{"id":4368,"date":"2019-02-21T19:49:58","date_gmt":"2019-02-21T17:49:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=4368"},"modified":"2019-02-21T19:49:58","modified_gmt":"2019-02-21T17:49:58","slug":"police-et-etat-quel-rapport","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=4368","title":{"rendered":"Police et \u00c9tat\u00a0: quel rapport\u00a0?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\" align=\"CENTER\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><b>Texte discut\u00e9 lors de la s\u00e9ance du s\u00e9minaire ETAPE du 24 f\u00e9vrier 2017<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"CENTER\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><b>Par Fabien Jobard<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\">Pour pr\u00e9parer la s\u00e9ance, je me suis permis de jeter quelques \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9flexion sur le papier concernant \u00c9tat et police, de mani\u00e8re malheureusement trop rapide et impr\u00e9cise. Pour des raisons de clart\u00e9, je pars d\u2019un aphorisme tir\u00e9 d\u2019une autre \u00e9poque, ou en tout cas d\u2019une certaine \u00e9poque, et essaie de tirer quelques fils de r\u00e9flexion. <\/span><\/p>\n<p align=\"CENTER\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i><b>\u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat n\u2019est pas fasciste, mais sa police l\u2019est d\u00e9j\u00e0\u00a0\u00bb.<\/b><\/i><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\">C\u2019est par ces mots que Jean-Paul Sartre, dans <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>La Cause du peuple<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\">, qualifiait les rapports de la police et de l\u2019\u00c9tat. On peut entendre cette affirmation de deux mani\u00e8res. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><b>L\u2019\u00c9tat est le monopole de la force, la police son instrument. <\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\">La premi\u00e8re\u00a0: la police est ce que l\u2019\u00c9tat r\u00e9ussit \u00e0 masquer qu\u2019il est\u00a0; la police est le visage vrai de l\u2019\u00c9tat. L\u2019aphorisme sartrien pr\u00e9sente en effet une tension entre les deux noms \u00ab\u00a0\u00c9tat\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0police\u00a0\u00bb\u00a0: apparemment sur le m\u00eame plan, chacun sujet d\u2019une proposition, les deux termes sont en r\u00e9alit\u00e9 ordonn\u00e9s l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. Nous avons l\u2019\u00c9tat, dans sa pl\u00e9nitude, son autonomie, son auto-suffisance, et nous avons <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>sa <\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\">police, ce en quoi pr\u00e9cis\u00e9ment il y a contradiction\u00a0ou \u00e0 tout le moins tension\u00a0: la partie d\u2019un tout est fasciste, mais le tout ne l\u2019est pas. Lever cette tension passe par l\u2019assignation \u00e0 chacun des deux noms de deux natures diff\u00e9rentes\u00a0: la police est r\u00e9ellement ce qu\u2019elle se donne \u00e0 voir, mais l\u2019\u00c9tat est de nature trompeuse, sa nature r\u00e9elle est celle que la police donne \u00e0 voir. La police d\u2019aujourd\u2019hui annonce l\u2019\u00c9tat de demain. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\">Dans cette acception, la police est l\u2019instrument de l\u2019\u00c9tat, son bras arm\u00e9. L\u2019\u00c9tat peut s\u2019autoriser une certaine pluralit\u00e9 d\u2019expressions (il peut par exemple garantir la pleine et enti\u00e8re libert\u00e9 d\u2019expression), mais il s\u2019efforce dans le m\u00eame temps de masquer que, comme disait Trotski \u00e0 Brest-Litovsk et Max Weber apr\u00e8s lui, il est fond\u00e9 sur la force et r\u00e9alise le monopole de la violence physique. Dans cette acception, r\u00e9fl\u00e9chir au rapport de la police \u00e0 l\u2019\u00c9tat ou de l\u2019\u00c9tat \u00e0 sa police, comme dit Sartre, c\u2019est mettre \u00e0 la lumi\u00e8re l\u2019\u00c9tat en sa qualit\u00e9 de d\u00e9tenteur exclusif de la force, qualit\u00e9 qui lui conf\u00e8re l\u2019assise sur laquelle il peut (se) permettre \u00e0 ses assujettis la jouissance d\u2019un certain nombre de libert\u00e9s, sauf celle de remettre en cause sa pr\u00e9tention au monopole de la violence physique. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\">Si elle devait \u00eatre ainsi interpr\u00e9t\u00e9e, l\u2019affirmation de Jean-Paul Sartre confierait aux militants anti-fascistes la t\u00e2che de combattre la police, ou le fascisme dans la police, pour mieux combattre, ou abattre, l\u2019\u00c9tat. Le caract\u00e8re de subordination de la police \u00e0 l\u2019\u00c9tat implique que la police n\u2019est pas la cible d\u2019un combat politique, mais seulement l\u2019\u00c9tat derri\u00e8re elle, cet \u00c9tat d\u2019autant plus confortablement lib\u00e9ral qu\u2019il laisse en son sein se d\u00e9velopper une police dont la vraie nature est celle d\u2019\u00eatre fasciste. Le Pr\u00e9sident Fran\u00e7ois Hollande ne s\u2019y est pas tromp\u00e9\u00a0qui apr\u00e8s divers \u00e9pisodes d\u2019affrontements avec les policiers (cons\u00e9cutifs \u00e0 la mort de R\u00e9mi Fraisse le 26 octobre 2014 ou \u00e0 l\u2019interdiction de la COP21), il d\u00e9clarait dans <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>Le Monde<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"> que ces manifestations politiques n\u2019avaient pas pour ambition de peser sur le pouvoir et d\u2019infl\u00e9chir voire de d\u00e9terminer des politiques publiques mais de d\u00e9truire l\u2019\u00c9tat. L\u2019inqui\u00e9tude \u00e9tait reprise par Bernard Cazeneuve, alors ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, dans un \u00e9trange entretien au quotidien <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>Lib\u00e9ration<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\">, la veille des attentats du 13 novembre, dans laquelle il annon\u00e7ait son intention de modifier le r\u00e9gime de l\u2019usage des armes \u00e0 feu par les policiers (je le souligne\u00a0: avant les attentats de novembre) et disait sa d\u00e9sapprobation de lire l\u2019hypoth\u00e8se de la consubstantialit\u00e9 de la police et de la violence. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\">Deux remarques de nature th\u00e9orique sur l\u2019\u00c9tat et la force, l\u2019\u00c9tat et la police. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\">&#8211; La premi\u00e8re consiste \u00e0 revenir au texte de Weber sur le <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>Gewaltmonopol<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\">. Max Weber ne parle pas du monopole de la violence physique, mais du monopole de la violence physique l\u00e9gitime et toute une tradition d\u2019interpr\u00e9tation aujourd\u2019hui (en France Catherine Colliot-Th\u00e9l\u00e8ne) estime que ce groupe nominal (violence physique l\u00e9gitime, <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>das <\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>Monopol<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i> legitimer <\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>physischer<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i> Gewaltsamkeit<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\">) d\u00e9signe en quelque sorte rien d\u2019autre que le droit ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment le pouvoir normatif. Si la violence est l\u00e9gitime, alors ce monopole est le monopole d\u2019\u00e9dicter les normes et de disposer des institutions qui les font respecter en toutes circonstances (\u00ab\u00a0force reste \u00e0 la loi\u00a0\u00bb). Ce n\u2019est donc pas seulement la police qui est en jeu ici, mais la normativit\u00e9 \u00e9tatique. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\">&#8211; La seconde est offerte par les cours de Pierre Bourdieu au coll\u00e8ge de France sur l\u2019\u00c9tat, qui ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s il y a quelques ann\u00e9es (<\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>Sur l\u2019\u00c9tat. Cours au Coll\u00e8ge de France (1989-1992)<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\">, Raisons d\u2019agir\/Seuil, 2012). Pour Bourdieu, \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat n\u2019est pas un simple instrument de coercition, mais un instrument de production et de reproduction du consensus\u00a0\u00bb (p. 232). Et d\u00e8s le premier cours, Bourdieu met Weber sur ses pieds, comme d\u2019autres avant lui Marx, comme un autre avant eux Hegel. Il dit ceci\u00a0: \u00ab\u00a0Si je devais donner une d\u00e9finition provisoire de ce que l\u2019on appelle \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb, je dirais que le secteur du champ du pouvoir, qu\u2019on peut appeler \u00ab\u00a0champ administratif\u00a0\u00bb ou \u00a0\u00bb \u2018champ de la fonction publique\u00a0\u00bb, ce secteur auquel on pense particuli\u00e8rement quand on parle d\u2019\u00c9tat sans plus de pr\u00e9cision, se d\u00e9finit par la possession du monopole de la violence physique et symbolique l\u00e9gitime. J\u2019ai fait, il y a d\u00e9j\u00e0 plusieurs ann\u00e9es, une addition \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre d\u00e9finition de Max Weber qui d\u00e9finit l\u2019\u00c9tat comme le \u00ab\u00a0monopole de la violence l\u00e9gitime\u00a0\u00bb, que je corrige en ajoutant\u00a0: \u00ab\u00a0monopole de la violence physique <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>et symbolique<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\">\u00a0\u00bb\u00a0; on pourrait m\u00eame dire\u00a0: \u00ab\u00a0monopole de la violence symbolique l\u00e9gitime\u00a0\u00bb, dans la mesure o\u00f9 le monopole de la violence symbolique est la condition de la possession de l\u2019exercice du monopole de la violence physique elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb (p. 14). Il faut insister ici\u00a0: chez Bourdieu, la violence symbolique est la condition n\u00e9cessaire de f\u00e9licit\u00e9 de la violence physique. On pourrait prolonger en disant que, au fond, un \u00c9tat policier est un \u00c9tat priv\u00e9, pr\u00e9cis\u00e9ment, de toute l\u00e9gitimit\u00e9 et confi\u00e9 \u00e0 la police. C\u2019est sous le rapport de ce qui nous int\u00e9resse aujourd\u2019hui la forme la plus simple d\u2019\u00c9tat, mais c\u2019est aussi une forme d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e d\u2019\u00c9tat. Car l\u2019\u00c9tat, nous dit Bourdieu, suppose le consentement \u00e0 la domination. Il faudra y revenir. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><b>L\u2019autonomie relative de la police <\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\">La seconde acception de l\u2019aphorisme sartrien sur l\u2019\u00c9tat et sa police prendrait le contre-pied de la premi\u00e8re. Elle lit deux propositions distinctes et met un voile sur le possessif de \u00ab\u00a0police\u00a0\u00bb. L\u2019\u00c9tat n\u2019est pas fasciste\u00a0; la police est fasciste. Selon cette lecture, qui fait injure \u00e0 la grammaire mais pas forc\u00e9ment \u00e0 l\u2019intention de l\u2019auteur, la police est une institution qui jouit d\u2019une autonomie certaine \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019\u00c9tat. Certes, elle est <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>sa <\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\">police, mais a su conqu\u00e9rir une ind\u00e9pendance telle que le pronom possessif ne rend plus compte que d\u2019un lien formel. Cette piste est prometteuse, mais particuli\u00e8rement complexe. Une remarque pr\u00e9alable toutefois\u00a0: elle a pour effet d\u2019autonomiser l\u2019action militante. Combattre la police fasciste devient une lutte en soi, dot\u00e9e de sa raison et de ses limites. Il s\u2019agit de prendre la police comme objet de lutte pour circonscrire la menace fasciste sur un terrain\/terreau bien d\u00e9limit\u00e9. Un des effets secondaires de cette disposition est bien s\u00fbr une autonomie sym\u00e9trique\/mim\u00e9tique de la lutte\u00a0: la police devient un objet en soi, elle appelle des techniques propres de lutte, une division et une sp\u00e9cialisation de la lutte, et l\u2019\u00e9ventuel cort\u00e8ge de militarisation des organisations militantes qui va avec. Le prix \u00e0 payer, peut-\u00eatre, face \u00e0 l\u2019autonomie relative de la police. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\">La complexit\u00e9 de la proposition na\u00eet encore de ce foutu possessif \u00ab\u00a0sa\u00a0\u00bb, qui sugg\u00e8re l\u2019unit\u00e9 de la police (\u00ab\u00a0de sa\u00a0\u00bb = \u00ab\u00a0de la sienne police\u00a0\u00bb). L\u2019\u00c9tat d\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019institution polici\u00e8re fasciste de l\u2019autre. Pr\u00eater une unit\u00e9 \u00e0 la police est une op\u00e9ration quelque peu audacieuse, pour des raisons organisationnelles \u00e9videntes\u00a0: la police r\u00e9unit des corps de m\u00e9tier qui dans une large mesure sont tr\u00e8s diff\u00e9rents les uns des autres. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>Une institution, trois organisations <\/i><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\">On peut distinguer la police du Prince, celle cens\u00e9e ob\u00e9ir au doigt et \u00e0 l\u2019\u0153il au titulaire du pouvoir, au gouvernement, qui est la police du maintien de l\u2019ordre (CRS, Gendarmes mobiles et tout policier plac\u00e9 sous l\u2019autorit\u00e9 du pr\u00e9fet \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un maintien de l\u2019ordre \u2013 y compris, donc, normalement, les policiers en civil dans et autour des manifestations)\u00a0; la police du quotidien, qui est le gros des forces de police (trois quarts voire quatre cinqui\u00e8me des effectifs) et qui assure une telle pluralit\u00e9 de missions qu\u2019un coll\u00e8gue canadien aujourd\u2019hui d\u00e9c\u00e9d\u00e9, Jean-Paul Brodeur, disait que ce qui d\u00e9finit le policier, ce n\u2019est pas qu\u2019il emploie la force, mais qu\u2019il est \u00ab\u00a0bon \u00e0 tout faire\u00a0\u00bb (ind\u00e9termination des t\u00e2ches)\u00a0; la police de l\u2019information, selon la typologie que Jacques de Maillard et moi avons propos\u00e9 dans <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>Sociologie de la police<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"> (Paris, Armand Colin, 2015), qui est une police qui cherche \u00e0 savoir ce qui s\u2019est pass\u00e9 (police judiciaire ou police criminelle, comme on dit en Allemagne ou en Angleterre) ou ce qui se passera (<\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>intelligence <\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\">comme on dit en anglais, renseignement comme on dit en fran\u00e7ais). Je pose le d\u00e9cor organisationnel, mais je signale d\u2019embl\u00e9e qu\u2019affirmer \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat n\u2019est pas fasciste, mais la police de maintien de l\u2019ordre l\u2019est d\u00e9j\u00e0\u00a0\u00bb exacerbe la tension mentionn\u00e9e plus haut puisqu\u2019il s\u2019agit ici de la police particuli\u00e8re qui est celle du Prince\u2026 La tension d\u00e9bouche sur une contradiction intenable. \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat n\u2019est pas fasciste mais sa police de l\u2019information l\u2019est d\u00e9j\u00e0\u00a0\u00bb est moins \u00e9vident qu\u2019il n\u2019y para\u00eet\u00a0: on voit mal comment une police judiciaire serait fasciste et m\u00eame si l\u2019on sait combien l\u2019information est cruciale dans les r\u00e9gimes autoritaires, je ne suis pas d\u2019accord pour affirmer que le fascisme consiste seulement en la surveillance (mes amis allemands ne partagent pas cette opinion\u2026)\u00a0: l\u2019\u00c9tat autoritaire, c\u2019est la surveillance + la violence. \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat n\u2019est pas fasciste, mais sa police du quotidien l\u2019est d\u00e9j\u00e0\u00a0\u00bb est une affirmation un peu curieuse, mais \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat n\u2019est pas fasciste, mais sa police dans les quartiers l\u2019est d\u00e9j\u00e0\u00a0\u00bb donne quelque gage de cr\u00e9dibilit\u00e9, ce qui appelle plusieurs remarques. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>La police comme pure instrumentalit\u00e9\u00a0: le maintien de l\u2019ordre <\/i><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\">La premi\u00e8re est celle-ci\u00a0: la question de la consubstantialit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et de la police (<\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>sa<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"> police) ou au contraire de la distinction entre \u00c9tat et institution polici\u00e8re se pose diff\u00e9remment selon les circonstances d\u2019emploi voire les sous-organisations polici\u00e8res. Si dans l\u2019imaginaire collectif, notamment dans l\u2019imaginaire militant, le CRS est l\u2019incarnation d\u2019une police autoritaire, il faut convenir que le CRS est le policier qui a pour sp\u00e9cificit\u00e9 de jouir d\u2019une libert\u00e9 d\u2019action r\u00e9duite au strict minimum \u2013 et encore\u00a0: la question de la l\u00e9gitime d\u00e9fense du policier en maintien de l\u2019ordre est une question disput\u00e9e. Les \u00e9pisodes durant lesquels des policiers assistent au tabassage de lyc\u00e9ens par d\u2019autres jeunes au cours de diverses manifestations (projet Lang en 1999, projet Fillon en 2005, CPE en 2006\u2026) illustre cette difficult\u00e9. Le CRS est l\u2019incarnation de l\u2019\u00c9tat en ce que l\u2019\u00c9tat est d\u00e9fini par la force et ne dit pas grand-chose de la police, pure instrument. Au contraire, en police-secours ou police quotidienne, l\u2019autonomie des agents et surtout des multiples brigades qui forment la police est consid\u00e9rable, et si une vraie nature de la police devrait s\u2019exprimer, ce serait sur ce terrain. Mais alors l\u2019\u00c9tat ne serait plus imm\u00e9diatement en cause\u00a0: pour le coup, la police pourrait \u00eatre d\u2019une nature particuli\u00e8re, l\u2019\u00c9tat d\u2019une autre. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>La police et les policiers <\/i><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\">Un exemple\u00a0: l\u2019affaire Th\u00e9o. Lorsque le policier torture un jeune homme sur la voie publique, par p\u00e9n\u00e9tration anale au moyen de sa matraque t\u00e9lescopique, qui agit\u00a0? L\u2019\u00c9tat\u00a0? Le policier\u00a0? La police\u00a0? La brigade \u00e0 laquelle le policier appartient\u00a0? La police d\u2019Aulnay-sous-Bois\u00a0? On voit l\u2019avantage \u00e0 mettre en cause le policier individuel comme l\u2019ont fait les politiques, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique en t\u00eate\u00a0: la police est une institution aim\u00e9e des Fran\u00e7ais, il ne faut pas qu\u2019elle soit salie par tel ou tel agent individuel. Cette position exprime la doctrine du fruit pourri ou du <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>rotten apple<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"> aux USA, par laquelle l\u2019institution polici\u00e8re se d\u00e9fait de toute responsabilit\u00e9. La pluralit\u00e9 polici\u00e8re est alors un moyen de soustraire l\u2019institution \u00e0 la responsabilit\u00e9. Bien s\u00fbr, l\u2019acte du policier est imputable \u00e0 d\u2019autres facteurs qu\u2019\u00e0 sa seule volont\u00e9 libre, et notamment aux facteurs qui ont permis la cr\u00e9ation des BST (brigades sp\u00e9cialis\u00e9es de terrain) en 2010, isolats virilistes au sein d\u2019une institution polici\u00e8re plus large et plus diversifi\u00e9e. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>La ville et l\u2019\u00c9tat<\/i><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\">Deuxi\u00e8me remarque sur l\u2019autonomie de la police par rapport \u00e0 l\u2019\u00c9tat. On qualifie souvent, notamment en France, la police d\u2019institution \u00ab\u00a0r\u00e9galienne\u00a0\u00bb. Mais cette qualification est en r\u00e9alit\u00e9 une d\u00e9formation id\u00e9ologique jacobine (on dit aujourd\u2019hui\u00a0: \u00ab\u00a0r\u00e9publicaine\u00a0\u00bb). Car la police est une institution non pas \u00e9tatique (comme l\u2019est la justice), mais urbaine. Ce sont les villes qui se sont dot\u00e9es de polices, non pas les \u00c9tats. Dans certains pays comme l\u2019Angleterre, les \u00e9lites bourgeoises se sont m\u00eame d\u00e9fendues de toute force pour contrer tout projet de cr\u00e9ation de forces de police centrales et ont tenu \u00e0 garder leurs pr\u00e9rogatives en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9. C\u2019est que, en effet, la police n\u2019a pas pour premier objet la d\u00e9fense de l\u2019\u00c9tat, mais la d\u00e9fense de l\u2019ordre public, c\u2019est \u00e0 dire du bon ordre, des bonnes m\u0153urs et de la tranquillit\u00e9 publique. L\u2019ordre public est-il un ordre \u00e9tatique\u00a0? C\u2019est contestable. L\u2019un des premiers sociologues de la police, qui est aussi l\u2019un des p\u00e8res de la sociologie de la question raciale, Michael Banton, avait montr\u00e9, en comparant les polices d\u2019Ecosse et des \u00c9tats-Unis, que les styles de police sont extr\u00eamement diff\u00e9rents d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre, et d\u2019une ville \u00e0 l\u2019autre. D\u2019autres apr\u00e8s lui, comme David Bayley de pays \u00e0 pays ou James Q. Wilson de ville am\u00e9ricaine en ville am\u00e9ricaine, ont montr\u00e9 que la police refl\u00e8te dans sa pratique m\u00eame moins l\u2019\u00c9tat que la population locale ou, pour \u00eatre pr\u00e9cis, et cette pr\u00e9cision fait une diff\u00e9rence consid\u00e9rable\u00a0: la pratique polici\u00e8re refl\u00e8te l\u2019attente des \u00e9lites urbaines locales. L\u2019exacerbation de cet \u00e9tat de fait est offerte par la situation dans laquelle un \u00c9tat central (l\u2019\u00c9tat am\u00e9ricain \u00e0 Washington) aspire \u00e0 civiliser ses polices les plus violentes et les plus racistes, comme les polices des comt\u00e9s des \u00c9tats du sud des USA, et \u00e9choue. Dans cette perspective, la police est une institution locale, ancr\u00e9e dans les rapports de forces locaux, plus qu\u2019elle est une \u00e9manation de l\u2019\u00c9tat central. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>L\u2019ordre social<\/i><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\">Dans cette perspective, la police est une institution sociale plus qu\u2019une institution politique. \u00ab\u00a0Social\u00a0\u00bb serait ici entendu en deux sens\u00a0: la police est une institution sise sur la fronti\u00e8re entre les classes sociales et contribue \u00e0 conserver les rapports de classe au sein des villes, elle est une institution qui rel\u00e8ve de la lutte des classes plus que de l\u2019ordre politique\u00a0; la police est une institution ancr\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9 ou \u00e0 tout le moins dans sa soci\u00e9t\u00e9 locale, institution urbaine et institution de l\u2019urbain par excellence, entretenant \u00e0 l\u2019\u00c9tat un rapport soit tr\u00e8s sp\u00e9cialis\u00e9 (la police du maintien de l\u2019ordre), soit de pure fonctionnalit\u00e9 (les policiers sont en France des agents de l\u2019\u00c9tat \u2013 mais ils sont en Allemagne des agents du Land, aux USA des agents municipaux). Regardons ainsi la forme que prend l\u2019installation du \u00ab\u00a0gardien de la paix\u00a0\u00bb, la police de Napol\u00e9on III, \u00e0 Belleville dans les ann\u00e9es 1860\u00a0: \u00ab\u00a0Les agents prennent leurs repas chez un restaurateur, jouent aux cartes avec les habitu\u00e9s, participent aux micro-r\u00e9seaux de cr\u00e9dit. Beaucoup pratiquent \u00e9galement une polyactivit\u00e9 (confection de sacs, de bijoux&#8230;), mobilisant alors un autre type d\u2019identit\u00e9 sociale [\u2026]. Il semble qu\u2019ils se marient assez facilement dans le quartier, manifestant alors leur pleine int\u00e9gration. Constamment d\u00e9finis comme policiers, ils sont donc en m\u00eame temps des personnages fronti\u00e8res\u00a0\u00bb (Quentin Deluermoz, \u00ab\u00a0Pr\u00e9sence d\u2019\u00c9tat. Police et soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 Paris (1854-1880)\u00a0\u00bb,\u00a0 <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>Annales<\/i><\/span> <span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>HSS<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\">, 2009\/2, vol. 64, p. 451, <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-annales-2009-2-page-435.htm\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-annales-2009-2-page-435.htm<\/a>). Les agents baignent dans la soci\u00e9t\u00e9, tout en se maintenant du bon c\u00f4t\u00e9 des barri\u00e8res sociales. L\u2019\u00c9tat est loin de leurs pr\u00e9occupations, mais la demande sociale locale leur est proche. En ce sens, la police gouverne bien par le consentement pr\u00e9alable des habitants, comme le souligne Pierre Bourdieu, tout en sachant que d\u2019autres m\u00e9canismes (\u00e9conomiques et scolaires, notamment, migratoires aussi) perp\u00e9tuent les in\u00e9galit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la notabilit\u00e9 urbaine, les in\u00e9galit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s au pouvoir dans la ville. La police, en ce sens, est un agent qui renforce et perp\u00e9tue la conservation sociale. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>L\u2019ordre public<\/i><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\">Troisi\u00e8me remarque\u00a0: les policiers sont des agents de l\u2019espace public, de la voie publique. Soit l\u2019espace priv\u00e9 leur est soustrait (on pense ici notamment \u00e0 la d\u00e9linquance \u00e9conomique et financi\u00e8re, la seule qui soit \u00e0 m\u00eame peut-\u00eatre d\u2019\u00e9branler les structures de l\u2019\u00c9tat), soit ils r\u00e9pugnent \u00e0 y entrer (on pense ici aux violences intra-familiales, notamment violences entre \u00e9poux). Sur la voie publique, les policiers exercent une mission constante\u00a0: assurer la tranquille circulation des personnes et des biens (de la Mar\u00e9chauss\u00e9e, institu\u00e9e pour prot\u00e9ger les voies commerciales, \u00e0 la police de la route, la seule qui confronte v\u00e9ritablement le policier \u00e0 la bourgeoisie \u2013 haute bourgeoisie, \u00e0 l\u2019introduction du Code de la route, toutes classes sociales avec la massification du v\u00e9hicule individuel), faire respecter le partage entre nuit et jour (le tapage est une pr\u00e9occupation constante, de m\u00eame que tout ce qui rel\u00e8ve de la police des d\u00e9bits de boisson), l\u2019urbanit\u00e9 (la d\u00e9cence publique, les bonnes m\u0153urs, l\u2019alcool et les stup\u00e9fiants) et enfin le respect de l\u2019ordre territorial local (la cit\u00e9\/le centre-ville\u00a0; la banlieue\/la ville-centre). A la police \u00e9choit de marquer et rappeler les s\u00e9parations entre groupes sociaux et leur bon ordonnancement dans l\u2019espace urbain, comme les montrent les strat\u00e9gies des contr\u00f4les d\u2019identit\u00e9 dits \u00ab\u00a0pr\u00e9ventifs\u00a0\u00bb et leurs effets (les jeunes banlieusards, peu importe leur couleur de peau, sont contr\u00f4l\u00e9s lorsqu\u2019ils franchissent les limites de leur ville). En ce sens, la police est l\u2019institution en charge de l\u2019ordre public, qui est avant tout un ordre urbain, ainsi social, sexuel et racial. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\">Cet ordre que la police prot\u00e8ge est-il l\u2019ordre \u00e9tatique\u00a0? Quel lien entretient l\u2019ordre public \u00e0 l\u2019\u00c9tat\u00a0? Notre vue fran\u00e7aise de l\u2019ordre politique, jacobine et autoritariste, impute au pouvoir \u00e9tatique beaucoup de ce qui rel\u00e8ve en r\u00e9alit\u00e9 de la <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>polis <\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\">locale. La police dans nos cit\u00e9s europ\u00e9ennes est l\u2019h\u00e9riti\u00e8re de la milice bourgeoise (le <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>posse <\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\">anglais) et est institu\u00e9e avant tout \u00e0 l\u2019avantage des titulaires du pouvoir local et de leurs soutiens (les commer\u00e7ants, les notables, les \u00e9lecteurs de centre-ville). Si l\u2019\u00c9tat est le d\u00e9tenteur du monopole de la violence symbolique, celle-ci est assise sur tout un ensemble de m\u00e9canismes qui \u00e9loignent diverses cat\u00e9gories du pouvoir urbain. Le consentement sur lequel repose la police est celui des cat\u00e9gories qui ont tout \u00e0 gagner de l\u2019\u00e9dification de l\u2019ordre urbain ou de l\u2019ordre public tel qu\u2019il se pr\u00e9sente aujourd\u2019hui\u00a0: une r\u00e9partition spatiale bien ordonn\u00e9e des richesses et des patrimoines, une appropriation de l\u2019expression \u00e9lectorale par les titulaires des capitaux \u00e9conomiques et scolaires, le maintien des exclus \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie des villes ou dans certains quartiers particuliers, le respect des convenances et des assignations dans les usages des espaces publics. Utile en ce sens \u00e0 la conservation de l\u2019emprise de l\u2019\u00c9tat sur les existences quotidiennes, la police n\u2019en est pas, et de loin, l\u2019instrument essentiel. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><b>Fabien Jobard<\/b><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"> est directeur de recherches au CNRS en science politique\u00a0; auteur notamment, avec Jacques de Maillard,<\/span><b> <\/b><span style=\"font-family: Arial, serif;\">de <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>Sociologie de la police. Politiques, Organisations, r\u00e9formes<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"> (Armand Colin, 2015) et il a coordonn\u00e9, avec J\u00e9r\u00e9mie Gauthier, le livre collectif <\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"><i>Police\u00a0: questions sensibles<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, serif;\"> (PUF, collection \u00ab\u00a0La Vie des id\u00e9es\u00a0\u00bb, 2018)<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte discut\u00e9 lors de la s\u00e9ance du s\u00e9minaire ETAPE du 24 f\u00e9vrier 2017 Par Fabien Jobard Pour pr\u00e9parer la s\u00e9ance, je me suis permis de jeter quelques \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9flexion sur le papier concernant \u00c9tat et &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":4365,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[28],"tags":[],"class_list":["post-4368","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-analyses"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/bovo.png?fit=300%2C240&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pc9uqr-18s","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4368","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4368"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4368\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4369,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4368\/revisions\/4369"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4365"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4368"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4368"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4368"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}