{"id":4393,"date":"2019-03-29T21:14:59","date_gmt":"2019-03-29T19:14:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=4393"},"modified":"2019-03-29T21:14:59","modified_gmt":"2019-03-29T19:14:59","slug":"culture-cultures-naissance-et-mort-dune-idee-latine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=4393","title":{"rendered":"Culture \/ cultures, naissance et mort d\u2019une id\u00e9e latine"},"content":{"rendered":"<h5 style=\"text-align: center;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>Contribution au s\u00e9minaire ETAPE<\/b><\/span><span lang=\"fr-FR\"><b>\u00a0du 15 mars 2019<\/b><\/span>\u00a0<\/span><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: center;\" align=\"JUSTIFY\">par J\u00e9r\u00f4me Alexandre<\/h5>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"CENTER\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><b>************<\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">L\u2019incroyable inflation des n\u00e9ologismes et expressions rattach\u00e9s au mot <i>culture<\/i> dans le parler courant, comme dans les sciences humaines, interroge. Il y a cinquante ans on connaissait <i>culture<\/i>, <i>agriculture<\/i>, <i>cultiv\u00e9<\/i>, <i>inculte<\/i>, c\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s tout. Depuis les ann\u00e9es 1950, 1960, de mani\u00e8re exponentielle, tout est devenu <i>culturel. <\/i>On a invent\u00e9 <i>acculturation<\/i>, <i>inculturation<\/i>, <i>d\u00e9culturation<\/i>, <i>culturisme, culture de masse<\/i>, <i>contre-culture<\/i>, <i>anti-culture<\/i>, <i>sous-culture<\/i>, <i>r\u00e9volution culturelle<\/i>, <i>minist\u00e8re des affaires culturelles<\/i>, <i>cultural studies\u2026<\/i>Plus r\u00e9cemment sont apparus <i>culturalisme<\/i>, <i>culturalit\u00e9<\/i>, <i>interculturalisme<\/i>, <i>multiculturalisme. <\/i>Preuve peut-\u00eatre que l\u2019id\u00e9e de culture, et ses succ\u00e9dan\u00e9s, sont le lieu incontournable de la caract\u00e9risation des groupes humains. Mais le plus int\u00e9ressant est d\u2019examiner ce qui se passe entre la compr\u00e9hension de <i>culture<\/i> comme \u00e9tant <i>la <\/i>culture<i>, <\/i>sous-entendue la culture occidentale, la culture cultiv\u00e9e, et <i>les <\/i>cultures, cette extension du premier sens utilis\u00e9e par les anthropologues \u00e0 partir de la fin du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle pour parler des traits sp\u00e9cifiques de la vie collective des soci\u00e9t\u00e9s humaines non-occidentales. Aujourd\u2019hui <i>culture <\/i>entendu au sens anthropologique ou sociologique est si courant (puisque tout est devenu <i>culturel<\/i>) qu\u2019il faut pr\u00e9ciser dans les conversations courantes s\u2019il s\u2019agit du premier sens ou du second. Il faut le pr\u00e9ciser pour \u00eatre compris, comme si nous avions l\u00e0 deux sens clairement distincts du m\u00eame mot, oubliant qu\u2019il s\u2019agit, sans doute par pour rien, du m\u00eame mot.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Culture \/ cultures\u00a0: un enjeu politique ancien et toujours actuel<\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Les significations sont distinctes, et les r\u00e9alit\u00e9s pour partie aussi. Il faut cependant rappeler certains faits historiques, et encore actuels, qui montrent un rapport r\u00e9el entre la culture et les cultures. En Europe et en Am\u00e9rique, \u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne, les Etats-nations se sont construit sur l\u2019id\u00e9e du progr\u00e8s et de l\u2019effet \u00e9mancipateur de <i>la<\/i> culture. Cependant ces m\u00eames Etats-nations \u00e9mancipateurs ont combattu et progressivement r\u00e9duit ou supprim\u00e9 les cultures locales ancestrales, faisant valoir le bien-fond\u00e9 \u00e9ducateur et lib\u00e9rateur de leur domination. La culture contre les cultures\u00a0? En juger n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 simple. Un intellectuel, comme Albert Camus, bien peu soup\u00e7onnable de soutien \u00e0 la domination des Etats modernes, et justement parce qu\u2019il entend combattre le totalitarisme \u00e9tatique, stalinien par exemple, a pu dire dans son fameux discours de la salle Wagram, en 1957\u00a0: <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">\u00ab\u00a0Les tares de l\u2019Occident sont innombrables, ses crimes et ses fautes r\u00e9els. Mais, finalement, n\u2019oublions pas que nous sommes les seuls \u00e0 d\u00e9tenir ce pouvoir de perfectionnement et d\u2019\u00e9mancipation qui r\u00e9side dans le g\u00e9nie libre. N\u2019oublions pas que lorsque la soci\u00e9t\u00e9 totalitaire, par ses principes m\u00eames, oblige l\u2019ami \u00e0 livrer l\u2019ami, la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019occident, malgr\u00e9 tous ses \u00e9garements, produit toujours cette race d\u2019hommes qui maintiennent l\u2019honneur de vivre<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Si \u00e0 la culture s\u2019attache l\u2019id\u00e9e de libert\u00e9, qui est pour Camus <i>l\u2019honneur de vivre<\/i>, alors le pas est vite franchi d\u2019imposer une culture lib\u00e9ratrice \u00e0 des cultures jug\u00e9es ali\u00e9n\u00e9es, ou tout simplement d\u2019apporter l\u2019\u00e9ducation et la culture \u00e0 des populations demeur\u00e9es dans la sauvagerie et l\u2019obscurantisme. Toute l\u2019aventure coloniale moderne s\u2019est justifi\u00e9e elle-m\u00eame sur une telle conception. Camus n\u2019est \u00e9videmment pas dupe quant \u00e0 l\u2019usage perverti de la grande id\u00e9e d\u2019\u00e9mancipation, mais il est notable, dans ce discours, que la grande valeur occidentale qu\u2019il met en avant, et dont il sous-entend qu\u2019elle est une valeur universelle, s\u2019appelle <i>la culture\u00a0<\/i>:<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">\u00ab\u00a0Notre foi est qu\u2019il y a en marche dans le monde, parall\u00e8lement \u00e0 la force de contrainte et de mort qui obscurcit l\u2019histoire, une force de persuasion et de vie, un immense mouvement d\u2019\u00e9mancipation qui s\u2019appelle la culture et qui se fait en m\u00eame temps par la cr\u00e9ation libre et le travail libre<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a>.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Camus portait au plus haut les valeurs de justice et de libert\u00e9, ce qui interdit bien s\u00fbr de le situer au nombre des arrogants de l\u2019intelligentia occidentale. On sait par ailleurs ses amiti\u00e9s anarchistes<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>. Mais il est de son temps, d\u2019abord d\u00e9pendant de l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9mancipation par la culture port\u00e9e par les id\u00e9es des <i>Lumi\u00e8res. <\/i>Retenons toutefois la mention de la \u00ab\u00a0cr\u00e9ation libre\u00a0\u00bb inscrite dans cette citation.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">A peine une d\u00e9cennie plus tard, une autre grande intellectuelle, Hannah Arendt, r\u00e9fl\u00e9chit elle aussi \u00e0 la culture, ayant bien \u00e0 l\u2019esprit la richesse symbolique que v\u00e9hicule ce mot. C\u2019est sans doute parce qu\u2019elle partage l\u2019id\u00e9e commune de la valeur \u00e9mancipatrice de la culture qu\u2019elle peut avancer dans un texte rest\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre, une critique vive de l\u2019usage d\u00e9sormais consum\u00e9riste qui en est fait<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a>. Dans le titre m\u00eame, <i>La crise de la culture, sa port\u00e9e sociale et politique<\/i>, le lien est d\u2019embl\u00e9e \u00e9tabli avec la politique. Nous sommes au d\u00e9but des ann\u00e9es 60, \u00e0 l\u2019heure des mass m\u00e9dia, de la diffusion massive des connaissances et du divertissement par la t\u00e9l\u00e9vision. Son analyse est simple et son jugement tranch\u00e9. Il ne peut y avoir une culture de masse, car <i>culture<\/i> et <i>masse<\/i> sont antinomiques. Pour elle, le rapport de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 ce que serait <i>sa<\/i> culture est fonci\u00e8rement probl\u00e9matique. La preuve en est que l\u2019art moderne, c\u2019est-\u00e0-dire ce qui constitue le foyer vivant de la culture, s\u2019est grandement d\u00e9fini dans une critique et une contestation de la soci\u00e9t\u00e9. Il est int\u00e9ressant, comme chez Camus, qu\u2019apparaisse au premier plan, dans l\u2019argumentaire d\u2019Arendt, l\u2019entit\u00e9 artistique (la cr\u00e9ation libre chez Camus). Pour fonder et syst\u00e9matiser ce qui s\u2019annonce vite comme une opposition entre l\u2019art et la culture, entre la cr\u00e9ation d\u2019une part, la consommation-pr\u00e9servation des biens culturels de l\u2019autre, elle engage une analyse d\u00e9velopp\u00e9e de l\u2019\u00e9tymologie du mot culture et de la diff\u00e9rence entre les latins et les grecs de l\u2019Antiquit\u00e9, ces derniers ignorant le mot lui-m\u00eame. Certes, elle raidit la diff\u00e9rence, mais son id\u00e9e est suggestive. Chez les latins, la culture a pour sens la domestication, la pr\u00e9servation, le rapport d\u2019habitation avec la nature, le culte qui revient aux dieux. On cultive son esprit (Cic\u00e9ron), comme on cultive la nature et la religion. Chez les grecs, au contraire, s\u2019affirme tr\u00e8s t\u00f4t (H\u00e9siode) l\u2019id\u00e9e d\u2019une construction de soi en lutte contre la nature, dans l\u2019obligation de s\u2019inventer, de cr\u00e9er, pour survivre corporellement et se lib\u00e9rer intellectuellement. Les grecs parlent de <i>pa\u00efdeia<\/i> (d\u2019\u00e9ducation) et pas de culture.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">L\u2019enjeu politique de l\u2019opposition art \/ culture.<\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">La culture et l\u2019humanisme promoteur des \u2018valeurs humaines\u2019 vont ensemble et sont d\u2019invention romaine. L\u2019une et l\u2019autre regardent la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 distance, d\u00e8s lors qu\u2019ils jouissent du confort de cette distance. Et ils entendent bien que cette jouissance soit ind\u00e9finiment prolong\u00e9e, conserv\u00e9e comme bien, comme v\u00e9rit\u00e9, comme r\u00e9f\u00e9rence intangibles. Or, l\u2019humanisme et la culture ont pour principal motif d\u2019\u00e9viter l\u2019affrontement direct entre les tenants du pouvoir politique et les artistes. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">La culture annex\u00e9e au pouvoir politique, en France \u00e0 partir de 1959 (fondation du minist\u00e8re des affaires culturelles), ne sert en effet qu\u2019\u00e0 le maintenir, tandis que la cr\u00e9ation artistique, \u00e0 partir de ces m\u00eames ann\u00e9es, est devenue l\u2019expression directe de la d\u00e9sob\u00e9issance civile, de la contestation de l\u2019ordre, et de la subversion des valeurs. L\u2019histoire de l\u2019art est d\u00e9sormais l\u2019histoire des avant-gardes, celle d\u2019une contre-culture. La contradiction est flagrante, et le risque d\u2019un rejet de l\u2019art par la culture et le pouvoir, ou d\u2019une discrimination de l\u2019art, aurait pu \u00eatre logique. En effet, pour reprendre l\u2019analyse d\u2019Arendt, l\u00e0 o\u00f9 la culture joue comme r\u00e9f\u00e9rence, exemplarit\u00e9, raison d\u2019\u00eatre des valeurs \u00e9tablies, symbolisant le bien commun intangible, l\u2019art est le lieu entre tous de l\u2019instabilit\u00e9, de l\u2019affirmation des diff\u00e9rences, et de l\u2019innovation. Mais l\u2019ordre culturel ne peut que s\u2019enrichir, y compris de ce qui le contredit, jamais \u00eatre remis en cause. L\u2019art est bien l\u2019avant-garde des remises en cause, mais il est aussi facilement r\u00e9cup\u00e9rable, la ruse politique \u00e9tant de revendiquer la libert\u00e9 et m\u00eame la subversion artistique comme faisant partie int\u00e9grante de son ordre et de ses valeurs. En remisant inlassablement l\u2019art dans la culture et en s\u2019annexant la culture et ses valeurs conservatrices, le pouvoir op\u00e8re \u00e9videmment une insidieuse neutralisation de ce qui dans la culture est le ferment de contradiction et de destruction de la culture \u00e9tablie, \u00e0 savoir l\u2019art. Cette neutralisation-r\u00e9cup\u00e9ration s\u2019appelle le mus\u00e9e, l\u2019histoire de l\u2019art, l\u2019\u00e9ducation publique. 50 ans d\u2019histoire des politiques publiques de la culture en France montrent cette formidable entreprise de mise \u00e0 distance de l\u2019art transform\u00e9 en bien commun culturel. On ne peut que d\u00e9plorer cette mise \u00e0 distance qui n\u2019est rien moins qu\u2019une trahison de ce qu\u2019est intrins\u00e8quement l\u2019art, \u00e0 savoir l\u2019affirmation parfaitement indomptable des libert\u00e9s individuelles contre l\u2019assujettissement aux int\u00e9r\u00eats du conformisme collectif. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">De la culture aux cultures, l\u2019exemple de la Nouvelle-Cal\u00e9donie<\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Ce qui est int\u00e9ressant dans l\u2019\u00e9mergence de la progressive reconnaissance des cultures autres que la seule culture cultiv\u00e9e occidentale n\u2019est pas tant l\u2019histoire de la progressive prise de conscience intellectuelle venue des sciences humaines \u00e0 partir du d\u00e9but du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, c\u2019est la signification de cette prise de conscience comme reprenant et comprenant ce que l\u2019art avait depuis longtemps anticip\u00e9. D\u00e8s la fin du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les artistes modernes, c\u2019est-\u00e0-dire les artistes qui entendent exprimer leur libre vision du monde, ont \u00e9t\u00e9 fortement stimul\u00e9s par l\u2019art non occidental. Il faudrait ici relire toute l\u2019histoire coloniale, et rep\u00e9rer ce qui, en marge de la domination politique et \u00e9conomique des colonisateurs, s\u2019est v\u00e9cu d\u2019influences r\u00e9ciproques, d\u2019interculturalit\u00e9 de fait, aux effets clairement marquant sur les artistes occidentaux. Les colons ont ravag\u00e9 les cultures traditionnelles, mais les arts et cultures traditionnels ont profond\u00e9ment d\u00e9stabilis\u00e9 les repr\u00e9sentations occidentales, dont les bouleversements artistiques sont le t\u00e9moignage le plus direct et le plus signifiant. L\u00e0 ou <i>la <\/i>culture n\u2019est bonne qu\u2019\u00e0 pr\u00e9server, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 absorber dans ses propres sch\u00e9mas patrimoniaux, <i>les <\/i>cultures extra-occidentales, le mus\u00e9e du quai Branly \u00e0 Paris \u00e9tant l\u2019exemple le plus r\u00e9cent de cette absorption, les arts, qu\u2019ils soient occidentaux ou non occidentaux, demeurent des t\u00e9moins vivants de l\u2019indig\u00e9rable. Ils demeurent le rappel intempestif de l\u2019impossible colonisation des individus, comme de l\u2019esprit unique de chaque culture particuli\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">L\u2019histoire mouvement\u00e9e de la Nouvelle Cal\u00e9donie jusqu\u2019\u00e0 son refus r\u00e9cent de l\u2019ind\u00e9pendance est sur ce sujet remarquable. Domitille Tellier-Barbe a montr\u00e9 dans une th\u00e8se r\u00e9cente<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a> la complexit\u00e9 d\u2019approche pour l\u2019historienne d\u2019art qu\u2019elle est, \u00e0 simplement vouloir d\u00e9crire les tenants et aboutissants du monde de l\u2019art n\u00e9ocal\u00e9donien dans les cat\u00e9gories de l\u2019histoire de l\u2019art europ\u00e9enne. Dans le paysage mondialis\u00e9 de l\u2019art contemporain actuel, avec ses foires et son march\u00e9 internationaux, quelle juste appr\u00e9ciation avoir non seulement de l\u2019art m\u00e9lan\u00e9sien contemporain, mais des vues politiques et culturelles utilisant, conditionnant et parfois produisant cet art\u00a0? Le centre culturel Tjibaou, n\u00e9 des accords Oudinot de 1989, con\u00e7u comme \u00ab\u00a0centre de d\u00e9veloppement de la culture kanak vivante<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb n\u2019est-il pas d\u2019abord un lieu d\u2019affirmation identitaire\u00a0? Les \u0153uvres qu\u2019il pr\u00e9tend sauvegarder et porter \u00e0 une dimension de reconnaissance sur le mod\u00e8le des mus\u00e9es europ\u00e9ens, peuvent-elles encore \u00eatre re\u00e7ues pour ce qu\u2019elles sont\u00a0? La sp\u00e9cialiste, qui a accumul\u00e9 des ann\u00e9es d\u2019enqu\u00eate et qui conna\u00eet les strates historiques nombreuses des influences et d\u00e9terminations v\u00e9cues par les populations de la Nouvelle Cal\u00e9donie, sait qu\u2019il est quasiment impossible d\u2019appliquer les crit\u00e8res de discernement occidentaux. Le faire, c\u2019est trahir une seconde fois la sp\u00e9cificit\u00e9 indig\u00e8ne, dans un premier temps colonis\u00e9e, dans un second temps folkloris\u00e9e, artificialis\u00e9e, jeu auquel se pr\u00eatent y compris les acteurs politiques les plus ind\u00e9pendantistes. L\u2019effet pervers de la mondialisation n\u2019est pas seulement celui de la marchandisation \u00e9conomique, il est celui de la marchandisation culturelle, \u00e9trange commerce des diff\u00e9rences culturelles quand on sait que les r\u00e8gles qui font loi restent celles de l\u2019occident. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><strong>Cultures et ethnocentrisme, la question pos\u00e9e par Max Scheler<\/strong> <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Mais peut-il en aller autrement\u00a0? La mondialisation est en quelque sorte une colonisation du monde entier par la culture occidentale, y compris par sa culture de la bonne conscience et des valeurs humanistes qui pr\u00e9tendent faire droit aux diff\u00e9rences entre les soci\u00e9t\u00e9s humaines. Seule la philosophie, au 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, a vraiment interrog\u00e9 les conditions de possibilit\u00e9 d\u2019une connaissance vraie des cultures non occidentales. Au temps des d\u00e9buts de la ph\u00e9nom\u00e9nologie, celle de Husserl, on s\u2019interroge sur l\u2019acc\u00e8s de l\u2019esprit aux choses, dans l\u2019effort d\u2019abandon de tout pr\u00e9jug\u00e9, en pensant s\u2019abstraire de tout conditionnement culturel. Il s\u2019agit d\u2019instaurer une m\u00e9thode aussi rigoureuse que possible permettant d\u2019\u00e9tablir universellement la chos\u00e9it\u00e9 de la chose, la chose m\u00eame. Max Scheler (1874 &#8211; 1928) est un ph\u00e9nom\u00e9nologue d\u2019abord form\u00e9 \u00e0 la m\u00e9thode husserlienne, qui va rapidement s\u2019en d\u00e9tacher en comprenant que les choses ne se re\u00e7oivent et ne s\u2019appr\u00e9hendent pas seulement dans l\u2019acte de conscience, mais qu\u2019elles s\u2019appr\u00e9hendent aussi et plus fondamentalement par les sentiments. Et quoi de plus universel que les sentiments\u00a0? Dans une th\u00e8se tr\u00e8s r\u00e9cente<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a>, Th\u00e9odora Domenech a montr\u00e9 le maintien d\u2019un r\u00e9f\u00e9rent m\u00e9taphysique dans la pens\u00e9e de Scheler, alors m\u00eame que ce philosophe d\u00e9fend le primat de la connaissance par les v\u00e9cus personnels affectifs. La pens\u00e9e (m\u00e9taphysique) d\u2019une universalit\u00e9 de l\u2019amour, adoss\u00e9e \u00e0 ce qu\u2019elle appelle une \u2018th\u00e9o-logique\u2019 (logique pr\u00e9supposant un Dieu personnel aimant), l\u2019importance de sa d\u00e9couverte de l\u2019anthropologie de L\u00e9vy-Bruhl dans les ann\u00e9es 1920, conduisent au c\u0153ur de notre sujet. Scheler est ind\u00e9niablement un pionnier. Th\u00e9odora Domenech pose cependant la question\u00a0: fait-il droit lui-m\u00eame \u00e0 une v\u00e9ritable diff\u00e9rence des cultures, quand il pr\u00e9juge que ces diff\u00e9rences attestent d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 universelle de l\u2019amour\u00a0? En d\u2019autres termes, la reconnaissance des cultures n\u2019est-elle pas encore et toujours une marque de la culture occidentale\u00a0? L\u2019ethnocentrisme peut bien \u00eatre rep\u00e9r\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019anthropologie, faire l\u2019objet d\u2019un soup\u00e7on \u00e0 l\u2019endroit m\u00eame de la philosophie la mieux intentionn\u00e9e, la plus accueillante \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, comme c\u2019est le cas chez Scheler, il n\u2019en est pas moins l\u2019expression non questionn\u00e9e d\u2019une \u2018repr\u00e9sentation du monde\u2019 occidentale. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Diff\u00e9rence et ouverture\u00a0: l\u2019art comme avenir politique<\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Au fond, que veulent dire nos sempiternelles r\u00e9f\u00e9rences \u00e9thiques et politiques \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, et aux diff\u00e9rences\u00a0? Ne sont-elles pas toujours et encore le reflet d\u2019un ethnocentrisme occidental\u00a0? La question fait retour \u00e0 l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 fonci\u00e8re de <i>la <\/i>culture, \u00e0 la fois dominatrice et \u00e9mancipatrice. Dominatrice sous des dehors si peu agressifs : ceux de la promesse d\u2019une \u00e9mancipation universelle\u2026 des diff\u00e9rences. Admettons. Mais n\u2019y a-t-il pas d\u00e9cid\u00e9ment derri\u00e8re l\u2019id\u00e9e de diff\u00e9rence, et toute la moralit\u00e9 attach\u00e9e \u00e0 son respect, une id\u00e9e conservatrice, finalement enferm\u00e9e dans la projection toujours dangereusement id\u00e9alisante de l\u2019identit\u00e9\u00a0? Qu\u2019en est-il en fait de la singularit\u00e9\u00a0? Est-elle le fin mot, la caract\u00e9risation ultime de la diff\u00e9rence identitaire\u00a0? Ou l\u2019expression insaisissable de la libert\u00e9, du mouvement du temps et de la vie, de la complexit\u00e9, qui obligent la pens\u00e9e \u00e0 ne plus cat\u00e9goriser et contenir mais \u00e0 anticiper et lib\u00e9rer, \u00e0 d\u00e9fier par avance tous les retours \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 du m\u00eame\u00a0? Pour le dire d\u2019un mot\u00a0: la singularit\u00e9 oblige \u00e0 une pens\u00e9e qui soit un art, une cr\u00e9ation, une pr\u00e9sence de l\u2019esprit \u00e0 l\u2019inconnu, aux possibles qui ne cessent de venir. A la culture et m\u00eame aux cultures pr\u00e9f\u00e9rons l\u2019art, ce sont deux attitudes politiquement divergentes. L\u2019une est r\u00e9actionnaire, l\u2019autre r\u00e9volutionnaire. A la diff\u00e9rence pr\u00e9f\u00e9rons le \u2018d\u00e9sapparentement\u2019 de l\u2019ouverture, selon la r\u00e9flexion d\u2019Achille Mbemb\u00e9, \u00e0 la fin de sa <i>Critique de la raison n\u00e8gre<\/i>\u00a0: <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">\u00ab\u00a0La question de la communaut\u00e9 universelle se pose donc, par d\u00e9finition, en termes d\u2019habitation de l\u2019Ouvert \u2013 ce qui est tout-\u00e0-fait diff\u00e9rent d\u2019une d\u00e9marche qui viserait d\u2019abord \u00e0 enclore, \u00e0 rester enclos dans ce qui, pour ainsi dire, nous est parent. Cette forme de <i>d\u00e9sapparentement<\/i> est tout le contraire de la diff\u00e9rence. La diff\u00e9rence est, dans la plupart des cas, le r\u00e9sultat de la construction d\u2019un d\u00e9sir. Elle est \u00e9galement le r\u00e9sultat d\u2019un travail d\u2019abstraction, de classification, de division et d\u2019exclusion \u2013 un travail du pouvoir qui, par la suite, est internalis\u00e9 et reproduit dans les gestes de la vie de tous les jours y compris par les exclus eux-m\u00eames. Souvent, le d\u00e9sir de diff\u00e9rence \u00e9merge pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 o\u00f9 on vit le plus intens\u00e9ment une exp\u00e9rience d\u2019exclusion. Dans ces conditions, la proclamation de la diff\u00e9rence est le langage renvers\u00e9 du d\u00e9sir de reconnaissance et d\u2019inclusion<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\"><sup>8<\/sup><\/a>.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Habiter l\u2019Ouvert. Tout projet politique repose sur une id\u00e9e de l\u2019habiter. Comment habiter le monde\u00a0? Comment habiter un chez soi vivable\u00a0? Comment habiter nombreux et diff\u00e9rents, comment cohabiter\u00a0? Telle est aussi la question de la culture, cette vieille id\u00e9e latine, aujourd\u2019hui en sursis sinon moribonde dans sa surench\u00e8re m\u00eame, vieille id\u00e9e qui s\u2019applique tout autant et finalement avec la m\u00eame signification \u00e0 la nature (l\u2019agriculture) et au corps. Habiter son corps est une question politique et pas la moindre. Habiter l\u2019ouvert est l\u2019exact contraire d\u2019habiter un identit\u00e9, un mus\u00e9e, un savoir qui croit tenir l\u2019autre dans sa diff\u00e9rence, un corps qui pense pouvoir se prot\u00e9ger ou se prolonger. Habiter l\u2019ouvert n\u2019est rien d\u2019autre que cr\u00e9er, c\u2019est-\u00e0-dire choisir de pr\u00e9f\u00e9rence l\u2019inactuel, l\u2019in\u00e9dit, et m\u00eame l\u2019inhabitable apparemment, ce que j\u2019appellerais une \u2018prise sur le r\u00e9el \u00e0 venir\u2019. Si nous sommes des artistes (avec production d\u2019\u0153uvres ou sans), habitant la seule modalit\u00e9 vivable de l\u2019humain qu\u2019est l\u2019art, alors nous sommes \u00e0 m\u00eame d\u2019anticiper r\u00e9ellement ce que la culture et les cultures ne peuvent consid\u00e9rer qu\u2019apr\u00e8s coup et \u00e0 distance. Nous ne regardons plus dans le r\u00e9troviseur les cultures qui toutes dominent ou se soumettent, s\u2019entre-d\u00e9vorent, s\u2019absorbent poliment, et se perdent dans l\u2019encombrement des identit\u00e9s inutiles. Le geste artistique n\u2019est pas sans m\u00e9moire, mais il est tout entier \u00e0 venir. Il est l\u2019Ouvert, non comme bonne intention ou belle id\u00e9e (laissons cela aux humanistes), mais comme incarnation vivante de l\u2019esprit jusque dans la pesanteur des corps. Il est le seul geste politique cons\u00e9quent.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">J\u00e9r\u00f4me Alexandre <\/span><\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a>Albert Camus, <i>Conf\u00e9rences et discours 1936-1958<\/i>, Gallimard folio 2017, p. 328.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a>Ibid., p. 329.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a>Dont rend compte le livre <i>Ecrits libertaires (1948-1960) Albert Camus et Maurice Joyeux, Louis Lecoin, Gaston Leval\u2026<\/i>, rassembl\u00e9s et pr\u00e9sent\u00e9s par Lou Marin, Indig\u00e8nes \u00e9ditions, Montpellier, 2016, qui reprend l\u2019\u00e9dition de Claire Auzias, Egregores Editions, 2008.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a>Hannah Arendt, <i>La crise de la culture<\/i>, Gallimard Folio\/Essais, 1972, textes originaux de 1954 \u00e0 1968.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a>Domitille Tellier-Barbe, <i>Un monde de l\u2019art inachev\u00e9\u00a0? Institutions et artistes m\u00e9lan\u00e9siens \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du march\u00e9 international (de 1968 \u00e0 nos jours)<\/i>, th\u00e8se dirig\u00e9e par Philippe Dagen (Paris 1), soutenue le 24 septembre 2016.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a>Extrait du \u00ab\u00a0Sch\u00e9ma directeur de la pr\u00e9paration du Centre culturel Jean-Marie Tjibaou\u00a0\u00bb, Noum\u00e9a 1994, m\u00e9dath\u00e8que du centre.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a>Th\u00e9odora Domenech, \u00ab\u00a0Ph\u00e9nom\u00e9nologie et m\u00e9taphysique dans la pens\u00e9e de Max Scheler\u00a0\u00bb, th\u00e8se dirig\u00e9e par Jean-Fran\u00e7ois Lavigne (universit\u00e9 de Montpellier), soutenue en d\u00e9cembre 2018.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a>Achille Mbemb\u00e9, <i>Critique de la raison n\u00e8gre<\/i>, La d\u00e9couverte 2013, p. 262.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Contribution au s\u00e9minaire ETAPE\u00a0du 15 mars 2019\u00a0 par J\u00e9r\u00f4me Alexandre ************ L\u2019incroyable inflation des n\u00e9ologismes et expressions rattach\u00e9s au mot culture dans le parler courant, comme dans les sciences humaines, interroge. 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