\u00e9thode ph\u00e9nom\u00e9nologique cherchent \u00e0 d\u00e9crire le concret hors des abstractions sp\u00e9culatives.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">L\u2019hypoth\u00e8se du pluralisme ontologique met alors en question la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un commun partag\u00e9 par tous, une communaut\u00e9 (<\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>koimonia<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">) humaine universelle. Et si celle-ci est souhaitable, elle ne peut donc \u00eatre donn\u00e9e d\u2019avance, la situation de d\u00e9part \u00e9voquant plut\u00f4t une \u00ab\u00a0communaut\u00e9 sans communaut\u00e9\u00a0\u00bb. Pour marquer la rupture avec le mod\u00e8le <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>koimonia<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, Levinas parle de \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb humaine, qui suppose l\u2019ind\u00e9pendance de ses \u00e9l\u00e9ments (relation dont les termes s\u2019absolvent de la relation), et de \u00ab\u00a0communaut\u00e9\u00a0\u00bb, qui r\u00e9unit ses \u00e9l\u00e9ments par la participation (m\u00e9diation par un tiers). Ces deux modalit\u00e9s relationnelles ne sont pas exclusives l\u2019une de l\u2019autre, et c\u2019est leur articulation que Levinas interroge. \u00c0 ses yeux, une communaut\u00e9 ne peut \u00eatre humaine qu\u2019en accueillant la socialit\u00e9 qui la pr\u00e9c\u00e8de, en laissant place \u00e0 \u00ab\u00a0la r\u00e9sistance de la multiplicit\u00e9 sociale \u00e0 la logique qui totalise le multiple\u00a0\u00bb. Une communaut\u00e9 humaine vue donc comme le prolongement du face-\u00e0-face \u00e9thique, et qui ne garde de sens qu\u2019en exprimant encore cette origine.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Une distinction analogue appara\u00eet chez Marx\u00a0: il parle d\u2019apparence de communaut\u00e9 lorsqu\u2019elle ignore les relations sociales r\u00e9elles des individus. Communaut\u00e9 illusoire qui masque la division et la lutte des classes, illusion unitaire qui participe alors \u00e0 l\u2019oppression r\u00e9elle. Une v\u00e9ritable communaut\u00e9 doit au contraire produire l\u2019\u00e9mancipation des individus \u00e0 travers leurs relations sociales\u00a0: \u00ab\u00a0Dans la communaut\u00e9 r\u00e9elle, les individus acqui\u00e8rent leur libert\u00e9 \u00e0 la fois dans et par leur association\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Il y a donc une m\u00eame vocation critique du pluralisme ontologique chez Marx et Levinas\u00a0: d\u00e9noncer les abstractions dont la sp\u00e9culation veut faire la substance de la communaut\u00e9. Levinas les nomme des \u00ab\u00a0totalit\u00e9s\u00a0\u00bb, englobant les existences individuelles. La critique levinassienne des totalit\u00e9s au nom du visage rejoint ainsi le propos de Marx\u00a0: l\u2019aspect r\u00e9volutionnaire du communisme r\u00e9side dans sa n\u00e9gation (th\u00e9orique et pratique) des pseudo-n\u00e9cessit\u00e9s qui s\u2019imposeraient aux visages sous forme d\u2019un ordre abstrait. Mais en retour, le pluralisme ontologique qu\u2019ils entendent soutenir se pr\u00e9sente comme une exigence et un d\u00e9fi pour la pens\u00e9e\u00a0: comment envisager l\u2019unit\u00e9 des hommes, celle qu\u2019ils nomment \u00ab\u00a0justice\u00a0\u00bb, sans la fonder sur une d\u00e9termination de l\u2019\u00eatre\u00a0?<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><b>Chapitre 2\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9thique et praxis\u00a0\u00bb<\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Apr\u00e8s avoir expos\u00e9 dans le premier chapitre les points de concordance entre la pens\u00e9e de Levinas et de Marx, le second chapitre, \u00ab\u00a0\u00c9thique et praxis\u00a0\u00bb, nous incite \u00e0 voir les limites d\u2019une approche strictement mat\u00e9rialiste. En particulier, il s&rsquo;agit de souligner la contradiction que repr\u00e9sente une pens\u00e9e de l&rsquo;\u00e9mancipation qui s&rsquo;exprime dans un ordre strictement politique et qui se dispense de toute transcendance.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Tout d\u2019abord, l\u2019approche \u00e9thique de Levinas ne doit pas \u00eatre confondue avec un ensemble de propositions m\u00e9taphysiques, d\u00e9tach\u00e9es de toute vocation pratique dans le cadre de la justice sociale. En r\u00e9alit\u00e9, chez Levinas, il y a une primaut\u00e9 de la <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>praxis<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> \u00ab\u00a0\u00e9thique\u00a0\u00bb ou de l\u2019\u00e9thique comme <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>praxis<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, ou encore, de l\u2019\u00e9thique comme philosophie premi\u00e8re. C\u2019est-\u00e0-dire une primaut\u00e9 du rapport \u00e0 autrui, de la rencontre de l\u2019Autre, qui est \u00e0 l\u2019origine de la pens\u00e9e authentiquement humaine\u00a0: \u00ab\u00a0La condition de la pens\u00e9e est une conscience morale\u00a0\u00bb. Par <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>praxis<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, il faut comprendre un rapport au r\u00e9el inclusif et participatif \u00e0 l\u2019inverse de l\u2019attitude th\u00e9orique surplombante. Ce qui constitue une autre modalit\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9, apport fondamental de Marx \u00e0 la philosophie, ouvrant ainsi la pens\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9paisseur de la temporalit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Poser la <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>praxis<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> comme conditionnant la v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est prendre au s\u00e9rieux le temps\u00a0\u00bb. Cependant, on entrevoit ici ce qui peut opposer Levinas et Marx. La <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>praxis<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> marxienne se r\u00e9alise d\u2019embl\u00e9e \u00e0 un niveau collectif, ce qui situe la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la communaut\u00e9. La <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>praxis<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> \u00e9thique consid\u00e9r\u00e9e par Levinas se joue dans l\u2019intime d\u2019une subjectivit\u00e9. Que dire alors de son effectivit\u00e9 pratique\u00a0? Si Levinas per\u00e7oit dans la fonction relationnelle du langage, une \u00e9thique de la parole, une exigence \u00e9thique v\u00e9cue en premi\u00e8re personne d\u2019abord, la <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>praxis<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> \u00e9thique l\u00e9vinassienne ne se cantonne pas \u00e0 la sph\u00e8re priv\u00e9e. Car en quelque sorte tout se tient et ne peut se jouer en dehors de l\u2019\u00e9conomie. Ainsi, l\u2019entr\u00e9e dans la majorit\u00e9 morale des individus implique une culpabilit\u00e9 objective\u00a0: l\u2019exigence \u00e9thique s\u2019\u00e9tend \u00e0 la signification objective de notre existence, nouant notre intimit\u00e9 \u00e0 la collectivit\u00e9. Au final, l\u2019\u00e9thique l\u00e9vinassienne ne s\u2019oppose pas \u00e0 la <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>praxis<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> politique\u00a0: \u00ab\u00a0voir un visage\u00a0\u00bb, c\u2019est entendre \u00ab\u00a0justice sociale\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Pour appr\u00e9cier en quoi l\u2019\u00e9thique levinassienne n\u2019est pas assimilable \u00e0 une morale id\u00e9aliste, pure id\u00e9ologie l\u00e9gitimant l\u2019ordre \u00e9tabli, il faut en pr\u00e9ciser le c\u0153ur. Chez Levinas, l\u2019\u00e9thique ne d\u00e9signe pas un ensemble de principes, de normes d\u2019agir. Elle tient d\u2019abord \u00e0 son \u00ab\u00a0extraordinaire, [&#8230;] cette sortie hors du sens \u00e9tabli de la r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb, c\u2019est \u00e0 dire, \u00e0 une position du sujet vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00eatre. Elle signe la possibilit\u00e9 d\u2019un d\u00e9sint\u00e9ressement du sujet, et donc une possibilit\u00e9 d\u2019interruption de l\u2019ontologie. Avec l\u2019\u00e9thique, Levinas parle d\u2019\u00ab\u00a0utopie de l\u2019humain\u00a0\u00bb, cette part de \u00ab\u00a0non-lieu\u00a0\u00bb en lui\u00a0: au-del\u00e0 de l\u2019\u00eatre, le sujet \u00e9thique acc\u00e8de \u00e0 un \u00ab\u00a0sol absolu ou utopique\u00a0\u00bb, une part de lui d\u00e9borde sa situation. Et c\u2019est l\u00e0, pense l\u2019autrice, autour de l\u2019utopie du sujet, que s\u2019articule un point de rupture d\u00e9finitif entre les conceptions levinassienne et marxienne de l\u2019homme. En effet, bien que Levinas et Marx s\u2019accordent \u00e0 penser la condition humaine comme celle de \u00ab\u00a0cr\u00e9ature\u00a0\u00bb, d\u00e9pendant vis-\u00e0-vis de l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 s\u00e9culi\u00e8re (le monde, la nature et l\u2019histoire), partageant ici le m\u00eame ath\u00e9isme, ils semblent radicalement diff\u00e9rer dans leur conception de la libert\u00e9. Dans la mesure o\u00f9 Marx reproduit la conception classique du besoin comme manque, pense la cr\u00e9ation sur le mod\u00e8le de la production, et reprend la conception par Baruch Spinoza (1632-1677) de l\u2019homme o\u00f9 l\u2019individu est d\u00e9fini par son <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>conatus essendi<\/i><\/span><sup><span style=\"font-size: xx-small;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif; font-size: xx-small;\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"about:blank#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\">1<\/a><\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> (\u00ab\u00a0les individus poursuivent uniquement leur int\u00e9r\u00eat particulier\u00a0\u00bb), en d\u2019autres termes, si tous les d\u00e9terminismes sont d\u2019ordre causal, alors la libert\u00e9 de l\u2019homme se r\u00e9duit \u00e0 celle d\u2019un dynamisme ontologique. \u00c0 l\u2019inverse, chez Levinas, le caract\u00e8re transcendantal de la jouissance, le \u00ab\u00a0vivre de\u00a0\u00bb accomplit une s\u00e9paration \u00ab\u00a0souveraine\u00a0\u00bb de l\u2019individu (enracin\u00e9, mais pas englob\u00e9). Quant \u00e0 la cr\u00e9ation, Levinas se r\u00e9f\u00e8re au mod\u00e8le de la f\u00e9condit\u00e9, qui permet de concevoir la possibilit\u00e9 de transcender les d\u00e9terminismes qui conditionnent, et d\u2019exister depuis cet au-del\u00e0 utopique comme si le sujet \u00e9tait sa propre origine. Levinas pense ainsi le rapport du sujet \u00e0 l\u2019\u00eatre sur le mod\u00e8le de la cr\u00e9ation continu\u00e9e, naissance de tous les instants, et donc comme rupture incessante des d\u00e9terminismes. La proposition levinassienne est donc une voie tierce entre le postulat id\u00e9aliste d\u2019un sujet sans origine et la description mat\u00e9rialiste d\u2019une cr\u00e9ature surd\u00e9termin\u00e9e par l\u2019\u00eatre. Et comme le d\u00e9sint\u00e9ressement n\u2019est pas susceptible d\u2019\u00eatre prouv\u00e9, entre l\u2019utopie du sujet et sa r\u00e9duction \u00e0 l\u2019\u00eatre se d\u00e9ploient deux visions de l\u2019humain qu\u2019aucun suppl\u00e9ment de savoir ne pourra d\u00e9partager. Mais ce que montre encore Levinas, c\u2019est qu\u2019une \u00e9thique trouvant son origine dans l\u2019utopie du sujet \u00e9chappe \u00e0 toute forme de r\u00e9cup\u00e9ration id\u00e9ologique, et se tient au-del\u00e0 de l\u2019ordre des significations qui englobe \u00e0 la fois la science et l\u2019id\u00e9ologie. En revanche, postuler l\u2019impossibilit\u00e9 qu\u2019en l\u2019homme un sinc\u00e8re souci d\u2019autrui l\u2019emporte sur l\u2019\u00e9go\u00efsme n\u2019est pas sans poser probl\u00e8me. Comment alors imaginer une communaut\u00e9 dans laquelle r\u00e9gnerait une co\u00efncidence r\u00e9elle des int\u00e9r\u00eats particuliers et de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral\u00a0? Cette aporie se retrouve \u00e9galement au niveau de la conception marxienne de l\u2019id\u00e9ologie, dans l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019appliquer le concept d\u2019id\u00e9ologie \u00e0 lui-m\u00eame. Si la th\u00e9orie mat\u00e9rialiste a le pouvoir de d\u00e9passer la sph\u00e8re id\u00e9ologique, c\u2019est que Marx suppose en r\u00e9alit\u00e9 lui-m\u00eame une fonction utopique de l\u2019esprit, c\u2019est \u00e0 dire, une capacit\u00e9 de mettre \u00e0 distance sa situation et de la juger: \u00ab\u00a0fonction excentrique de l\u2019imagination\u00a0\u00bb pour Paul Ric\u0153ur (1913-2005), ou fonction remplie par la notion de nulle part. Valeur donc politique et r\u00e9volutionnaire de l\u2019utopie ainsi comprise.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Autre point de discorde entre Levinas et Marx: la religion. Non seulement un au-del\u00e0 de l&rsquo;\u00eatre est possible pour Levinas, mais il est associ\u00e9 \u00e0 Dieu\u00a0: \u00ab\u00a0la d\u00e9couverte du visage de l\u2019autre homme est la fa\u00e7on dont on entend la voie de Dieu\u00a0\u00bb. Et il propose \u00ab\u00a0d\u2019appeler religion le lien qui s\u2019\u00e9tablit entre le M\u00eame et l\u2019Autre, sans constituer une totalit\u00e9\u00a0\u00bb. Cependant, la conception de Dieu dans la critique marxienne est nettement plus prosa\u00efque et n\u2019engage de fait que la conscience idol\u00e2tre. Prolongeant l&rsquo;analyse par l\u2019\u00ab\u00a0h\u00e9g\u00e9lien de gauche\u00a0\u00bb Ludwig Feuerbach (1804-1872) de la conscience religieuse, qui fait de l&rsquo;essence humaine une idole, Marx propose une explication mat\u00e9rialiste de l&rsquo;origine de l&rsquo;inversion religieuse en termes de manque et de d\u00e9pendance.\u00a0Il voit dans la religion une \u00ab\u00a0protestation contre la d\u00e9tresse r\u00e9elle\u00a0\u00bb. La finalit\u00e9 pratique de la critique marxienne est bien connue\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l\u2019exigence que formule son bonheur r\u00e9el\u00a0\u00bb. En r\u00e9alit\u00e9, Levinas partage toutes ces analyses de Marx, mais va plus loin. Lui aussi d\u00e9nonce la violence des mythes qui subordonnent les hommes aux puissances surnaturelles et les d\u00e9tournent de leur responsabilit\u00e9 dans l\u2019\u0153uvre de justice sociale. Et, en particulier, la violence du sacr\u00e9, d\u00e9fini \u00e0 partir de la cat\u00e9gorie de participation, qui nie la s\u00e9paration des \u00eatres et d\u00e9fait l\u2019individu de son visage. Contre ces croyances id\u00e9ologiques, Levinas affirme la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019ath\u00e9isme, qu\u2019il d\u00e9finit comme la s\u00e9paration du moi. La s\u00e9paration qu\u2019institue la jouissance. Pour lui, l\u2019ath\u00e9isme est une \u00ab\u00a0protestation de l\u2019individu priv\u00e9\u00a0\u00bb contre la violence de la participation. Il exprime la perfection ontologique du moi. Cette th\u00e8se ontologique, l\u2019ath\u00e9isme levinassien, implique la n\u00e9gation des figures mythiques de Dieu fond\u00e9es sur la participation, mais aussi contre les croyances monoth\u00e9istes avec un \u00ab\u00a0Dieu \u00e9conomique\u00a0\u00bb transcendant. La m\u00e9taphysique levinassienne est bien une m\u00e9taphysique ath\u00e9e. Aussi, cet ath\u00e9isme poss\u00e8de une valeur \u00e9thique\u00a0: il appelle \u00e0 une \u00ab\u00a0morale terrestre\u00a0\u00bb,\u00a0car l\u2019\u00e9thique ne se joue pas dans une relation intime avec Dieu, mais dans le face-\u00e0-face avec l\u2019Autre et, m\u00e9di\u00e9 par le tiers, avec la collectivit\u00e9\u00a0; et pose comme valeur supr\u00eame l\u2019institution d\u2019une justice terrestre.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Comme vu plus haut, Marx n\u2019envisage pas d\u2019autres figures de Dieu que celle de l\u2019idole, et reconduit ainsi la confusion du divin avec ses repr\u00e9sentations. La critique marxienne \u00e9tant alors incapable de concevoir d\u2019autre forme de rapport au divin, elle emp\u00eache l\u2019accession \u00e0 un au-del\u00e0 du mythe. Pour Levinas, cela conduit \u00e0 l\u2019aporie des temps modernes\u00a0: la \u00ab\u00a0mort de Dieu\u00a0\u00bb versus un humanisme lui-m\u00eame en crise. Et \u00ab\u00a0cette essentielle d\u00e9sorientation\u00a0\u00bb ne peut alors qu\u2019entretenir et non d\u00e9passer une alternance entre idol\u00e2trie et ath\u00e9isme partiel, comme une \u00ab\u00a0dialectique inachev\u00e9e\u00a0\u00bb. Deux exemples illustrent l\u2019incapacit\u00e9 de l\u2019ath\u00e9isme marxien \u00e0 se d\u00e9faire des repr\u00e9sentations mythiques: en promettant la r\u00e9conciliation achev\u00e9e de l\u2019homme et de l\u2019\u00eatre (en niant alors la dimension tragique du r\u00e9el), l\u2019institution politique du communisme se pense comme une panac\u00e9e &#8211; mythe politico-scientifique &#8211;\u00a0; le prol\u00e9tariat marxien arbore une figure christique &#8211; mythe psychologico-r\u00e9volutionnaire.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Levinas est pour aller au bout de cette critique qui doit assumer la mort des idoles, c\u2019est-\u00e0-dire renoncer \u00e0 toute figure mythique du Messie, qui viendrait abolir l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du Mal. Car l\u2019ath\u00e9isme radical doit assumer une conception radicale du mal, reconna\u00eetre son irr\u00e9ductibilit\u00e9. Le Mal est toujours en exc\u00e8s\u00a0: il est \u00ab\u00a0la non-int\u00e9grabilit\u00e9 du non int\u00e9grable\u00a0\u00bb. La transcendance se manifeste alors aussi dans le monde sous la forme du Mal. Dimension tragique de la r\u00e9alit\u00e9 humaine. Mais forme de transcendance ind\u00e9pendante de toute forme de repr\u00e9sentation mythique, qui s\u2019oppose radicalement \u00e0 toute forme d\u2019idol\u00e2trie. Dans les deux cas, Dieu\/visage ou le Mal, c\u2019est la non-reconnaissance de la transcendance qui fragilise l\u2019ath\u00e9isme marxien. Pour Levinas, celui-ci, davantage qu\u2019une n\u00e9gation du divin, devrait constituer un pr\u00e9alable \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation du Transcendant, une prop\u00e9deutique \u00e0 la \u00ab\u00a0vraie corr\u00e9lation entre l\u2019homme et Dieu\u00a0\u00bb. Ce serait une condition \u00e0 \u00ab\u00a0une relation v\u00e9ritable avec un vrai Dieu <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>kat\u2019auto\u00a0<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">\u00bb, c\u2019est \u00e0 dire, avec un Dieu qui est par et pour lui-m\u00eame, sans aucune ing\u00e9rence dans le monde des hommes. Cet ath\u00e9isme m\u00e9taphysique, affirmation d\u2019une s\u00e9paration stricte de l\u2019homme et du divin, appara\u00eet ainsi comme une condition n\u00e9cessaire au passage d\u2019une religion de son \u00e9tat mythologique \u00e0 son statut de monoth\u00e9isme. Le Dieu monoth\u00e9iste diff\u00e8re par nature des idoles, des dieux mythiques, pr\u00e9cis\u00e9ment par la dimension de transcendance, qui signifie l\u2019ouverture sur une ext\u00e9riorit\u00e9 radicale.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">La conscience rencontre l\u2019infini dans le visage de l\u2019Autre, dimension qui exc\u00e8de son propre \u00eatre, irr\u00e9ductible \u00e0 son visage lui-m\u00eame. Passage, chez Levinas, de la notion de transcendance \u00e0 celle de Transcendant ou de Dieu\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019au-del\u00e0 dont vient le visage est \u00e0 la troisi\u00e8me personne\u00a0\u00bb ou \u00ab<\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>\u00a0Ill\u00e9it\u00e9\u00a0<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">\u00bb. L\u2019autre n\u2019est pas divin, mais son visage est \u00ab\u00a0trace\u00a0\u00bb de Dieu. Cette \u00ab\u00a0trace\u00a0\u00bb reste irr\u00e9ductible \u00e0 toute signification, si ce n\u2019est \u00e0 un commandement \u00e9thique: assignation \u00e0 une responsabilit\u00e9 infinie et sans consolation. C\u2019est ce d\u00e9placement du rapport au divin que Levinas nomme le monoth\u00e9isme. La religion (monoth\u00e9iste) tient ainsi toute enti\u00e8re dans la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la signifiance du visage, exigeant ni plus ni moins que de prendre sur soi la responsabilit\u00e9 pour autrui. Perspective \u00e9thico-social alors possible, mais \u00e0 condition qu\u2019elle reste fid\u00e8le \u00e0 la transcendance qui l\u2019inspire\u00a0: l\u2019espoir de communaut\u00e9 humaine n\u2019a de sens que dans la trace de l\u2019infini. Pas de valeur intrins\u00e8que des usages \u00ab\u00a0sp\u00e9cifiquement religieux\u00a0\u00bb, mais ces derniers restent pr\u00e9cieux lorsqu\u2019ils entretiennent la relation au Transcendant, cette r\u00e9volution int\u00e9rieure de la subjectivit\u00e9 qui caract\u00e9rise l\u2019\u00e9thique. Ce monoth\u00e9isme \u00e9chappe bien \u00e0 la critique marxienne\u00a0: la relation \u00e0 Dieu n\u2019alimente aucune croyance consolatrice pour l\u2019individu (jamais quitte \u2026), du point de vue social elle n\u2019assume aucune fonction id\u00e9ologique (aucune repr\u00e9sentation du monde, port\u00e9e contestataire de cette \u00ab\u00a0Pi\u00e9t\u00e9 d\u2019incroyants\u00a0\u00bb). En fait, le monoth\u00e9isme levinassien est une exigence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 ad\u00e9quate \u00e0 la vocation \u00e9thique de l\u2019humain, optique qui permet de juger l\u2019ordre social \u00e9tabli et de s\u2019y opposer. Et pour ce qui concerne des t\u00e2ches \u00e0 accomplir dans le monde, c\u2019est le m\u00eame imp\u00e9ratif que pour Marx\u00a0: c\u2019est \u00e0 l\u2019homme de sauver l\u2019homme, en ne comptant sur personne d\u2019autre. Avec le monoth\u00e9isme, la religion ne s\u2019oppose pas au politique comme l\u2019opium au rem\u00e8de r\u00e9el. C\u2019est une mani\u00e8re de voir et de formuler l\u2019exigence de justice terrestre, qui ne fait pas l\u2019\u00e9conomie du Transcendant.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Dans l\u2019optique monoth\u00e9iste affranchie du mythe, le Messie illustre la br\u00e8che ontologique dont rel\u00e8ve l\u2019exception de l\u2019humain, cette disposition \u00e0 privil\u00e9gier l\u2019autre, une possibilit\u00e9 du sujet. La messianit\u00e9 consiste \u00e0 accomplir jusqu\u2019au bout le mouvement d\u2019arrachement au moi pour l\u2019Autre. Levinas appelle aussi ce geste, la \u00ab\u00a0substitution\u00a0\u00bb. Par-l\u00e0, unicit\u00e9 nouvelle du moi. Transfiguration du moi. La messianit\u00e9 repr\u00e9sente une possibilit\u00e9 universelle, mais seuls de rares hommes la suivent jusqu\u2019au bout\u00a0: ce sont des saints. La messianit\u00e9 rel\u00e8ve ainsi de la saintet\u00e9, vocation de l\u2019humain, plut\u00f4t que du sacr\u00e9 qui implique le surnaturel. Condition de pers\u00e9cut\u00e9 du saint, car la bont\u00e9 r\u00e9elle assume l\u2019infinit\u00e9 de l\u2019exigence \u00e9thique et son insatisfaction\u00a0: la conscience sainte reste inapais\u00e9e. Aucune relation dialectique entre souffrance et lib\u00e9ration. La saintet\u00e9 n\u2019a pas le pouvoir de r\u00e9volutionner le monde. Levinas parle de \u00ab\u00a0clignotement\u00a0\u00bb pour d\u00e9crire l\u2019intervention du Bien dans le monde. Le Bien messianique ne met pas un terme \u00e0 l\u2019histoire, il \u00e9mane de la dimension de l\u2019autrement qu\u2019\u00eatre et transcende ainsi la temporalit\u00e9 historique, tout en \u00e9tant susceptible \u00e0 tout instant de venir rompre sa continuit\u00e9. L\u2019eschatologie monoth\u00e9iste, consid\u00e9rations des fins ultimes, n\u2019est pas un discours sur l\u2019apr\u00e8s du monde. Le Bien n\u2019est pas l\u2019avenir du Mal. C\u2019est un \u00ab\u00a0surplus\u00a0\u00bb qui \u00e9chappe \u00e9ternellement \u00e0 toutes les logiques du monde. Saut m\u00e9taphysique, celui d\u2019un acte qui puise dans une temporalit\u00e9 tout autre. Temps messianique \u00e0 la fois \u00e9ternel et \u00e0 jamais inactuel. \u00ab\u00a0L\u2019inactuel signifie, ici, l\u2019autre de l\u2019actuel, plut\u00f4t que son ignorance ou sa n\u00e9gation [\u2026], l\u2019autre de l\u2019\u00eatre en soi \u2014l\u2019intempestif qui interrompt la synth\u00e8se des pr\u00e9sents constituant le temps m\u00e9morable\u00a0\u00bb. Le temps messianique n\u2019attend pas son actualisation. Il n\u2019est pas en d\u00e9faut de r\u00e8gne, mais persiste dans les modalit\u00e9s qui lui sont propres et qui, vis-\u00e0-vis de l\u2019histoire, signifie au-del\u00e0 et comme interruption. L\u2019esp\u00e9rance messianique ne porte pas sur l\u2019avenir, mais sur la possibilit\u00e9 de chaque instant.\u00a0\u00bb C\u2019est \u00ab\u00a0une attente sans attendu\u00a0\u00bb. Exemplarit\u00e9 des saints qui t\u00e9moigne que la saintet\u00e9, qui fait passer autrui avant soi, est possible dans l\u2019humanit\u00e9. T\u00e9moignage certes fragile de l\u2019humanit\u00e9 du Bien, mais qui signifie que le temps messianique, c\u2019est ici et maintenant. Cet appel messianique \u00e0 la responsabilit\u00e9 peut-il cependant nourrir des engagements collectifs et historiques ? Le cas du r\u00e9volutionnaire protestant Thomas M\u00fcnzer (1489-1525) semble le d\u00e9montrer et nous enseigne l&rsquo;importance de ne pas couper la r\u00e9volution socialiste de son inspiration utopique. Il faut des proph\u00e8tes davantage que des techniciens r\u00e9volutionnaires.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Pourtant, en r\u00e9habilitant les notions d&rsquo;utopie et de transcendance, la perspective levinassienne de la saintet\u00e9 ne risque-t-elle pas de se complaire dans la pure spiritualit\u00e9 et de s&rsquo;accommoder de n&rsquo;importe quelle r\u00e9alit\u00e9 ? C\u2019est pourquoi, l\u2019utopie de la saintet\u00e9 doit se convertir en \u00ab\u00a0bont\u00e9 efficace\u00a0\u00bb. Pour Levinas, elle nourrit une soif de justice objective et aspire aussi \u00ab\u00a0\u00e0 un \u00c9tat, aux institutions et aux lois qui sont la source de l\u2019universalit\u00e9\u00a0\u00bb. Mais comment alors penser le rapport entre la diachronie du Bien et la justice en tant que r\u00e9gime\u00a0?<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><b>Chapitre 3\u00a0: \u00ab\u00a0Le communisme r\u00e9el\u00a0\u00bb<\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">L\u2019exp\u00e9rience historique du communisme a concr\u00e8tement pos\u00e9 la question, et le troisi\u00e8me chapitre, \u00ab\u00a0Le communisme r\u00e9el\u00a0\u00bb, d\u00e9veloppe les positions que Levinas a pu prendre \u00e0 cet \u00e9gard. La sinc\u00e9rit\u00e9 \u00e9thique de la r\u00e9volution de 1917 a en effet port\u00e9 sur la sc\u00e8ne politique les exigences de la responsabilit\u00e9. Pour Levinas, cela a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0comme une \u00e8re messianique qui s\u2019est entrouverte et qui s\u2019est ferm\u00e9e\u00a0\u00bb. Geste contrari\u00e9 ou limite d\u2019un projet contradictoire\u00a0? Mais dans quelle mesure une politique peut-elle pr\u00e9tendre incarner l\u2019espoir messianique, et l\u2019\u00c9tat se faire Messie\u00a0?<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Si les r\u00e9alit\u00e9s stalinienne et hitl\u00e9rienne sont bien distinctes pour Levinas, elles se rejoignent pour un ensemble de pratiques qui participent \u00e0 ce qu\u2019il nomme l\u2019\u00ab\u00a0horreur\u00a0\u00bb. Par ce terme, Levinas d\u00e9signe un sentiment m\u00e9taphysique de mal d\u2019\u00eatre, o\u00f9 il n\u2019y a plus de fronti\u00e8re entre l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur, mais seulement de la pr\u00e9sence oppressante. D\u00e9-subjectivation qui va de pair avec un ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9r\u00e9alisation du monde. C\u2019est cette invasion de l\u2019\u00eatre qui horrifie le sujet. Avant d\u2019\u00eatre l\u2019effet d\u2019une violence politique, l\u2019horreur renvoie \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9 m\u00e9taphysique de la transcendance. Pr\u00e9carit\u00e9 du \u00ab\u00a0murmure int\u00e9rieur\u00a0\u00bb lorsqu\u2019il n\u2019est plus soutenu par l\u2019intersubjectivit\u00e9. Hitl\u00e9risme et stalinisme manifestent en r\u00e9alit\u00e9 deux types de Mal. En remontant \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0intuition originelle\u00a0\u00bb qui est au c\u0153ur du projet nazi, Levinas d\u00e9finit l\u2019hitl\u00e9risme comme une pure n\u00e9gation de l\u2019\u00ab\u00a0esprit\u00a0de libert\u00e9\u00a0\u00bb ou ontologie de l\u2019immanence pure. Il qualifie ensuite cette ontologie de l\u2019immanence de \u00ab\u00a0Mal \u00e9l\u00e9mental\u00a0\u00bb, car l\u2019individualit\u00e9 de l\u2019homme y est con\u00e7ue \u00e0 la mani\u00e8re de celle des choses, inscrite dans les \u00e9l\u00e9ments, mais aussi parce que touchant la nature m\u00eame de l\u2019existence humaine, l\u2019hitl\u00e9risme est un Mal radical\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est l\u2019humanit\u00e9 m\u00eame de l\u2019homme\u00a0\u00bb qui est en cause. L\u2019horreur stalinienne ne rel\u00e8ve pas de ce Mal radical, mais constitue une seconde forme de Mal\u00a0: \u00ab\u00a0inversion des projets raisonnables\u00a0\u00bb ou perversion de l\u2019intuition originelle du projet communiste. <\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">La visite du chef d\u2019\u00c9tat sovi\u00e9tique Nikita Khrouchtchev (1894-1971, qui d\u00e9non\u00e7a les crimes de Staline en f\u00e9vrier 1956 dans un \u00ab\u00a0rapport secret\u00a0\u00bb au XX<\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">e<\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> congr\u00e8s du Parti communiste d\u2019URSS) en France en 1960, et la r\u00e9action des m\u00e9dias qu\u2019elle a suscit\u00e9e, a fait prendre conscience \u00e0 Levinas que les politiques de l&rsquo;URSS et de l&rsquo;Europe occidentale ont des racines communes. Et que la critique de l\u2019un ne saurait se passer de la critique de l\u2019autre. Pour Levinas, c\u2019est donc aux principes de la philosophie politique occidentale qu\u2019il faut s\u2019en prendre. En premier lieu, \u00e0 la conception monologique de la v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019il nomme le \u00ab\u00a0rationalisme\u00a0\u00bb, largement partag\u00e9e depuis Platon, qui consisterait en une repr\u00e9sentation fid\u00e8le de l\u2019\u00eatre, et pour laquelle la raison serait une facult\u00e9 universelle de conna\u00eetre le vrai. Cette conception rationaliste donnerait lieu \u00e0 une forme de pens\u00e9e unique dont souffre encore la tradition humaniste, qui fonde toujours sa politique sur une raison dont la nature m\u00eame r\u00e9cuse th\u00e9oriquement le pluralisme. H\u00e9g\u00e9monie d\u2019autant plus dangereuse. Ensuite, aux formes de l\u00e9gitimation de la violence\u00a0: t\u00e9l\u00e9ologie \u00e9tatique, Raison d\u2019\u00c9tat, qui essaye de justifier l\u2019existence du Mal au nom de fins sup\u00e9rieures\u00a0; ou th\u00e9odic\u00e9e, une pens\u00e9e qui relativise le Mal en lui donnant un sens (la philosophie de l\u2019histoire de Hegel, 1770-1831). Enfin, \u00e0 la tradition de l&rsquo;universalisme abstrait dans laquelle s&rsquo;inscrit \u00e9galement la politique de Khrouchtchev. Mais avec le communisme, ce n\u2019est pas une d\u00e9finition de type essentialiste qui est universelle, mais une condition partag\u00e9e\u00a0: celle du travailleur, \u00eatre de besoin. Le communisme partage cependant avec l\u2019essentialisme une m\u00eame conception de l\u2019universalit\u00e9\u00a0: est universel ce qui vaut pour tous. Aussi, au-del\u00e0 de la question de l\u2019abstraction du \u00ab\u00a0travailleur\u00a0\u00bb, Levinas nous invite \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019abstraction du communisme lui-m\u00eame, car l\u2019humanit\u00e9 y est comprise comme un ensemble, et non en tant que pluralit\u00e9 de visages\u00a0: la lutte pour l\u2019\u00e9mancipation de chaque individu y prend la forme d\u2019un unique mouvement valant pour tous. Perspective intersectionnelle de la critique chez Levinas\u00a0? Mais, quelle que soit la nature de la lutte, la cause \u00e0 entendre est toujours celle de l\u2019Autre, hors cat\u00e9gorie. Il ne faut pas que la forme de la lutte \u00e9crase l\u2019objet de la lutte, l\u2019\u00e9mancipation de l\u2019autre homme, qui est visage et non un concept d\u2019\u00ab\u00a0homme\u00a0\u00bb. C\u2019est pourquoi Levinas dit de la r\u00e9volution communiste\u00a0: \u00ab\u00a0en elle, s\u2019ali\u00e8ne la d\u00e9sali\u00e9nation elle-m\u00eame\u00a0\u00bb. R\u00e9volution circulaire ou \u00ab\u00a0inversion\u00a0\u00bb. Et en appelle \u00e0 une rupture plus radicale\u00a0: \u00ab\u00a0N\u2019y a-t-il pas d\u2019universalit\u00e9 autre que celle de l\u2019\u00c9tat et de libert\u00e9 autre qu\u2019objective\u00a0?\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">La critique de Levinas n\u2019est pas sans poser question. Car, \u00e0 l\u2019instar de Khrouchtchev, il semble identifier le r\u00e9gime de l\u2019URSS \u00e0 une mise en \u0153uvre du communisme marxien. Pourtant Marx n\u2019est pas \u00e9tatiste, en particulier, il est anti-h\u00e9g\u00e9lien sur ce point. Les structures n\u00e9cessaires \u00e0 la r\u00e9volution ne sont tol\u00e9r\u00e9es que provisoirement. Certes, \u00ab\u00a0on peut se demander si le d\u00e9p\u00e9rissement de l\u2019\u00c9tat ne s\u2019ajourne pas ainsi ind\u00e9finiment\u00a0\u00bb. Mais Marx d\u00e9nonce aussi la tendance de toute institution \u00e0 se bureaucratiser et \u00e0 se couper du projet qui l\u2019anime. Comme Levinas qui pointe le danger d\u2019une justice purement institutionnelle, coup\u00e9e de la responsabilit\u00e9 pour l\u2019Autre qui lui donne sens. Tous deux sont donc d\u2019accord sur ce point\u00a0: l\u2019institution n\u2019est l\u00e9gitime que pour servir un sens qui la d\u00e9passe. Marx op\u00e8re un renversement de l\u2019id\u00e9alisme qui implique la critique de toute t\u00e9l\u00e9ologie\u00a0: l\u2019historiographie mat\u00e9rialiste est \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de l\u2019historiographie sp\u00e9culative. D\u2019autre part, Marx et Levinas sont \u00e9galement en accord sur la question de la discontinuit\u00e9 du temps historique, qu\u2019ils rapportent \u00e0 la notion de \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9rations\u00a0\u00bb. Description mat\u00e9rialiste de la succession des diff\u00e9rentes g\u00e9n\u00e9rations, chez Marx, description bas\u00e9e sur l\u2019id\u00e9e h\u00e9bra\u00efque d\u2019une histoire comme <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>toledot<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> (g\u00e9n\u00e9ration\/filiation\/g\u00e9n\u00e9alogie), et donc histoire de visages et non de figures, chez Levinas. Nos deux auteurs con\u00e7oivent ainsi une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des temporalit\u00e9s qui ne participe pas \u00e0 une histoire universelle. Pourquoi alors ce reproche envers le communisme sans distinction aucune entre la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019URSS et le projet marxien\u00a0?<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Il faut regarder de plus pr\u00e8s la critique levinassienne du communisme. Une sorte d\u2019\u00ab\u00a0inversion\u00a0\u00bb serait \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la r\u00e9volution th\u00e9orique \u00e0 laquelle le mat\u00e9rialisme marxien pr\u00e9tend. Sa vis\u00e9e \u00e9mancipatrice serait en effet vou\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec, car \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un imp\u00e9rialisme symbolique, la rupture envisag\u00e9e avec l&rsquo;id\u00e9alisme ne serait que de l&rsquo;ordre de la contradiction, sans v\u00e9ritable alternative radicale. Levinas montre cela sur trois points\u00a0: la pens\u00e9e de l\u2019histoire, celle de la v\u00e9rit\u00e9 et celle de l\u2019action. Pour pr\u00e9tendre \u00e0 une v\u00e9ritable rupture avec la repr\u00e9sentation historiographique du temps, et prendre au s\u00e9rieux la discontinuit\u00e9 du temps, il est n\u00e9cessaire de consid\u00e9rer le psychisme et sa dimension d\u2019int\u00e9riorit\u00e9. En abordant l\u2019individu seulement par ses \u0153uvres, le mat\u00e9rialisme marxien raterait cette dimension propre \u00e0 la subjectivit\u00e9. Pour Levinas, le mat\u00e9rialisme historique de Marx ne peut donc \u00eatre qu&rsquo;incomplet. Ainsi, l\u2019historiographie marxienne est une histoire des \u0153uvres, celles des producteurs, et non pas l\u2019histoire des \u00ab\u00a0individus vivants\u00a0\u00bb. Plus profond\u00e9ment, Marx ne d\u00e9crit l&rsquo;homme que comme un producteur, mais l\u2019activit\u00e9 \u00e9puise-t-elle le sens du sujet\u00a0? N\u2019y manque-t-il pas justement cette dimension d\u2019invisibilit\u00e9 du psychisme\u00a0? L\u2019inactuel n\u2019est en effet jamais envisag\u00e9 par Marx, sauf n\u00e9gativement, comme manque \u00e0 \u00eatre, d\u00e9faut de r\u00e9alit\u00e9. Son opposition \u00e0 l\u2019id\u00e9alisme ne transcende ainsi jamais le plan de la pr\u00e9sence. C\u2019est pourquoi, aux yeux de Levinas, si la pens\u00e9e mat\u00e9rialiste de l\u2019histoire repr\u00e9sente une complexification de la repr\u00e9sentation historiographique du temps, permettant de rendre compte d\u2019un devenir discontinu et sans finalit\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9, elle n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 sa perspective totalisante.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Cela renvoie au second point que Levinas juge insuffisamment radical chez Marx\u00a0: sa red\u00e9finition de la v\u00e9rit\u00e9 comme <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>praxis<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> ne rompt finalement pas v\u00e9ritablement avec la d\u00e9marche intellectualiste. Comme Marx, Levinas justifie sa critique de la conception th\u00e9or\u00e9tique du vrai par la n\u00e9cessit\u00e9 pratique de l\u00e9gitimer une parole qui, \u00e0 l\u2019instar de la \u00ab\u00a0parole proph\u00e9tique\u00a0\u00bb, poss\u00e8de le pouvoir de transformer les d\u00e9terminations du r\u00e9el. C\u2019est une condition de possibilit\u00e9 de la <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>praxis<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> r\u00e9volutionnaire. Dans cette approche, la v\u00e9rit\u00e9 est l\u2019acte de la culture. Mais alors pour \u00eatre cons\u00e9quente, cette critique moderne de l\u2019intellectualisme devrait assumer jusqu\u2019au bout l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9clatement des v\u00e9rit\u00e9s\u00a0\u00bb qu\u2019elle d\u00e9couvre, et affirmer le relativisme de l\u2019humain sans chercher \u00e0 le surmonter. Ce que ne semble pas faire Marx\u00a0: la lecture mat\u00e9rialiste de la r\u00e9alit\u00e9 sociale rapporte <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>in fine<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> les productions de l\u2019esprit \u00e0 la base r\u00e9elle qui leur conf\u00e9rerait leurs v\u00e9ritables significations. En opposant l\u2019absoluit\u00e9 d\u2019une \u00ab\u00a0signification \u00e9conomique\u00a0\u00bb \u00e0 la relativit\u00e9 des significations culturelles, Marx op\u00e9rerait une r\u00e9cup\u00e9ration intellectualiste de type scientiste. Cherchant \u00e0 saisir la r\u00e9alit\u00e9 humaine \u00e0 travers la seule notion de besoin, la red\u00e9finition marxienne de la v\u00e9rit\u00e9 comme <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>praxis<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> vise davantage une red\u00e9finition de l\u2019objet de la connaissance, l\u2019\u00eatre en tant que mouvement, qu\u2019une rupture radicale avec la norme de v\u00e9rit\u00e9 (le savoir portant dor\u00e9navant sur les puissances d\u2019\u00eatre et renvoyant \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 qui tient encore de l\u2019\u00eatre). Levinas voit ainsi dans le mat\u00e9rialisme marxien une nouvelle forme d\u2019usurpation th\u00e9or\u00e9tique du sens, une \u00ab\u00a0colonisation\u00a0\u00bb dans l\u2019ordre symbolique, de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 du sujet, de son secret. Cet abus de pouvoir qui en r\u00e9sulte, portant jusqu\u2019au plus intime de l\u2019\u00eatre humain, il le compare \u00e0 celui du sorcier. Le discours mat\u00e9rialiste rev\u00eat donc un danger de sorcellerie\u00a0! Son adresse interpelle les individus depuis la position surplombante de sa th\u00e9orie r\u00e9volutionnaire, alors que l\u2019adresse de l\u2019Autre comme visage remet au sujet la responsabilit\u00e9 du sens. \u00c0 ce discours th\u00e9or\u00e9tique ou p\u00e9dagogique qui rel\u00e8ve d\u2019une parole d\u2019autorit\u00e9, qui dit et dicte le commun, qui dissout l\u2019unicit\u00e9 des visages dans l\u2019universel, Levinas oppose une parole \u00e9mancipatrice qui <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>fait<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> communaut\u00e9. Une parole \u00ab\u00a0issue de la sinc\u00e9rit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire de la responsabilit\u00e9 m\u00eame pour autrui\u00a0\u00bb, et non d\u2019une conception de la v\u00e9rit\u00e9 une et unique, toute th\u00e9or\u00e9tique. Levinas la nomme \u00ab\u00a0parole proph\u00e9tique\u00a0\u00bb. Sa valeur ne tient donc pas dans son Dit, dans l\u2019ad\u00e9quation de ses significations \u00e0 l\u2019\u00eatre, mais dans son Dire, cette autre dimension qui t\u00e9moigne de la \u00ab\u00a0proximit\u00e9 de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, l\u2019un pour l\u2019autre, la signifiance m\u00eame de la signification\u00a0\u00bb. La v\u00e9rit\u00e9 proph\u00e9tique s\u2019exprime \u00e0 travers la pluralit\u00e9 des paroles humaines, sans jamais \u00e9puiser son sens, infiniment.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Le troisi\u00e8me point de la critique l\u00e9vinassienne du communisme porte sur son rapport conservateur \u00e0 l\u2019ontologie. L\u2019id\u00e9al marxien de la r\u00e9alisation de soi, comme homme universel, semble en effet limiter l\u2019horizon de l\u2019\u00e9mancipation humaine \u00e0 un capitalisme existentiel, qui r\u00e9affirme l\u2019enfermement du sujet dans l\u2019ontologie. Levinas souligne ici le tropisme de toute philosophie occidentale \u00e0 se satisfaire \u00ab\u00a0du fait d\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb, que la d\u00e9marche marxienne ne remet pas en cause. Or, pour Levinas, il existe en l&rsquo;homme une aspiration \u00e0 l&rsquo;au-del\u00e0 de soi, ce besoin proprement \u00ab\u00a0humain\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0besoin\u00a0\u00bb dont le sens est invers\u00e9, car il \u00ab n&rsquo;est pas dirig\u00e9 vers l&rsquo;accomplissement total de l&rsquo;\u00eatre limit\u00e9, vers la satisfaction, mais vers la d\u00e9livrance et l&rsquo;\u00e9vasion\u00a0\u00bb. La transfiguration de l\u2019individu \u00e9conomique n\u00e9cessite justement que soit perc\u00e9e dans l\u2019\u00e9go\u00efsme de l\u2019\u00eatre une ouverture radicale \u00e0 l\u2019absolument autre. Ce qui s\u2019accomplit dans le \u00ab\u00a0d\u00e9sir d\u2019\u00e9vasion\u00a0\u00bb par le truchement d\u2019autrui. Aux yeux de Levinas, la communaut\u00e9 humaine n\u2019est donc pas le produit de la r\u00e9alisation de soi. Elle vit du d\u00e9sir d\u2019excendance, dans l\u2019infini du pour-autrui. D\u00e8s lors, aucune transformation v\u00e9ritable des rapports sociaux n\u2019est pensable sans une r\u00e9volution int\u00e9rieure des sujets, sans une conversion intime du pour-soi en pour-autrui. R\u00e9duire la lutte sociale au seul souci de soi, et assimiler cette lutte \u00e0 l\u2019action politique, participe ainsi \u00e0 la perte de l\u2019essence m\u00eame du politique. Erreur qui trouverait son origine dans la mani\u00e8re dont Marx lui-m\u00eame enracine l\u2019\u0153uvre de la communaut\u00e9 dans les pr\u00e9occupations de l\u2019<\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>animal laborans<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">. C\u2019est pourquoi, au mod\u00e8le marxien de la <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>praxis<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> qui ne fait que conforter l\u2019ordre ontologique, Levinas oppose le mod\u00e8le de l\u2019\u0152uvre qui se fonde sur l\u2019action messianique. <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>\u00ab\u00a0L\u2019\u0152uvre pens\u00e9e radicalement est un mouvement du M\u00eame vers l\u2019Autre qui ne retourne jamais au M\u00eame\u00a0\u00bb<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">. Elle exige une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 absolue et \u00ab\u00a0une ingratitude de l\u2019Autre\u00a0\u00bb. Une patience infinie \u00e9galement, qui consiste \u00e0 endurer son inach\u00e8vement. La patience de l\u2019\u0152uvre repose sur la confiance en une f\u00e9condit\u00e9 qui nous d\u00e9passe. Tendue vers l\u2019Autre, vers un temps qui n\u2019est pas le n\u00f4tre, l\u2019\u0152uvre est f\u00e9conde en ce qu\u2019elle engendre le temps de l\u2019Autre. Il ne s\u2019agit pas de produire un monde \u00e0 notre image, mais d\u2019offrir notre temps \u00e0 l\u2019avenir. \u00c0 travers l\u2019\u0152uvre radicale, Levinas envisage l\u2019action politique autrement que sur le mod\u00e8le du projet technique, \u00e0 l\u2019instar du po\u00e8te Ren\u00e9 Char (1907-1988), pour qui l&rsquo;\u0153uvre po\u00e9tique se doit de \u00ab\u00a0D\u00e9border l\u2019\u00e9conomie de la cr\u00e9ation\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Ainsi, pour Levinas, le mat\u00e9rialisme de Marx n\u2019est pas l\u2019Autre de l\u2019id\u00e9alisme. \u00c0 travers ses critiques, c\u2019est la nature m\u00eame de la rupture radicale qu\u2019il interroge: \u00ab\u00a0Comment prend sens la diff\u00e9rence d\u2019une alt\u00e9rit\u00e9 qui ne repose pas sur quelque fond commun \u00bb\u00a0? En guise d\u2019alternative radicale, Marx compte sur la contradiction, mais celle-ci ne d\u00e9passerait jamais le plan du M\u00eame, dans lequel des alt\u00e9rit\u00e9s relatives s\u2019opposent et s\u2019attirent r\u00e9ciproquement sur fond de communaut\u00e9 de genre. La d\u00e9marche de Levinas est tout autre. Visant un au-del\u00e0 de la diff\u00e9rence ontologique, c\u2019est sur le mod\u00e8le de la subversion emphatique plut\u00f4t que de la r\u00e9volution dialectique qu\u2019il envisage la rupture radicale, l\u2019ouverture vers l\u2019absolument autre\u00a0: pousser \u00e0 bout la logique d\u2019un ordre au point qu\u2019il accuse sa propre h\u00e9t\u00e9ronomie et se retourne \u00ab\u00a0comme une veste\u00a0\u00bb. C\u2019est par une \u00ab\u00a0emphase du sens\u00a0\u00bb et non par la contradiction que Levinas proc\u00e8de et cherche \u00e0 faire sortir un r\u00e9gime de discours de ses gonds. Mais quelle est la port\u00e9e pratique de cette conception de l&rsquo;action politique ?<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><b>Chapitre 4\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019anarchie du bien\u00a0\u00bb<\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Le dernier et quatri\u00e8me chapitre, \u00ab\u00a0L\u2019anarchie du bien\u00a0\u00bb, ouvre la question du principe politique de la non-violence. Selon Levinas, tout l\u2019ordre politique proc\u00e9derait du mod\u00e8le de la cage \u00e0 supplice, symbole d\u2019un processus particulier de domination, \u00ab\u00a0m\u00e9canique de l\u2019action malheureuse\u00a0\u00bb, o\u00f9 les forces de la victime se retournent contre elle-m\u00eame, et dans lequel, comme le dit la philosophe contemporaine Elsa Dorlin: \u00ab\u00a0se battre c\u2019est se d\u00e9battre vainement, c\u2019est \u00eatre <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>battu.e<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">\u00a0\u00bb. Dans la mesure o\u00f9 toutes les armes \u00ab\u00a0se retournent contre celui qui les tient\u00a0\u00bb, comment lutter contre la violence en \u00e9vitant l\u2019institution de la violence \u00e0 partir de cette lutte m\u00eame\u00a0?<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">La critique levinassienne de la strat\u00e9gie r\u00e9volutionnaire s\u2019inscrit dans une critique plus g\u00e9n\u00e9rale, celle du sch\u00e9ma dialectique. Marx assume la contradiction entre la finalit\u00e9 de la r\u00e9volution et ses moyens. La vertu \u00e9mancipatrice de la violence repose alors sur la croyance en sa dialectique possible avec la paix, sur l\u2019id\u00e9e que le M\u00eame devienne Autre. En attribuant ce pouvoir \u00ab\u00a0magique\u00a0\u00bb \u00e0 la r\u00e9volution, Marx projetterait de fa\u00e7on irr\u00e9aliste un motif id\u00e9el, celui de la dialectique, sur la r\u00e9alit\u00e9. Pour Levinas, la guerre \u00e0 la guerre est un oxymore, l\u2019ethos guerrier ou partisan constituant <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>a priori<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> une insulte \u00e0 l\u2019avenir. La violence est en effet difficilement un moyen provisoire. \u00c0 la r\u00e9quisition totale qu\u2019implique l\u2019ethos partisan, Levinas oppose la vertu d\u2019une \u00ab\u00a0patience\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0celle de celui qui souffre de son combat au lieu de s\u2019y identifier\u00a0\u00bb (distance m\u00e9taphysique davantage qu\u2019historique)\u00a0: il faut endurer la complexit\u00e9, la contradiction qui mine toute action violente. Ainsi, le r\u00e9volutionnaire et la police seraient semblables dans la mesure o\u00f9 ils partagent le m\u00eame champ d\u2019action, celui de la politique \u00e9tatique. Tous deux se rapportent \u00e0 la communaut\u00e9 comme une \u0153uvre \u00e0 accomplir, y compris par la violence, en pensant \u00e0 la place de l\u2019autre. Dans ce rejet de la \u00ab\u00a0voie politique \u00bb, Levinas semble \u00e0 bien des \u00e9gards rejoindre la critique anarchiste de la r\u00e9volution par l\u2019\u00e9crivain L\u00e9on Tolsto\u00ef.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Pour Levinas, la politique est une \u00ab\u00a0optique\u00a0\u00bb particuli\u00e8re d\u2019appr\u00e9hension du monde, orient\u00e9e par \u00ab\u00a0l\u2019id\u00e9e de la fatalit\u00e9 de la guerre\u00a0\u00bb: la politique est \u00ab\u00a0l\u2019art de pr\u00e9voir et de gagner par tous les moyens la guerre\u00a0\u00bb. Sa description de la politique comme guerre est donc \u00e0 l\u2019inverse de celle du g\u00e9n\u00e9ral et th\u00e9oricien militaire prussien Carl von Clausewitz (1780-1831), pour qui la guerre est \u00ab\u00a0la continuation de la politique par d&rsquo;autres moyens\u00a0\u00bb. Comme l\u2019\u00eatre n\u2019est pas une totalit\u00e9 harmonieuse, saisi au niveau ontologique, \u00ab\u00a0la guerre se produit comme l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019\u00eatre pure\u00a0\u00bb. Dans un monde r\u00e9gi par la seule volont\u00e9 de domination, la politique ne peut \u00eatre qu&rsquo;un jeu de rapports de force plus ou moins guerriers, et la guerre l&rsquo;essence m\u00eame de toute relation. Cette optique, semblable \u00e0 la politique selon le juriste allemand Carl Schmitt (1888-1985, engag\u00e9 dans le parti nazi), qui ne per\u00e7oit autrui qu&rsquo;en termes d&rsquo;ami ou d&rsquo;ennemi, s&rsquo;oppose donc radicalement \u00e0 l&rsquo;optique \u00e9thique. La paix politique est un oxymore, puisque dans la vision politique du monde, un contexte d\u2019hostilit\u00e9 est assum\u00e9 <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>a priori<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">. Ainsi, la paix des Empires, simulacre de paix, repose sur la guerre\u00a0; elle est tr\u00eave qui n\u2019\u00f4te rien \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9. Pour Levinas, la paix authentique \u00e9chappe \u00e0 l\u2019optique politique\u00a0; elle est paix messianique\u00a0: diachronie de la fraternit\u00e9, communaut\u00e9 v\u00e9cue comme responsabilit\u00e9 inconditionnelle de chacun envers tous. La paix civile assur\u00e9e par l\u2019\u00c9tat renvoie \u00e9galement \u00e0 la guerre, guerre \u00e0 la fois entre et contre les individus (figure du L\u00e9viathan). Apparence de la communaut\u00e9 fraternelle, cette paix assure en r\u00e9alit\u00e9 \u00ab\u00a0le c\u00f4te-\u00e0-c\u00f4te des hommes plut\u00f4t que leur face-\u00e0-face\u00a0\u00bb. Par ailleurs, quand bien m\u00eame l\u2019ordre \u00e9tatique mettrait fin \u00e0 la guerre de tous contre tous, l\u2019exercice universel et impersonnel de ses lois constitue une violence faite \u00e0 l\u2019individu. Cependant, pour Levinas, le lien entre loi et violence n\u2019est pas ind\u00e9passable, \u00e0 condition de penser la communaut\u00e9 en terme de fraternit\u00e9 et non de monades. De ce point de vue, bien que la comparaison et le calcul soient rendus n\u00e9cessaires par la pr\u00e9sence du tiers, la justice fond\u00e9e sur la distribution de la bont\u00e9 serait radicalement diff\u00e9rente des institutions fond\u00e9es sur la r\u00e9pression des \u00e9go\u00efsmes\u00a0: la fraternit\u00e9 comme condition de non-violence des institutions. Ce qui fait dire \u00e0 Levinas que les cit\u00e9s occidentales d\u2019aujourd\u2019hui, \u00e0 l&rsquo;instar de ces villes-refuges destin\u00e9es \u00e0 prot\u00e9ger <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>manu militari<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> leurs citoyens objectivement coupables de la col\u00e8re universelle, sont b\u00e2ties \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la communaut\u00e9 humaine. Seule une sortie de ces cit\u00e9s, une intuition d\u2019un \u00ab\u00a0au-del\u00e0 de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb permettrait \u00e0 l\u2019Occident de participer \u00e0 la fraternit\u00e9 humaine.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">En reconnaissant la situation anarchique de la responsabilit\u00e9, Levinas veut signifier que la communaut\u00e9 humaine est \u00ab\u00a0ant\u00e9rieure \u00e0 la r\u00e9ception d\u2019ordre\u00a0\u00bb. L\u2019anarchie chez Levinas ne d\u00e9crit pas un id\u00e9al ou une finalit\u00e9 politique, mais un fait, la situation de la responsabilit\u00e9. Le concept levinassien d\u2019anarchie est ainsi mobilis\u00e9 pour d\u00e9faire les concepts ontologiques\u00a0: l\u2019anarchie est ce qui trouble l\u2019\u00eatre par-del\u00e0 lui-m\u00eame. L\u2019infini subvertit la conscience dans son statut de principe, il y est anarchie du Bien\u00a0: \u00ab\u00a0La bont\u00e9 est dans le sujet, l\u2019an-archie m\u00eame\u00a0\u00bb. La notion d\u2019anarchie levinassienne qu\u2019illustre la pr\u00e9s\u00e9ance de l\u2019infini sur les totalit\u00e9s, ne poss\u00e8de pas cependant de signification politique imm\u00e9diate. Que penser alors de son effectivit\u00e9 dans cet ordre\u00a0? \u00c0 bien des \u00e9gards, la pens\u00e9e politique de Levinas s&rsquo;apparente au juda\u00efsme libertaire de Martin Buber (1878-1965), pour qui la question principale reste la socialit\u00e9 elle-m\u00eame, \u00ab\u00a0la vie entre l&rsquo;homme et l&rsquo;homme\u00a0\u00bb. Ce qui implique que la communaut\u00e9 r\u00e9elle se r\u00e9alise dans le d\u00e9passement du principe politique, essentiellement \u00e0 travers son mouvement souterrain non visible sur la sc\u00e8ne historique, car la question concerne le c\u0153ur humain, la transformation de l\u2019intersubjectivit\u00e9. Pour Buber, l\u2019aspiration \u00e0 la communaut\u00e9 doit emprunter \u00ab\u00a0un chemin qui soit identique \u00e0 son but\u00a0\u00bb. La conception de la r\u00e9volte chez Levinas sugg\u00e8re \u00e9galement sa proximit\u00e9 avec la pens\u00e9e libertaire. Telle une r\u00e9volution permanente, la r\u00e9volte signe une nouvelle mani\u00e8re d\u2019aspirer \u00e0 la justice, au-del\u00e0 de sa figure institutionnelle. Dans la sinc\u00e9rit\u00e9 de la r\u00e9volte, le d\u00e9sir de justice a supplant\u00e9 le souci de soi, \u00e0 la mani\u00e8re de la jeunesse qui est d\u00e9sint\u00e9ressement. En revanche, \u00e0 rebours des th\u00e9ories anarchistes, Levinas l\u00e9gitime finalement l\u2019\u00c9tat: \u00ab\u00a0La naissance de l\u2019\u00c9tat \u00e0 partir de l\u2019ordre \u00e9thique serait intelligible dans la mesure o\u00f9 j\u2019ai aussi \u00e0 r\u00e9pondre du tiers \u00ab\u00a0\u00e0 c\u00f4t\u00e9\u00a0\u00bb de mon prochain\u00a0\u00bb. La pr\u00e9sence du tiers cependant n\u2019implique pas une institution \u00e9tatique, seulement la r\u00e9partition de la bont\u00e9. Cette assimilation du principe politique au principe \u00e9tatique semble t\u00e9moigner d\u2019un impens\u00e9 \u00e9tatique. En r\u00e9alit\u00e9, cela refl\u00e8te aussi une conception un peu plus complexe que Levinas a de l&rsquo;\u00c9tat et sa distance par rapport \u00e0 l&rsquo;anarchisme politique. Levinas reconna\u00eet en fin de compte l\u2019efficience de l\u2019\u00c9tat, mais la question est de pouvoir rappeler sans cesse l&rsquo;utopie sur laquelle il se fonde\u00a0: contradiction, tension perp\u00e9tuelle, \u00ab\u00a0dialectique\u00a0\u00bb soci\u00e9t\u00e9-\u00c9tat qui, justement, ne se r\u00e9sout pas par la n\u00e9gation de son p\u00f4le \u00e9tatique. Sans unit\u00e9 pr\u00e9alable, pluralisme oblige, la soci\u00e9t\u00e9 ne peut se passer de principe politique. Levinas rejette ainsi dos \u00e0 dos la solution \u00ab\u00a0romaine\u00a0\u00bb qui fonde l\u2019ordre sur la violence, et la perspective anarchiste qui suppose, selon lui, l\u2019id\u00e9e d\u2019une coop\u00e9ration spontan\u00e9e entre les hommes.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">L\u2019anarchie du Bien, qui d\u00e9fait les totalit\u00e9s, n\u2019est pas une forme d\u2019organisation sociale, n\u2019est pas en elle-m\u00eame une solution au probl\u00e8me politique. C\u2019est une notion qui indique la possibilit\u00e9 d\u2019\u00ab\u00a0instants de n\u00e9gation <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>sans aucune<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> affirmation\u00a0\u00bb. Toutefois, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019affirmation de principe politique, elle est porteuse de crit\u00e8res de jugement vis-\u00e0-vis des institutions. L\u2019anarchie levinassienne permet ainsi de faire appel \u00e0 une conception de type conventionnaliste de la communaut\u00e9 politique. C\u2019est \u00e0 dire qui assume la part d\u2019arbitraire et de perfectibilit\u00e9 de tout r\u00e9gime. Selon Levinas, l\u2019\u00ab\u00a0\u00c9tat lib\u00e9ral\u00a0\u00bb repr\u00e9senterait ce r\u00e9gime optimal, autorisant une perp\u00e9tuelle mise en cause de son imperfection. S\u2019agit-il d\u2019avoir, comme le sugg\u00e8re Levinas, une certaine tol\u00e9rance dans l\u2019\u00e9cart entre la pratique institutionnelle et les exigences de la conscience\u00a0: l\u2019\u00c9tat, une \u00ab\u00a0abdication provisoire\u00a0\u00bb, mais toujours n\u00e9cessaire, \u00e9tant donn\u00e9 la pr\u00e9sence du tiers\u00a0? Levinas consid\u00e8re en effet l\u2019ordre politique comme une d\u00e9rogation vis-\u00e0-vis de l\u2019infini de la responsabilit\u00e9. Et c\u2019est la relativit\u00e9 de la l\u00e9gislation qui int\u00e9resse Levinas dans la tradition lib\u00e9rale\u00a0: l\u2019\u00c9tat lib\u00e9ral ne prend pas en charge la totalit\u00e9 de l\u2019humain\u00a0; son r\u00f4le reste purement op\u00e9ratoire, c\u2019est-\u00e0-dire, neutre vis-\u00e0-vis des finalit\u00e9s humaines; et il admet le principe de remise en question et de perfectionnement perp\u00e9tuel. Les institutions lib\u00e9rales poss\u00e8dent ainsi des principes qui les pr\u00e9servent de la tentation totalitaire et les rendent aptes \u00e0 accueillir l\u2019exigence infinie de l\u2019\u00e9thique. En ce sens, l\u2019\u00c9tat lib\u00e9ral levinassien, permettant \u00e0 l\u2019exigence \u00e9thique de se couler dans la forme du Nous, d\u00e9signe davantage \u00ab\u00a0une cat\u00e9gorie de l\u2019\u00e9thique\u00a0\u00bb qu\u2019un r\u00e9gime particulier\u00a0: il serait la mani\u00e8re d\u2019\u00eatre historique de l\u2019anarchie du Bien. Toute l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 chez Levinas est que cette approche de la question politique n\u2019est justement pas celle de la tradition lib\u00e9rale. Alors que cette derni\u00e8re postule une discontinuit\u00e9 radicale entre obligations politiques et obligations morales, et tire la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat d\u2019un choix d\u2019int\u00e9r\u00eats bien compris (cat\u00e9gorie du calcul d\u2019agents autonomes), l\u2019\u00c9tat \u00ab\u00a0lib\u00e9ral\u00a0\u00bb levinassien trouve sa l\u00e9gitimit\u00e9 dans la responsabilit\u00e9 pour autrui (cat\u00e9gorie de l\u2019\u00e9thique qui implique une mise en question de la repr\u00e9sentation du sujet comme agent autonome). Il semblerait bien, alors, que Levinas soit \u00e0 la recherche d\u2019une organisation politique in\u00e9dite, inspir\u00e9e de la figure de l\u2019\u00c9tat de David. Pour L\u00e9vinas, la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl nomme une entit\u00e9 politique d\u2019un genre particulier, fond\u00e9e sur une Alliance, par laquelle chacun s\u2019engage envers tous, et une \u00ab\u00a0discipline\u00a0sp\u00e9ciale \u00bb, en tant que processus continu et infini.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Quelles que soient les questions soulev\u00e9es par la pens\u00e9e politique de Levinas, elle n&rsquo;en demeure pas moins stimulante et en r\u00e9sonance avec les pens\u00e9es dites de \u00ab\u00a0gauche radicale\u00a0\u00bb. Par exemple, pour Jacques Ranci\u00e8re, d\u00e9mocratie veut dire cela: \u00ab\u00a0un \u00ab\u00a0gouvernement\u00a0\u00bb anarchique, fond\u00e9 sur rien d\u2019autre que l\u2019absence de tout titre \u00e0 gouverner\u00a0\u00bb. Philippe Corcuff, pour relativiser les approches technicistes, d\u00e9veloppe une m\u00e9taphore de la boussole en guise de projet. Son approche appelle aussi \u00e0 se d\u00e9faire du sch\u00e9ma marxiste de la r\u00e9solution dialectique, en lui opposant le motif de l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9quilibration des contraires\u00a0\u00bb, formul\u00e9 par Pierre-Joseph Proudhon (1809-1965). L\u2019ordre politique est en effet travers\u00e9 par des tensions ind\u00e9passables plut\u00f4t que des contradictions vou\u00e9es \u00e0 se r\u00e9soudre dans l\u2019histoire. Et pour penser cette tension, il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la dialectique de l\u2019instituant et de l\u2019institu\u00e9 chez Cornelius Castoriadis (1922-1997)\u00a0: l\u2019ordre des institutions stabilis\u00e9es versus le processus infini de leur cr\u00e9ation, ces deux p\u00f4les \u00e9tant n\u00e9cessaires l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. Par ces r\u00e9flexions, Corcuff nous invite \u00e0 renouveler la pens\u00e9e anarchiste en direction d\u2019un \u00ab anarchisme institutionnaliste\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><b>En guise de conclusion sur le livre de Lucie Doubler<\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">En conclusion, les propositions de Marx travaillent en sous-main la pens\u00e9e politique de Levinas\u00a0; ce \u00ab\u00a0travail\u00a0\u00bb est \u00ab\u00a0h\u00e9ritage\u00a0\u00bb. La philosophie levinassienne se pr\u00e9sente ainsi comme une \u00ab\u00a0\u00e9thique de l\u2019h\u00e9ritier\u00a0\u00bb. Sans testament, elle a assum\u00e9 la responsabilit\u00e9 de l\u2019h\u00e9ritier, consistant \u00e0 d\u00e9jouer le risque de \u00ab\u00a0p\u00e9trification\u00a0\u00bb inh\u00e9rent \u00e0 toute transmission, et elle s\u2019est rapport\u00e9e \u00ab\u00a0authentiquement\u00a0\u00bb aux propos de Marx, c\u2019est-\u00e0-dire, entendre, \u00e0 partir de soi, la signifiance de son <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>dit<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">. Et l\u2019h\u00e9ritage de Levinas, maintenant\u00a0? Les pens\u00e9es de \u00ab\u00a0Gauche\u00a0\u00bb gagneraient \u00e0 une lecture \u00ab\u00a0authentique\u00a0\u00bb de ses textes &#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><b>Pistes et questions \u00e0 partir et au-del\u00e0 du livre de Lucie Doublet<\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">En esp\u00e9rant que ce r\u00e9sum\u00e9 resitue bien les propos de l\u2019autrice, voici quelques questions et commentaires suppl\u00e9mentaires: <\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">1) <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Sur le point de rupture entre Levinas et Marx<\/i><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Globalement on observe donc beaucoup de points concordants entre Levinas et Marx\u00a0: sur la valeur de l\u2019individu comme bien supr\u00eame et l\u2019exigence d\u2019une justice sociale concr\u00e8te\u00a0; sur la notion de violence \u00e9conomique\u00a0; sur l\u2019hypoth\u00e8se du pluralisme ontologique\u00a0; sur l\u2019opposition aux totalit\u00e9s abstraites\u00a0; dans la critique de la conception th\u00e9or\u00e9tique du vrai et, corr\u00e9lativement, dans la d\u00e9marche de red\u00e9finir la v\u00e9rit\u00e9 comme <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>praxis<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">\u00a0; dans la ph\u00e9nom\u00e9nologie mat\u00e9rialiste du moi, o\u00f9 l\u2019identit\u00e9 du moi est le produit r\u00e9flexif d\u2019une activit\u00e9 concr\u00e8te avec son environnement social et naturel\u00a0; sur la conception de la condition humaine comme celle de \u00ab\u00a0cr\u00e9ature \u00bb\u00a0; sur la conception de l\u2019histoire, faite par les hommes et pr\u00e9sentant des discontinuit\u00e9s g\u00e9n\u00e9rationnelles\u00a0; sur la critique de la religion \u00e0 son \u00e9tat mythologique\u00a0; sur la critique anti-bureaucratique des institutions\u2026<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Mais selon la th\u00e8se d\u00e9fendue, il existe une diff\u00e9rence fondamentale dans leur conception de la libert\u00e9 humaine, dans laquelle la notion de transcendance fait d\u00e9faut dans le cas de Marx, ce qui conduit \u00e0 des visions totalement divergentes par la suite\u00a0: le sujet humain chez Marx, r\u00e9duit au statut de producteur, reste inscrit dans une histoire universelle\u00a0; la <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>praxis<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> marxienne se cantonnant \u00e0 une <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>praxis<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> \u00e9conomique, elle ne remet finalement pas en cause le rationalisme\u00a0; l&rsquo;id\u00e9al marxien de la r\u00e9alisation de soi comme homme universel est une vision de l&rsquo;\u00e9mancipation humaine limit\u00e9e \u00e0 un capitalisme existentiel, il r\u00e9affirme donc l&rsquo;enfermement du sujet dans l&rsquo;ontologie.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, c\u2019est autour de la possibilit\u00e9 \u00e9thique d\u2018un d\u00e9sint\u00e9ressement du sujet, en d\u2019autres termes, autour de l\u2019\u00ab\u00a0utopie du sujet\u00a0\u00bb, cette part de \u00ab\u00a0non-lieu\u00a0\u00bb en lui qui d\u00e9borde sa situation, que s\u2019articule un point de rupture d\u00e9finitif entre les conceptions levinassienne et marxienne de l\u2019homme.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Se pose pour moi cependant la question, est-ce vraiment exact qu\u2019aucune transcendance n\u2019affleure les \u00e9crits de Marx ? Vraisemblablement oui en terme explicite, mais la transcendance n\u2019est-elle pas implicite dans ce qui est formul\u00e9 par Marx ? En tout cas ma lecture du mat\u00e9rialisme de Marx ne me semble pas se ramener \u00e0 un syst\u00e8me scientiste, o\u00f9 tout serait appr\u00e9hendable et d\u00e9terminable causalement dans sa totalit\u00e9, une ontologie qui serait d\u00e8s lors Une et dont le pluralisme ne serait qu\u2019une illusion.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">La d\u00e9marche marxienne de d\u00e9crire l\u2019homme \u00e0 travers son activit\u00e9 et sa production, au sens large, ne signifie pas que l\u2019homme soit r\u00e9ductible \u00e0 une machine, aussi sophistiqu\u00e9e soit-elle, sans subjectivit\u00e9 \u00e9thique. Mais trouve sa justification m\u00e9thodologique du fait que l\u2019homme ne peut se manifester qu\u2019objectivement, c\u2019est \u00e0 dire \u00e0 travers des objets, au sens large: ce sont les objets qu\u2019il cr\u00e9e qui \u00e9tablissent ses relations avec les autres hommes, et son rapport au monde. Cerner la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019homme \u00e0 partir de ce qu\u2019il produit (\u00e0 partir de son activit\u00e9 productive), comme manifestation objective de sa nature d\u2019homme, serait donc la gageure de Marx. Un travail d&rsquo;arch\u00e9ologue, en quelque sorte, qui n&rsquo;exclut pas <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>a priori<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> la prise en compte du psychisme et de sa dimension d&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 et d&rsquo;unicit\u00e9, ainsi que d\u2019une dimension \u00e9thique dans les relations intersubjectives, dans l&rsquo;interpr\u00e9tation des \u0153uvres humaines.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Dans la description de l\u2019\u00eatre, Levinas se focalise sur les relations entre le M\u00eame et l\u2019Autre, sur ce qui \u00e9chappe \u00e0 la totalit\u00e9, sur la trace de l\u2019infini ou le non-lieu, d\u2019o\u00f9 une mise en valeur explicite de la transcendance. Alors que Marx scrute l\u2019\u00eatre en tant que tel, en observe l\u2019\u00e9volution, cherche \u00e0 \u00ab\u00a0\u00e9couter pousser l\u2019herbe\u00a0\u00bb, aurait-il dit. Marx parlerait ainsi en terme de plein (l\u2019\u00eatre) alors que Levinas parlerait en terme de vide (les interstices de l\u2019\u00eatre) pour une m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 diachronique. Les approches levinassienne et marxienne ne seraient donc pas contradictoires, mais compl\u00e9mentaires. Et la question ne serait pas l\u2019\u00eatre versus l\u2019autrement qu\u2019\u00eatre, l\u2019inactuel, mais plut\u00f4t comment l\u2019\u00eatre \u00e9volue, comment on passe d\u2019une totalit\u00e9 \u00e0 une autre. On a toujours un pied dans l\u2019\u00eatre.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Revenons sur l&rsquo;id\u00e9al marxien de la r\u00e9alisation de soi. L\u00e0 aussi, il me semble qu\u2019il faut faire la part des choses, et ne pas r\u00e9duire la r\u00e9alisation de soi au souci de soi (\u00eatre-pour-la-mort, angoisse de sa propre d\u00e9finition, du pour-soi, qui exclut le pour-autrui). La r\u00e9alisation de soi en tant qu\u2019accomplissement est, selon moi, une notion qui int\u00e8gre de fa\u00e7on \u00e9quilibr\u00e9e les deux p\u00f4les possibles des besoins humains\u00a0: les besoins de confirmation de soi, orient\u00e9s vers le pour-soi (d\u00e9sir-besoin, manque, besoin mat\u00e9riel, &#8230;) et les besoins d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9vasion\u00a0\u00bb, orient\u00e9s vers l&rsquo;au-del\u00e0 de soi ou le pour-autrui (d\u00e9sir-amour, imp\u00e9ratif d\u2019acquittement envers autrui, besoin de d\u00e9livrance\u2026). En ce sens, la r\u00e9alisation de soi va bien au-del\u00e0 du souci de soi, avec un pied dans l\u2019\u00eatre et un autre dans l\u2019\u00e9thique. <\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Il y a un texte dans les <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Manuscrits de 1844<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, dans les notes sur le philosophe \u00e9cossais James Mill (1773-1836)<\/span><sup><span style=\"font-size: xx-small;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif; font-size: xx-small;\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"about:blank#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\">2<\/a><\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, qui me semble tordre le cou \u00e0 l\u2019id\u00e9e que Marx puisse avoir une conception de l\u2019homme comme <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>animal laborans<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">. Au contraire, en imaginant le travail dans des conditions d\u2019\u00e9panouissement, Marx d\u00e9veloppe une intuition de l\u2019activit\u00e9 productive comme un rapport \u00e0 soi intersubjectif de libert\u00e9, comme manifestation de l\u2019homme vrai, qui se confond avec une effusion d&rsquo;amour dans le rapport \u00e0 autrui, o\u00f9 les \u00eatres \u00ab rayonnent l\u2019un vers l\u2019autre \u00bb\u00a0:<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">\u00ab\u00a0Admettons que nous ayons produit en tant qu\u2019hommes: dans sa production chacun de nous se serait <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>doublement affirm\u00e9<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> lui-m\u00eame et aurait <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>[doublement]<\/i><\/span> <span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>affirm\u00e9<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> l\u2019autre. J\u2019aurais<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">1\u00b0 objectiv\u00e9 dans ma <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>production<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> mon <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>individualit\u00e9<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, sa <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>particularit\u00e9<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, et j\u2019aurai donc aussi bien joui, pendant mon activit\u00e9, d\u2019une <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>manifestation vitale<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> individuelle que connu, en contemplant l\u2019objet, la joie individuelle de savoir que ma personnalit\u00e9 est une puissance <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>objective<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>perceptible<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> par les sens et en cons\u00e9quence <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>au-dessus de tout doute<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">\u00a0;<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">2\u00b0 dans ta jouissance ou ton usage de mon produit, je jouirais directement de la conscience \u00e0 la fois d\u2019avoir satisfait dans mon travail un besoin <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>humain<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> et d\u2019avoir objectiv\u00e9 l\u2019essence de <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>l\u2019homme<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, donc d\u2019avoir procur\u00e9 l\u2019objet qui lui convenait aux besoins d\u2019un autre \u00eatre <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>humain\u00a0<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">;<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">3\u00b0 d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 pour toi le <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>moyen terme<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> entre toi-m\u00eame et le genre, d\u2019\u00eatre donc connu et ressenti par toi comme un compl\u00e9ment de ton propre \u00eatre et une partie n\u00e9cessaire de toi-m\u00eame\u00a0; donc de me savoir confirm\u00e9 aussi bien dans ta pens\u00e9e que dans ton amour\u00a0;<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">4\u00b0 d\u2019avoir cr\u00e9\u00e9 dans la manifestation individuelle de ma vie la manifestation de ta vie, d\u2019avoir donc <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>confirm\u00e9<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> et <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>r\u00e9alis\u00e9<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> directement, dans mon activit\u00e9 individuelle, mon essence vraie, mon essence <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>humaine<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, mon essence sociale.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">[Nos productions seraient autant de miroirs o\u00f9 nos \u00eatres rayonneraient l\u2019un vers l\u2019autre.] \u00bb<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Nous sommes donc loin d\u2019une conception de l\u2019homme referm\u00e9 sur lui-m\u00eame, besogneux et \u00e9go\u00efste, qui ne consid\u00e8rerait la communaut\u00e9 humaine que comme moyen. Comment comprendre alors que Marx ne d\u00e9rogerait pas \u00e0 la conception spinoziste de l\u2019homme o\u00f9 l\u2019individu est d\u00e9fini par son <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>conatus essendi<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">\u00a0: \u00ab les individus poursuivent uniquement leur int\u00e9r\u00eat particulier \u00bb\u00a0? Peut-\u00eatre tout simplement parce que le terme \u00ab\u00a0int\u00e9r\u00eat \u00bb est con\u00e7u au sens large, dans les deux orientations possibles des besoins humains, et que le terme \u00ab\u00a0particulier\u00a0\u00bb renvoie explicitement \u00e0 l\u2019unicit\u00e9 des individus vivants qui, \u00e0 la fois, jouissent de la vie et r\u00e9pondent d\u2019autrui. Au m\u00eame titre que la jouissance pour-soi, la d\u00e9livrance pour-autrui est situ\u00e9e et participe de l\u2019ips\u00e9it\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Quant \u00e0 la <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>praxis<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> marxienne r\u00e9duite \u00e0 la r\u00e9gion strictement \u00e9conomique, donc infiniment r\u00e9ductrice par rapport \u00e0 la <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>praxis<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> \u00e9thique levinassienne, oui sans conteste c\u2019est un biais regrettable. Mais \u00e0 noter, d\u2019apr\u00e8s ce qui pr\u00e9c\u00e8de, ce tropisme scientiste chez Marx ne para\u00eet pas d\u00e9couler de son approche th\u00e9orique elle-m\u00eame, mais davantage de son usage simplifi\u00e9. En gros, il proc\u00e8derait \u00e0 de fortes approximations dans ses propres termes pour obtenir des r\u00e9sultats \u00ab\u00a0sonnants et tr\u00e9buchants\u00a0\u00bb &#8230;<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">2) <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Levinas plus ath\u00e9e que Marx<\/i><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">J&rsquo;ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 et \u00e9t\u00e9 convaincu par les analyses qui tendent \u00e0 montrer que Levinas est bien plus ath\u00e9e que Marx. Cela a certainement \u00e0 voir avec l\u2019impens\u00e9 prom\u00e9th\u00e9en de Marx sur la question du Mal, qu\u2019il n\u00e9glige sur le fond.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">3) <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Sur l\u2019essence humaine<\/i><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Insidieusement, cette question de l&rsquo;ath\u00e9isme partiel de Marx semble \u00eatre corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e fortement promue par la gauche radicale selon laquelle il n&rsquo;y a pas d&rsquo;essence humaine, car tout est socialement construit. M\u00eame les dieux\u00a0! En fait non, <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>a priori<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> juste les dieux mythologiques. S\u2019il n\u2019y avait vraiment rien de commun entre les hommes comment se reconna\u00eetraient-ils\u00a0? M\u00eame s\u2019il n\u2019est pas \u00e9vident de formuler cette esp\u00e8ce de plus petit commun d\u00e9nominateur qui d\u00e9finirait l\u2019humanit\u00e9, au moins en puissance, le sens commun nous donne bien des pistes. On a le droit d\u2019essayer, car cela pourrait aider \u00e0 mieux se parler. Levinas nous propose lui-m\u00eame un invariant de l\u2019humanit\u00e9, une notion universelle, celle du rapport \u00e9thique originaire, de la non-indiff\u00e9rence \u00e0 autrui, cette \u00ab\u00a0situation\u00a0\u00bb de responsabilit\u00e9 pour autrui. Et Lucie Doublet nous rappelle qu\u2019une telle \u00e9thique \u00e9chappe \u00e0 toute forme de r\u00e9cup\u00e9ration id\u00e9ologique. Alors qu\u2019attend la gauche radicale pour se ressaisir de la question\u00a0?<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">4) <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Paradoxe, h\u00e9sitation, contradiction, conservatisme chez Levinas\u00a0?<\/i><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">&#8211; L\u2019affirmation par Levinas que l\u2019argent est n\u00e9cessaire \u00e0 la justice me semble bien relever d\u2019un pr\u00e9jug\u00e9. De nombreuses \u00e9tudes d\u2019anthropologie sociale sur les soci\u00e9t\u00e9s de chasseurs-cueilleurs, soci\u00e9t\u00e9s sans richesse, d\u00e9crivent des modalit\u00e9s diverses qui instaurent une v\u00e9ritable justice compensatrice.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">&#8211; Cela a peut-\u00eatre \u00e0 voir avec son impens\u00e9 \u00e9tatique bien soulign\u00e9 par l\u2019autrice\u00a0: le principe politique est chez lui assimil\u00e9 au principe \u00e9tatique.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">&#8211; Levinas me semble passer trop facilement sous silence la notion de structure de domination en terme de classes concr\u00e8tes (de sexe, de \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb, \u00e9conomique).<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">&#8211; Sa d\u00e9marche de description historique semble \u00e9galement probl\u00e9matique (en partie soulign\u00e9e par l\u2019autrice). Elle cautionne qu\u2019une intuition (culturelle) puisse \u00eatre op\u00e9rante pour expliquer l\u2019histoire. Cela para\u00eet relever d\u2019une vision id\u00e9aliste. En l\u2019occurrence, l\u2019intuition que Levinas adopte pour d\u00e9crire l\u2019hitl\u00e9risme historique masque \u00ab\u00a0l\u2019hitl\u00e9risme\u00a0\u00bb europ\u00e9en d\u2019avant l\u2019heure, \u00e0 savoir le colonialisme. Elle se montre clairement non critique vis-\u00e0-vis de l\u2019Occident des Lumi\u00e8res, qui plus est, en omettant d\u2019inclure dans la \u00ab\u00a0civilisation europ\u00e9enne\u00a0\u00bb l\u2019influence de l\u2019islam (alors que l\u2019influence du juda\u00efsme, du christianisme et du lib\u00e9ralisme est consid\u00e9r\u00e9e). Cela participe ainsi \u00e0 essentialiser ou englober des cultures.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">&#8211; Si la perspective intersectionnelle ne rompt pas avec la logique abstraite des cat\u00e9gories, est-ce vraiment grave\u00a0? N\u2019y a-t-il pas n\u00e9cessit\u00e9 \u00ab\u00a0tactique\u00a0\u00bb \u00e0 cela, pour des raisons pragmatiques\u00a0? Comme le recours \u00e0 l\u2019argent pour la justice\u00a0? Ne pas admettre cette n\u00e9cessit\u00e9, n\u2019est-ce pas avoir une vision fig\u00e9e des identit\u00e9s humaines\u00a0?<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">&#8211; La critique levinassienne de la r\u00e9volution marxienne se fonde sur la non-croyance d\u2019une vertu \u00e9mancipatrice de la violence, sur l\u2019id\u00e9e qu\u2019aucune dialectique entre violence et douceur n\u2019est possible. Levinas ne veut donc pas croire en la possibilit\u00e9 que le M\u00eame devienne Autre. Et pourtant, ne pas y croire ne revient-il pas \u00e0 ne pas croire \u00e0 la sortie possible de l\u2019\u00eatre, \u00e0 la nouveaut\u00e9 radicale impr\u00e9visible\u00a0? L\u2019id\u00e9e qu\u2019il faille n\u00e9cessairement emprunter \u00ab un chemin qui soit identique \u00e0 son but \u00bb ne serait-elle pas, finalement, une intuition tr\u00e8s conservatrice\u00a0? Et oui il y a quelque chose de \u00ab\u00a0magique\u00a0\u00bb dans la croyance r\u00e9volutionnaire. Mais dans le rapport \u00e0 autrui aussi, non\u00a0? Cette f\u00e9condit\u00e9 des instants &#8230;<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">5) <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Un peu d\u2019humour\u00a0: Emmanuel Levinas versus Ernesto Che Guevara (1928-1967)<\/i><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">&#8211; Quel mot d\u2019ordre choisir: \u00ab\u00a0Cr\u00e9er 2, 3 \u2026 de nombreux Saints\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Cr\u00e9er 2, 3 \u2026 de nombreux Vietnam\u00a0\u00bb\u00a0?<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">&#8211; \u00ab\u00a0Patience levinassienne\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0S\u2019endurcir, sans jamais se d\u00e9partir de sa tendresse\u00a0\u00bb\u00a0?<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Thomas Chust<\/span><\/strong><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> est chercheur en astrophysique au CNRS et ancien militant du Nouveau Parti Anticapitaliste.<\/span><\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"about:blank#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> <span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Tendance de chaque \u00eatre \u00e0 pers\u00e9v\u00e9rer en lui-m\u00eame\u00a0chez Spinoza.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote\" style=\"margin-left: 0cm; line-height: 100%; text-indent: 0cm;\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"about:blank#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> <span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>MEGA<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> I, t. III, pp. 546-547, cit\u00e9 dans Karl Marx, <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Manuscrits de 1844 (\u00c9conomie politique et philosophie)<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, pr\u00e9sentation, traduction, notes de \u00c9mile Bottigelli, paris, \u00c9ditions Sociales, 1969, pp. XLV-XLVI.<\/span><\/p>\n<div class=\"rtbs  rtbs_levinas\"><div class=\"rtbs_slug\" style=\"display:none\">levinas<\/div><div class=\"rtbs_inactive_tab_background\" style=\"display:none\">transparent<\/div><div class=\"rtbs_breakpoint\" style=\"display:none\">600<\/div><div class=\"rtbs_color\" style=\"display:none\">#12bece<\/div>\r\n        <div class=\"rtbs_menu\">\r\n            <ul>\r\n                <li class=\"mobile_toggle\">&zwnj;<\/li><li class=\"current\"><a style=\"background:#12bece\" class=\"active levinas-tab-link-0\" href=\"#\" data-tab=\"#levinas-tab-0\">Philippe Corcuff<\/a><\/li><li><a href=\"#\" data-tab=\"#levinas-tab-1\" class=\"levinas-tab-link-1\">Alain David<\/a><\/li><li><a href=\"#\" data-tab=\"#levinas-tab-2\" class=\"levinas-tab-link-2\">Lucie Doublet<\/a><\/li>\r\n            <\/ul>\r\n        <\/div><div style=\"border-top:7px solid #12bece;\" id=\"levinas-tab-0\" class=\"rtbs_content active\"><p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: large\"><b>Levinas et Marx\u00a0: penser les tensions pour r\u00e9inventer la politique \u00e9mancipatrice aujourd\u2019hui, gr\u00e2ce \u00e0 Lucie Doublet<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: large\"><b>Par Philippe Corcuff<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">****************************************<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Ce texte est tir\u00e9 d'un rapport pr\u00e9sent\u00e9 lors de la s\u00e9ance du s\u00e9minaire ETAPE (Explorations Th\u00e9oriques Anarchistes Pragmatistes pour l'Emancipation) du 26 janvier 2024 consacr\u00e9e au livre de la philosophe Lucie Doublet, <\/span><\/span><a href=\"https:\/\/www.otrante.fr\/levinas.html\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Emmanuel Levinas et l\u2019h\u00e9ritage de Karl Marx. Sublime mat\u00e9rialisme<\/i><\/span><\/span><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> (\u00e9dition Orante, 2021).<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">****************************************<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><b>Introduction<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Nos \u00e9changes et ce rapport concernent un livre de Lucie Doublet <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Emmanuel Levinas et l\u2019h\u00e9ritage de Karl Marx. Sublime mat\u00e9rialism<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">e publi\u00e9 en 2021 aux \u00e9ditions Otrante (que je citerai dor\u00e9navant dans le corps du textes, avec <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, les autres r\u00e9f\u00e9rences \u00e9tant mise en notes de bas de page). C\u2019est la forme publi\u00e9 d\u2019une th\u00e8se de philosophie r\u00e9alis\u00e9e sous la direction de Catherine Chalier et soutenue en juillet 2018 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Paris Nanterre<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Cette s\u00e9ance est importante pour le petit groupe de r\u00e9guliers du s\u00e9minaire libertaire ETAPE. Lucie Doublet nous a rejoint il y a quelques ann\u00e9es, au moment du Covid, alors que nous faisions nos s\u00e9ances en visio. On y voyait circuler son chat. C\u2019est devenu une des participantes fid\u00e8les du s\u00e9minaire. Toujours disponible, elle a accept\u00e9 avec humilit\u00e9 les sollicitations du s\u00e9minaire au fil des s\u00e9ances et a \u00e9t\u00e9 une de celle qui a le plus travaill\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9paration des s\u00e9ances, puis \u00e0 l\u2019\u00e9criture de textes pour le site Grande Angle. C\u2019est la premi\u00e8re fois que nous discutons directement son travail.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Son livre nous invite \u00e0 saisir des convergences, des tensions, des d\u00e9calages et des critiques r\u00e9ciproques entre les \u0153uvres de Marx et de Levinas. Les deux auteurs ne sont pas mis exactement sur le m\u00eame plan\u00a0; Lucie Doublet donne un avantage \u00e0 Levinas, m\u00eame si certaines de ses ambigu\u00eft\u00e9s sont soulign\u00e9es, mais Marx est davantage pass\u00e9 au crible de la critique.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Dans ce rapport destin\u00e9 \u00e0 introduire nos d\u00e9bats, je vais souligner rapidement quelques apports du livre, puis (c\u2019est le plus int\u00e9ressant pour avancer) formuler quelques pistes exploratoires \u00e0 partir du livre.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><b>Vue synth\u00e9tique de quelques apports principaux<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">En ce qui concerne les apports principaux, je commencerai par les derni\u00e8res phrases du livre\u00a0: \u00ab\u00a0une pens\u00e9e de la r\u00e9volte peut-elle faire l\u2019\u00e9conomie de la transcendance au sens levinassien, celle qui porte l\u2019humain au-del\u00e0 de lui-m\u00eame et des ordres dans lesquels s\u2019inscrit son existence\u00a0? Ces questions m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9es \"authentiquement\" par la Gauche. Prenant au s\u00e9rieux les contradictions qui affectent les approches strictement politiques de l\u2019\u00e9mancipation, elles renouvellent nos mani\u00e8res d\u2019envisager la lutte sociale et la transformation collective de l\u2019humanit\u00e9.\u00a0\u00bb (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, p. 360)<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">On est au c\u0153ur de questions qui taraudent depuis longtemps le s\u00e9minaire ETAPE, et qui nous ont conduit notamment \u00e0 accorder du temps ces derni\u00e8res ann\u00e9es aux interrogations spirituelles en rapport avec un horizon libertaire d\u2019\u00e9mancipation<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">L\u2019angle de l\u2019ouverture de l\u2019humain (\u00ab\u00a0celle qui porte l\u2019humain au-del\u00e0 de lui-m\u00eame et des ordres dans lesquels s\u2019inscrit son existence\u00a0\u00bb, selon Lucie Doublet, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>ibid.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">), et sa dimension utopique, soulign\u00e9e par Miguel Abensour<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, constitue pour nous un axe important du renouvellement intellectuel, \u00e9thique et politique de la gauche en g\u00e9n\u00e9ral et de la gauche libertaire en particulier. Ce qui appelle \u00e0 s\u2019\u00e9manciper des pens\u00e9es de l\u2019harmonie, du d\u00e9passement des contradictions et de la synth\u00e8se, afin de se coltiner les contradictions d\u2019une politique \u00e9mancipatrice. Les formulations de Lucie Doublet captent de mani\u00e8re lumineuse une part de ce qui est devant nous, en tout cas si nous n\u2019abdiquons pas en nous laissant hypnotiser et paralyser par la dynamique en cours d\u2019extr\u00eame droitisation.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Dans ce cadre g\u00e9n\u00e9ral de nos questionnements, un autre aspect appara\u00eet quelques lignes plus haut dans le livre de Lucie Doublet\u00a0: \u00ab\u00a0il ne suffit pas de s\u2019opposer aux vainqueurs actuels, il faut renoncer \u00e0 la perspective m\u00eame du triomphe historique\u00a0\u00bb (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, p. 360)\u00a0? Deux aspects li\u00e9s apparaissent ici en jeu\u00a0: <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">1) Abandonner la perspective de \u00ab\u00a0la fin de l\u2019histoire\u00a0\u00bb d\u2019inspiration h\u00e9g\u00e9lienne, de la r\u00e9alisation d\u00e9finitive de l\u2019id\u00e9al, au profit d\u2019une exploration infinie et t\u00e2tonnante (songeons \u00e0 la figure de la caresse chez Levinas<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">\u00a0!). Ce qui rejoint les pr\u00e9occupations pragmatistes d\u2019un auteur qui a beaucoup accompagn\u00e9 les premiers pas de notre s\u00e9minaire\u00a0: le philosophe am\u00e9ricain John Dewey<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">2) Se d\u00e9tacher de l\u2019imaginaire viriliste qui hante la politique, y compris dans ses secteurs \u00e9mancipateurs, celle qui r\u00e9duit le rapport \u00e0 la politique \u00e0 la focalisation d\u2019inspiration militaire sur \u00ab\u00a0les rapports de force\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le combat\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0la victoire\u00a0\u00bb\u00a0; bref la politique qui veut montrer qu\u2019elle a des couilles<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Dans les deux cas, des rep\u00e8res tir\u00e9s de l\u2019\u0153uvre de Levinas apparaissent pr\u00e9cieux.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Le livre de Lucie Doublet nous permet aussi de faire notre miel de convergences entre Levinas et Marx. Par exemple, \u00ab\u00a0Levinas et Marx r\u00e9affirment contre la libert\u00e9 abstraite du capital la valeur de l\u2019individu\u00a0\u00bb (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, p. 39). Et dans les deux cas, il s\u2019agit d\u2019un individu inscrit dans une intersubjectivit\u00e9, un individu relationnel. Mais on le verra par la suite, ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait le m\u00eame individu relationnel. Et les figures marxienne et levinassienne de l\u2019individu relationnel conduisent, de mani\u00e8re encore convergente, \u00e0 une critique de l\u2019humanisme classique, celui du \u00ab\u00a0genre humain\u00a0\u00bb, de l\u2019humain comme genre. M\u00eame si Lucie me semble sous-estimer les diff\u00e9rences (tout en les prenant en compte) chez Marx entre les <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Manuscrits de 1844<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> et <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>L\u2019id\u00e9ologie allemande<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">\u00a0(en collaboration avec F. Engels, 1845-1846)\u00a0; diff\u00e9rence non pas au sens de \u00ab\u00a0la coupure \u00e9pist\u00e9mologique\u00a0\u00bb althuss\u00e9rienne entre science et id\u00e9ologie, mais au sens de Michel Henry (auteur d\u2019une grande lecture ph\u00e9nom\u00e9nologique et individualiste de Marx, trop m\u00e9connue<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">) d\u2019un d\u00e9placement du \u00ab\u00a0genre humain\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019individualit\u00e9. Bien s\u00fbr, la critique marxienne et levinassienne de l\u2019humanisme classique ne nous m\u00eame pas \u00e0 une m\u00eame alternative humaniste\u00a0: humanisme des individualit\u00e9s singuli\u00e8res pour la premi\u00e8re, \u00ab\u00a0humanisme de l\u2019autre homme\u00a0\u00bb, de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, pour la seconde.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Enfin, je soulignerai les dialogues propos\u00e9s par Lucie Doublet avec d\u2019autres auteurs, en ouvrant de nouvelles fen\u00eatre \u00e0 l\u2019intelligibilit\u00e9 sensible qu\u2019elle met en \u0153uvre dans la confrontation Levinas\/Marx\u00a0: avec les parent\u00e9s entre Levinas et Tolsto\u00ef, le Marx de Michel Henry, l\u2019utopisme libertaire de Martin Buber, la po\u00e9sie de R\u00e9sistance de Ren\u00e9 Char, les pens\u00e9es radicales contemporaines de Jacques Ranci\u00e8re et de Monique Wittig, et d\u2019autres.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Je voudrais maintenant ouvrir quatre chantiers d\u2019in\u00e9gale longueur \u00e0 partir du livre de Lucie Doublet.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><b>L\u2019individu de Marx et l\u2019individu de Levinas<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Lucie Doublet saisit clairement des diff\u00e9rences importantes entre le couple individu-\u00e9mancipation chez Marx et chez Levinas. Elle parle de \u00ab\u00a0l\u2019id\u00e9al marxien de la r\u00e9alisation de soi\u00a0\u00bb (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, p. 268). Et, \u00e0 partir de l\u00e0, elle d\u00e9crit le pas de c\u00f4t\u00e9 levinassien\u00a0: \u00ab\u00a0La communaut\u00e9 humaine n\u2019est pas le produit des aspirations \u00e0 la r\u00e9alisation de soi. Elle vit du d\u00e9sir d\u2019exendance, dans l\u2019infini du pour-autrui.\u00a0\u00bb (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, p. 269)<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Elle saisit ainsi, \u00e0 la diff\u00e9rence de nombre de marxistes et avec Michel Henry, la port\u00e9e individualiste de l\u2019\u0153uvre de Marx. Mais ne pr\u00e9cise pas assez les exc\u00e8s de la lecture de Michel Henry, sa tendance \u00e0 une vision monadique de l\u2019individu, oubliant l\u2019intersubjectivit\u00e9 chez Marx, l\u2019inscription des individus dans un cours de relations sociales et historiques<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Henry ne voit pas de troisi\u00e8me voie entre le holisme \u00e9crasant les individus dans des totalit\u00e9s et l\u2019individualisme monadique, c\u2019est-\u00e0-dire la voie des relations sociales souvent mise en avant par Marx. On a l\u2019impression que pour lui la prise en compte des relations sociales pourraient faire resurgir par la fen\u00eatre des totalit\u00e9s cong\u00e9di\u00e9s par la porte. Pourtant chez Marx les singularit\u00e9s individuelles sont fr\u00e9quemment fabriqu\u00e9es par des relations sociales et dans le cours des relations sociales, dans un ontologie relationnaliste, dont une composante importante est un individualisme relationnel. Mais la difficult\u00e9 \u00e0 traiter la question de l\u2019intersubjectivit\u00e9 constitue un probl\u00e8me plus g\u00e9n\u00e9ral dans l\u2019\u0153uvre d\u2019Henry. Et l\u2019ontologie relationnaliste de Marx trouve par ailleurs un \u00e9cho dans sa philosophie politique de l\u2019\u00e9mancipation, que Lucie Doublet ne souligne pas assez\u00a0: un individualisme associatif, la perspective de r\u00e9alisation de soi au sein d\u2019un cadre associatif. Les relations apparaissent comme un n\u0153ud marxien \u00e0 la fois dans l\u2019ontologie et dans la philosophie politique, en tout cas dans des zones de la pens\u00e9e de Marx, qu\u2019on ne doit pas exag\u00e9r\u00e9ment homog\u00e9n\u00e9iser, mais j\u2019y reviendrai.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Il faudrait assouplir notre vue de l\u2019individualit\u00e9 relationnelle chez Marx par rapport \u00e0 certaines formulations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es par Lucie Doublet \u00e0 plusieurs reprises autour du th\u00e8me du \u00ab\u00a0d\u00e9terminisme \u00e9conomique\u00a0\u00bb. Il y a certes des formulations \u00e9conomistes (c\u2019est-\u00e0-dire qui prennent pour cause principale des processus sociaux des facteurs \u00e9conomiques) qui traversent les \u00e9crits de Marx. D\u00e9j\u00e0 un des textes les plus simplificateurs de Marx, l\u2019avant-propos \u00e0 la <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Critique de l\u2019\u00e9conomie politiqu<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">e de 1859, est plus compliqu\u00e9 qu\u2019on ne le croit. Marx n\u2019y parle pas de relations causale, mais prend la m\u00e9taphore d\u2019une maison, avec \u00ab\u00a0la base \u00e9conomique\u00a0\u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 en bas et \u00ab\u00a0la superstructure\u00a0\u00bb en haut<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\"><sup>8<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Et surtout l\u2019usage du verbe \u00ab\u00a0d\u00e9terminer\u00a0\u00bb et du substantif \u00ab\u00a0d\u00e9termination\u00a0\u00bb dans <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>L\u2019id\u00e9ologie allemande<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> ne renvoie pas, contrairement \u00e0 ce que suppose fr\u00e9quemment marxistes et anti-marxistes, \u00e0 des relations causales (comme chez Spinoza ou Bourdieu)<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\"><sup>9<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Cela concerne \u00ab\u00a0d\u00e9termin\u00e9\u00a0\u00bb au sens de dot\u00e9 de caract\u00e9ristiques (pauvre ou riche, homme ou femme, jeune ou vieux, national ou \u00e9tranger, etc.), et donc oppos\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0ind\u00e9termin\u00e9\u00a0\u00bb, dont on ne connaitrait pas les caract\u00e9ristiques. En ce sens, quand Marx et Engels critiquent <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>L\u2019Unique et sa propri\u00e9t\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> de Max Stirner (1844) dans <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>L\u2019id\u00e9ologie allemande<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, ce n\u2019est pas un collectivisme contre un individualisme qui s\u2019opposent, mais deux individualismes. Un individualisme concret et relationnel chez Marx et Engels, o\u00f9 la singularit\u00e9 de chaque individu est justement celle de personnes dot\u00e9es de caract\u00e9ristiques singuli\u00e8res, et un individualisme abstrait et monadique de Stirner, chez qui le \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb valoris\u00e9 n\u2019a pas de sp\u00e9cificit\u00e9s, pourrait \u00eatre le moi de n\u2019importe qui, comme pour la figure lib\u00e9rale et n\u00e9olib\u00e9rale de \u00ab\u00a0l\u2019homo oeconomicus\u00a0\u00bb<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\"><sup>10<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Une fois clarifi\u00e9 la figure de l\u2019individu concret et relationnel qui se dessine dans une s\u00e9rie de textes de Marx, la diff\u00e9rence avec Levinas appara\u00eet mieux saisissable. La singularit\u00e9 relationnelle de Levinas c\u2019est celle d\u2019autrui en ce que quelque chose en lui m\u2019\u00e9chappe. Pour Levinas, je ne peux jamais comprendre totalement autrui au double sens de comprendre\u00a0: l\u2019englober et le conna\u00eetre. Il y a quelque chose qui \u00e9chappe, qui exc\u00e8de. Je peux avoir des intelligibilit\u00e9s partielles, qui sont celles utiles des sciences, par exemple. La perspective marxienne de r\u00e9alisation de soi (qu\u2019il nomme \u00ab\u00a0homme total\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0homme complet\u00a0\u00bb) comme d\u00e9ploiement de la singularit\u00e9 de chacun dans un cadre associatif se pr\u00e9sente comme un d\u00e9veloppement de caract\u00e9ristiques, de sens et de capacit\u00e9s. Cela a des ressemblances avec \u00ab\u00a0la construction de soi comme \u0153uvre d\u2019art\u00a0\u00bb chez Oscar Wilde ou le \u00ab\u00a0souci de soi\u00a0\u00bb chez Michel Foucault<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\"><sup>11<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Chez Levinas, la singularit\u00e9 est ouverture \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, \u00e0 ce qui ne peut se r\u00e9duire \u00e0 des propri\u00e9t\u00e9s, m\u00eame singularis\u00e9es au sein d\u2019un corps, mais qui constitue une possibilit\u00e9 d\u2019exc\u00e9der les propri\u00e9t\u00e9s. Lucie Doublet \u00e9crit justement\u00a0: \u00ab\u00a0le sujet levinassien dispose du pouvoir de transcender les d\u00e9terminismes qui le conditionnent, et d\u2019exister depuis cet au-del\u00e0 utopique comme s\u2019il \u00e9tait sa propre origine\u00a0\u00bb (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, pp. 119-120). Deux figures relationnelles de l\u2019individualit\u00e9, unicit\u00e9 concr\u00e8te et alt\u00e9risation, donc, chez Marx et Levinas.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Comme question politique du moment, si la politique organis\u00e9e se saisissait de ce type de questions importantes pour le renouveau d\u2019une politique d\u2019\u00e9mancipation, ce qu\u2019elle fait de moins en moins, il y aurait le d\u00e9fi du passage, dans une tension non exclusive d\u2019articulations partielles, entre ces deux figures de l\u2019individualit\u00e9. Et, dans une double fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 Marx et \u00e0 Levinas, il nous faudrait partir de nos exp\u00e9riences du r\u00e9el, et pas d\u2019une utopie au sens d\u2019une ext\u00e9riorit\u00e9 compl\u00e8te vis-\u00e0-vis de nos exp\u00e9riences. Celle de Marx est en phase avec les id\u00e9aux des soci\u00e9t\u00e9s individualistes contemporaines, id\u00e9aux v\u00e9cus dans des aspirations et des projets de vie, mais id\u00e9aux entrav\u00e9s et frustr\u00e9s par la domination du cadre capitaliste<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote12sym\" name=\"sdfootnote12anc\"><sup>12<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Celle de Levinas est en phase avec l\u2019insatisfaction larv\u00e9e par rapport \u00e0 ces id\u00e9aux individualistes et s\u2019exprime dans toute une s\u00e9rie d\u2019exp\u00e9riences de la vie quotidienne o\u00f9 nos egos sont troubl\u00e9s par l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 (j\u2019ai pu l\u2019\u00e9tudier, par exemple, dans un cadre sociologique dans des enqu\u00eates men\u00e9es sur les rapports infirmi\u00e8res-malades, agents de l\u2019ANPE-ch\u00f4meurs et dans des caisses d\u2019allocations familiales<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote13sym\" name=\"sdfootnote13anc\"><sup>13<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">). Et le sentier ouvert par Levinas est une alternative aux autoroutes actuelles de l\u2019extr\u00eame droitisation, chez qui la nostalgie de la communaut\u00e9 perdue prend la forme du nationalisme et du racisme, qui pour nous r\u00e9chauffer nous enferment dans de nouvelles totalit\u00e9s \u00e9touffantes.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Je ne connais qu\u2019une piste de passage entre l\u2019individu marxien et l\u2019individu levinassien. C\u2019est dans un livre de la th\u00e9oricienne critique am\u00e9ricaine Judith Butler, o\u00f9 elle a associ\u00e9 une inspiration foucaldienne et une inspiration levinassienne\u00a0: <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Vers la cohabitation. Jud\u00e9it\u00e9 et critique du sionisme<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. C\u2019est dans ce livre qu\u2019elle fait, par ailleurs, une erreur grossi\u00e8re d\u2019interpr\u00e9tation sur Levinas, vraisemblablement dans la logique d\u2019une culpabilit\u00e9 juive de gauche par rapport \u00e0 la souffrance palestinienne, en attribuant \u00e0 Levinas de mani\u00e8re non document\u00e9e une th\u00e8se erron\u00e9e selon laquelle \u00ab\u00a0les Palestiniens n\u2019ont pas de visage\u00a0\u00bb<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote14sym\" name=\"sdfootnote14anc\"><sup>14<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Butler y \u00e9crit aussi, cette fois de mani\u00e8re suggestive\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019autre me constitue \u00e9galement, et je suis, de l\u2019int\u00e9rieur, d\u00e9chir\u00e9 par cette exigence \u00e9thique qui est \u00e0 la fois et indissolublement \"l\u00e0-bas\" et \"ici\" comme condition constitutive de moi-m\u00eame\u00a0\u00bb<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote15sym\" name=\"sdfootnote15anc\"><sup>15<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Et elle parle ensuite\u00a0de \u00ab\u00a0la constitution m\u00eame du sujet par et dans l'alt\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote16sym\" name=\"sdfootnote16anc\"><sup>16<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Ce qui la conduit \u00e0 mettre en cause la tendance identitariste du multiculturalisme lib\u00e9ral nord-am\u00e9ricain, en ce qu\u2019il pose d\u2019abord des cultures s\u00e9par\u00e9es qu\u2019il met ensuite en relation\u00a0: \u00ab\u00a0chez Levinas, l\u2019\"interruption\" par l\u2019autre, la mani\u00e8re dont l\u2019ontologie de soi-m\u00eame est constitu\u00e9e sur la base de l\u2019irruption pr\u00e9alable de l\u2019autre au c\u0153ur de moi-m\u00eame, implique une critique du sujet autonome et de l\u2019interpr\u00e9tation multiculturaliste, qui suppose que les cultures sont d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9es comme des domaines autonomes, dont le devoir est alors d\u2019\u00e9tablir un dialogue avec d\u2019autres cultures\u00a0\u00bb<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote17sym\" name=\"sdfootnote17anc\"><sup>17<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. La construction de soi et l\u2019alt\u00e9risation sont donc associ\u00e9es chez Butler avec une port\u00e9e politique radicale. Ce n\u2019est qu\u2019une piste. Mais il me semble qu\u2019il faudrait gratter un peu plus cette question de passages entre l\u2019individu marxien et l\u2019individu levinassien comme d\u00e9fi politique actuel.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Les autres points que je vais aborder seront plus courts.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><b>Anarchie et anarchisme chez Levinas<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Le livre de Lucie Doublet comporte un passage particuli\u00e8rement stimulant pour les anarchistes, c\u2019est celui intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Anarchie du Bien et anarchie politique\u00a0\u00bb (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, pp. 314-335). Elle cite un passage <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>d\u2019Autrement qu\u2019\u00eatre<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> (1974) pour lequel \u00ab\u00a0l\u2019anarchie trouble l\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, p. 315). Et Lucie Doublet de commenter\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019anarchie appara\u00eet alors comme l\u2019op\u00e9rateur de ce passage au-del\u00e0 de l\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, p. 314). Et, en m\u00eame temps, il y a une r\u00e9sistance chez Levinas \u00e0 passer \u00e0 l\u2019anarchisme comme projet politique. Ce que l\u2019on avait d\u00e9j\u00e0 discut\u00e9\u00a0dans le s\u00e9minaire ETAPE en \u00e9changeant sur le passionnant livre de Catherine Malabou<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote18sym\" name=\"sdfootnote18anc\"><sup>18<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Les militants libertaires n\u2019auraient-ils pas \u00e0 se saisir de cette h\u00e9sitation pour utiliser l\u2019anarchie levinassienne comme ouverture et questionnement perp\u00e9tuel de l\u2019anarchisme politique\u00a0? Il s\u2019agirait que le trouble, l\u2019ouverture ne se referment pas trop rapidement dans une nouvelle totalit\u00e9 anarchiste. C\u2019est dans une perspective convergente qu\u2019Anne-Sophie Chambost a ouvert r\u00e9cemment un questionnement sur le site Grand Angle<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote19sym\" name=\"sdfootnote19anc\"><sup>19<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><b>La patience et le Brassens libertaire<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Un autre passage particuli\u00e8rement stimulant politiquement dans le livre de Lucie Doublet est consacr\u00e9 \u00e0 la patience (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, pp. 290-292). Elle \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c1 la r\u00e9quisition partisane, Levinas oppose alors la vertu de ce qu\u2019il nomme la \"patience\"\u00a0\u00bb (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, p. 290). Et elle ajoute pourtant\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019exigence \u00e9thique requiert l\u2019action. Elle la requiert toujours et en toute urgence.\u00a0\u00bb (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>ibid.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">) Mais alors quid de \u00ab\u00a0la patience\u00a0\u00bb\u00a0? Elle r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est celle qui doit s\u00e9parer le sujet de sa lutte, lui permettant de s\u2019y engager sans s\u2019y confondre\u00a0\u00bb (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>ibid.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">) Ce qui appelle une rupture avec \u00ab\u00a0le geste des h\u00e9ros r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb, en ce qu\u2019il refuse de \u00ab\u00a0reconna\u00eetre la contradiction qui mine toute action violente, m\u00eame en vue du bien\u00a0\u00bb (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, p. 292).<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">On pense \u00e0 l\u2019ironie libertaire de la chanson de 1972 de Georges Brassens <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Mourir pour des id\u00e9es<\/i><\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote20sym\" name=\"sdfootnote20anc\"><sup>20<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Rappelons-nous les paroles de Brassens\u00a0: <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>\u00ab\u00a0Mourons pour des id\u00e9es, d\u2019accord, mais de mort lente\/D\u2019accord, mais de mort lente\u00a0\u00bb<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Ou encore\u00a0: <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>\u00ab\u00a0Encore s\u2019il suffisait\/De quelques h\u00e9catombes\/Pour qu\u2019enfin tout change\u00e2t, qu\u2019enfin tout s\u2019arrange\u00e2t\/Depuis tant de \"grands soirs\" que tant de t\u00eates tombent\/Au paradis sur terre on y serait d\u00e9j\u00e0\u00a0\u00bb<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">\u2026.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">La patience levinassienne et brassensienne, comme chemin de traverse politique, \u00e0 l\u2019\u00e9cart des mythologisations christiques, guevaristes et virilistes, n\u2019oubliant pas pour autant l\u2019urgence de l\u2019action.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><b>La port\u00e9e libertaire de la tension chez Levinas<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Ce que Levinas appelle le \u00ab\u00a0refus de la synth\u00e8se\u00a0\u00bb dans <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Autrement qu\u2019\u00eatre<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> d\u00e9bouche sur une valorisation d\u2019une pens\u00e9e de la tension, de la tension comme pens\u00e9e m\u00eame, en rupture avec la figure d\u2019inspiration h\u00e9g\u00e9lienne du \u00ab\u00a0d\u00e9passement\u00a0des contradictions\u00a0\u00bb. La question des tensions est \u00e9galement pr\u00e9sente dans le livre de Lucie Doublet. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Par exemple, elle parle \u00e0 propos du rapport soci\u00e9t\u00e9\/\u00c9tat de \u00ab\u00a0tension perp\u00e9tuelle\u00a0\u00bb, qui \u00ab\u00a0ne se r\u00e9sout justement pas dialectiquement\u00a0\u00bb (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, p. 332). Mais elle ne lui donne peut-\u00eatre pas une place assez importante dans le renouvellement libertaire des outils intellectuels de base de la gauche. Or, Levinas rejoint ici le chemin emprunt\u00e9 par l\u2019anarchiste Pierre-Joseph Proudhon quand, contre le d\u00e9passement h\u00e9g\u00e9lien, il met en avant \u00ab\u00a0l\u2019antinomie\u00a0\u00bb comme c\u0153ur, avec notamment la figure de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9quilibration des contraires\u00a0\u00bb<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote21sym\" name=\"sdfootnote21anc\"><sup>21<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Il y a l\u00e0 une lib\u00e9ration des chemins oblig\u00e9s de la dialectique h\u00e9g\u00e9lienne qui ont tant encha\u00een\u00e9s historiquement les pens\u00e9es de gauche, dont le marxisme et le communisme libertaire.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Pour moi, c\u2019est la tension entre le visage et la justice, l\u2019incommensurabilit\u00e9 d\u2019autrui et l\u2019espace commun de la politique, \u00e0 travers la figure du \u00ab\u00a0tiers\u00a0\u00bb (tous les autres et pas seulement l\u2019autrui singulier), qui appara\u00eet politiquement la tension levinassienne la plus importante pour l\u2019avenir d\u2019une politique d\u2019\u00e9mancipation<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote22sym\" name=\"sdfootnote22anc\"><sup>22<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Levinas l\u2019exprime \u00e0 travers la formulation de \u00ab\u00a0comparer l\u2019incomparable\u00a0\u00bb, qui appara\u00eet d\u2019abord en 1974 dans <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Autrement qu\u2019\u00eatre<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, et qui se pr\u00e9sente bien comme une tension infinie\u00a0: il y aura toujours une contradiction dans l\u2019effort pour \u00ab\u00a0comparer l\u2019incomparable\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><b>En guise de conclusion\u00a0; d\u00e9shomog\u00e9n\u00e9iser \u00ab\u00a0l\u2019\u0153uvre\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0l\u2019auteur\u00a0\u00bb avec Michel Foucault<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Pour conclure ces pistes, je lancerai l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019il faudrait assouplir l\u2019herm\u00e9neutique des textes philosophiques, de Marx comme de Levinas, pour mieux faire son miel de leurs questionnements. L\u2019histoire des id\u00e9es politiques, du c\u00f4t\u00e9 du droit et de la science politique, et l\u2019histoire de la philosophie, du c\u00f4t\u00e9 de la philosophie, ont d\u00e9velopp\u00e9 un travers rep\u00e9r\u00e9 par Michel Foucault en 1969 dans son livre <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>L\u2019arch\u00e9ologie du savoir<\/i><\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote23sym\" name=\"sdfootnote23anc\"><sup>23<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> et dans sa conf\u00e9rence \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019un auteur\u00a0?\u00a0\u00bb<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote24sym\" name=\"sdfootnote24anc\"><sup>24<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. C\u2019est le travers de surhomog\u00e9n\u00e9iser \u00ab\u00a0l\u2019\u0153uvre\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0l\u2019auteur\u00a0\u00bb par avance, en les constituant a priori comme des \u00ab\u00a0synth\u00e8ses toutes faites\u00a0\u00bb<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote25sym\" name=\"sdfootnote25anc\"><sup>25<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> et des \u00ab\u00a0continuit\u00e9s irr\u00e9fl\u00e9chies\u00a0\u00bb<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote26sym\" name=\"sdfootnote26anc\"><sup>26<\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, \u00e9crit Foucault. Assouplir notre regard par rapport \u00e0 ce pr\u00e9jug\u00e9 suppose d\u2019\u00eatre davantage attentif aux fils h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes qui peuvent constituer une \u00ab\u00a0\u0153uvre\u00a0\u00bb. Or, le livre de Lucie Doublet se situe encore trop dans la tradition de l\u2019histoire de la philosophie, en homog\u00e9n\u00e9isant excessivement Marx et Levinas par avance. C\u2019est un probl\u00e8me m\u00e9thodologique. Par un assouplissement m\u00e9thodologique mettant \u00e0 distance les \u00e9vidences de la tradition de l\u2019histoire de la philosophie, elle serait devenue plus sensible aux diff\u00e9rences entre les diff\u00e9rents textes de Marx (par exemple, les <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Manuscrits de 1844<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> et <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>L\u2019id\u00e9ologie allemande<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, 1845-1846<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">), ou bien \u00e0 l\u2019entrem\u00ealement des fils \u00e9conomistes et des fils non \u00e9conomistes dans un m\u00eame texte. Ou plus attentive aux diff\u00e9rences entre les flottements entre visage et justice dans <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Totalit\u00e9 et Infini<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> (1961) et la distinction nette des deux dans <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Autrement qu\u2019\u00eatre<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> (1974). Ou les d\u00e9placements, en fonction des textes et des passages des textes, quant \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 est mis le curseur entre l\u2019irr\u00e9ductibilit\u00e9 \u00e9thique et la commensurabilit\u00e9 de la politique institutionnelle.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Ces pistes nous invitent \u00e0 des prolongements. Cependant, on ne pourrait gu\u00e8re envisager de tels prolongements si l\u2019on n\u2019avait pas en main le beau voyage philosophique et politique auquel Lucie Doublet nous a convi\u00e9s. Merci Lucie\u00a0!<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><b>Philippe Corcuff<\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> est professeur de science politique \u00e0 Sciences Po Lyon, co-animateur du s\u00e9minaire ETAPE et du site Grand Angle, et auteur notamment de <\/span><\/span><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.25180\/lj.v27i2.388\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><span lang=\"es-ES\">\u201c<\/span><\/span><\/span><\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.25180\/lj.v27i2.388\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Starting with Emmanuel Levinas: Trails for a Renewed Politics of Emancipation in Front of Current Ultraconservative Trend<\/span><\/span><\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.25180\/lj.v27i2.388\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">s<\/span><\/span><\/a><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.25180\/lj.v27i2.388\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><span lang=\"es-ES\">\u201d<\/span><\/span><\/span><\/a><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Labyrinth. <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><span lang=\"en-US\"><i>An International Journal for Philosophy, Value Theory and Sociocultural Hermeneutics<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><span lang=\"en-US\">, vol. 27, <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><span lang=\"en-US\">no. 2, <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><span lang=\"es-ES\">30 January 2026, <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><span lang=\"en-US\">pp. 87-102.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">Voir <\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial, serif\">J<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">. Alexandre, P. Corcuff, T. Chust, D. Eckel, S. Lavignotte, I. Pereira et G. Serein, <a href=\"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=4871\">\u00ab\u00a0<\/a><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><a href=\"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=4871\">\"Spiritualit\u00e9\" et \"\u00e9thique\"\u00a0: premi\u00e8res explorations libertaires\u00a0\u00bb<\/a>, site Grand Angle, 2 janvier 2022. <\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">Voir M. Abensour, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Emmanuel Levinas, l\u2019intrigue de l\u2019humain. Entre m\u00e9tapolitique et politique<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, entretiens avec D. Cohen-Levinas, Paris, Hermann, 2012, et <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Levinas<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, Paris, Sens &amp; Tonka, 2021\u00a0; ainsi que P. Corcuff, <a href=\"https:\/\/refractions.plusloin.org\/spip.php?article1265\">\u00ab\u00a0Levinas-Abensour contre Spinoza-Lordon. Ressources libertaires pour s\u2019\u00e9manciper des pens\u00e9es de l\u2019identit\u00e9 en contexte ultra-conservateur\u00a0\u00bb<\/a>, revue <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>R\u00e9fractions. Recherches et expressions anarchistes<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, n\u00b0 39, automne 2017, pp. 109-122, et <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">\u00ab\u00a0<\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">The Levinas-<\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">Abensour<\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"> couple to rethink emancipation to the challenge of ultra-conservatism and identitarism<\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">\u00a0\u00bb, communication en visio-conf\u00e9rence au colloque \"The Politics of Emancipation. <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"en-US\">Utopia, Insurgent Democracy and the Legacy of Miguel Abensour\", organis\u00e9 par le <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"en-US\">Social Sciences and Humanities Research Council of Canada, York University, Trent University, McMaster University et Glendon College, York University, Toronto (Canada), 28-30 septembre 2022, video reprise sur YouTube le 12 mai 2023 : <\/span><\/span><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=MfpZ8qkOV8E&amp;list=PLn2_Kpnvi0qzPeP5D-Of7PgW_jpb5U0GK&amp;index=17\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"en-US\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=MfpZ8qkOV8E&amp;list=PLn2_Kpnvi0qzPeP5D-Of7PgW_jpb5U0GK&amp;index=17<\/span><\/span><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"en-US\">. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">Voir E. Levinas, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Le temps et l\u2019autre<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"> (1<\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\">e<\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"> \u00e9d.\u00a0: 1948), Paris, PUF, 1989, pp. 82-83.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">Voir J. Dewey, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Le public et ses probl\u00e8mes<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"> (1<\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\">e<\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"> \u00e9d.\u00a0: 1915), Paris Gallimard, col. \u00ab\u00a0Folio Essais\u00a0\u00bb, 2010, I. Pereira, <a href=\"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=633\">\u00ab\u00a0Pour un usage anarchiste du pragmatisme. Th\u00e9orie de la connaissance pragmatiste et anarchisme\u00a0\u00bb<\/a>, site Grand Angle, 14 ao\u00fbt 2013, et J. Zask, <a href=\"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=3676\">\u00ab\u00a0La d\u00e9mocratie, entre la radicalit\u00e9 de Dewey et les exp\u00e9riences paysannes\u00a0\u00bb<\/a>, site Grand Angle, 22 janvier 2017.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">Voir P. Corcuff, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><a href=\"https:\/\/shs.cairn.info\/revue-tumultes-2017-2-page-91\">\u00ab\u00a0D\u00e9mocratie radicale et reprobl\u00e9matisation strat\u00e9gique. En finir avec la magie viriliste, pas avec l\u2019horizon utopique, dans un pragmatisme libertaire\u00a0\u00bb<\/a>, revue <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Tumultes<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, n\u00b0 49, octobre 2017, pp. 91-104.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">M. Henry, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><a href=\"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=734\">\u00ab\u00a0Un Marx m\u00e9connu\u00a0: la subjectivit\u00e9 individuelle au c\u0153ur de la critique de l\u2019\u00e9conomie politique\u00a0\u00bb<\/a>, entretien de juin 1996 par P. Corcuff et N. Depraz, site Grand Angle, 13 septembre 2013.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">Voir P. Corcuff, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><a href=\"https:\/\/shs.cairn.info\/revue-actuel-marx-2014-1-page-132\">\u00ab\u00a0Le Marx h\u00e9r\u00e9tique de Michel Henry\u00a0: fulgurances et \u00e9cueils d\u2019une lecture philosophique\u00a0\u00bb<\/a>, revue <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Actuel Marx<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, n\u00b0 55, 1<\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\">e<\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"> semestre 2014, pp. 132-143.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">K. Marx,\u00a0\u00ab\u00a0Avant-propos\u00a0\u00bb \u00e0 la <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Critique de l\u2019\u00e9conomie politique<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"> (1859), repris dans P. Corcuff, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Marx XXI<\/i><\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>e<\/i><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i> si\u00e8cle. Textes comment\u00e9s<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, Paris, Textuel, coll. \u00ab\u00a0Petite Encyclop\u00e9die Critique\u00a0\u00bb, 2012, pp. 30-32.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">K. Marx et F. Engels, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>L\u2019id\u00e9ologie allemande<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"> (1845-1846), repris dans <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>ibid.<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, pp. 83-85.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote10\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">Sur les individualismes de Marx et Engels, d\u2019une part, de Stirner, d\u2019autre part, voir P. Corcuff, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Enjeux libertaires pour le XXI<\/i><\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>e<\/i><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i> si\u00e8cle par un anarchiste n\u00e9ophyte<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, Paris, Les \u00c9ditions du Monde Libertaire, 2015, pp. 159-162.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote11\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote11anc\" name=\"sdfootnote11sym\">11<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">Sur Marx, Wilde, Foucault et l\u2019individualit\u00e9, voir <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>ibid.<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, pp. 163-168 et 241-246.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote12\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote12anc\" name=\"sdfootnote12sym\">12<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">Sur les apports de Marx \u00e0 une critique du capitalisme \u00e0 partir des individualit\u00e9s, voir P. Corcuff, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><a href=\"http:\/\/sociologies.revues.org\/document462.html\">\u00ab\u00a0Individualit\u00e9 et contradictions du n\u00e9ocapitalisme\u00a0\u00bb<\/a>, revue en ligne <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>SociologieS<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, 22 octobre 2006.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote13\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote13anc\" name=\"sdfootnote13sym\">13<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">Voir P. Corcuff, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/caf_1149-1590_1996_num_45_1_1745\">\u00ab\u00a0Ordre institutionnel, fluidit\u00e9 situationnelle et compassion. Les interactions au guichet de deux Caisses d'Allocations Familiales\u00a0\u00bb<\/a>, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Recherches et Pr\u00e9visions<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"> (CNAF), n\u00b045, septembre 1996, et <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">\u00ab\u00a0Usage sociologique de ressources ph\u00e9nom\u00e9nologiques\u00a0: un programme de recherche au carrefour de la sociologie et de la philosophie\u00a0\u00bb, dans J. Benoist et B. Karsenti (\u00e9ds.), <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Ph\u00e9nom\u00e9nologie et sociologie<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, Paris, PUF, 2001, disponible sur <a href=\"https:\/\/www.academia.edu\/41571243\/Usage_sociologique_de_ressources_ph\u00e9nom\u00e9nologiques_un_programme_de_recherche_au_carrefour_de_la_sociologie_et_de_la_philosophie\">https:\/\/www.academia.edu\/41571243\/Usage_sociologique_de_ressources_ph%C3%A9nom%C3%A9nologiques_un_programme_de_recherche_au_carrefour_de_la_sociologie_et_de_la_philosophie<\/a>. <\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote14\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote14anc\" name=\"sdfootnote14sym\">14<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">J. Butler, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Vers la cohabitation. Jud\u00e9it\u00e9 et critique du sionisme<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"> (1<\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\">e<\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"> \u00e9d.\u00a0: 2012), Paris, Fayard, 2013, p. 40\u00a0; voir la critique de l\u2019erreur de Butler par l\u2019universitaire Bernard Chouat, <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2013\/03\/13\/debat-judith-butler-ou-levinas-trahi_5994697_3232.html\">\u00ab\u00a0D\u00e9bat\u00a0: Judith Butler ou Levinas trahi\u00a0?\u00a0\u00bb<\/a>, Blog D\u00e9sordres philosophiques, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Le Monde<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, 13 mars 2013.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote15\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote15anc\" name=\"sdfootnote15sym\">15<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">J. Butler, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Vers la cohabitation<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>ibid.<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, p. 63.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote16\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote16anc\" name=\"sdfootnote16sym\">16<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Ibid.<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, p. 64.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote17\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote17anc\" name=\"sdfootnote17sym\">17<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Ibid.<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, p. 63.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote18\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote18anc\" name=\"sdfootnote18sym\">18<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">C. Malabou, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Au voleur\u00a0! Anarchisme et philosophie<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, Paris, PUF, 2022\u00a0; et sur le site Grand Angle, <a href=\"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=4989\">\u00ab\u00a0\u00c9changes libertaires autour d\u2019<\/a><\/span><a href=\"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=4989\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Au voleur\u00a0! <\/i><\/span><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><a href=\"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=4989\">de Catherine Malabou\u00a0\u00bb<\/a>, 22 mai 2023, avec les contributions de J. Alexandre, L. Doublet, G. Serein et C. Malabou.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote19\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote19anc\" name=\"sdfootnote19sym\">19<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">A.-S. Chambost, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><a href=\"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=5610\">\u00ab\u00a0Anarchie \/ Anarchisme. Libres propos autour d\u2019un suffixe\u00a0\u00bb<\/a>, site Grand Angle, 9 f\u00e9vrier 2026.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote20\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote20anc\" name=\"sdfootnote20sym\">20<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">Voir mon podcast sur le site Grand Angle\u00a0: <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><a href=\"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?page_id=5433\">\u00ab\u00a0Georges Brassens et L\u00e9o Ferr\u00e9, des chanteurs en anarchisme\u00a0\u00bb<\/a>, <\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote21\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote21anc\" name=\"sdfootnote21sym\">21<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">Voir P. Corcuff, <\/span><a href=\"http:\/\/sociologies.revues.org\/5154\"><span style=\"font-family: Arial, serif\">\u00ab\u00a0<\/span><\/a><a href=\"http:\/\/sociologies.revues.org\/5154\"><span style=\"font-family: Arial, serif\">Antinomies et analogies comme outils transversaux en sociologie\u00a0: en partant de Proudhon et de Passeron<\/span><\/a><a href=\"http:\/\/sociologies.revues.org\/5154\"><span style=\"font-family: Arial, serif\">\u00a0\u00bb<\/span><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">, revue en ligne <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>SociologieS<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, 2 novembre 2015.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote22\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote22anc\" name=\"sdfootnote22sym\">22<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">Voir P. Corcuff, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><a href=\"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=3640\">\u00ab\u00a0R\u00e9\u00e9quilibrer le commun par l\u2019individualit\u00e9\u00a0: la piste Levinas. Quelques r\u00e9flexions \u00e0 propos d\u2019un texte de Christian Laval\u00a0\u00bb<\/a>, site Grand Angle, 23 novembre 2016.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote23\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote23anc\" name=\"sdfootnote23sym\">23<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">M. Foucault, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>L\u2019arch\u00e9ologie du savoir<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, Paris, Gallimard, 1969.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote24\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote24anc\" name=\"sdfootnote24sym\">24<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">M. Foucault, \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019un auteur\u00a0?\u00a0\u00bb (conf\u00e9rence de 1969), repris dans <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Dits et \u00e9crits I, 1954-1975<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Quarto\u00a0\u00bb, 2001, pp. 817-849.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote25\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote25anc\" name=\"sdfootnote25sym\">25<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">M. Foucault, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>L\u2019arch\u00e9ologie du savoir<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>op. cit.<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, p. 32.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote26\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote26anc\" name=\"sdfootnote26sym\">26<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Ibid.<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, p. 36.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"margin-top:30px; clear:both;\"><\/div><\/div><div style=\"border-top:7px solid #12bece;\" id=\"levinas-tab-1\" class=\"rtbs_content\"><p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: large\"><b>Levinas avec Marx<\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><b>Post-scriptum \u00e0 une s\u00e9ance du s\u00e9minaire ETAPE<\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: large\"><b>Par Alain David<\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, serif\">****************************************<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">Ce texte a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 apr\u00e8s la s\u00e9ance du s\u00e9minaire ETAPE (Explorations Th\u00e9oriques Anarchistes Pragmatistes pour l'Emancipation) du 26 janvier 2024 consacr\u00e9e au livre de la philosophe Lucie Doublet, <\/span><\/span><a href=\"https:\/\/www.otrante.fr\/levinas.html\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Emmanuel Levinas et l\u2019h\u00e9ritage de Karl Marx. Sublime mat\u00e9rialisme<\/i><\/span><\/span><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> (\u00e9dition Orante, 2021). Suite \u00e0 notre sollicitation, le philosophe Alain David, qui a particip\u00e9 \u00e0 la s\u00e9ance et qui y est intervenu de mani\u00e8re \u00e9clairante \u00e0 plusieurs reprises, nous a offert une trace \u00e9crite de sa participation.<\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: Arial, serif\">****************************************<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><b>Trop pr\u00e9sent pour \u00eatre cit\u00e9<\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Marx-Levinas ? Marx avec Levinas ? Ou Levinas avec Marx ? Je pense \u00e0 une plaisanterie que j\u2019avais entendue dans la bouche de Jean-Louis Chr\u00e9tien : \u00ab c\u2019est deux personnes qui se rencontrent, l\u2019une demandant \u00e0 l\u2019autre : est-ce que je ne vous ai pas rencontr\u00e9 \u00e0 Vienne\u00a0? Impossible r\u00e9pond l\u2019autre, je ne suis jamais all\u00e9 \u00e0 Vienne. Au fait moi non plus reprend le premier, il doit s\u2019agir alors de deux autres personnes. \u00bb <\/i><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Levinas, Marx ? S\u2019agit-il aussi de deux autres personnes ? <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Ou encore ceci, pour accompagner un instant encore mes h\u00e9sitations, de Levinas : \u00ab Rosenzweig, trop pr\u00e9sent pour \u00eatre cit\u00e9 \u00bb. On pourrait s\u00fbrement, dans son \u0153uvre m\u00eame, appliquer cette formule \u00e0 d\u2019autres, \u00e0 Bergson par exemple. Ou \u00e0 Spinoza. Et j\u2019en fais donc ici l\u2019hypoth\u00e8se \u00e0 Marx. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Il est vrai que ce silence relatif a sans doute des sens diff\u00e9rents quant aux uns et aux autres\u00a0: dans le cas de Marx la r\u00e9f\u00e9rence vient sans doute de tr\u00e8s loin dans la vie de Levinas, t\u00e9moin \u00e0 11 ans, depuis l\u2019Ukraine o\u00f9 sa famille s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9e pour \u00e9chapper \u00e0 la guerre, de la R\u00e9volution : Marx, L\u00e9nine, la R\u00e9volution de f\u00e9vrier que sa famille avoue Levinas en souriant, pr\u00e9f\u00e8re \u00e0 celle d\u2019octobre, sont comme un bruit d\u2019ambiance, une \u00e9vidence qui accompagne la vie : bruit de fond, trop pr\u00e9sent pour \u00eatre cit\u00e9. Comme ce cri de r\u00e9volte \u00e9galement que Levinas associe \u00e0 Marx, contre la th\u00e9orie m\u00eame du marxisme : \u00ab\u00a0cri proph\u00e9tique, \u00e0 peine discours ; voix qui crie dans le d\u00e9sert ; r\u00e9volte de Marx et des marxistes par-del\u00e0 la science marxienne<\/span><\/span><i> <\/i><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">\u00bb 1<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Au-del\u00e0, au-del\u00e0 de l\u2019enfance (mais je vais y revenir) il y a eu la France, la venue en France, les Droits de l\u2019Homme et la R\u00e9volution encore et l\u2019\u00e9vidence d\u2019un paradigme : la relation \u00e0 l\u2019autre comme \u00e9l\u00e9ment m\u00eame de l\u2019\u00eatre social de l\u2019humanit\u00e9 et de son identit\u00e9. Tout ce qui pourrait se r\u00e9sumer en une formule, emprunt\u00e9e au rabbin lituanien Isra\u00ebl Salanter : \u00ab les besoins mat\u00e9riels de mon prochain sont des besoins spirituels pour moi \u00bb 2<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>. <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Loin de tout id\u00e9alisme le besoin qualifie en de\u00e7\u00e0 des superstructures, la lecture levinassienne du mat\u00e9rialisme : \u00ab la droiture du besoin \u00bb dit ainsi Levinas, ou dans une citation talmudique, \u00ab grand est le manger \u00bb (dans le texte sur Martin Buber dans <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Noms propres<\/i><\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">3<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>)<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Le besoin avant la culture, les langues, comme encore \u00ab l\u2019\u00e9ternelle v\u00e9rit\u00e9 du marxisme \u00bb (cf. toute la section II de <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Totalit\u00e9 et infini<\/i><\/span><\/span> <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">4<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> \u2014 sur laquelle je vais revenir \u2014 ou, entre beaucoup d\u2019autres, le chapitre 4 d\u2019<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Humanisme de l\u2019autre homme<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La signification \"\u00e9conomique\"\u00a0\u00bb 5<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">). Ce consentement implicite \u00e0 Marx trouve n\u00e9anmoins des occasions d\u2019expressions, en particulier dans le voisinage \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Michel Henry. <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;text-decoration: none\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><b>Levinas avec Michel Henry : l\u2019immanence de l\u2019immanence est la transcendance de la transcendance<\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Je reviens un instant \u00e0 la s\u00e9ance du s\u00e9minaire avec Lucie Doublet. L\u2019un des axes de la discussion fut selon mon souvenir la question de la transcendance chez Levinas, l\u00e0 o\u00f9 il \u00e9tait question au contraire chez Marx de plonger au c\u0153ur des choses du monde, bref, d\u2019immanence. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">La r\u00e9flexion sur le rapport de Levinas \u00e0 Michel Henry permet d\u2019entendre que l\u2019opposition entre immanence et transcendance n\u2019est qu\u2019apparente. Certes Henry lui-m\u00eame dans <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>L\u2019essence de la manifestation <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">ne s\u00e9pare pas immanence et transcendance, faisant de l\u2019immanence l\u2019incontournable condition de la transcendance : \u00ab l\u2019immanence est l\u2019essence de la transcendance \u00bb 6<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Toutefois il n\u2019entend pas en l\u2019esp\u00e8ce par transcendance ce que Levinas entend : la transcendance ici, ou l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9, est celle du monde \u00e0 l\u2019horizon de la conscience, elle est l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019objet. La transcendance dont parle Levinas est plus radicale, elle renvoie \u00e0 une alt\u00e9rit\u00e9 qui elle-m\u00eame ne participe pas de l\u2019\u00eatre au monde, et qui de ce fait m\u00eame implique pour le sujet qui se d\u00e9finit par elle un en de\u00e7\u00e0 qui lui non plus n\u2019est pas au monde. <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Soient deux textes, les seuls me semble-t-il o\u00f9 Levinas cite Henry, et le cite avec faveur, deux notes de <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>En d\u00e9couvrant l\u2019existence avec Husserl et Heidegger<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> :<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">* La premi\u00e8re note se trouve dans un article de 1967 \u00ab\u00a0Langage et proximit\u00e9\u00a0\u00bb, repris dans la deuxi\u00e8me \u00e9dition de <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>En d\u00e9couvrant\u2026<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">\u00a0: \u00ab\u00a0Michel Henry conteste le caract\u00e8re transcendant de la sensibilit\u00e9 qui ne serait d\u00fb qu\u2019\u00e0 l\u2019intentionnalit\u00e9 th\u00e9or\u00e9tique qu\u2019elle fonde (laquelle d\u2019ailleurs \u00e0 son tour s\u2019enracinerait dans la manifestation de l\u2019immanence). Nous sommes d\u2019accord avec lui pour contester \u00e0 <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><span lang=\"it-IT\">la sensibilit<\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">\u00e9 la transcendance intentionnelle, mais nous ne limiterons pas la transcendance \u00e0 l\u2019intentionnalit\u00e9, en partant pr\u00e9cis\u00e9ment de la notion de proximit\u00e9.\u00a0\u00bb <\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">7<\/span><\/sup><\/a><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">* La seconde note se trouve dans un article de 1965, \u00ab\u00a0\u00c9nigme et ph\u00e9nom\u00e8ne\u00a0\u00bb, repris dans le m\u00eame livre\u00a0: \u00ab\u00a0Cette approche se fait dans le <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>sentiment <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">dont la tonalit\u00e9 fondamentale est <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>D\u00e9sir <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">au sens que nous avons donn\u00e9 \u00e0 ce terme dans <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Totalit\u00e9 et infini\u00a0<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">: distinct de la tendance et du besoin le D\u00e9sir n\u2019appartient pas \u00e0 l\u2019activit\u00e9 mais constitue l\u2019intentionnalit\u00e9 de l\u2019affectif. On peut se demander si les critiques tr\u00e8s remarquables et d\u00e9mystificatrices que Michel Henry \u00e9l\u00e8ve contre l\u2019intentionnalit\u00e9 de l\u2019affectivit\u00e9, qui malgr\u00e9 les analyses de Scheler et de Heidegger resterait d\u2019origine intellectuelle (cf. <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Essence de la manifestation<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, pp. 707-757) arrivent \u00e0 chasser tout mouvement de transcendance du sentiment. Il faut, en effet, pr\u00e9ciser que cette transcendance consiste \u00e0 aller au-del\u00e0 de l\u2019\u00eatre, ce qui veut dire que, ici, la vis\u00e9e vise ce qui se refuse \u00e0 la corr\u00e9lation que toute vis\u00e9e, comme telle, instaure\u00a0; ce qui, par cons\u00e9quent, n\u2019est, \u00e0 aucun titre, \u2013 pas m\u00eame conceptuel \u2013 repr\u00e9sent\u00e9. Le sentiment primordial \u2013 dans son ambigu\u00eft\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment \u2014 est ce d\u00e9sir de l\u2019Infini, relation avec l\u2019Absolu, qui ne se fait pas corr\u00e9latif et qui laisse dans un certain sens, par cons\u00e9quent, le sujet dans l\u2019immanence. N\u2019est-ce pas l\u2019immanence que Jean Wahl appela un jour \"la plus grande transcendance\"\u2026\u00a0\u00bb <\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">8 ?<\/span><\/sup><\/a><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Dans l\u2019une et l\u2019autre de ces citations, Levinas reconna\u00eet \u00e0 Henry la pertinence de sa th\u00e8se d\u2019une sensibilit\u00e9 non intentionnelle, c\u2019est-\u00e0-dire ne proc\u00e9dant pas de l\u2019appartenance du sujet \u00e0 un monde. D\u00e8s lors l\u2019id\u00e9e d\u2019un Levinas penseur de l\u2019Autre mais indiff\u00e9rent au concret de la vie, et notamment au concret \u00e9conomique, l\u00e0 o\u00f9 Marx au contraire subordonne toute sa r\u00e9flexion aux conditions r\u00e9elles de la vie \u2014 ce qu\u2019illustrerait par exemple la 11<\/span><\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">e<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> th\u00e8se sur Feuerbach de 1845 \u2014 ne tient pas : l\u2019immanence ne s\u2019oppose pas chez Levinas \u00e0 la transcendance, elle en est l\u2019un des noms \u2014 l\u2019immanence comme \u00ab\u00a0la plus grande transcendance, ose Levinas, en citant Jean Wahl.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Avant d\u2019essayer de montrer chez Levinas la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019immanence, rappelons comment elle constitue chez Henry lisant Marx la r\u00e9alit\u00e9 m\u00eame. Dans le premier volume de son <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Marx<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, paru en 1976 et intitul\u00e9 significativement \u00ab Une philosophie de la r\u00e9alit\u00e9 \u00bb (le second \u00e9tant \u00ab Une philosophie de l\u2019\u00e9conomie \u00bb), Michel Henry, dans la continuit\u00e9 de la th\u00e8se expos\u00e9e dans <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>L\u2019essence de la manifestation<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, pr\u00e9sente Marx comme le penseur d\u2019une subjectivit\u00e9 irr\u00e9ductible \u00e0 la relation \u00e0 l\u2019objet. En ce sens la subjectivit\u00e9 est le fond de toute r\u00e9alit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsqu\u2019on parle d\u2019action objective et, comme le fait a troisi\u00e8me phrase de la premi\u00e8re th\u00e8se [sur Feuerbach] d\u2019\"activit\u00e9 objective\", il importe de savoir ce qu\u2019on veut dire [\u2026] l\u2019\"objectivit\u00e9\" de cette action, si l\u2019on entend par l\u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, est sa subjectivit\u00e9 radicale, est la pratique qu\u2019effectue celui qui vit enfonc\u00e9 en elle [\u2026] Sans cette r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la subjectivit\u00e9, il n\u2019y a pas d\u2019action mais seulement un processus en troisi\u00e8me personne, le mouvement des feuilles de l\u2019arbre dans le vent, la chute de l\u2019eau dans la cascade [\u2026] Ni l\u2019eau ni le vent n\u2019agissent \u00bb 9<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\"><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. \u00ab L\u2019erreur de Feuerbach\u00a0\u00bb 1<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">0<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> est de n\u2019avoir pas compris que le sujet n\u2019est pas \u00ab au monde \u00bb, ou pour parler le langage de l\u2019<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Essence de la manifestation<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, que l\u2019immanence ne se qualifie pas \u00e0 partir de l\u2019appartenance du sujet \u00e0 un monde. Feuerbach, dit Marx cit\u00e9 par Michel Henry, \u00ab saisit [le monde] uniquement comme objet sensible, et non comme activit\u00e9 sensible \u00bb <\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">11<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Cette th\u00e8se de l\u2019immanence, radicale parce qu\u2019irr\u00e9ductible \u00e0 la transcendance du monde, au sens que Edmund Husserl donne \u00e0 la transcendance, celle du no\u00e8me, qui se donne dans le <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>meinen, <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">au terme de la vis\u00e9e intentionnelle (dans une h\u00e9sitation terminologique comme le souligne un article retentissant de Rudolf Bernet, entre immanence et transcendance) sur le fond d\u2019une succession de \u00ab profils \u00bb (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Abschattungen<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">), est celle qui est \u00e9galement expos\u00e9e dans la section II, \u00ab Int\u00e9riorit\u00e9 et \u00e9conomie \u00bb, selon moi souvent mal comprise, de <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Totalit\u00e9 et infini. <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">D\u2019embl\u00e9e, de fa\u00e7on peut-\u00eatre trop dense, Levinas pose l\u2019argument : \u00ab En d\u00e9crivent la relation m\u00e9taphysique comme d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e, comme d\u00e9gag\u00e9e de toute participation, nous aurions tort d\u2019y reconna\u00eetre l\u2019intentionnalit\u00e9, la conscience de\u2026 [\u2026] Le terme husserlien \u00e9voque en effet la relation avec l\u2019objet, avec le pos\u00e9, avec le <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>th\u00e9matique<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, alors que la relation m\u00e9taphysique ne rattache pas un sujet \u00e0 un objet. \u00bb 1<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote12sym\" name=\"sdfootnote12anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">2<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> Levinas prend ici le mot m\u00e9taphysique non au sens heidegg\u00e9rien, voire kantien du terme, mais au sens le plus fort, c\u2019est-\u00e0-dire de la transcendance, du rapport \u00e0 l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Totalit\u00e9 et infini<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> est sous-titr\u00e9 \u00ab\u00a0Essai sur l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9\u00a0\u00bb). Et l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 signifie alors ext\u00e9riorit\u00e9 par rapport au monde. \u00ab\u00a0\u2026 nous n\u2019allons pas fonder la relation avec l\u2019\u00e9tant respect\u00e9 dans son \u00eatre \u2014 et dans ce sens absolument ext\u00e9rieur, c\u2019est-\u00e0-dire m\u00e9taphysique \u2014 sur l\u2019\u00eatre au monde, sur le <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>souci <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">et le <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>faire<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> du <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Dasein<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> heidegg\u00e9rien\u00a0\u00bb 1<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote13sym\" name=\"sdfootnote13anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">3<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Martin Heidegger est \u00e9clairante ici : tout ce qui suit, la dimension \u00e9conomique, et par l\u00e0 m\u00eame \u00e0 nouveau l\u2019implicite recours \u00e0 Marx, est donc rapport\u00e9 \u00e0 l\u2019inconditionnalit\u00e9 de la transcendance. Mais cette derni\u00e8re a comme contrepartie la position d\u2019une int\u00e9riorit\u00e9, plus int\u00e9rieure que ce que permet de penser ou de construire l\u2019\u00eatre au monde (ou, dans le style husserlien, la relation no\u00e9tico-no\u00e9matique) : \u00ab\u00a0Le faire, c\u2019est-\u00e0-dire le travail, suppose d\u00e9j\u00e0 la relation avec le transcendant [\u2026] En distinguant acte objectivant et m\u00e9taphysique, nous ne nous acheminons pas vers la d\u00e9nonciation de l\u2019intellectualisme mais vers son d\u00e9veloppement tr\u00e8s rigoureux, s\u2019il est vrai toutefois que l\u2019intellect d\u00e9sire l\u2019\u00eatre en soi. \u00bb 1<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote14sym\" name=\"sdfootnote14anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">4<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> \u00ab\u00a0L\u2019\u00eatre en soi\u00a0\u00bb : dans le langage de Michel Henry, c\u2019est l\u2019immanent. La condition de l\u2019immanence, ou plut\u00f4t l\u2019autre nom de l\u2019immanence (condition pourrait laisser comprendre \u00ab condition de possibilit\u00e9, au sens du transcendantal kantien) est pour Levinas la transcendance. De l\u00e0 les pages qui suivent, sur l\u2019\u00e9conomie, et (en revenant au sens \u00e9tymologique de ce mot) sur la maison (cf. aussi en allemand <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Haushalt<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">) \u2014 en un sens r\u00e9solument diff\u00e9rent de ce que Heidegger pr\u00e9sente de l\u2019habiter (cf. la conf\u00e9rence \u00ab\u00a0<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Bauen, wohnen, denken\u00a0\u00bb,<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> \u00ab B\u00e2tir, habiter, penser \u00bb, de 1951) qui proc\u00e8de toujours de l\u2019<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>in der Welt sein<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, de l\u2019\u00eatre au monde. Le malentendu, proc\u00e9dant souvent de l\u2019empressement \u00e0 rabattre Levinas sur Heidegger, consiste dans l\u2019interpr\u00e9tation de toutes les descriptions de l\u2019\u00e9conomique et de la maison comme autant de variations existentielles autour du Dasein \u2014 le <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Da<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, le l\u00e0 ouvert \u00e0 la question de l\u2019\u00eatre, mais l\u00e0 signifiant par l\u00e0 m\u00eame in\u00e9luctablement et conjointement \u00ab \u00eatre au monde \u00bb et \u00ab \u00eatre \u00e0 la mort \u00bb. <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Il faudrait prendre le temps de relire ici les pages sur le \u00ab jouir de\u2026 \u00bb si \u00e9blouissantes, et si diff\u00e9rentes, ne serait-ce que dans leur tonalit\u00e9, de celles o\u00f9 Heidegger d\u00e9crit l\u2019habiter \u2014 l\u2019habiter en po\u00e8te \u2014 <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>dichterisch wohnet der Mensch \u2014<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> o\u00f9 dans le dire po\u00e9tique h\u00f6lderlinien l\u2019habiter proc\u00e8de de la sacralisation de l\u2019espace modul\u00e9 par les quatre \u2014 <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>das Geviert<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, \u00ab le ciel, la terre, les mortels et les dieux \u00bb \u2014 alors que pour Levinas il signifie le repli, en de\u00e7\u00e0 du monde, du sujet sur lui-m\u00eame, dans la jouissance (tonalit\u00e9 singuli\u00e8re de la jouissance qu\u2019on chercherait sans doute vainement chez Heidegger). <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Insistons : le sujet <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><span lang=\"it-IT\">immanent,<\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> est, dit Levinas, \u00ab\u00a0pour soi \u00bb : \u00ab la contraction m\u00eame de l\u2019ego : elle est une existence <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>pour soi<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> [\u2026] elle est pour soi, comme dans l\u2019expression \"chacun pour soi\", pour soi, comme est pour soi \"ventre affam\u00e9 qui n\u2019a pas d\u2019oreilles\", capable de tuer pour une bouch\u00e9e de pain, pour soi comme le rassasi\u00e9 qui ne comprend pas l\u2019<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><span lang=\"it-IT\">affam<\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">\u00e9 et qui l\u2019aborde en philanthrope, esp\u00e8ce \u00e9<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><span lang=\"pt-PT\">trang<\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">\u00e8re <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><span lang=\"it-IT\">\u00bb 1<\/span><\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote15sym\" name=\"sdfootnote15anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">5<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Le quant \u00e0 soi, l\u2019absolu retrait du \u00ab\u00a0pour soi\u00a0\u00bb o<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><span lang=\"it-IT\">\u00f9 <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">s\u2019op\u00e8re la jouissance, soustrait le sujet au monde. Or \u00eatre ainsi en retrait, c\u2019est se soustraire \u00e0 la question de la mort (alors que chez Heidegger \u00eatre au monde est le propre du <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Dasein<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> comme <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Sein zum Tode<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, comme \u00eatre \u00e0 la mort). C\u2019est en cela aussi le propre de la jouissance, une vie pour soi, une sensibilit\u00e9 qui n\u2019achoppe pas sur la question \u00ab\u00a0\u00eatre ou ne pas \u00eatre \u00bb. Qui n\u2019est pas conditionn\u00e9e par elle. R\u00e9sonance quasi \u00e9picurienne du jouir, Epicure avan\u00e7ant d\u00e9j\u00e0 la th\u00e8se de l\u2019inanit\u00e9 de la question de la mort (quand je suis l\u00e0 la mort n\u2019est pas l\u00e0, quand la mort est l\u00e0 je ne suis pas l\u00e0). Il faudrait ici rappeler la th\u00e8se soutenue par jeune Marx en 1841 sur D\u00e9mocrite et Epicure, et je pense aussi au livre de Francine Markovits, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Marx dans le jardin d\u2019Epicure (<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Minuit 1974).<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><b>Sur la mort dans la pens\u00e9e de Ernst Bloch<\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">La jouissance, en tant que sujet soustrait \u00e0 l\u2019horizon du monde et de la mort, en tant que sujet non mortel, est explicitement associ\u00e9e par Levinas au nom de Marx dans l\u2019article qu\u2019il \u00e9crit sur Ernst Bloch en 1976 : \u00ab Sur la mort dans la pens\u00e9e de Ernst Bloch \u00bb (repris dans d<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>e Dieu qui vient \u00e0 l\u2019id\u00e9e<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">). 1976 : c\u2019est \u00e9galement l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 il avait mis au programme de son s\u00e9minaire, traditionnellement consacr\u00e9 \u00e0 la lecture de textes de Husserl, le premier volume de <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>L\u2019Essence de la manifestation, <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">l\u2019ann\u00e9e m\u00eame o\u00f9 paraissent les deux volumes du <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Marx <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">de Michel Henry. <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">La th\u00e8se de l\u2019article de Levinas tient tout enti\u00e8re dans la reprise d\u2019une affirmation du <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Principe esp\u00e9rance<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Prinzip Hoffnung<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">) que Michel Henry aurait pu signer : \u00ab En tant que r\u00e9el, pr\u00e9cis\u00e9ment, et non formel il est remis sur pied \u00bb 1<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote16sym\" name=\"sdfootnote16anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">6<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> : \u00ab Il \u00bb, \u00ab l\u2019humanisme \u00bb de Marx\u00a0: le marxisme de Bloch d\u00e9clare d\u2019embl\u00e9e Levinas, d\u00e8s la premi\u00e8re phrase de son article, \u00e9tant un humanisme. Humanisme qui n\u2019est pas simplement celui du jeune Marx pas encore au fait de sa pens\u00e9e d\u2019avant la \u00ab coupure \u00e9pist\u00e9mologique \u00bb (dont Louis Althusser emprunte l\u2019expression \u00e0 Gaston Bachelard). Humanisme qui est la philosophie m\u00eame selon Bloch : dans sa double volont\u00e9 de se tourner vers la r\u00e9alit\u00e9 et de r\u00e9pondre \u00e0 un appel moral. Et c\u2019est sous cette condition que s\u2019op\u00e8re le fameux \u00ab renversement \u00bb, la remise sur ses pieds de la dialectique\u00a0: la r\u00e9sonance dans la pens\u00e9e de la culture universelle, dans l\u2019\u00e9l\u00e9ment de laquelle seulement prend fond l\u2019exp\u00e9rience pour l\u2019humanit\u00e9, d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 aujourd\u2019hui absente. Et ainsi le pressentiment d\u2019une ontologie selon laquelle, quoi qu\u2019il en soit de la mort, par-dessus m\u00eame l\u2019hypoth\u00e8que de la mort, se l\u00e8ve un infini \u00e9tonnement, au contact parfois du plus simple et du plus inattendu : \u00ab\u00a0la fa\u00e7on dont une feuille est remu\u00e9e par le vent\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0un sourire d\u2019enfant\u00a0\u00bb, \u00ab un regard de jeune fille \u00bb, \u00ab\u00a0la beaut\u00e9 d\u2019une m\u00e9lodie s\u2019\u00e9levant d\u2019un rien\u00a0\u00bb 1<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote17sym\" name=\"sdfootnote17anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">7<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">\u2026\u00a0\u00ab\u00a0Ce contenu plus signifiant n\u2019est pas n\u00e9cessaire pour susciter et accomplir l\u2019intention symbole allant vers le <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Tua res agitur <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">qui ainsi appara\u00eet. Elle est l\u2019\u00e9tonnement le plus profond, sans aucune d\u00e9rivation, \u00e9l\u00e9ment de l\u2019authentique sous la figure d\u2019une question se faisant \u00e9cho en elle-m\u00eame. \u00bb 1<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote18sym\" name=\"sdfootnote18anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">8<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. \u00ab \u00c9tonnement \u00bb, \u00ab notre affaire la plus propre \u00bb, ouvrant \u00e0 une temporalit\u00e9 qui conf\u00e8re au pr\u00e9sent la dimension de l\u2019utopie \u2014 \u00e9vocation, commente Levinas, \u00ab qui constitue le trait le plus remarquable de ce qu\u2019on pourrait appeler la \"mystique de l\u2019immanence\"\u00a0\u00bb 1<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote19sym\" name=\"sdfootnote19anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">9<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> \u2014 immanence qui ne se ram\u00e8ne donc pas \u00e0 la traditionnelle conscience de soi : un concept de l\u2019immanence en vertu de quoi \u00ab la mort perd son dard \u00bb <\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote20sym\" name=\"sdfootnote20anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">20<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Toutefois, accomplie en ce sens (\u00ab l\u2019\u00e9tonnement \u00bb, etc.), la philosophie c\u2019est int\u00e9gralement le marxisme, souligne Levinas : \u00ab Ernst Bloch entend le marxisme comme moment philosophique \u00bb 2<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote21sym\" name=\"sdfootnote21anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">1<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. La 11<\/span><\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">e<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> th\u00e8se sur Feuerbach \u2013 \u00ab\u00a0l\u2019ambition marxiste de transformer le monde\u00a0\u00bb 2<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote22sym\" name=\"sdfootnote22anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">2<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> \u2014 \u00ab ne signifierait pas une je ne sais quelle priorit\u00e9 de l\u2019action qui viendrait se substituer \u00e0 la recherche de la v\u00e9rit\u00e9. La v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u00eatre, en tant que v\u00e9rit\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment [\u2026] est conditionn\u00e9e par le <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>travail<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, relation fondamentale entre le sujet et l\u2019objet. <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>L\u2019acte ferait partie de la manifestation de l\u2019\u00eatre. <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Ce qui n\u2019est certes possible que par une nouvelle notion de l\u2019intelligibilit\u00e9 de l\u2019\u00eatre, apport marxien \u00e0 l\u2019histoire de la philosophie, avant toute contribution \u00e0 la politique et \u00e0 l\u2019\u00e9conomie entendues comme couvrant des r\u00e9gions particuli\u00e8res du R\u00e9el. L\u2019intelligibilit\u00e9 de l\u2019\u00eatre qui est aussi sa \"geste d\u2019\u00eatre\" co\u00efnciderait avec son <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>ach\u00e8vement d\u2019inachev\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. \u00bb <\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote23sym\" name=\"sdfootnote23anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">23<\/span><\/sup><\/a><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Ces phrases visent \u00e0 commenter Bloch. Elles en montrent l\u2019originalit\u00e9, et cette originalit\u00e9 est marxienne. Elles sont n\u00e9anmoins, de part en part, de facture ph\u00e9nom\u00e9nologique, d\u2019une ph\u00e9nom\u00e9nologie propre \u00e0 Levinas, posant sans cesse la <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Frage in wie, <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">la question de l\u2019intentionnalit\u00e9 (\u00ab la ph\u00e9nom\u00e9nologie c\u2019est l\u2019intentionnalit\u00e9 \u00bb 2<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote24sym\" name=\"sdfootnote24anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">4<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">) en des termes qui marquent la distance prise \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la tradition aristot\u00e9licienne, du kantisme, voire de la lecture heidegg\u00e9rienne de la tradition occidentale\u00a0: \u00ab Rien n\u2019est accessible, ne se<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i> montre<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, sans se d\u00e9terminer par l\u2019intervention du labeur corporel de l\u2019homme [\u2026] Travail comme condition transcendantale de la v\u00e9rit\u00e9 [\u2026] La praxis<\/span><\/span><i> <\/i><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">c\u2019est cela, le travail comme condition transcendantale de la donn\u00e9e sensible, apparoir sp\u00e9cifique de la mati\u00e8re [\u2026] C\u2019est en tant que travailleur que l\u2019homme est subjectivit\u00e9. \u00bb <\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote25sym\" name=\"sdfootnote25anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">25<\/span><\/sup><\/a><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Qu\u2019est-ce alors que Levinas trouve en \u00ab\u00a0allant \u00e0 Marx\u00a0\u00bb : une compr\u00e9hension approfondie de Marx, certes, mais aussi une compr\u00e9hension approfondie de la ph\u00e9nom\u00e9nologie, laquelle est lisible d\u00e8s 1931 dans sa traduction des <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>M\u00e9ditations cart\u00e9siennes<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> de Husserl, dans ce qu\u2019il fait, peut-\u00eatre par-del\u00e0 Husserl, de l\u2019intentionnalit\u00e9. Ainsi propose-t-il pour le <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>\u00dcber-sich-hinaus-meinen <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">du paragraphe 15 (ce que Marc B. de Launay en traducteur minutieux et fid\u00e8le rendra par \u00ab survis\u00e9e \u00bb) \u00ab d\u00e9passement de l\u2019intention dans l\u2019intention \u00bb. Ou encore \u00ab <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>ein mit Einem Mehr Gemeintes<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> devient \u00ab un plus qui s\u2019\u00e9tend au-del\u00e0. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">\u00ab Un plus qui s\u2019\u00e9tend au-del\u00e0 \u00bb, telle une ouverture proustienne au c\u0153ur de la conscience de soi, un aper\u00e7u sur \u00ab\u00a0tout un paysage d\u2019horizons oubli\u00e9s \u00bb 2<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote26sym\" name=\"sdfootnote26anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">6<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, innombrables, parties prenantes d\u2019un inach\u00e8vement essentiel (\u00ab un ach\u00e8vement d\u2019inachev\u00e9 \u00bb) qui est \u00ab l\u2019homme lui-m\u00eame \u00bb, en tant que cette utopie qu\u2019il constitue comme sujet, \u00ab\u00a0transcendant dans son immanence \u00bb, l\u2019homme chez lui, \u00e0 la maison (le th\u00e8me de la <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Heimat<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> chez Bloch) dans cette ouverture infinie qui est la culture. <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><b>La r\u00e9alit\u00e9, avant la philosophie<\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Levinas, Michel Henry, Ernst Bloch, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>avec<\/i><\/span><\/span> <span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Marx<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> : un trait commun, celui-l\u00e0 m\u00eame de la modernit\u00e9, laquelle tient alors, chez ces auteurs, et chez bien d\u2019autres, en un mot d\u2019ordre : sortir de Hegel (cf. de G\u00e9rard Bensussan <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Marx le sortant, <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Hermann 2008). \u00ab\u00a0Sortir du Syst\u00e8me, f\u00fbt-ce \u00e0 reculons, par la porte m\u00eame par laquelle Hegel pense qu\u2019on y entre\u00a0\u00bb 2<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote27sym\" name=\"sdfootnote27anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">7<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Ou, en termes de Marx, passer au mat\u00e9rialisme, remettre la dialectique sur ses pieds. <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Remettre la dialectique sur ses pieds : autrement dit passer d\u2019une interpr\u00e9tation du r\u00e9el, telle que la philosophie se le repr\u00e9sente, \u00e0 un <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>changement<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> \u2013 \u00ab\u00a0Les philosophes n\u2019ont fait qu\u2019interpr\u00e9ter le monde de diff\u00e9rentes mani\u00e8res, ce qui importe c\u2019est de le transformer\u00a0\u00bb, (Marx, 11<\/span><\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">e<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> th\u00e8se sur Feuerbach) \u2014 transformation qui suppose tout autre chose que ce qu\u2019\u00e9tait la philosophie, une tout autre compr\u00e9hension de la r\u00e9alit\u00e9. Cette autre compr\u00e9hension est \u00e0 entendre selon moi d\u00e8s la premi\u00e8re phrase si impressionnante, l\u2019incipit de la th\u00e8se de 1961, que je trouve au moins aussi lourde de sens que la 11<\/span><\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">e<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> th\u00e8se elle-m\u00eame : \u00ab On conviendra ais\u00e9ment qu\u2019il importe au plus haut point de savoir si on n\u2019est pas dupe de la morale. \u00bb 2<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote28sym\" name=\"sdfootnote28anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">8<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> Derri\u00e8re cet incipit, \u00e9nigmatique dans le caract\u00e8re irr\u00e9cusable qu\u2019il revendique, se d\u00e9ploie, en guise de commentaire, la pr\u00e9face, dressant un constat dont l\u2019\u0153uvre se fera le commentaire, un commentaire infini : avant la philosophie, id\u00e9ale et id\u00e9aliste, il y a une r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9sesp\u00e9rante \u00e0 laquelle revient longuement, par-del\u00e0 l\u2019annonciation contenue dans l\u2019incipit, la pr\u00e9face : \u00ab la lucidit\u00e9 \u2014 ouverture de l\u2019esprit sur le vrai \u2014 ne consiste-t-elle pas \u00e0 entrevoir la possibilit\u00e9 permanente de la guerre ? L\u2019\u00e9tat de guerre suspend la morale, il d\u00e9pouille les institutions et les obligations \u00e9ternelles de leur \u00e9ternit\u00e9 et, d\u00e8s lors, annule, dans le provisoire, les inconditionnels imp\u00e9ratifs. Il projette d\u2019avance son ombre sur les actes des hommes. La guerre ne se range pas seulement \u2014 comme la plus grande \u2014 parmi les \u00e9preuves dont vit la morale. Elle la rend d\u00e9risoire. L\u2019art de pr\u00e9voir et de gagner par tous les moyens la guerre \u2014 la politique \u2014 s\u2019impose d\u00e8s lors comme l\u2019exercice m\u00eame de la raison. La politique s\u2019oppose \u00e0 la morale comme la philosophie m\u00eame \u00e0 la na\u00efvet\u00e9. \u00bb <\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote29sym\" name=\"sdfootnote29anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">29<\/span><\/sup><\/a><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">La politique donc, orient\u00e9e sur la r\u00e9alit\u00e9, une r\u00e9alit\u00e9 qui est celle de la guerre elle-m\u00eame : \u00ab\u00a0On n\u2019a pas besoin de prouver par d\u2019obscurs fragments d\u2019H\u00e9raclite que l\u2019\u00eatre se r\u00e9v\u00e8le comme guerre \u00e0 la pens\u00e9e philosophique, que la guerre ne l\u2019affecte pas seulement comme le fait le plus patent, mais comme la patience m\u00eame \u2014 ou la v\u00e9rit\u00e9 \u2014 du r\u00e9el. [\u2026] Dure r\u00e9alit\u00e9 (cela sonne comme un pl\u00e9onasme\u00a0!), dure le\u00e7on des choses, la guerre se produit comme l\u2019exp\u00e9rience pure de l\u2019\u00eatre pur\u2026\u00a0\u00bb <\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote30sym\" name=\"sdfootnote30anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">30<\/span><\/sup><\/a><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Au bout de ces citations, il faudrait s\u00fbrement placer quelques noms propres, qui scandent eux-m\u00eames ou interrompent l\u2019histoire de la philosophie (ou de la pens\u00e9e) en en contestant chaque fois la na\u00efvet\u00e9 id\u00e9aliste : Machiavel et Hobbes, Clausewitz et Carl Schmitt\u2026 Pour les uns et les autres, il s\u2019agit d\u2019interrompre le risque ontologique de l\u2019illimit\u00e9, l\u2019<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>apeiron<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, d\u2019\u00e9viter ce qui chez les Grecs d\u00e9j\u00e0 figurait comme le pire : l\u2019irruption du monstre (le <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>pola ta deina<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, le \u00ab beaucoup est monstrueux \u00bb, ou encore l\u2019\u00e9pid\u00e9mie le <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>loimos<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> de Sophocle), la guerre civile, la <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>stasis<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, l\u2019exact antonyme de la <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>polis<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Il s\u2019agit donc de mettre des limites. Limites face \u00e0 la \u00ab\u00a0fortune\u00a0\u00bb, chez Machiavel, ou la cr\u00e9ature biblique monstrueuse, Leviathan, faisant pi\u00e8ce \u00e0 son envers, Behemoth, chez Hobbes, ou la guerre r\u00e9gul\u00e9e par ses objectifs et ses buts, pour Clausewitz, ou la d\u00e9cision, tranchant par-dessus toute dialectique, chez Schmitt (cf. en parall\u00e8le et \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de ce que j\u2019avance ici la discussion men\u00e9e par Jean-Fran\u00e7ois Kervegan, qui tente de ramener Schmitt \u00e0 Hegel<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote31sym\" name=\"sdfootnote31anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">31<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">). La pens\u00e9e politique donc, dans son ind\u00e9ductibilit\u00e9, pour prendre acte de la \u00ab dure r\u00e9alit\u00e9 \u00bb. Mais la pens\u00e9e politique a-t-elle le dernier mot ? Levinas, qui place, par \u00ab r\u00e9alisme \u00bb, la politique avant la philosophie, d\u00e9clare par ailleurs que la politique vient \u00ab apr\u00e8s \u00bb 3<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote32sym\" name=\"sdfootnote32anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">2<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, peut-\u00eatre en r\u00e9action au \u00ab Politique d\u2019abord \u00bb de Charles Maurras. Apr\u00e8s ? Mais apr\u00e8s quoi ? Apr\u00e8s ce qui est d\u00e9sign\u00e9 dans la th\u00e8se. Apr\u00e8s ce qu\u2019annonce l\u2019incipit, ce dont chacun \u00ab conviendra ais\u00e9ment \u00bb : \u00ab qu\u2019il importe au plus haut point de savoir si on n\u2019est pas la dupe de la morale \u00bb. La morale : avant la politique, qui elle-m\u00eame, excipant de la r\u00e9alit\u00e9, r\u00e9cuse l\u2019id\u00e9alisme de la philosophie. (Le d\u00e9bat est, par exemple, celui de la \u00ab <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Realpolitik<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> \u00bb, la <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Realpolitik <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">qui souvent se r\u00e9v\u00e8le plus na\u00efve que la na\u00efvet\u00e9 qu\u2019elle moque) <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">\u00ab La morale \u00bb : cependant la morale en des termes inou\u00efs, qui ne se laissent pas d\u00e9crire ou penser dans les cat\u00e9gories de la philosophie. Dire que le Bien est \u00ab au-del\u00e0 de l\u2019essence \u00bb, parler de l\u2019id\u00e9e d\u2019infini, c\u2019est prendre au s\u00e9rieux la sentence de Husserl au \u00a7 36 des <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Le\u00e7ons sur la conscience intime du temps<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> (1<\/span><\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">e<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> \u00e9d.\u00a0: 1928)\u00a0: \u00ab\u00a0pour tout cela les noms nous font d\u00e9faut\u00a0\u00bb 3<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote33sym\" name=\"sdfootnote33anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">3<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. \u00c0 quoi Levinas ajoute le commentaire : \u00ab Les noms nous manquent ou l choses passe-t-elle le nommable\u00a0?\u00a0\u00bb <\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote34sym\" name=\"sdfootnote34anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">34<\/span><\/sup><\/a> <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><b>Sans noms<\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Ce qui ainsi n\u2019a pas de nom occupe une place extraordinaire dans la pens\u00e9e de Levinas, mentionn\u00e9 pas seulement de fa\u00e7on m\u00e9taphorique, au titre par exemple de ce que Levinas appelle \u00ab emphase \u00bb \u2014 l\u2019emphase qui s\u2019entend dans sa d\u00e9clinaison du \u00ab plus \u00bb, du \u00ab <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>mehr<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> \u00bb de la \u00ab <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Mehrmeinung<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> \u00bb husserlienne mais au titre de probl\u00e8mes (souvent formul\u00e9s ou entendus dans des termes ph\u00e9nom\u00e9nologiques) r\u00e9currents. Ainsi dans cette d\u00e9claration qu\u2019il me fit un jour \u00e0 propos de Jacques Derrida : \u00ab\u00a0je vais vous dire ce que veut Derrida, il veut la r\u00e9duction\u00a0\u00bb. D\u00e9claration qui m\u2019a laiss\u00e9 infiniment perplexe, qui ne peut laisser que perplexe, la r\u00e9duction \u00e9tant chez Husserl le nom de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un sujet lib\u00e9r\u00e9 de tout caract\u00e8re d\u2019objet. T\u00e2che toujours remise sur le m\u00e9tier chez Husserl, et chez Derrida interminablement reconduite, au fil de milliers de pages, d\u2019inventions terminologiques intr\u00e9pides et g\u00e9niales, et pour Levinas, admirateur inconditionnel du coup d\u2019envoi que fut en 1967 <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>La voix et le ph\u00e9nom\u00e8ne,<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> constituant un exemple \u00e0 la fois inimitable et \u00e0 imiter : vouloir la r\u00e9duction, viser \u00ab ce qui passe le nommable \u00bb. <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">\u00ab Un plus qui s\u2019\u00e9tend au-del\u00e0 \u00bb, \u00ab d\u00e9passer l\u2019intention dans l\u2019intention \u00bb, \u00ab le paradoxe d\u2019un plus contenu dans le moins \u00bb, \u00ab penser plus qu\u2019on ne peut penser \u00bb, \u00ab autrement qu\u2019\u00eatre \u2014 non pas \u00eatre autrement mais autrement qu\u2019\u00eatre\u2026 \u00bb\u2026 ces expressions sont certes m\u00e9taphoriques, ou paraissent telles, pourtant Levinas (comme Derrida) se m\u00e9fie des m\u00e9taphores qui toujours achoppent sur un vouloir dire, sur la position d\u2019un sujet dans le monde, sujet mondain, trop mondain (de m\u00eame que Nietzsche pouvait dire \u00ab humain, trop humain \u00bb). La vis\u00e9e levinassienne du r\u00e9el \u00ab qui passe le nommable \u00bb ne constitue pas une herm\u00e9neutique, l\u2019herm\u00e9neutique supposant toujours une pr\u00e9sence pr\u00e9alable au monde qui serait quoi qu\u2019il en soit une pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019\u00eatre. Elle arrive n\u00e9anmoins comme probl\u00e8me inh\u00e9rent \u00e0 la d\u00e9marche ph\u00e9nom\u00e9nologique, pr\u00eatant au mot d\u2019ordre husserlien \u2014 retour aux choses m\u00eames \u2014 une valeur fondamentale, la valeur de<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i> l\u2019exp\u00e9rience. <\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Je tiens que cette exp\u00e9rience constitue la raison d\u2019un texte \u00e0 mes yeux extraordinaire, \u00ab\u00a0Sans nom\u00a0\u00bb 3<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote35sym\" name=\"sdfootnote35anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">5<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. La disparition des noms, la situation d\u2019un sujet, qui est sujet non seulement comme le sujet husserlien au prix du \u00ab\u00a0suspens de la th\u00e8se naturelle du monde\u00a0\u00bb, mais dans l\u2019interruption de la civilisation elle-m\u00eame, \u00e0 savoir le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019un antis\u00e9mitisme, envers d\u2019un juda\u00efsme essentiel, caract\u00e9risant l\u2019identit\u00e9 morale de celle-ci : \u00ab\u00a0le juda\u00efsme, c\u2019est l\u2019humanit\u00e9 au bord de la morale sans institutions\u00a0\u00bb 3<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote36sym\" name=\"sdfootnote36anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">6<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> : \u00ab sans institutions \u00bb \u2014 l\u2019\u00e9tat de guerre, \u00e9tait-il dit d\u00e8s la deuxi\u00e8me phrase de <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Totalit\u00e9 et infini (<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e mais que je voudrais relire maintenant), \u00ab suspend la morale, il d\u00e9pouille les institutions et les obligations \u00e9ternelles de leur \u00e9ternit\u00e9, et d\u00e8s lors annule dans le provisoire les inconditionnels imp\u00e9ratifs\u00a0\u00bb 3<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote37sym\" name=\"sdfootnote37anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">7<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Phrase antiphilosophique s\u2019il en est, mais qui donne une radicalit\u00e9 extr\u00eame \u00e0 la r\u00e9duction. \u00ab\u00a0Sans institutions\u00a0\u00bb, aucune figure, aucune construction humaine ne subsiste. Et n\u00e9anmoins quelque chose de l\u2019humanit\u00e9 demeure : le juda\u00efsme, est-il dit, en tant que l\u2019humanit\u00e9 au bord de la morale. Non la morale de la philosophie, mettons la morale kantienne dont l\u2019universalit\u00e9 et l\u2019inconditionnalit\u00e9 des imp\u00e9ratifs s\u2019an\u00e9antissent au contact de la guerre. Mais une morale \u00ab au bord \u00bb, configurant une humanit\u00e9 persistant sous le r\u00e9gime de son an\u00e9antissement m\u00eame, dans le suspens des formes du monde, de tout monde. Et Levinas de convoquer ici les images de ce suspens : \u00ab Interr\u00e8gne ou fin des Institutions ou comme si l\u2019\u00eatre m\u00eame s\u2019\u00e9tait suspendu. Plus rien n\u2019\u00e9tait officiel. Plus rien n\u2019\u00e9tait objectif. Pas le moindre manifeste sur les droits de l\u2019Homme. Aucune \"protestation d\u2019intellectuels de gauche\" ! Absence de toute patrie, cong\u00e9 de toute France ! Silence de toute \u00c9glise !\u00a0\u00bb <\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote38sym\" name=\"sdfootnote38anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">38<\/span><\/sup><\/a> <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Silence de toute \u00c9glise\u00a0<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">: le juda\u00efsme ici n\u2019est pas une religion ou une culture, mais le nom sans nom d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9 ant\u00e9rieure au concept et au monde, se d\u00e9voilant dans l\u2019exp\u00e9rience du suspens du monde : \u00ab\u00a0On peut se passer de repas et de repos, de sourires et d\u2019effets personnels, de d\u00e9cence et du droit de tourner la cl\u00e9 de sa chambre, de tableaux et d\u2019amis, de paysages et d\u2019exemption de service pour cause de maladie, d\u2019introspection et de confession quotidiennes. Il ne faut ni empires ni pourpre, ni cath\u00e9drales, ni acad\u00e9mies, ni amphith\u00e9\u00e2tres, ni chars, ni coursiers\u00a0\u00bb <\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote39sym\" name=\"sdfootnote39anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">39<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Cette exp\u00e9rience o\u00f9 l\u2019humanit\u00e9 se d\u00e9couvre dans l\u2019extr\u00eame de son incondition, renvoie \u00e0 la fin de l\u2019article \u00e0 d\u2019autres images : \u00ab\u00a0Et d\u00e9j\u00e0 un vent glacial parcourt les pi\u00e8ces encore d\u00e9centes ou luxueuses, arrache les tapisseries et les tableaux, \u00e9teint les lumi\u00e8res, fissure les murs, met en loques les v\u00eatements et apporte les hurlements et les ululements d\u2019impitoyables foules.\u00a0\u00bb <\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote40sym\" name=\"sdfootnote40anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">40<\/span><\/sup><\/a><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">\u00c0 ces images dont l\u2019horreur habite sans doute les cauchemars r\u00e9currents de l\u2019humanit\u00e9, pour des images de pogrom. Pogrom qui fait retour comme fait retour le refoul\u00e9, images d\u2019horreur qui furent peut-\u00eatre, alors qu\u2019il \u00e9tait, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 12 ans \u00e0 Kharkiv, sinon vues par Levinas du moins pr\u00e9sentes. Rien, ni dans les biographies, ni dans les conversations de Levinas ne l\u2019atteste : tout au contraire si je puis dire. \u00c0 une question que lui pose Fran\u00e7ois Poiri\u00e9 \u00ab Vous saviez qu\u2019il y avait des pogroms\u00a0? \u00bb Levinas r\u00e9pond : \u00ab Oui, je le savais, mais cela se passait \"ailleurs\", dans cette vaste Russie. La Lituanie a \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9e. Pas de souvenir de pogrom en Lituanie m\u00eame. La population lituanienne \u00e9tait tr\u00e8s paisible. Et malgr\u00e9 les horreurs antis\u00e9mites qui s\u2019y sont jou\u00e9es apr\u00e8s l\u2019occupation national-socialiste en 1941 l\u2019intelligentsia lituanienne s\u2019est souvent montr\u00e9e courageuse.\u00a0\u00bb <\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote41sym\" name=\"sdfootnote41anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">41<\/span><\/sup><\/a><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Cette r\u00e9ponse \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de laquelle je suis longtemps pass\u00e9, me laisse \u00e0 pr\u00e9sent infiniment interloqu\u00e9 : les pogroms, n\u2019\u00e9tait-ce pas par-dessus tout, l\u2019Ukraine 1918, o\u00f9 ils avaient caus\u00e9 plus de 100 000 morts, concern\u00e9 un million de personnes. Comment Levinas n\u2019en aurait-il rien su ? Comment entendre que, r\u00e9pondant \u00e0 Fran\u00e7ois Poiri\u00e9, il puisse faire silence sur l\u2019Ukraine, o\u00f9 pr\u00e9cis\u00e9ment il s\u00e9journait alors que l\u2019horreur \u00e9tait peut-\u00eatre sous ses fen\u00eatres ? On peut avancer des mots comme \u00ab d\u00e9n\u00e9gation \u00bb, refoulement, etc. Je m\u2019en tiens donc \u00e0 nouveau et seulement \u00e0 l\u2019expression husserlienne, \u00ab\u00a0pour tout cela les noms nous font d\u00e9faut \u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Ce suspens des mots hante Levinas, conf\u00e9rant \u00e0 son \u0153uvre, \u00e0 l\u2019aune de la radicalit\u00e9 qu\u2019ont introduit les termes de transcendance et d\u2019immanence \u00e0 partir desquels Levinas croise et salue celle de Marx, et au bout de son parcours, le pressentiment d\u2019un juda\u00efsme sous-jacent, qui peut par ailleurs donner \u00e0 soup\u00e7onner cela qui arrive \u00e0 cette \u0153uvre sans que les cat\u00e9gories de la philosophie ou de la pens\u00e9e politique ne parviennent \u00e0 rendre compte de ce qu\u2019elles n\u2019appr\u00e9hendent que comme des anecdotes contingentes, l\u2019antis\u00e9mitisme dont ni la philosophie ni la pens\u00e9e politique ne savent que faire. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Une phrase \u00e9blouissante de Levinas concluant l\u2019article \u00ab\u00a0Nom d\u2019un chien ou le Droit naturel\u00a0\u00bb 4<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote42sym\" name=\"sdfootnote42anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">2<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, o\u00f9 il met en sc\u00e8ne de fa\u00e7on in\u00e9dite cette configuration d\u2019une humanit\u00e9 \u00ab au bord de la morale \u00bb : ce rapport, pour les 70 prisonniers du commando forestier compagnons de camp de Levinas, ainsi investis du devoir \u2014 l\u2019\u00e9ternel devoir des 70 rabbins de la Septante \u2014 de faire r\u00e9sonner dans la langue d\u2019un quotidien d\u00e9shumanis\u00e9 la saintet\u00e9 du commandement, quitte \u00e0 fixer ce dernier dans une expression d\u00e9finitivement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne au logos, ou \u00e0 n\u2019importe quel idiome, l\u2019aboiement d\u2019un chien. La morale, au bord de laquelle titube l\u2019humanit\u00e9, s\u2019exon\u00e8re ainsi du caract\u00e8re intangible de l\u2019appartenance, d\u00e9sacralisant toutes les appartenances, f\u00fbt-ce l\u2019appartenance \u00e0 l\u2019esp\u00e8ce : \u00ab Dernier kantien de l\u2019Allemagne nazie, n\u2019ayant pas le cerveau qu\u2019il faut pour universaliser la maxime de ses pulsions, son aboiement d\u2019ami \u2014 foi d\u2019animal \u2014 naquit dans le silence de ses a\u00efeux des bords du Nil. \u00bb <\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote43sym\" name=\"sdfootnote43anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">43<\/span><\/sup><\/a><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">\u00ab <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Celui qui ne peut se servir des mots <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">\u00bb, \u00ab <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Pour tout cela les noms nous manquent<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> \u00bb, \u00ab S<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>ans nom <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">\u00bb : le silence des mots ne r\u00e9sonne-t-il \u00e0 l\u2019infini dans l\u2019\u0153uvre et comme l\u2019\u0153uvre m\u00eame, comme l\u2019insupportable bruit \u00e9voqu\u00e9 par le <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Lenz<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> de Georg B\u00fcchner (1<\/span><\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">e<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> \u00e9d.\u00a0: 1839)\u00a0: \u00ab\u00a0cette voix effroyable qui retentit sur tout l\u2019horizon et qu\u2019on appelle habituellement le silence\u00a0\u00bb (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>diese entsetzliche Stimme, die um den ganzen Horizont schreit, und die man gew\u00f6hnlich die Stille heisst<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">). Voix immanente et transcendante, d\u2019en de\u00e7\u00e0 les horizons\u00a0!<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Pour conclure, arrach\u00e9e \u00e0 ce m\u00eame texte, une citation (p. 234) avec laquelle j\u2019interromps un expos\u00e9 trop foisonnant et qui m\u2019entra\u00eene beaucoup plus loin que je ne le pensais : citation qui cependant atteste qu\u2019au-del\u00e0 des apparences \u00ab Marx-Levinas \u00bb, c\u2019est bien le sujet (entendons cette derni\u00e8re expression de toutes les fa\u00e7ons qu\u2019on voudra)\u00a0: \u00ab Le racisme n\u2019est pas un concept biologique. L\u2019antis\u00e9mitisme est l\u2019arch\u00e9type de tout enfermement. L\u2019oppression sociale elle-m\u00eame ne fait qu\u2019imiter ce mod\u00e8le.\u00a0\u00bb <\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote44sym\" name=\"sdfootnote44anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">44<\/span><\/sup><\/a><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><b>Alain<\/b><\/span><\/span><b> <\/b><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><b>David<\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> est philosophe, ancien Directeur de programmes au Coll\u00e8ge international de philosophie (1998-2004). Il a particip\u00e9 au s\u00e9minaire d\u2019Emmanuel Levinas \u00e0 la Sorbonne de 1974 \u00e0 1982. Il a, entre autres, publi\u00e9 <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Racisme et antis\u00e9mitisme. Essai de philosophie sur l'envers des concepts<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> (Ellipses, 2001, pr\u00e9face de Jacques Derrida) et codirig\u00e9 avec Jean Greisch les Actes du colloque de Cerisy consacr\u00e9 en 1996 \u00e0 Michel Henry (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Michel Henry L'\u00e9preuve de la vie,<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> Cerf, 2001).<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">E. Levinas, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>De Dieu qui vient \u00e0 l\u2019id\u00e9e<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> (1<\/span><\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00e9d.\u00a0: 1982), Paris, Librairie philosophique J. Vrin, 1986, p. 19.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">E. Levinas, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Du sacr\u00e9 au Saint<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, Paris,<\/span><\/span><i> <\/i><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">Les \u00c9ditions de Minuit, 1977, p. 20.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">E. Levinas, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Noms propres<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> (1<\/span><\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00e9d.\u00a0: 1976), Paris, Le Livre de poche, 1987, pp. 23-43.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">E. Levinas, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Totalit\u00e9 et Infini. Essai sur l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> (1<\/span><\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00e9d.\u00a0: 1961), Paris, Le Livre de poche, 1990.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">E. Levinas, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Humanisme de l\u2019autre homme<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> (1<\/span><\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00e9d.\u00a0: 1972), Paris, Le Livre de poche, 1994.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">M. Henry, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>L\u2019essence de la manifestation<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> (1<\/span><\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">e <\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">\u00e9d.\u00a0: 1963), Paris, PUF, 2003, p. 309.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">E. Levinas,<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i> En d\u00e9couvrant l\u2019existence avec Husserl et Heidegger<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> (1<\/span><\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00e9d. 1947), 2<\/span><\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00e9dition, Paris, Librairie philosophique J. Vrin, 1967, p. 266.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Ibid.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, p. 205.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">M. Henry, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Marx<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, tome 1 : <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Une philosophie de la r\u00e9alit\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, Paris, Gallimard, 1976, p. 348.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote10\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Ibid.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, p. 362.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote11\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote11anc\" name=\"sdfootnote11sym\">11<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Ibid.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, p. 363.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote12\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote12anc\" name=\"sdfootnote12sym\">12<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">E. Levinas, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Totalit\u00e9 et Infini<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, p. 111.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote13\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote13anc\" name=\"sdfootnote13sym\">13<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Ibid.<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote14\">\n<p><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote14anc\" name=\"sdfootnote14sym\">14<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Ibid.<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, pp. 111-112.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote15\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote15anc\" name=\"sdfootnote15sym\">15<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Ibid.<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, pp. 122-123.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote16\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote16anc\" name=\"sdfootnote16sym\">16<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">E. Bloch, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Prinzip Hoffnung<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Le Principe esp\u00e9rance<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, 3 tomes, 1<\/span><\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00e9d.\u00a0: 1954, 1955 et 1959)<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>, <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">cit\u00e9 par E. Levinas dans <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>De Dieu qui vient \u00e0 l\u2019id\u00e9e<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, p. 62.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote17\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote17anc\" name=\"sdfootnote17sym\">17<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Ibid.<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, p. 73.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote18\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote18anc\" name=\"sdfootnote18sym\">18<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Ibid.<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, pp. 73-74.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote19\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote19anc\" name=\"sdfootnote19sym\">19<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">E. Levinas, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>ibid.<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, p. 72.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote20\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote20anc\" name=\"sdfootnote20sym\">20<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Ibid.<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, p. 80.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote21\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote21anc\" name=\"sdfootnote21sym\">21<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Ibid.<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, p. 67.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote22\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote22anc\" name=\"sdfootnote22sym\">22<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Ibid.<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote23\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote23anc\" name=\"sdfootnote23sym\">23<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Ibid.<\/i><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote24\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote24anc\" name=\"sdfootnote24sym\">24<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">E. Levinas,<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i> En d\u00e9couvrant l\u2019existence avec Husserl et Heidegger<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>op. cit.,<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> p. 126.<\/span><\/span><i> <\/i><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote25\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote25anc\" name=\"sdfootnote25sym\">25<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">E. Levinas, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>De Dieu qui vient \u00e0 l\u2019id\u00e9e<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, pp. 67-68.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote26\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote26anc\" name=\"sdfootnote26sym\">26<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Ibid.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, p. 140.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote27\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote27anc\" name=\"sdfootnote27sym\">27<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">E. Levinas, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Difficile libert\u00e9. Essais sur le juda\u00efsme<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> (1<\/span><\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00e9d.\u00a0: 1963\u00a0; 2<\/span><\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00e9d.\u00a0: 1976), Paris, Le Livre de poche, 1990, p. 333.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote28\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote28anc\" name=\"sdfootnote28sym\">28<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">E. Levinas, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Totalit\u00e9 et Infini<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, p. 5.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote29\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote29anc\" name=\"sdfootnote29sym\">29<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Ibid.<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote30\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote30anc\" name=\"sdfootnote30sym\">30<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Ibid.<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote31\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote31anc\" name=\"sdfootnote31sym\">31<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\">J.-F. Kerv\u00e9gan, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Hegel Carl Schmitt. <\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>La politique entre sp\u00e9culation et positivit\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, Paris, PUF, 1992.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote32\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote32anc\" name=\"sdfootnote32sym\">32<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">E. Levinas, \u00ab\u00a0Politique apr\u00e8s\u00a0!\u00a0\u00bb (1<\/span><\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00e9d.\u00a0: 1979), repris dans <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>L\u2019au-del\u00e0 du verset. Lectures et discours talmudiques<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, Paris, Les \u00c9ditions de minuit, 1982, pp. 221-228.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote33\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote33anc\" name=\"sdfootnote33sym\">33<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">Cit\u00e9 par E. Levinas, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Autrement qu\u2019\u00eatre ou au-del\u00e0 de l\u2019essence<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> (1<\/span><\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00e9d.\u00a0: 1974), Paris\u00a0; Le Livre de poche, 1990, p. 60.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote34\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote34anc\" name=\"sdfootnote34sym\">34<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Ibid.<\/i><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote35\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote35anc\" name=\"sdfootnote35sym\">35<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">E. Levinas, \u00ab\u00a0Sans nom\u00a0\u00bb (1<\/span><\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00e9d.\u00a0: 1966) repris dans <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Noms propres<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, pp. 141-146.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote36\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote36anc\" name=\"sdfootnote36sym\">36<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Ibid.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, p. 145.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote37\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote37anc\" name=\"sdfootnote37sym\">37<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">E. Levinas, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Totalit\u00e9 et Infini<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, p. 5.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote38\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote38anc\" name=\"sdfootnote38sym\">38<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">E. Levinas, \u00ab\u00a0Sans nom\u00a0\u00bb, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, p. 142.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote39\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote39anc\" name=\"sdfootnote39sym\">39<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Ibid.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, p. 143.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote40\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote40anc\" name=\"sdfootnote40sym\">40<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Ibid.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, p. 145.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote41\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote41anc\" name=\"sdfootnote41sym\">41<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">F. Poiri\u00e9, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Emmanuel Levinas Qui \u00eates-vous\u00a0?<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, Lyon, La Manufacture, 1987, p. 66.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote42\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote42anc\" name=\"sdfootnote42sym\">42<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">E. Levinas, \u00ab\u00a0Nom d\u2019un chien ou le droit naturel\u00a0\u00bb (1<\/span><\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00e9d.\u00a0: 1975), repris dans <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Difficile libert\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\"><i>op. cit.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span lang=\"fr-FR\">, pp. 213-216.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote43\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote43anc\" name=\"sdfootnote43sym\">43<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Ibid.<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, p. 216.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote44\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote44anc\" name=\"sdfootnote44sym\">44<\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Ibid.<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"margin-top:30px; clear:both;\"><\/div><\/div><div style=\"border-top:7px solid #12bece;\" id=\"levinas-tab-2\" class=\"rtbs_content\"><p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: large\"><b>Retour sur un couple philosophique et politique\u00a0: Marx\/Levinas<\/b><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><b>Rebonds apr\u00e8s les \u00e9changes du s\u00e9minaire ETAPE<\/b><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Helvetica Neue, serif\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: large\"><b>Par Lucie Doublet<\/b><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">****************************************<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">La philosophe Lucie Doublet, autrice du livre <\/span><\/span><a href=\"https:\/\/www.otrante.fr\/levinas.html\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Emmanuel Levinas et l\u2019h\u00e9ritage de Karl Marx. Sublime mat\u00e9rialisme<\/i><\/span><\/span><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> (\u00e9dition Orante, 2021) au c\u0153ur de la s\u00e9ance du s\u00e9minaire <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">ETAPE (Explorations Th\u00e9oriques Anarchistes Pragmatistes pour l\u2019Emancipation) du 26 janvier 2024, rebondit apr\u00e8s les contributions de Thomas Chust, Philippe Corcuff et Alain David et revient sur son ouvrage<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">****************************************<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><b>Levinas et Marx\u00a0?<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Merci beaucoup pour vos lectures attentives et tr\u00e8s compl\u00e8tes. Il est vrai que l\u2019angle d\u2019attaque de mon travail peut surprendre\u00a0: Levinas et Marx\u00a0? Comme l\u2019a dit Alain David, on imagine un dialogue entre \u00ab\u00a0deux autres personnes\u00a0\u00bb. Et qu\u2019on en vienne, lors de cette confrontation, \u00e0 parler d\u2019anarchie n\u2019a rien non plus d\u2019\u00e9vident. Je vais d\u2019abord revenir sur la gen\u00e8se de ma probl\u00e9matique, gen\u00e8se qui constitue peut-\u00eatre un autre genre d\u2019explication. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">C\u2019est l\u2019\u00e9tonnement qui m\u2019a fait travailler sur Emmanuel Levinas. \u00c0 la premi\u00e8re lecture, il arrive que l\u2019on sente des affinit\u00e9s intuitives avec une pens\u00e9e. Au contraire, le peu des textes que je connaissais de Levinas, c\u2019est-\u00e0-dire ceux qui sont les plus enseign\u00e9s et comment\u00e9s, principalement les passages sur l\u2019\u00e9thique et le visage, m\u2019apparaissaient \u00e9tranges, voire incompr\u00e9hensibles. Comment peut-on affirmer que du visage d\u2019autrui \u00e9mane l\u2019interdit du meurtre, alors que la r\u00e9alit\u00e9 criminologique le d\u00e9ment chaque jour\u00a0? Penser la paix \u00e0 partir de tels pr\u00e9suppos\u00e9s \u00e9thiques, n\u2019est-ce pas faire preuve d\u2019un id\u00e9alisme na\u00eff\u00a0?... Trop \u00ab\u00a0na\u00eff\u00a0\u00bb pour un philosophe inscrit dans l\u2019histoire intellectuelle du XX<\/span><\/span><sub><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">e<\/span><\/span><\/sub><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> si\u00e8cle occidental, qui plus est pour un penseur juif ayant subi dans sa chair la violence de la Shoah et la barbarie humaine. L\u2019approche levinassienne de la socialit\u00e9 et de la question politique m\u2019a donc d\u2019abord interpell\u00e9e par son apparente incongruit\u00e9. J\u2019\u00e9tais moi-m\u00eame \u2013 et suis d\u2019ailleurs toujours \u2013 encline \u00e0 une vision plut\u00f4t marxienne de la justice et des luttes sociales, attach\u00e9e \u00e0 une compr\u00e9hension syst\u00e9mique de l\u2019ali\u00e9nation, \u00e0 la consid\u00e9ration de ses d\u00e9terminations concr\u00e8tes ou mat\u00e9rielles\u00a0; sceptique donc vis-\u00e0-vis des approches \u00ab\u00a0moralisantes\u00a0\u00bb, comme dirait Marx, d\u2019autant plus quand elles se nourrissent de r\u00e9f\u00e9rences religieuses. C\u2019est dans cette perspective sceptique que j\u2019ai voulu confronter les propositions de Levinas \u00e0 la critique marxienne, pour voir si elles r\u00e9sistaient, ou plut\u00f4t, ce qui en elles r\u00e9sistait. D\u2019o\u00f9 la diff\u00e9rence de statuts accord\u00e9s aux deux auteurs dans mon travail. Philippe Corcuff l\u2019a soulign\u00e9, l\u2019avantage est donn\u00e9 \u00e0 Levinas. Il ne s\u2019agit pas d\u2019un jugement dans l\u2019absolu, mais d\u2019un choix m\u00e9thodologique requis par la d\u00e9marche de d\u00e9part. De cette d\u00e9marche d\u00e9coule aussi l\u2019in\u00e9galit\u00e9 de pr\u00e9cision dans ma lecture des deux \u0153uvres : celle de Levinas est consid\u00e9r\u00e9e pour elle-m\u00eame, celle de Marx utilis\u00e9e comme \u00ab\u00a0pierre de touche\u00a0\u00bb. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">En relisant les textes l\u00e9vinassiens dans cette optique, ils s\u2019av\u00e8rent beaucoup plus proches de Marx<\/span><\/span> <span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">qu\u2019il n\u2019y paraissait. Quelques \u00e9l\u00e9ments biographiques d\u2019abord\u00a0: en 1917, Levinas vit la r\u00e9volution russe \u00e0 Karkov. L\u2019exp\u00e9rience le marque profond\u00e9ment. Dans un entretien avec Fran\u00e7ois Poirier, il d\u00e9crit cette p\u00e9riode comme \u00ab\u00a0une \u00e8re messianique qui s\u2019est entrouverte et qui s\u2019est referm\u00e9e\u00a0\u00bb 1<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Le terme de \u00ab\u00a0messianisme\u00a0\u00bb n\u2019est pas innocent sous sa plume, et la r\u00e9f\u00e9rence biblique assum\u00e9e\u00a0: alors adolescent, Levinas entrevoit, dans la r\u00e9volution russe, ni plus ni moins que la possibilit\u00e9 du Salut universel. Proposition qu\u2019il ne reniera pas. En 1948, il \u00e9crit une lettre \u00e0 Maurice Blanchot dans laquelle il \u00e9num\u00e8re les trois \u00ab\u00a0grosses pierres de bases\u00a0\u00bb 2<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> de sa pens\u00e9e. Les deux premi\u00e8res sont largement document\u00e9es\u00a0: le juda\u00efsme \u00e9videmment, puis la tradition philosophique occidentale qu\u2019il d\u00e9couvre \u00e0 l\u2019occasion de ses \u00e9tudes en France. En troisi\u00e8me lieu, il mentionne l\u00e0 aussi la r\u00e9volution socialiste. R\u00e9f\u00e9rence peut-\u00eatre moins explicite dans son \u0153uvre, mais dont il affirme qu\u2019elle reste pour lui \u00ab\u00a0une tentation incessante et apocalyptique\u00a0\u00bb 3<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Le jugement de Levinas est plus ambigu, mais ses termes restent forts. En tout cas, quelque chose se joue pour lui dans cette r\u00e9volution de l\u2019ordre de la destin\u00e9e m\u00e9taphysique des hommes, d\u2019une aspiration qui persiste au-del\u00e0 des d\u00e9boires du sovi\u00e9tisme. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Et en effet, si on se concentre maintenant sur la pens\u00e9e de Marx lui-m\u00eame, elle travaille en sous-main celle de Levinas\u00a0: <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">\u00ab\u00a0Voir un visage, c\u2019est entendre\u00a0: \u201cTu ne tueras point\u201d. Et entendre\u00a0: \u201cTu ne tueras point\u201d, c\u2019est entendre\u00a0: \u201cJustice sociale\u201d\u00a0\u00bb 4<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Bien qu\u2019elle s\u2019exprime dans la situation d\u2019une relation interpersonnelle, celle du M\u00eame et de l\u2019Autre, l\u2019\u00e9thique levinassienne poss\u00e8de d\u2019embl\u00e9e une dimension collective. L\u2019interdit du meurtre, dans l\u2019absoluit\u00e9 o\u00f9 l\u2019entend Levinas, comprend l\u2019exigence de justice. Et il la comprend jusque dans ses aspects les plus concrets, \u00e9conomiques, suivant Marx dans son souci d\u2019\u00e9viter l\u2019hypocrisie id\u00e9aliste\u00a0: \u00ab\u00a0Se d\u00e9clarer satisfait en reconnaissant que tous les hommes sont fr\u00e8res [\u2026] c\u2019est perp\u00e9tuer le mal social. Proclamer la magie de l\u2019amour \u2013 c\u2019est [\u2026] se fermer sur la condition r\u00e9elle \u2013 c\u2019est mystifier\u00a0\u00bb 5<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. C\u2019est dans les \u00e9crits talmudiques de Levinas que l\u2019on trouve les analyses les plus politiques les plus pr\u00e9cises\u00a0: <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">le <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Talmud<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> est une discussion autour les lois qui r\u00e9gissent la vie en commun du peuple juif, et autour des d\u00e9tails son application. Dans ce contexte casuistique, Levinas n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 mobiliser directement les analyses marxiennes\u00a0: critique du salariat dans \u00ab\u00a0Juda\u00efsme et r\u00e9volution\u00a0\u00bb 6<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, du processus d\u2019accumulation infinie des richesses dans \u00ab\u00a0Les Nations et la pr\u00e9sence d\u2019Isra\u00ebl\u00a0\u00bb 7<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, etc. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Toutefois, si Levinas partage avec Marx plusieurs intuitions, comme l\u2019exigence imp\u00e9rieuse de justice, la critique du lib\u00e9ralisme politique, ou encore la limite de l\u2019humanisme classique, ces intuitions ne s\u2019\u00e9noncent pas, chez les deux auteurs, dans le m\u00eame paradigme m\u00e9taphysique. <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Dans la deuxi\u00e8me partie de mon travail, j\u2019ai voulu analyser les enjeux de cette diff\u00e9rence d\u2019approche. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><b>Mat\u00e9rialisme et transcendance<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Je vais m\u2019attarder sur un point en particulier, celui qui a davantage suscit\u00e9 la discussion dans vos interventions\u00a0: la question de la transcendance. \u00c0 premi\u00e8re vue, elle oppose radicalement Levinas et Marx. La m\u00e9thode marxienne pr\u00e9tend renverser l\u2019\u00ab\u00a0id\u00e9alisme\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019ensemble des th\u00e9ories expliquant les d\u00e9terminations du r\u00e9el par un principe abstrait. Quand Levinas parle du Visage (majuscule assum\u00e9e chez lui), il souligne au contraire sa dimension d\u2019\u00ab\u00a0abstraction\u00a0\u00bb, d\u2019\u00ab\u00a0utopie\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0transcendance\u00a0\u00bb 8<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\"><\/a><span style=\"color: #211d1e\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. <\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #211d1e\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"color: #00000a\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">De m\u00eame, le mat\u00e9rialisme de Marx engendre sa fameuse critique de la religion, l\u00e0 o\u00f9 Levinas n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 employer le mot de Dieu. <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Adobe Garamond Pro, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><span style=\"color: #00000a\"><span style=\"font-family: Arial, serif\">Paradoxalement, ce n\u2019est pas du point de vue de la religion que l\u2019opposition para\u00eet d\u00e9finitive. \u00c0 travers la critique de ce qu\u2019il nomme pour sa part l\u2019\u00ab\u00a0idol\u00e2trie\u00a0\u00bb, Levinas soutient une forme d\u2019ath\u00e9isme qui nie toutes les figures de Dieu comme puissance surnaturelle ou instance de r\u00e9tribution.<\/span><\/span> <span style=\"color: #00000a\"><span style=\"font-family: Arial, serif\">Sa conception du monoth\u00e9isme, religion sans mythe, aboutit du point de vue politique \u00e0 la m\u00eame conclusion que la critique marxienne\u00a0: la justice se joue dans le monde, elle rel\u00e8ve enti\u00e8rement de la responsabilit\u00e9 des hommes. <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Adobe Garamond Pro, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><span style=\"font-family: Arial, serif\">Mais si la \u00ab\u00a0transcendance\u00a0\u00bb ne renvoie chez Levinas \u00e0 aucune entit\u00e9 substantielle, elle conserve pour autant un sens, et surtout une effectivit\u00e9. L\u00e0 se joue tout le diff\u00e9rend entre les deux penseurs. Sans lui octroyer d\u2019assise dans l\u2019\u00eatre, ni d\u2019existence sur le mode de l\u2019historicit\u00e9, Levinas affirme de la transcendance qu\u2019elle n\u2019est pourtant pas rien\u00a0: e<\/span><span style=\"color: #00000a\"><span style=\"font-family: Arial, serif\">lle insiste dans le monde, d\u2019une mani\u00e8re qu<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">\u2019on <\/span><span style=\"color: #00000a\"><span style=\"font-family: Arial, serif\">ne peut qu\u2019appeler \u00ab\u00a0autrement qu\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">. Elle ouvre cette possibilit\u00e9 de rupture, de \u00ab\u00a0diachronie\u00a0\u00bb, par laquelle la r\u00e9alit\u00e9 humaine \u00e9chappe parfois aux logiques immanentes. Il faut entendre par l\u00e0 l\u2019ensemble des d\u00e9terminismes, stricts ou \u00ab\u00a0mous\u00a0\u00bb, les contraintes et influences qui conditionnent tous les \u00eatres, du simple fait d\u2019\u00eatre selon leur nature et leur situation. Levinas dit aussi l\u2019\u00ab\u00a0ontologie\u00a0\u00bb. L\u2019humain porte la trace de la transcendance dans la mesure o\u00f9 il rel\u00e8ve d\u2019une exception dans l\u2019\u00eatre, ou plut\u00f4t qu\u2019il poss\u00e8de une facult\u00e9 d\u2019exception. C\u2019est l\u2019\u00ab\u00a0utopie\u00a0\u00bb du <\/span><span style=\"color: #00000a\"><span style=\"font-family: Arial, serif\">sujet qui a bien \u00e9t\u00e9 d\u00e9crite<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">. \u00c9nonc\u00e9e ainsi, on comprend l\u2019enjeu politique de la proposition levinassienne\u00a0: selon lui, il est n\u00e9cessaire de reconna\u00eetre ce type de transcendance pour envisager la possibilit\u00e9 du changement social <\/span><span style=\"color: #00000a\"><span style=\"font-family: Arial, serif\">dans <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">un<\/span><span style=\"color: #00000a\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"> contexte d\u2019ali\u00e9nation syst\u00e9mique <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">comme l\u2019est<\/span> <span style=\"font-family: Arial, serif\">celui du<\/span><span style=\"color: #00000a\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"> capitalisme. <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Pour alimenter l\u2019hypoth\u00e8se de Levinas, j\u2019ai point\u00e9 les difficult\u00e9s du mod\u00e8le r\u00e9volutionnaire marxien\u00a0: le statut messianique accord\u00e9 \u00e0 la classe prol\u00e9tarienne, une reconduction de la vision t\u00e9l\u00e9ologique de l\u2019histoire, un scientisme sous-jacent dans la l\u00e9gitimation du discours mat\u00e9rialiste, etc. Cela dit, n\u2019est-ce pas m\u00e9sestimer la complexit\u00e9 et l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des textes de Marx\u00a0? On ne peut effectivement pas r\u00e9duire son mat\u00e9rialisme au d\u00e9terminisme \u00e9conomique que sugg\u00e8rent quelques formules du <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Capital<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. Si l\u2019individu marxien est m\u00fb par le besoin, il faut le comprendre au sens large\u00a0: il inclut des aspirations culturelles, morales, sociales et relationnelles. L\u2019id\u00e9al de r\u00e9alisation individuelle que propose Marx n\u2019est pas non plus assimilable \u00e0 celui d\u2019un moi \u00e9go\u00efste de type stirnerien, par exemple. S\u2019accomplissant lui-m\u00eame, l\u2019individu marxien <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>se transcende<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">\u00a0de diverses mani\u00e8res dans le travail et la socialit\u00e9. Comme le souligne Philippe Corcuff, Marx envisage \u00ab\u00a0un individualisme associatif, la perspective de r\u00e9alisation de soi au sein d\u2019un cadre associatif\u00a0\u00bb. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Pour autant, ce type de d\u00e9passement du \u00ab\u00a0soi\u00a0\u00bb ne met pas en jeu de transcendance au sens levinassien<\/span><\/span><span style=\"color: #ff0000\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">. <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Chez Levinas, l\u2019absolument Autre se rencontre au-del\u00e0 de toute perspective d\u2019accomplissement ontologique, f\u00fbt-il collectif. Il fait l\u2019objet d\u2019un d\u00e9sir \u00ab\u00a0m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb, d\u00e9sir qui, contrairement au besoin, n\u2019est pas l\u2019envers d\u2019un manque. \u00c0 travers la socialit\u00e9, l\u2019individu ne cherche pas \u00e0 \u00eatre, ni \u00e0 \u00eatre pleinement. Il entre en relation avec l\u2019absolument Autre. Nulle part dans son \u0153uvre, il me semble, Marx ne consid\u00e8re ce genre d\u2019aspiration. Il d\u00e9veloppe une dynamique du besoin, que l\u2019on retrouve jusque dans le texte des <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Manuscrits de 1844<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> cit\u00e9 par Thomas Chust\u00a0: \u00ab\u00a0chacun de nous se serait <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>doublement affirm\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> lui-m\u00eame et aurait <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>[doublement]<\/i><\/span><\/span> <span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>affirm\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> l\u2019autre\u00a0\u00bb. Ainsi, bien qu\u2019il soit tentant de voir chez Levinas et Marx deux descriptions d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 commune, celle de l\u2019\u00eatre et de ses interstices, l\u2019approche marxienne ne laisse \u00e0 mon avis aucune place \u00e0 la transcendance, m\u00eame en creux, aucun \u00ab\u00a0jeu\u00a0\u00bb dans l\u2019\u00eatre\u00a0o\u00f9 pourrait percer l\u2019infini. Il s\u2019agit bien de deux conceptions distinctes de l\u2019humain, deux anthropologies h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Philippe Corcuff propose de penser un passage de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre. Comment faire\u00a0? <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><b>Marx avec Levinas\u00a0?<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Je ne peux que soulever quelques difficult\u00e9s. En premier lieu, chaque philosophie d\u00e9veloppe une <\/span><\/span><a href=\"https:\/\/www.google.com\/search?client=firefox-b-d&amp;sca_esv=d68d7b2bcd73c13f&amp;sca_upv=1&amp;sxsrf=ADLYWIJ8vSlt9MSuB97wNpaAWp_8wPVuvg:1714753939686&amp;q=vision+du+monde+weltanschauung&amp;spell=1&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjqx86b9PGFAxW_T6QEHT_LDFQQkeECKAB6BAgPEAI\"><span style=\"color: #00000a\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>weltanschauung<\/i><\/span><\/span><\/span><\/a><i> <\/i><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">qui vaut pour elle-m\u00eame, et que l\u2019on ne p\u00e9n\u00e8tre qu\u2019\u00e0 condition de lui accorder \u2014 ne serait-ce qu\u2019\u00e0 titre m\u00e9thodologique \u2014 une pr\u00e9tention \u00e0 l\u2019absolu.<\/span><\/span><i> <\/i><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Sans les surhomog\u00e9n\u00e9iser, deux philosophies se pr\u00e9sentent tout de m\u00eame pour moi \u00e0 la mani\u00e8re de deux axiomatiques, qui ne sauraient en tout cas faire l\u2019objet d\u2019une \u00ab\u00a0synth\u00e8se\u00a0\u00bb th\u00e9orique. Je connais tr\u00e8s mal Judith Butler, mais dans les quelques textes que j\u2019ai pu lire d\u2019elle, j\u2019ai eu l\u2019impression qu\u2019elle ne mobilisait Levinas qu\u2019au prix d\u2019une sorte de \u00ab\u00a0neutralisation\u00a0\u00bb de sa m\u00e9taphysique. Ce n\u2019est absolument pas une critique vis-\u00e0-vis des apports de Butler, mais il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 Levinas pour montrer que l\u2019\u00eatre humain est singulier et vuln\u00e9rable, ou qu\u2019il a besoin d\u2019autrui pour se constituer lui-m\u00eame. Son originalit\u00e9 n\u2019est pas l\u00e0, mais dans le contexte m\u00e9taphysique, y compris dans tout ce qu\u2019il peut avoir d\u2019\u00ab\u00a0extravagant\u00a0\u00bb pour reprendre l\u2019expression de Miguel Abensour<\/span><\/span><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"blank#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\"><sup><span style=\"font-size: xx-small\">9<\/span><\/sup><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">, qui permet \u00e0 Levinas de poser ces affirmations. Peut-on les en extraire\u00a0? <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">Le probl\u00e8me d\u2019un \u00ab\u00a0passage\u00a0\u00bb de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre se pose aussi du point de vue pratique. Dans la derni\u00e8re partie de mon travail, celle qui int\u00e9resse sans doute le plus le s\u00e9minaire ETAPE, j\u2019ai montr\u00e9 que les approches marxiennes et levinassiennes l\u00e9gitimaient deux types de luttes radicalement distinctes, si ce n\u2019est contradictoire\u00a0: la r\u00e9volution (Marx) et la r\u00e9volte (Levinas). Elles n\u2019ont pas le m\u00eame mobile, ni la m\u00eame finalit\u00e9, elles ne s\u2019inscrivent pas dans les m\u00eames pratiques et ne donnent pas lieu au m\u00eame genre de paroles. Peut-on envisager un passage de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, du point de vue des exp\u00e9riences subjectives\u00a0? Apr\u00e8s tout, on peut \u00e0 la fois aspirer \u00e0 la r\u00e9alisation de soi, lutter contre une situation qui nous semble entraver la n\u00f4tre et celle de nos semblables (Marx)\u00a0; et \u00e0 la fois \u00eatre troubl\u00e9 par le malheur de l\u2019Autre, vouloir d\u00e9fendre sa cause de mani\u00e8re d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e (Levinas). Il s\u2019agirait de deux dimensions de l\u2019humain, toutes deux susceptibles d\u2019alimenter le progr\u00e8s de la justice. L\u2019\u00ab\u00a0antinomie\u00a0\u00bb proudhonienne pourrait aussi prendre sens \u00e0 ce niveau-l\u00e0\u00a0: la subjectivit\u00e9 vit d\u2019une tension constante entre des aspirations irr\u00e9ductibles les unes aux autres, chacune nourrissant divers engagements dans le monde. La question du \u00ab\u00a0passage\u00a0\u00bb entre Marx et Levinas s\u2019\u00e9noncerait alors peut-\u00eatre en termes de \u00ab\u00a0convergence des luttes\u00a0\u00bb\u00a0? <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><b>Lucie Doublet<\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> est \u00e9crivaine et philosophe, autrice notamment de <\/span><\/span><a href=\"https:\/\/www.otrante.fr\/levinas.html\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><i>Emmanuel Levinas et l\u2019h\u00e9ritage de Karl Marx. Sublime mat\u00e9rialisme<\/i><\/span><\/span><\/a><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\"> (\u00e9ditions Orante, 2021), <\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: medium\">tir\u00e9 de sa th\u00e8se de doctorat de philosophie.<\/span><\/span><\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"> F. Poirier, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Emmanuel Levinas. Essai et entretiens<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">Arles, Actes Sud, 1996<\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, p. 69 <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"> E. Levinas, Lettre \u00e0 Maurice Blanchot du 31 mai 1948, in <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>\u00catre juif. Suivi d\u2019une lettre \u00e0 Maurice Blanchot<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, Paris, \u00c9ditions Rivages, 2015, p. 72<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><\/span><\/sup> <span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Ibid,<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"> p. 73<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"> E. Levinas, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Difficile libert\u00e9. Essais sur le juda\u00efsme<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"> (1<\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\">e<\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"> \u00e9d.\u00a0: 1963\u00a0; 2<\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\">e<\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"> \u00e9d.\u00a0: 1976), <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">Paris, le Livre de Poche, 2010, p.<\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"> 23<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><\/span><\/sup> <span style=\"font-family: Arial, serif\">E. Levinas<\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>, \u0152uvres in\u00e9dites<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, tome 2, Paris, Grasset, 2011<\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, p. 191<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"> Dans E. Levinas, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Du sacr\u00e9 au saint. Cinq nouvelles lectures talmudiques<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, Paris, Les \u00c9ditions de Minuit, 1977.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"> Dans E. Levinas, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>A l\u2019heure des nations<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, Paris, Les \u00c9ditions de Minuit, 1988.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Adobe Garamond Pro, serif\"><span style=\"font-size: medium\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a><sup><span style=\"color: #00000a\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: small\"><\/span><\/span><\/span><\/sup> <span style=\"color: #211d1e\"><span style=\"font-size: small\"><span style=\"color: #00000a\"><span style=\"font-family: Arial, serif\">\u00ab\u00a0L\u2019abstraction du visage est visitation et venue qui d\u00e9range l\u2019immanence sans se fixer dans les horizons du monde<\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #00000a\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: small\">\u00a0\u00bb, <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: small\">E. Levinas<\/span><\/span><span style=\"color: #00000a\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: small\">, <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #00000a\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: small\"><i>Humanisme de l\u2019autre homme<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #00000a\"><span style=\"font-family: Arial, serif\"><span style=\"font-size: small\">, Paris, Fata Morgana, 1972, p. 57.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif\"><span style=\"font-size: small\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"blank#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"> M. Abensour, \u00ab\u00a0L\u2019extravagante hypoth\u00e8se\u00a0\u00bb (1<\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, serif\">e<\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, serif\"> \u00e9d.\u00a0: 1998), repris dans <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\"><i>Levinas<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif\">, Paris, Sens &amp; Tonka, 2021, pp. 61-102.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"margin-top:30px; clear:both;\"><\/div><\/div>\r\n    <\/div>\r\n    \n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 26 janvier 2024 le s\u00e9minaire libertaire ETAPE (Explorations Th\u00e9oriques Anarchistes Pragmatistes pour l&rsquo;Emancipation) a consacr\u00e9 sa s\u00e9ance au livre de la philosophe Lucie Doublet, Emmanuel Levinas et l\u2019h\u00e9ritage de Karl Marx. 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