{"id":4537,"date":"2020-05-15T15:10:01","date_gmt":"2020-05-15T13:10:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=4537"},"modified":"2020-05-19T21:09:22","modified_gmt":"2020-05-19T19:09:22","slug":"sens-et-non-sens-de-lexistence%e2%80%89-un-point-de-vue-anarchiste-chretien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=4537","title":{"rendered":"Sens et non-sens de l\u2019existence\u2009: un point de vue anarchiste chr\u00e9tien"},"content":{"rendered":"<h6 align=\"CENTER\"><strong><span style=\"color: #128800;\">Dossier \u00ab\u00a0Des composantes existentielles de l&rsquo;engagement libertaire\u00a0\u00bb<\/span><\/strong><\/h6>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"CENTER\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><b>Par J\u00e9r\u00f4me Alexandre<\/b><\/span><\/p>\n<div id=\"Section1\" dir=\"LTR\">\n<p align=\"RIGHT\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>\u00ab\u00a0Le r\u00e9volutionnaire est en m\u00eame temps r\u00e9volt\u00e9 ou alors il n\u2019est plus r\u00e9volutionnaire, mais policier et fonctionnaire qui se tourne contre la r\u00e9volte. Mais s\u2019il est r\u00e9volt\u00e9, il finit par se dresser contre la r\u00e9volution. Si bien qu\u2019il n\u2019y a pas progr\u00e8s d\u2019une attitude \u00e0 l\u2019autre, mais simultan\u00e9it\u00e9 et contradiction sans cesse croissante. Tout r\u00e9volutionnaire finit en oppresseur ou en h\u00e9r\u00e9tique.\u00a0\u00bb <\/i><\/span><\/p>\n<p align=\"RIGHT\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Albert Camus, <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>L\u2019homme r\u00e9volt\u00e9<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, Paris, Gallimard, 1951, p. 259.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Je reprends la diff\u00e9rence que fait Camus entre r\u00e9volte et r\u00e9volution, rappel\u00e9e par Ir\u00e8ne Pereira dans son texte \u00ab\u00a0L\u2019anarchisme comme r\u00e9volte existentielle\u00a0\u00bb<\/span><sup><span style=\"font-size: xx-small;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\">1<\/a><\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">. Ce distinguo, cette opposition, me semble en effet au c\u0153ur de notre sujet. La citation de <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>L\u2019homme r\u00e9volt\u00e9<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> qu\u2019elle donne exprime tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment le paradoxe de cette opposition tel que le concevait <\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Camus<\/span><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, et qui n\u2019a soulev\u00e9 qu\u2019ironie et m\u00e9pris chez Sartre. On mesure pourtant, \u00e0 cette seule citation, l\u2019acuit\u00e9 de son analyse politique qui n\u2019entendait jamais perdre de vue le terrain humain r\u00e9el, celui de l\u2019existence concr\u00e8te, celui des comportements et des psychologies au profit d\u2019id\u00e9aux ou de sp\u00e9culations th\u00e9oriques. Pourquoi l\u2019homme r\u00e9volt\u00e9 est-il conduit \u00e0 l\u2019alternative absurde de devoir taire sa r\u00e9volte (devenir oppresseur), ou de s\u2019opposer \u00e0 la r\u00e9volution (devenir h\u00e9r\u00e9tique)\u00a0? A cette question, dont l\u2019histoire montre \u00f4 combien la v\u00e9rit\u00e9, j\u2019ai envie de r\u00e9pondre\u00a0: parce que la r\u00e9volte de l\u2019homme r\u00e9volt\u00e9 est toujours d\u2019abord de nature existentielle et que les programmes r\u00e9volutionnaires quels qu\u2019ils soient sont incapables de prendre en charge cette dimension.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Camus ne me donnerait pas tort. Dans une conf\u00e9rence datant de 1955, prononc\u00e9e lors d\u2019un hommage \u00e0 Dosto\u00efevski<\/span><sup><span style=\"font-size: xx-small;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\">2<\/a><\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, il \u00e9crit ceci\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019homme qui a \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0les questions de Dieu et de l\u2019immortalit\u00e9 sont les m\u00eames que les questions du socialisme mais sous un autre angle\u00a0\u00bb (<\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Les Fr\u00e8res Karamazov<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">) savait que d\u00e9sormais notre civilisation revendiquerait le salut pour tous ou pour personne. Mais il savait que le salut ne pourrait \u00eatre \u00e9tendu \u00e0 tous, si l\u2019on oubliait la souffrance d\u2019un seul.\u00a0\u00bb Cette souffrance d\u2019un seul est bien entendu celle de l\u2019homme r\u00e9volt\u00e9. Quant au salut, il est \u00e9videmment le projet r\u00e9volutionnaire m\u00eame. \u00ab\u00a0Autrement dit, ajoute Camus, il ne voulait pas d\u2019une religion qui ne f\u00fbt pas socialiste, au sens le plus large du mot, mais il refusait un socialisme qui ne fut pas religieux, au sens le plus large du terme.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Pour moi, en \u00e9cho fid\u00e8le, je crois, \u00e0 Camus, le grand probl\u00e8me de la r\u00e9volution est qu\u2019elle entend donner du sens, tandis que la valeur irrempla\u00e7able de la r\u00e9volte, toujours d\u2019abord int\u00e9rieure et singuli\u00e8re, est qu\u2019elle manifeste l\u2019insens\u00e9 de la condition humaine, son non-sens fondamental. Or, ce non-sens (allez donc expliquer pourquoi vous \u00eates apparu dans l\u2019existence, pourquoi vous devez mourir un jour, pourquoi vous \u00eates dou\u00e9 pour le piano, ou incapable de faire une addition), ce non-sens, cette incompr\u00e9hensibilit\u00e9 fonci\u00e8re de la vie humaine et de la vie tout court, de mon point de vue, la religion chr\u00e9tienne se comprenant elle-m\u00eame comme anarchie est en capacit\u00e9 de l\u2019assumer concr\u00e8tement, et de l\u2019\u00e9clairer intellectuellement (je ne dis pas de l\u2019expliquer). J\u2019ose imaginer que Dosto\u00efevski, et Tolsto\u00ef plus encore, souscriraient \u00e0 cette proposition hasardeuse en apparence.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Ce que je dis l\u00e0, j\u2019en ai bien conscience, renverse pas mal d\u2019id\u00e9es re\u00e7ues, et sur le christianisme et sur l\u2019anarchisme. La plupart de mes amis chr\u00e9tiens sont persuad\u00e9s que la foi religieuse est faite pour donner du sens, et, qu\u2019en comparaison, les projets politiques, qu\u2019ils soient d\u2019ailleurs r\u00e9volutionnaires ou conservateurs, sont en d\u00e9ficit de sens. Dans les milieux de l\u2019ultra-gauche, on pensera au contraire que croire en Dieu est vraiment une perte de temps, une \u00e9vasion inutile voire insens\u00e9e, tandis que seule l\u2019action concr\u00e8te d\u2019ordre politique a vraiment du sens.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Aux uns et aux autres, je r\u00e9ponds qu\u2019ils sont victimes d\u2019un m\u00eame leurre. Car penser ainsi c\u2019est tenter d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019angoisse vertigineuse de l\u2019existence, en se r\u00e9fugiant dans le pr\u00eat-\u00e0-porter du sens, r\u00e9volutionnaire ou religieux, comme on voudra. Ne vaudrait-il pas mieux regarder enfin la r\u00e9alit\u00e9 en face\u00a0? Regarder la r\u00e9alit\u00e9 en face implique d\u2019en finir avec toute forme d\u2019id\u00e9alisme, qu\u2019il s\u2019agisse des id\u00e9ologies politiques ou des paradis religieux. C\u2019est regarder l\u2019existence comme telle, consid\u00e9rer l\u2019irr\u00e9ductible incompr\u00e9hensibilit\u00e9 de la singularit\u00e9 humaine, le non-lieu, par cons\u00e9quent, de tout ce qui s\u2019offre comme r\u00e9ponse collective, explication objective, v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9finitive, fin de l\u2019histoire. <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Il n\u2019y a pas de sens \u00e0 vivre<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Or, cette derni\u00e8re affirmation pourrait facilement conduire \u00e0 la plus terrible des d\u00e9faites de l\u2019esprit, le nihilisme, et pire encore \u00e0 celle du d\u00e9sir, du d\u00e9sir de vivre heureux, cette forme si simple et commune du salut. Elle pourrait n\u2019\u00eatre au fond qu\u2019une traduction de la d\u00e9sesp\u00e9rance et du renoncement. Il n\u2019en est \u00e9videmment rien.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Curieusement peut-\u00eatre, c\u2019est seulement en prenant au s\u00e9rieux cette affirmation, c\u2019est-\u00e0-dire en refusant de la traduire \u00e0 nouveau en termes de v\u00e9rit\u00e9 et de sens, avec l\u2019in\u00e9vitable arsenal de r\u00e9ponses politiques ou religieuses que cela entra\u00eene aussit\u00f4t, que l\u2019on commence \u00e0 comprendre les deux <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>attitudes<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> anarchistes et chr\u00e9tiennes, comme capables de retourner l\u2019affirmation d\u2019apparence n\u00e9gative en \u00e9nergie positive, en go\u00fbt de vivre et de combattre pour une vie meilleure, collective autant qu\u2019individuelle, cela va de soi.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Il est ici indispensable de distinguer <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>attitudes <\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">et <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>projets<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, comme le fait Ir\u00e8ne Pereira, dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 qui est en t\u00eate de son texte. Mais cette distinction, \u00e0 la diff\u00e9rence de ce qu\u2019elle en fait (une clarification pour d\u00e9limiter son sujet\u00a0: l\u2019attitude anarchiste), je propose, de la prendre comme signifiant qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019anarchisme ne saurait \u00eatre seulement un projet, d\u00e8s lors qu\u2019il se comprend et se vit principalement comme une attitude. Il n\u2019y a pas d\u2019un c\u00f4t\u00e9 un anarchisme existentiel et d\u2019un autre une pens\u00e9e politique. L\u2019anarchisme n\u2019est projet que parce qu\u2019il est avant tout et demeure principalement attitude. Il n\u2019engage la possibilit\u00e9 de la r\u00e9volution qu\u2019\u00e0 la condition imp\u00e9rative de ne cesser de la porter comme \u00e9tant l\u2019expression directe et constante de la r\u00e9volte. Et je pense exactement la m\u00eame chose du christianisme, que je d\u00e9finis non pas comme une explication du monde et de son histoire, non pas comme un projet portant le monde vers son d\u00e9passement divin, mais comme une attitude agissant au c\u0153ur du monde, une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre au monde. Dans les deux cas, je ne supprime pas les id\u00e9es et les projets, je les comprends comme n\u2019\u00e9tant que l\u2019\u00e9manation du positionnement existentiel lui-m\u00eame et rien qui puisse s\u2019en s\u00e9parer<\/span><sup><span style=\"font-size: xx-small;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\">3<\/a><\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">. Mais je les regarde avec circonspection, comme Camus regardait la r\u00e9volution, avec le doute et la crainte que ne soient rapidement contredite, dans les faits, la r\u00e9volte.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Alors, l\u2019attitude anarchiste, l\u2019attitude chr\u00e9tienne, comment les d\u00e9crire, et pourquoi aller jusqu\u2019\u00e0 dire qu\u2019il s\u2019agit de la <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>m\u00eame<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> attitude\u00a0? Eh bien, pr\u00e9cis\u00e9ment et en tout premier lieu, par leur attention commune \u00e0 l\u2019importance d\u2019assumer sans faux-semblant la r\u00e9volte intime dict\u00e9e par le non-sens, de ne pas transiger avec cette r\u00e9volte, de lui rendre pour de bon justice, d\u2019en retourner la puissance auto-destructrice en puissance cr\u00e9atrice. Un chr\u00e9tien lucide ne r\u00eave pas de la descente du bien, du beau et du vrai depuis le ciel inalt\u00e9rable jusque dans le c\u0153ur de chaque \u00eatre humain\u00a0; il ne r\u00eave pas de l\u2019effacement de la cr\u00e9ation et du temps qui n\u2019ont de valeur que par leur mesure de fragilit\u00e9, d\u2019incertitude et de contradiction. Il lutte pour la justice, en voyant l\u2019injustice d\u2019abord log\u00e9e en lui-m\u00eame et sait que cette lutte sans fin est aussi le tr\u00e9sor de l\u2019humain, par la rencontre et le service de l\u2019autre homme, sa joie in\u00e9puisable. Un anarchiste ne supporterait pas davantage de ne plus avoir \u00e0 vivre son esprit d\u2019ind\u00e9pendance, de r\u00e9bellion sinon de r\u00e9volte, dans une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9galitaire aseptis\u00e9e. Il sait pourquoi l\u2019indiscipline est le go\u00fbt m\u00eame de la vie, le ressort du d\u00e9sir, le moteur de toute action. La singularit\u00e9 chr\u00e9tienne comme la singularit\u00e9 anarchiste, qui ne sont en rien des replis individualistes, sont des horizons de combat sans terme, et presque sans raison, des mani\u00e8res d\u2019\u00eatre, de transformer la douleur de la r\u00e9volte en libert\u00e9 v\u00e9cue. Aucune limite n\u2019est assignable \u00e0 la r\u00e9volte ainsi lib\u00e9r\u00e9e, sauf bien s\u00fbr celle qui nuirait \u00e0 celle d\u2019autrui. Une m\u00eame attitude donc, p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e de part en part d\u2019incertitude, d\u2019anticonformisme, de clairvoyance r\u00e9aliste sur ce qui fait mal et ce qui exalte, d\u2019aptitude \u00e0 improviser, inventer, cr\u00e9er, de capacit\u00e9 \u00e0 vouloir et \u00e0 entreprendre l\u2019impossible.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Il n\u2019y a pas de sens \u00e0 vivre, mais il y a une saveur de la vie. Elle appelle beaucoup d\u2019engagement, d\u2019esprit militant, parfois m\u00eame une capacit\u00e9 de sacrifice, cette mani\u00e8re de surseoir un temps au bien imm\u00e9diat pour un bien plus fort, plus partag\u00e9, m\u00eame s\u2019il est plus lointain. Les anti-chr\u00e9tiens ne comprennent rien \u00e0 l\u2019esprit chr\u00e9tien du sacrifice. Ils croient qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une n\u00e9gation de soi, alors que c\u2019est souvent le seul vrai moyen d\u2019un juste souci de tous, par le retournement du repli individualiste en ouverture collective. C\u2019est en tous cas une mani\u00e8re \u00e9tonnante de faire r\u00e9ellement peser la vie d\u2019un poids plus lourd que la mort, en mettant dans la balance son propre soi. L\u2019attitude chr\u00e9tienne anarchiste est une intensit\u00e9 de cet ordre qui ne d\u00e9cide jamais abstraitement du mal et du bien sans s\u2019y coller personnellement. Elle est une affirmation sensible, plus encore qu\u2019intellectuelle, en faveur du vivant, pour lequel il vaut la peine de combattre y compris parfois jusqu\u2019au renoncement \u00e0 soi, et d\u2019abord contre ceux qui entendent le confisquer \u00e0 leur seul profit.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">S\u2019il faut s\u2019opposer de tout soi-m\u00eame au malheur du monde, \u00e0 la souffrance des hommes, comme y invitait avec force Camus, ce n\u2019est pas en empruntant les fausses r\u00e9ponses des id\u00e9ologues politiques ou religieux, c\u2019est au contraire en se soustrayant d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e0 leurs projets et \u00e0 leurs promesses.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">C\u2019est bien parce qu\u2019elle honore pleinement la r\u00e9volte, et son autre face, le scandale de la singularit\u00e9 humaine, que l\u2019attitude chr\u00e9tienne anarchiste peut se targuer de faire droit \u00e0 la vie sans tricher. \u00ab\u00a0Le salut ne peut \u00eatre \u00e9tendu \u00e0 tous, si l\u2019on oublie la souffrance d\u2019un seul.\u00a0\u00bb On se souvient, en relisant cette phrase \u00e9tonnante, inspir\u00e9e des <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Fr\u00e8res Karamazov<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, de la brebis perdue de l\u2019Evangile<\/span><sup><span style=\"font-size: xx-small;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\">4<\/a><\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">. Peu importe les r\u00e9volutions si elles oublient les perdants qu\u2019elles ont engendr\u00e9s et si ceux-ci ne peuvent m\u00eame plus leur r\u00e9pondre.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Il y aurait d\u2019autres points \u00e0 d\u00e9velopper pour montrer la communaut\u00e9 d\u2019<\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>attitude<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> entre christianisme et anarchisme. L\u2019un d\u2019entre eux est d\u00e9terminant puisqu\u2019il s\u2019agit pr\u00e9cis\u00e9ment de l\u2019acte de foi, compris dans cette attitude commune non comme croyance ou d\u00e9cision d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 des id\u00e9es (nous soutenons que l\u2019anarchisme ne consiste pas d\u2019abord \u00e0 adh\u00e9rer aux id\u00e9es de l\u2019anarchie). Nous venons en un sens de l\u2019esquisser et il s\u2019accorde l\u00e0 encore \u00e0 la r\u00e9flexion de Camus dans <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>L\u2019homme r\u00e9volt\u00e9<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">. Au d\u00e9but de son premier chapitre il \u00e9crit ceci\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019un homme r\u00e9volt\u00e9\u00a0? Un homme qui dit non. Mais s\u2019il refuse, il ne renonce pas\u00a0; c\u2019est aussi un homme qui dit oui, d\u00e8s son premier mouvement.\u00a0\u00bb Et quelques lignes plus loin\u00a0: \u00ab\u00a0le r\u00e9volt\u00e9, au sens \u00e9tymologique, fait volte-face. Il marchait sous le fouet du ma\u00eetre. Le voil\u00e0 qui fait face.\u00a0\u00bb<\/span><sup><span style=\"font-size: xx-small;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\">5<\/a><\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> Eh bien, le retournement du non en oui, sous la pression radicale, irr\u00e9fl\u00e9chie, du scandale intime qu\u2019est la singularit\u00e9 et son autre nom, le non-sens, me semble exactement d\u00e9finir ce qu\u2019est la foi. Or la foi, volte-face de la r\u00e9volte, est par d\u00e9finition cr\u00e9atrice, et cet autre point me semble essentiel.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Il n\u2019est pas surprenant que l\u2019avant dernier chapitre de <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>L\u2019homme r\u00e9volt\u00e9<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> soit enti\u00e8rement consacr\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation artistique. La r\u00e9volte est cr\u00e9atrice, affirme Camus, elle qui se retourne et dit \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb en d\u00e9pit du non-sens ou plut\u00f4t en raison du non-sens, dont il ne faut jamais accepter la traduction nihiliste. \u00ab\u00a0M\u00e8re des formes, source de vraie vie, elle [la r\u00e9volte] nous tient toujours debout dans le mouvement informe et furieux de l\u2019histoire.\u00a0\u00bb<\/span><sup><span style=\"font-size: xx-small;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\">6<\/a><\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> Camus n\u2019\u00e9tait pas anarchiste proclam\u00e9, et avait cess\u00e9 d\u2019\u00eatre chr\u00e9tien. Il \u00e9tait cependant proche de ces deux mondes pourtant si distants, et plus encore dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, ce qui sans doute contribuait \u00e0 le rendre suspect chez les intellectuels progressistes de son temps, presque tous rattach\u00e9s \u00e0 la doxa marxiste.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Il y aurait \u00e0 rechercher chez les fondateurs de l\u2019anarchisme, comme chez les auteurs qui en ont \u00e9t\u00e9 proches, les \u00e9l\u00e9ments d\u2019une compr\u00e9hension de la condition humaine comme tragique. Ce sentiment diffus ne s\u2019explicite pas toujours. Il est n\u00e9anmoins rep\u00e9rable. Il n\u2019est pas facile de tenir \u00e0 la fois la pens\u00e9e d\u2019une \u00e9mancipation possible, d\u2019un changement de cap de l\u2019histoire, et la conviction que l\u2019existence est d\u2019abord le fait d\u2019un mal qui vient de loin et qui n\u2019est pas assignable \u00e0 des causes simples. Quand Proudhon \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu est n\u00e9cessaire \u00e0 la raison, mais repouss\u00e9 par la raison\u00a0\u00bb<\/span><sup><span style=\"font-size: xx-small;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\">7<\/a><\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, il exprime plus qu\u2019une contradiction, une m\u00e9lancolie. Une contradiction, pensait-il, ne doit pas \u00eatre r\u00e9solue. Il faut la laisser ouverte, la renvoyer \u00e0 l\u2019existence r\u00e9elle, quand bien m\u00eame on serait tent\u00e9 de lui pr\u00e9f\u00e9rer l\u2019assurance de l\u2019id\u00e9e. Car elle t\u00e9moigne, cette inconnue, du non-sens tragique mais f\u00e9cond de la vie. Si Dieu existe, n\u2019est-il pas lui-m\u00eame la vie comme non-sens, comme au-del\u00e0 du sens\u00a0? N\u2019est-il pas alors l\u2019ouverture du tragique \u00e0 son contraire\u00a0? On peut pr\u00e9f\u00e9rer s\u2019en r\u00e9jouir plut\u00f4t que s\u2019en d\u00e9sesp\u00e9rer. <\/span><\/p>\n<p align=\"RIGHT\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">J\u00e9r\u00f4me Alexandre<\/span><\/p>\n<p align=\"RIGHT\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">2 mai 2020<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><b>J\u00e9r\u00f4me Alexandre<\/b><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> est un th\u00e9ologien catholique de sensibilit\u00e9 libertaire, auteur notamment d\u2019<\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Art, foi, politique\u00a0: un m\u00eame acte<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, avec Alain Cugno (Paris, Hermann, 2017).<\/span><\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"JUSTIFY\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> Post\u00e9 le 7 mars 2020 sur le site Grand Angle, <\/span><span style=\"color: #0563c1;\"><u><a href=\"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/lanarchisme-comme-revolte-existentielle\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/lanarchisme-comme-revolte-existentielle\/<\/span><\/a><\/u><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, et occasion de mon propre texte.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"JUSTIFY\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> Hommage organis\u00e9 par Radio Europe, texte repris en 1957 dans la revue <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>T\u00e9moins<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, publi\u00e9 aujourd\u2019hui dans <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Conf\u00e9rences et discours 1936-1958<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, Paris, Gallimard, collection \u00ab\u00a0Folio\u00a0\u00bb, 2017, pp. 281-284. M\u00eame r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Dosto\u00efevski \u00e0 la fin de <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>L\u2019homme r\u00e9volt\u00e9\u00a0:<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> \u00ab\u00a0Ceux qui ne trouvent de repos ni en Dieu ni en l&rsquo;histoire se condamnent \u00e0 vivre pour ceux qui, comme eux, ne peuvent pas vivre : pour les humili\u00e9s. Le mouvement le plus pur de la r\u00e9volte se couronne alors du cri d\u00e9chirant de Karamazov : s&rsquo;ils ne sont pas tous sauv\u00e9s, \u00e0 quoi bon le salut d&rsquo;un seul !\u00a0\u00bb, Paris, Gallimard, 1951, p. 316.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"JUSTIFY\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> Cf. mon livre, <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>La foi n\u2019est pas ce que l\u2019on croit<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, Paris, Salvator, \u00e0 para\u00eetre en septembre 2020.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"JUSTIFY\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i> Evangile selon saint Matthieu<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, ch. 18, 10-13.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"JUSTIFY\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> A. Camus, <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>L\u2019homme r\u00e9volt\u00e9<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>op. cit.<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> pp. 21-22.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"JUSTIFY\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i> Ibid. <\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">p. 313.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Cit\u00e9 dans Edouard Jourdain, <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Proudhon contemporain<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, Paris, CNRS \u00e9ditions 2018, p. 55, dans un chapitre intitul\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Composer avec l\u2019absolu\u00a0: th\u00e9ologie et politique\u00a0\u00bb. Cette phrase est extraite des <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Carnets<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> de juin 1846, repris dans <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Ecrits sur la religion<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, Paris Marcel Rivi\u00e8re 1959.<\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab\u00a0Des composantes existentielles de l&rsquo;engagement libertaire\u00a0\u00bb Par J\u00e9r\u00f4me Alexandre \u00ab\u00a0Le r\u00e9volutionnaire est en m\u00eame temps r\u00e9volt\u00e9 ou alors il n\u2019est plus r\u00e9volutionnaire, mais policier et fonctionnaire qui se tourne contre la r\u00e9volte. 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