{"id":4191,"date":"2019-02-04T18:23:04","date_gmt":"2019-02-04T16:23:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=4191"},"modified":"2019-02-07T20:45:19","modified_gmt":"2019-02-07T18:45:19","slug":"art-spiritualite-enjeux-libertaires-de-jerome-alexandre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=4191","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0art, spiritualit\u00e9, enjeux libertaires\u00a0\u00bb de J\u00e9r\u00f4me Alexandre"},"content":{"rendered":"<h4 lang=\"fr-FR\" style=\"text-align: center;\" align=\"JUSTIFY\"><strong>Texte pr\u00e9sent\u00e9 au s\u00e9minaire ETAPE le 29 juin 2018.<\/strong><\/h4>\n<p lang=\"fr-FR\" style=\"text-align: center;\" align=\"JUSTIFY\">*****<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>La corr\u00e9lation entre art, spiritualit\u00e9 et politique va de soi quand on saisit l\u2019art et la spiritualit\u00e9 comme actes relevant du plus vif de la relation \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. La politique \u00e9tant ce qui r\u00e9git la possibilit\u00e9 d\u2019une juste r\u00e9ciprocit\u00e9 de la relation du soi-m\u00eame aux autres, l\u2019expression artistique et l\u2019expression spirituelle en sont un stimulant essentiel. Seule la conception libertaire de la culture et de la politique, en ce qu\u2019elle porte l\u2019inconnu de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 au c\u0153ur de ce qui la mobilise, serait \u00e0 m\u00eame de le montrer.<\/i><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Trop souvent la r\u00e9flexion politique, par\u00e9e du concept vertueux de \u00ab\u00a0science\u00a0\u00bb, m\u00e9conna\u00eet le pr\u00e9suppos\u00e9 qui la motive. Ce pr\u00e9suppos\u00e9 n\u2019est pas interrog\u00e9 car il est consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant la d\u00e9finition m\u00eame du politique, \u00e0 savoir ce qui concerne la vie collective, ce qui l\u2019organise, par opposition au domaine strictement priv\u00e9. Si la fonction premi\u00e8re de la \u00ab\u00a0science politique\u00a0\u00bb est pr\u00e9cis\u00e9ment de veiller \u00e0 la bonne articulation du priv\u00e9 et du public, ou encore de l\u2019individuel et du commun, c\u2019est sur un a priori de diff\u00e9rentiation stricte du commun et de l\u2019individuel que tout repose. L\u2019individu peut certes vouloir \u00eatre respect\u00e9, prot\u00e9g\u00e9, et m\u00eame servi par le commun, mais dans tous les cas, l\u2019individualit\u00e9 de l\u2019individu n\u2019int\u00e9resse pas la science politique.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Liberation Serif, Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">En raison du m\u00eame pr\u00e9suppos\u00e9 non vu, la politique est aussi ce qui tente de penser le commun en termes d\u2019objectivit\u00e9, celle-ci marquant la garantie de la stabilit\u00e9, de la paix sociale. Ce qui est objectif, c\u2019est la reconnaissance partag\u00e9e du m\u00eame objet comme valant au-del\u00e0 de l\u2019accord des subjectivit\u00e9s. L\u2019objectivit\u00e9 s\u2019impose par elle-m\u00eame, comme si ceux qui en d\u00e9cident abandonnaient leur droit d\u2019en d\u00e9cider autrement ou \u00e0 nouveau. L\u2019objectivit\u00e9 est en somme un gouvernement de droit divin. Elle fait autorit\u00e9 au-del\u00e0 de ceux qui en d\u00e9cident. Elle r\u00e9v\u00e8le comme tomb\u00e9e du ciel de la v\u00e9rit\u00e9 l\u2019intangibilit\u00e9 de tel ou tel ordre social plus qu\u2019elle ne le garantit. Quand un individu ne comprend pas spontan\u00e9ment l\u2019ordre collectif, on le lui apprend, et c\u2019est tout le travail de l\u2019\u00e9ducation publique. Quand un individu ne se souvient pas ou ne veut plus se souvenir de l\u2019ordre qu\u2019il est pourtant sens\u00e9 avoir appris \u00e0 reconna\u00eetre, l\u2019objectivit\u00e9 se charge de le lui rappeler, au besoin en le punissant, en le tenant pour d\u00e9faillant, en lui imposant de se soigner. En France, une centaine de millier de personnes sont intern\u00e9es en h\u00f4pital psychiatrique sans leur consentement. Beaucoup souhaitent sortir. Les juges des libert\u00e9s n\u2019accordent que peu de lib\u00e9rations (comme l\u2019a document\u00e9 le r\u00e9cent film de Raymond Depardon, <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>12 jours<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">)<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ce fonctionnement insidieux de l\u2019autorit\u00e9 publique qui finalement d\u00e9poss\u00e8de l\u2019individu de sa souverainet\u00e9 au nom du bien objectif (pour lequel toujours le bien de chacun est align\u00e9 sur l\u2019id\u00e9e du bien de tous), laisse le domaine priv\u00e9 hors de port\u00e9e du politique, mais en le cantonnant dans un espace \u00e9videmment tr\u00e8s limit\u00e9. Il est le fait de toutes les th\u00e9ories politiques au caract\u00e8re id\u00e9ologique marqu\u00e9. Le terme \u00ab\u00a0id\u00e9ologie\u00a0\u00bb exprime pr\u00e9cis\u00e9ment le primat de l\u2019objectivit\u00e9 appr\u00e9hend\u00e9e comme telle, port\u00e9e par la logique de l\u2019id\u00e9e, sur les subjectivit\u00e9s. Id\u00e9ologique veut dire n\u00e9cessairement domination de l\u2019id\u00e9e sur la r\u00e9alit\u00e9, qu\u2019il s\u2019agisse en politique du lib\u00e9ralisme ou des formes nombreuses de socialisme \u00e9tatique.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Liberation Serif, Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Bien qu\u2019il puisse \u00eatre lui aussi id\u00e9ologique, c\u2019est-\u00e0-dire ne pas \u00e9chapper \u00e0 l\u2019impens\u00e9 de sa propre autorit\u00e9, l\u2019anarchisme semble \u00eatre l\u2019une des rares propositions politiques \u00e0 prendre en charge comme question ouverte et non comme r\u00e9ponse id\u00e9ologis\u00e9e la distinction du commun et de l\u2019individuel. D\u00e8s l\u2019origine, dans une pens\u00e9e comme celle de P-J. Proudhon, le souci du bien commun et du bien individuel ne se traduit pas en termes de distinction et de r\u00e8gles de cohabitation d\u2019un espace public et d\u2019un espace priv\u00e9, chacun se d\u00e9finissant par sa d\u00e9marcation ontologique avec l\u2019autre. La question politique de Proudhon n\u2019est pas comment le commun pr\u00e9serve l\u2019individuel et r\u00e9ciproquement, mais comment le bien de l\u2019un est dans un rapport naturel au bien de l\u2019autre. C\u2019est par exemple tout le sens de la diff\u00e9rence entre la propri\u00e9t\u00e9 et la possession ou l\u2019usage. La premi\u00e8re tient pour unique et absolu le droit pour l\u2019individu de disposer de la chose, il produit ce faisant une \u00ab\u00a0abstraction, une m\u00e9taphore, une fiction<\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\">1<\/a><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">\u00a0\u00bb, tandis que la seconde diversifie et relativise ce droit en montrant qu\u2019il suppose d\u2019embl\u00e9e une relation de l\u2019acte individuel de disposer au reste de la soci\u00e9t\u00e9. Quand Proudhon dit de la propri\u00e9t\u00e9 qu\u2019elle est une fiction, il pointe l\u2019arbitraire id\u00e9ologique, l\u2019autorit\u00e9 d\u2019une abstraction, qui pr\u00e9vaut dans ce suppos\u00e9 droit. Il fonde en revanche sa r\u00e9flexion sur le sens de la possession en partant de l\u2019observation de la r\u00e9alit\u00e9. La nature subsiste dans l\u2019usage et s\u2019y laisse voir\u00a0; elle est visiblement contredite quand s\u2019applique un droit fictif. La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la nature, en d\u00e9pit de son caract\u00e8re dat\u00e9, est plus int\u00e9ressante qu\u2019il n\u2019y para\u00eet (on a tort de l\u2019opposer \u00e0 la culture). Elle dit cette fois l\u2019autorit\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9, sa primaut\u00e9 sur l\u2019id\u00e9e.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">En centrant la r\u00e9flexion sur le pr\u00e9suppos\u00e9 impens\u00e9 du politique qu\u2019est sa d\u00e9limitation \u00e0 l\u2019espace collectif, dans l\u2019indiff\u00e9rence port\u00e9e aux affaires de l\u2019intimit\u00e9 individuelle, et en interrogeant par cette approche la conception libertaire, nous allons voir assez facilement appara\u00eetre deux terrains particuliers, o\u00f9 elle peut \u00e9prouver sa pertinence\u00a0: 1) le terrain artistique, celui de la cr\u00e9ation d\u2019objets \u00e0 la fois inutiles et pourtant omnipr\u00e9sents dans la vie sociale\u00a0; 2) le terrain spirituel ou religieux, exercice proprement individuel, dont l\u2019expression cependant est largement collective. Ces deux sujets seront vus successivement, pour la clart\u00e9 de l\u2019expos\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, ils se rejoignent, ce dont rendra compte l\u2019examen d\u2019un troisi\u00e8me sujet dont on pourrait penser qu\u2019il n\u2019est que collectif\u00a0: la culture, les cultures. Si quelque chose se joue entre le singulier qu\u2019est telle culture et le pluriel, la diversit\u00e9 et la coexistence des cultures, alors c\u2019est que le concept de culture, \u00e9claire lui aussi la probl\u00e9matique unique de notre r\u00e9flexion pr\u00e9sente.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Liberation Serif, Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">On fera droit ici au programme paradoxal du \u00a7 89 des <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Recherches philosophiques <\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">de Ludwig Wittgenstein\u00a0: \u00ab\u00a0Ce que nous voulons <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>comprendre<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> est quelque chose de d\u00e9j\u00e0 pleinement manifeste<\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\">2<\/a><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">.\u00a0\u00bb La question se pose \u00e0 lui de savoir comment quelque chose de pleinement manifeste peut demeurer ou devenir un motif de compr\u00e9hension. Pour illustrer cette contradiction, il reprend l\u2019interrogation c\u00e9l\u00e8bre de saint Augustin qui \u00e9crit \u00e0 propos du temps\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce donc que le temps\u00a0? Si personne ne me le demande, je le sais\u00a0; mais si je veux l\u2019expliquer \u00e0 qui me le demande, je ne le sais pas<\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\">3<\/a><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">.\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Mon hypoth\u00e8se est que les arts, les spiritualit\u00e9s, les cultures sont de l\u2019ordre du \u00ab\u00a0pleinement manifeste\u00a0\u00bb. Ils rel\u00e8vent du spontan\u00e9 et du plus intime des soci\u00e9t\u00e9s humaines, et n\u2019ont pas \u00e0 s\u2019en expliquer. Leur force tient \u00e0 ce que nous ne savons ni ce qu\u2019ils sont ni o\u00f9 ils vont. Ils sont pour cette raison des lieux privil\u00e9gi\u00e9s o\u00f9 devrait s\u2019interroger la politique pour y trouver les ressorts de ses jugements et de ses propositions. A partir de cette hypoth\u00e8se je d\u00e9duis, d\u2019une mani\u00e8re simplement logique, que seule la voie libertaire peut r\u00e9ellement satisfaire le bien politique, sans lequel d\u2019ailleurs les arts, les spiritualit\u00e9s, les cultures ne peuvent manifester que l\u2019angoisse de leur asphyxie.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>Arts<\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les pratiques artistiques, cela va de soi, rel\u00e8vent \u00e0 la fois de l\u2019individuel et du commun. De l\u2019individuel, puisqu\u2019elles sont l\u2019expression de chaque individu qui entre dans la d\u00e9marche artistique, dont le principe est pr\u00e9cis\u00e9ment de ne pas taire le v\u00e9cu individuel. Du commun, puisqu\u2019elles sont expression, sortie hors de soi. Exprimer quelque chose, c\u2019est toujours risquer l\u2019acte d\u2019adresser, de porter ce que l\u2019ont fait sur la place publique, de pro-poser. Il s\u2019agit d\u2019un risque, car les autres qui re\u00e7oivent l\u2019adresse artistique, en deviennent n\u00e9cessairement eux aussi les acteurs, les responsables. Il est impossible d\u2019\u00eatre indiff\u00e9rent devant l\u2019\u0153uvre d\u2019art qui se montre, ne serait-ce que parce qu\u2019elle pose la question du pouvoir d\u2019un individu particulier d\u2019entrer par son expression dans le champ du commun. Il ne suffit \u00e9videmment pas de d\u00e9cr\u00e9ter que chacun a droit de s\u2019exprimer pour que la question soit d\u2019embl\u00e9e \u00e9vacu\u00e9e. C\u2019est ce que fait pourtant une pseudo-conception d\u00e9mocratique, tout-\u00e0-fait hypocrite, tant est patente la contradiction entre la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 affich\u00e9e de l\u2019ouverture \u00e0 tous et la n\u00e9gation effective du pouvoir agissant de l\u2019acte artistique, dont on comprend vite qu\u2019elle est la condition n\u00e9cessaire pour clamer \u00e0 peu de frais l\u2019ouverture \u00e0 tous. \u00ab\u00a0Vous pouvez tous vous exprimer, \u00e0 condition qu\u2019il soit bien convenu entre nous que votre expression n\u2019a aucune importance, qu\u2019elle n\u2019entra\u00eenera aucun risque de sortie de la communaut\u00e9 hors de son identit\u00e9, qu\u2019elle sera une mais dans une pluralit\u00e9 neutre, qu\u2019elle ne changera rien aux r\u00e8gles de la vie commune\u00a0\u00bb. Il faudrait ici entreprendre une critique du traitement des pratiques artistiques au nom du \u00ab\u00a0bien commun\u00a0\u00bb que serait l\u2019art dans nos soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques. On verrait clairement que la v\u00e9ritable ambition des pouvoirs publics n\u2019est pas de servir les arts et les artistes, pas davantage de servir le bien de tous par l\u2019usage des arts, mais de neutraliser le plus possible la subversion inh\u00e9rente aux arts, de vider leur pouvoir naturellement subversif, en leur conf\u00e9rant une valeur symbolique parfaitement abstraite, enti\u00e8rement d\u00e9tach\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Liberation Serif, Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">L\u2019expression artistique est individuelle, elle manifeste l\u2019individualit\u00e9, mais elle proc\u00e8de du commun pour revenir au commun. Ce qu\u2019elle exprime n\u2019est peut-\u00eatre d\u2019ailleurs rien d\u2019autre que le trouble qu\u2019est cette interd\u00e9pendance. Lors d\u2019une \u00e9mission r\u00e9cente, une journaliste demande \u00e0 l\u2019acteur Vincent Cassel sa d\u00e9finition de l\u2019art. Celui-ci r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est d\u2019arriver \u00e0 rendre compte de l\u2019\u00e9motion d\u2019un instant<\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\">4<\/a><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">\u00a0\u00bb. Tout me semble int\u00e9ressant dans cette d\u00e9finition banale et d\u2019abord qu\u2019elle semble \u00eatre le reflet authentique de l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019acteur. L\u2019\u00e9motion, en principe n\u2019est pas un \u00e9tat qui dure. Elle se tient plut\u00f4t dans l\u2019ordre de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, du choc, de l\u2019irruption soudaine et forte d\u2019un quelque chose jusque-l\u00e0 ignor\u00e9 et qui d\u00e9stabilise l\u2019\u00e9tat psychique, le provoque. L\u2019\u00e9motion peut \u00eatre une douleur ou une jouissance, parfois elle est les deux ensemble, ou tour \u00e0 tour l\u2019une puis l\u2019autre. L\u2019instant de l\u2019\u00e9motion peut se voir comme l\u2019envahissement dans les zones les plus profondes de la conscience \u2013 ce que l\u2019on d\u00e9signe par \u2018sensibilit\u00e9\u2019 \u2013 d\u2019un \u00e9tat du monde qui se fait soudainement tr\u00e8s attirant ou tr\u00e8s mena\u00e7ant. Cette perception sensible est aussit\u00f4t ressaisie par l\u2019esprit dans une mise \u00e0 distance salutaire. On parle alors de repr\u00e9sentation, de vision. Passer de la r\u00e9ception esth\u00e9tique passive \u00e0 la traduction en vision artistique puis en proposition ext\u00e9rioris\u00e9e, tangible, tel est ce que Vincent Cassel d\u00e9signe par l\u2019expression \u2018arriver \u00e0 rendre compte\u2019. Les mots \u2018rendre compte\u2019 m\u2019int\u00e9ressent parce qu\u2019ils disent de l\u2019acte artistique sa capacit\u00e9 \u00e0 parler le langage commun. La r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019\u00e9motion, sa m\u00e9moire assum\u00e9e, par la distance du jeu artistique, n\u2019est rien d\u2019autre que la traduction de la subjectivit\u00e9 en termes de v\u00e9rit\u00e9. Si, comme l\u2019\u00e9crit Gadamer, \u00ab\u00a0celui qui joue \u00e9prouve le jeu comme une r\u00e9alit\u00e9 qui le d\u00e9passe (\u2026) si c\u2019est seulement dans le spectateur que (l\u2019\u0153uvre d\u2019art) parvient \u00e0 la pl\u00e9nitude de son sens<\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\">5<\/a><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">\u00a0\u00bb, alors ce dont il s\u2019agit dans l\u2019acte artistique est bien un contenu de v\u00e9rit\u00e9, un \u2018rendre compte\u2019 entra\u00eenant l\u2019autre non pas dans le monde de la subjectivit\u00e9 ferm\u00e9e de l\u2019artiste, dans la gratuit\u00e9 plus ou moins signifiante et insignifiante de son jeu, mais dans celui de l\u2019appel du monde commun au r\u00e9veil commun, \u00e0 l\u2019attention partag\u00e9e quant \u00e0 l\u2019in\u00e9vidence du monde<\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\">6<\/a><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">. Une proposition artistique est toujours un \u2018rendre compte\u2019 de la v\u00e9rit\u00e9 du monde, en tant qu\u2019elle questionne la communaut\u00e9 des hommes, en tant qu\u2019elle fait br\u00e8che dans l\u2019ordre indiff\u00e9rent du monde.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">C\u2019est ici que s\u2019\u00e9claire la dimension intrins\u00e8quement politique de l\u2019art, et, pour le dire d\u2019une seule id\u00e9e, sa puissance lib\u00e9ratrice. Dans la saisie rejou\u00e9e du monde comme in\u00e9vidence, l\u2019art dit quelque chose d\u2019essentiel de l\u2019homme, comme \u00eatre dont la conscience qu\u2019il a de lui-m\u00eame se tient enti\u00e8rement dans l\u2019intrication totale du moi et du nous\u00a0: le fondement sans fond du moi est de l\u2019autre. Cette intrication est uniquement dynamique, c\u2019est-\u00e0-dire, \u00e9preuve de souffrance et de jouissance. Elle peut se taire et s\u2019oublier elle-m\u00eame dans la projection d\u2019une image de soi et de la soci\u00e9t\u00e9 articul\u00e9s dans la stabilit\u00e9 des droits et des devoirs. C\u2019est alors au prix de sa v\u00e9rit\u00e9, de la vraie configuration du d\u00e9sir de chaque moi, qui est au contraire de ne jamais se stabiliser sinon quand il dispara\u00eet.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">L\u2019art exprime la tension du d\u00e9sir, qui refl\u00e8te celle existant n\u00e9cessairement entre l\u2019individu et l\u2019autre, au-del\u00e0, entre l\u2019individu et la soci\u00e9t\u00e9. Il faudrait plut\u00f4t dire que seul l\u2019art exprime v\u00e9ritablement cette tension et que cette expression est indispensable \u00e0 ce que la soci\u00e9t\u00e9 peut permettre de meilleur pour chaque individualit\u00e9. Seul l\u2019art exprime cette tension parce qu\u2019il rejoue ouvertement le monde comme question. R\u00e9pondre \u00e0 la question du monde par des savoirs objectivants (la science), par des programmes gestionnaires ou des r\u00eaves id\u00e9ologiques (l\u2019offre politique habituelle), revient \u00e0 m\u00e9conna\u00eetre cette question, sans doute par intuition, aussit\u00f4t refoul\u00e9e, du danger qu\u2019elle repr\u00e9sente. Ce danger c\u2019est l\u2019\u00e9motion, la prise au s\u00e9rieux de la souffrance et de la jouissance comme exprimant la v\u00e9rit\u00e9 d\u2019un monde qui ne se donne pas comme quelque chose, mais comme nous-m\u00eames tout ensemble individus irr\u00e9ductibles dans leur individualit\u00e9, et communaut\u00e9 toujours parfaitement incertaine de ce qui la constitue. La communaut\u00e9 ne signifie pas l\u2019addition d\u2019individus mais le tissu complexe des relations interindividuelles, dont la source, le foyer et l\u2019horizon sont le commun, pas un commun neutre, par cons\u00e9quent. Ce que la politique peut permettre de meilleur est d\u2019assumer sans d\u00e9tour cette tension. Elle le peut \u00e0 partir du moment o\u00f9 non seulement elle reconna\u00eet la valeur de v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019art (et o\u00f9 elle permet en cons\u00e9quence une r\u00e9ception esth\u00e9tique du monde), mais surtout d\u00e8s lors qu\u2019elle re\u00e7oit positivement le risque de bouleversement qu\u2019apporte son expression.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Mais qu\u2019est-ce qu\u2019une r\u00e9ception esth\u00e9tique du monde et en quoi appelle-t-elle un positionnement politique\u00a0? Je voudrais sugg\u00e9rer une id\u00e9e principale en r\u00e9ponse \u00e0 cette question. Aux difficult\u00e9s de l\u2019existence humaine, qu\u2019elles soient d\u2019ordre mat\u00e9riel, psychologique, ou politique, les hommes r\u00e9pondent habituellement par des \u00e9l\u00e9ments d\u2019analyse et des pr\u00e9conisations purement conceptuels. L\u2019action sur les r\u00e9alit\u00e9s n\u2019est elle-m\u00eame comprise que comme l\u2019application seconde de ce qui est d\u2019abord conceptualis\u00e9. Cette d\u00e9marche, qui se pr\u00e9vaut d\u2019une suppos\u00e9e capacit\u00e9 de ma\u00eetrise de l\u2019esprit sur le r\u00e9el, fait l\u2019impasse sur la mani\u00e8re dont la vie habite le monde, sur la mani\u00e8re aussi dont l\u2019esprit participe de la vie. L\u2019esprit, fier de sa distance critique vis-\u00e0-vis du monde, ne per\u00e7oit plus dans son ambition de ma\u00eetrise, sa d\u00e9pendance fonci\u00e8re, sa soumission formelle \u00e0 la vie, une vie dont il ne peut rien savoir puisque sa mani\u00e8re de savoir n\u2019est qu\u2019un d\u00e9calque de la mani\u00e8re d\u2019\u00eatre du monde. Dans sa ma\u00eetrise suppos\u00e9e des probl\u00e8mes de l\u2019homme, l\u2019esprit produit des r\u00e9ponses morales, psychologiques, \u00e9conomiques, politiques. Tandis que seule l\u2019\u00e9coute de la mani\u00e8re d\u2019\u00eatre du monde, c\u2019est-\u00e0-dire seule la r\u00e9ception esth\u00e9tique, peut inviter \u00e0 correspondre \u00e0 cette mani\u00e8re d\u2019\u00eatre, \u00e0 traiter des probl\u00e8mes non comme des entit\u00e9s objectives, frontalement analysables, mais comme des mani\u00e8res de vivre auxquelles nous appartenons que nous le voulions ou non, et en lesquelles seulement nous pouvons exercer nos libert\u00e9s.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Liberation Serif, Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">En r\u00e9sum\u00e9, \u00e0 la question du monde, au monde comme question, ne peut \u00eatre offert comme r\u00e9ponse une sortie de la question, mais doit \u00eatre propos\u00e9e une mani\u00e8re de vivre la question. Wittgenstein, dans un passage des <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Remarques m\u00eal\u00e9es<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> le dit dans les m\u00eames termes\u00a0: \u00ab\u00a0La solution du probl\u00e8me que tu vois dans la vie, c\u2019est une mani\u00e8re de vivre qui fasse dispara\u00eetre le probl\u00e8me<\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\">7<\/a><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">.\u00a0\u00bb Cette pens\u00e9e, loin d\u2019\u00eatre une parade d\u00e9sinvolte par l\u2019oubli volontaire du probl\u00e8me, situe exactement l\u2019enjeu du changement d\u2019attitude que repr\u00e9sente la position esth\u00e9tique\u00a0: il s\u2019agit d\u2019abord et seulement d\u2019assumer de l\u2019int\u00e9rieur la question, de la penser dans l\u2019exp\u00e9rience en la vivant et non soi-disant \u00e0 partir d\u2019elle, en s\u2019en abstrayant. Comprendre le monde ne saurait \u00eatre l\u2019affaire de l\u2019intellect, qui ne peut agir que dans la maladresse du diff\u00e9r\u00e9, mais de la sensibilit\u00e9 qui d\u2019embl\u00e9e est agissante, adapt\u00e9e dans sa mani\u00e8re d\u2019agir au d\u00e9passement de la fausse distinction de la th\u00e9orie politique et de l\u2019action politique. A cette dialectique et ses impasses, une vis\u00e9e esth\u00e9tique oppose le v\u00e9cu politique comme tel, c\u2019est-\u00e0-dire la vie relationnelle.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cette vie relationnelle, quand elle est v\u00e9cue dans une mani\u00e8re esth\u00e9tique de vivre, donne toute sa place \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 sensible. J\u2019appelle \u2018cr\u00e9ativit\u00e9 sensible\u2019 ce qui donne la parole chez chaque individu au regard singulier sur le monde, sur ses \u00e9nigmes, sur ses potentialit\u00e9s infinies, pour sans cesse susciter et autoriser l\u2019imagination et la cr\u00e9ation. La cr\u00e9ativit\u00e9 sensible met en sc\u00e8ne ouvertement les diff\u00e9rences individuelles, comme autant de rappels vifs de la fragilit\u00e9, de la violence possible, et de la jouissance jamais \u00e9puis\u00e9e qu\u2019offre le monde. La diff\u00e9rence qu\u2019est l\u2019autre (le monde, l\u2019autre homme) est toujours une violence. Cette violence peut \u00eatre destructrice. A moins qu\u2019elle ne soit re\u00e7ue comme l\u2019est la violence de l\u2019\u0153uvre d\u2019art\u00a0: une provocation \u00e0 transgresser soi-m\u00eame l\u2019interdit de la diff\u00e9rence, en la produisant soi-m\u00eame, autrement dit en cr\u00e9ant. Il ne s\u2019agit plus alors de surmonter la violence par un effort moral, par un redoublement de contrainte en somme, mais d\u2019en convertir l\u2019\u00e9nergie en la rejouant.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le mode esth\u00e9tique de la vie relationnelle vise naturellement \u00e0 remplacer l\u2019autorit\u00e9 impersonnelle des normes, des valeurs, des lois, par l\u2019attention f\u00e9conde de chacun \u00e0 la port\u00e9e commune des incertitudes, des fragilit\u00e9s, des diff\u00e9rences. L\u2019impersonnalit\u00e9 des v\u00e9rit\u00e9s produites par les th\u00e9ories politiques, leur abstraction, leur n\u00e9cessit\u00e9 formelle, n\u2019ont plus gain de cause dans une soci\u00e9t\u00e9 ou les individus sont devenus simplement attentifs \u00e0 la sollicitation concr\u00e8te permanente de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Ce point ouvre un autre espace de r\u00e9flexion, celui de cette r\u00e9alit\u00e9 sociale o\u00f9 se composent en tissu serr\u00e9 le singulier et le commun, et tout autant l\u2019esth\u00e9tique et l\u2019\u00e9thique\u00a0: l\u2019espace des spiritualit\u00e9s et v\u00e9cus religieux.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>Spiritualit\u00e9s<\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">O\u00f9 commence et o\u00f9 s\u2019arr\u00eate le domaine des spiritualit\u00e9s\u00a0? Chacun, m\u00eame non religieux, n\u2019est-il pas habit\u00e9 par un ensemble de croyances, de r\u00e9flexes mentaux, par un imaginaire form\u00e9 depuis l\u2019enfance, qui lui donnent d\u2019occuper en esprit un espace et une m\u00e9moire bien plus \u00e9tendus que ce qui forme l\u2019environnement imm\u00e9diat de sa conscience utile\u00a0? Admettons cependant qu\u2019on entende par spiritualit\u00e9 le religieux, c\u2019est-\u00e0-dire la r\u00e9f\u00e9rence et le sentiment d\u2019appartenance \u00e0 un monde dont l\u2019un des traits essentiels est qu\u2019il ob\u00e9it \u00e0 un sens, qu\u2019il se pr\u00e9sente comme une \u00e9lucidation plus ou moins rationnelle et plus ou moins mythique des questions difficiles que se pose l\u2019esprit, en termes le plus souvent d\u2019origine et de fin. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Liberation Serif, Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Les spiritualit\u00e9s et croyances, sont-elles un comblement de l\u2019incertitude par de la certitude\u00a0? Une r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019angoisse du vide par une pl\u00e9nitude de sens d\u00e9sir\u00e9e, imagin\u00e9e puis poss\u00e9d\u00e9e\u00a0? Ne sont-elles pas plut\u00f4t, elles aussi, une mani\u00e8re de vivre en assumant ce que Michel de Certeau appelait avec malice \u00ab\u00a0la faiblesse de croire\u00a0\u00bb\u00a0? \u00ab\u00a0Peut-\u00eatre, \u00e9crivait-il en cl\u00f4ture du livre qui porte ce titre, une th\u00e9orie ou une pratique devient-elle chr\u00e9tienne lorsque, dans la force d\u2019une lucidit\u00e9 et d\u2019une comp\u00e9tence, entre comme une danseuse le risque de s\u2019exposer \u00e0 l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9, ou la docilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranget\u00e9 qui survient, ou la gr\u00e2ce de faire place, c\u2019est-\u00e0-dire de croire, \u00e0 l\u2019autre<\/span><sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\">8<\/a><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">.\u00a0\u00bb De la spiritualit\u00e9, quelle qu\u2019elle soit, on pensera qu\u2019elle est soit une r\u00e9ponse raisonnable aux \u00ab\u00a0questions difficiles\u00a0\u00bb, soit le repli dans le secret de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9, une d\u00e9marche et une exp\u00e9rience enti\u00e8rement subjectives, permises par une libert\u00e9 qui ne devrait g\u00eaner personne puisqu\u2019elle ne concerne que le soi intime. Certeau parle \u00e0 l\u2019inverse de \u00ab\u00a0s\u2019exposer \u00e0 l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9\u00a0\u00bb. Ce mouvement n\u2019est pas celui de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 s\u2019ext\u00e9riorisant, mais la survenue d\u2019une \u00ab\u00a0danseuse\u00a0\u00bb, accueillie au risque de perturber compl\u00e8tement la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019un quant \u00e0 soi que tout \u00e9pargnerait tant qu\u2019il demeure cach\u00e9 ou prot\u00e9g\u00e9 dans ses r\u00e9ponses. On peut certes continuer \u00e0 voir sans se tromper les spiritualit\u00e9s comme des aventures int\u00e9rieures silencieuses, ferm\u00e9es sur elles-m\u00eames. Ce serait une erreur de les limiter \u00e0 cela car en r\u00e9alit\u00e9, dans toutes les aventures spirituelles, ce qui est silencieusement agissant, ce qui est solitaire, et s\u2019effectue \u00e0 l\u2019\u00e9vidence dans le retrait, n\u2019existe en fait que comme adresse, expression, projection de soi sur le reste du monde, dans une prise en charge indispensable de celui-ci. D\u00e9cid\u00e9ment, ce qui est en cause dans l\u2019aventure spirituelle n\u2019est pas le soi-m\u00eame qu\u2019il s\u2019agirait de satisfaire ou de construire, mais l\u2019autre, c\u2019est-\u00e0-dire ce qui n\u2019est justement pas le moi auto-suffisant. Un simple indicateur parle dans ce sens. Toute spiritualit\u00e9, outre qu\u2019elle se situe dans des traditions, et se re\u00e7oit par cons\u00e9quent d\u2019autres que soi, n\u2019existe que pour se transmettre \u00e0 son tour. Ne serait-ce que la v\u00e9rification qu\u2019elle fait de son pouvoir d\u2019agir, elle la produit en se nommant, en t\u00e9moignant, en s\u2019exprimant d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre. L\u2019expression spirituelle fait n\u00e9cessairement \u00e9cho \u00e0 l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 qui la g\u00e9n\u00e8re. Elle \u00ab\u00a0rend compte\u00a0\u00bb, elle aussi comme l\u2019art, de sa nature relationnelle. S\u2019il s\u2019agit de Dieu dans la relation, n\u2019est-il pas l\u2019instance l\u00e9gitimant ce qui arrive \u00e0 un individu pr\u00e9cis comme ce qui peut arriver \u00e0 tous\u00a0? La spiritualit\u00e9 est alors l\u2019expression de cette relation non pas \u00e0 l\u2019indicible divin comme tel, mais \u00e0 tous, comme pouvant exp\u00e9rimenter le m\u00eame rapport \u00e0 l\u2019indicible. La chose est si vraie que le plus souvent elle a pour terrain d\u2019expression le groupe. Son milieu naturel est celui du partage, de la c\u00e9l\u00e9bration collective, avec ses rites et ses symboles, ses liturgies. Parce que toute spiritualit\u00e9, toute religion, implique de l\u2019autre, elle n\u2019appartient jamais en propre \u00e0 quelqu\u2019un et doit toujours \u00eatre dite \u00e0 plusieurs voix.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Liberation Serif, Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">En quoi tout ceci int\u00e9resse-t-il la politique\u00a0? Pour \u00eatre respect\u00e9es et m\u00eame prot\u00e9g\u00e9es les aventures int\u00e9rieures de chacun n\u2019appellent-elles pas surtout une nette d\u00e9limitation du public et du priv\u00e9\u00a0? Mais poser ainsi la question, n\u2019est-ce pas d\u00e9cid\u00e9ment refuser d\u2019interroger le pr\u00e9suppos\u00e9 li\u00e9 \u00e0 la d\u00e9finition des deux entit\u00e9s \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0priv\u00e9\u00a0\u00bb comme s\u2019opposant, l\u2019une se d\u00e9finissant comme \u00e9tant ce que n\u2019est pas l\u2019autre et r\u00e9ciproquement\u00a0? M\u00eame dans la conception la plus ouverte de la la\u00efcit\u00e9, quand on prend acte positivement d\u2019une zone de recoupement des deux ensembles, le pr\u00e9suppos\u00e9 reste pour l\u2019essentiel inchang\u00e9. Il n\u2019est pas indiff\u00e9rent que la question, quand elle se pose, vienne de l\u2019aventure spirituelle qui, dans la plupart des traditions, ne peut se concevoir et se vivre dans l\u2019isolement du priv\u00e9, \u00e9tant incapable de comprendre le sens de sa mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart de l\u2019espace commun.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Un sujet, de premi\u00e8re importance pour la r\u00e9flexion philosophique autant que pour les spiritualit\u00e9s et religions, peut aider \u00e0 saisir pourquoi les spiritualit\u00e9s sont port\u00e9es logiquement \u00e0 se prolonger jusqu\u2019au domaine politique. Ce sujet est le mal. La r\u00e9flexion politique prend rarement de front cette question, qui est certes trop profonde et trop large, trop m\u00e9taphysique aussi, pour qu\u2019elle se sente apte \u00e0 s\u2019en saisir. Il existe une \u00e9vidente diff\u00e9rence entre l\u2019analyse politique du mal et l\u2019approche spirituelle. La premi\u00e8re \u00e9tablit des causes en observant les fonctionnements juridiques, \u00e9conomiques et sociaux d\u00e9ficients\u00a0; la seconde ne recherche pas des causes, elle sait que c\u2019est inutile, mais tente d\u2019agir sur les effets, sur le mal subi dans la r\u00e9alit\u00e9 douloureuse de chaque individu. Rarement ou jamais, les doctrines spirituelles ne pr\u00e9tendent donner d\u2019explications sur l\u2019origine premi\u00e8re du mal. En revanche elles s\u2019offrent toutes comme des voies pratiques de d\u00e9livrance, s\u2019estimant capables de prendre en charge le malheur \u00e0 son niveau le plus obscur. Conceptualis\u00e9 sous ce seul mot, le mal, saisi comme la n\u00e9gativit\u00e9 absolue, d\u00e9passe donc l\u2019approche technicienne du politique. Il exc\u00e8de l\u2019ordre de l\u2019organisation de la vie commune. Le projet politique m\u00eame le plus totalisant sait que son pouvoir s\u2019arr\u00eate au seuil du myst\u00e8re des diff\u00e9rences individuelles, l\u00e0 o\u00f9, \u00e0 conditions mat\u00e9rielles et l\u00e9gales identiques, un individu proteste contre son sort, tandis que son voisin en jouit, un autre subit la folie ou la maladie, tandis que son fr\u00e8re conna\u00eet l\u2019\u00e9panouissement personnel et la r\u00e9ussite sociale. La force aveugle du mal, l\u2019incompr\u00e9hensible \u00e9lection de certains au bonheur, et d\u2019autres au malheur, l\u2019al\u00e9atoire des destins, tout ce sur quoi la politique est d\u00e9pourvue de pouvoir, la spiritualit\u00e9 y trouve au contraire sa raison d\u2019\u00eatre.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Sur ce point cependant, on ne saurait envisager la spiritualit\u00e9 ou les spiritualit\u00e9s comme \u00e9quivalentes. Un crit\u00e8re permet en particulier de discerner leur pertinence, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment celui de leur positionnement par rapport au champ politique devant le probl\u00e8me de la r\u00e9sorption du mal. Il n\u2019y a pas de spiritualit\u00e9 ou de religion politiquement innocente. Certaines se disent \u00e9trang\u00e8res \u00e0 la question politique et pr\u00e9tendent agir au seul plan personnel. Ce faisant, elles autorisent des formes politiques pouvant contredire leurs propres principes ou modes d\u2019agir. Elles sauvent peut-\u00eatre l\u2019individu, mais elles le sauvent contre le monde. Elles ob\u00e9issent quoi qu\u2019il en soit \u00e0 la segmentation des savoirs et de leurs applications pratiques, et rejoignent pas l\u00e0 le consum\u00e9risme g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de notre temps (la spiritualit\u00e9 est h\u00e9las aussi un march\u00e9 florissant). D\u2019autres en revanche n\u2019ignorent pas que le mieux-\u00eatre apport\u00e9 aux individus non seulement produit des cons\u00e9quences dans la marche de la soci\u00e9t\u00e9, mais elles sont de fait agissantes politiquement par leur port\u00e9e intrins\u00e8quement ouverte, et plus que cela, adh\u00e9rente \u00e0 l\u2019autre et au monde. Celles-l\u00e0 savent que le mal d\u2019un seul est en r\u00e9alit\u00e9 aussi le mal de tous, que si le grand enjeu est personnel, il est tout autant commun.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Parce que la question du mal interroge fonci\u00e8rement le lien du personnel et du commun (comment les autres peuvent-ils r\u00e9pondre \u00e0 mon mal\u00a0?), de l\u2019unique et du pluriel (pourquoi suis-je si diff\u00e9rent\u00a0?), pour cette raison, le travail spirituel met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve ensemble le regard sur soi, et le regard sur la soci\u00e9t\u00e9. Pour cette raison encore, les spiritualit\u00e9s authentiques (appelons ainsi celles de la relation assum\u00e9e \u00e0 autrui) s\u2019av\u00e8rent \u00eatre un v\u00e9ritable aiguillon critique du politique. Elles questionnent l\u2019ordre \u00e9tabli comme capable ou incapable d\u2019autoriser l\u2019ext\u00e9riorisation de l\u2019aventure int\u00e9rieure de chacun, l\u2019aventure librement choisie, l\u2019aventure spirituellement cr\u00e9ative de la d\u00e9livrance. Elles agissent comme provocation permanente face au repli du politique sur lui-m\u00eame. Elles remettent en question la politique comme syst\u00e8me d\u2019acceptation du contr\u00f4le des id\u00e9es sur les hommes, comme l\u00e9gitimation infond\u00e9e du pouvoir. Saisie dans la d\u00e9marche spirituelle, la politique ne peut plus se penser seulement en termes d\u2019id\u00e9es et de syst\u00e8me, mais doit \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e dans la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une attention v\u00e9ritable \u00e0 l\u2019existence de ce qui la d\u00e9passe\u00a0: la souffrance non seulement des exclus de la bonne sant\u00e9 sociale, mais aussi des victimes de l\u2019inexplicable mal.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">De ce point de vue, par exemple, la d\u00e9mocratie ne peut \u00eatre comprise comme \u00e9tant simplement la possibilit\u00e9 abstraite pour chaque citoyen d\u2019agir \u00e0 \u00e9galit\u00e9 de droit avec tous les autres. La d\u00e9mocratie th\u00e9orique est le pouvoir de la majorit\u00e9 sur la minorit\u00e9, mais la d\u00e9mocratie v\u00e9cue n\u2019est pas l\u2019ob\u00e9issance aveugle \u00e0 ce principe quantitatif comptable. Elle devrait \u00eatre, avant toute consid\u00e9ration de pouvoir, la reconnaissance du droit de toutes les minorit\u00e9s, et plus que cela, des individus pas m\u00eame comptabilisables, puisqu\u2019ils ne se tiennent que dans l\u2019ordre du qualitativement diff\u00e9rent et non dans celui du num\u00e9riquement \u00e9quivalent. Une telle d\u00e9mocratie pourrait \u00eatre dite spirituelle, r\u00e9pondant au fait qu\u2019une authentique spiritualit\u00e9 porte en elle n\u00e9cessairement le souci d\u00e9mocratique. Elle tiendrait sa pratique de l\u2019attention aux perdants de l\u2019histoire, au-dessus m\u00eame de sa propre loi. Sous l\u2019aspect de son ext\u00e9riorisation politique, la spiritualit\u00e9 doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une m\u00e9moire dangereuse de la libert\u00e9. M\u00e9moire dangereuse, parce que la libert\u00e9 a toujours \u00e9t\u00e9 un risque partag\u00e9, celui de surmonter la violence qu\u2019est toute libert\u00e9 pour celle d\u2019autrui, la violence qu\u2019est toute alt\u00e9rit\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">En somme, les spiritualit\u00e9s, en leur principe m\u00eame, sont r\u00e9volutionnaires. Elles engagent ceux qui les vivent \u00e0 accueillir en permanence la d\u00e9stabilisation, la d\u00e9sinstallation, dans l\u2019accueil positif de la diff\u00e9rence. Si le principe spirituel, comme le principe esth\u00e9tique, est un fond sans fond de recherche de soi, alors il est par d\u00e9finition ouvert, ce qui veut dire promis \u00e0 l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9, ouvert sur l\u2019A(a)utre. En ce sens qui int\u00e9resse le fondement \u00ab\u00a0bless\u00e9\u00a0\u00bb de l\u2019humain et sa qu\u00eate \u00e9perdue du sens de son existence (pour lui donner non une explication mais du go\u00fbt et de la capacit\u00e9 r\u00e9elle au mieux \u00eatre), le spirituel est l\u2019aiguillon du politique, son c\u0153ur et sa raison.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>Cultures<\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Liberation Serif, Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Pourquoi maintenant parler de culture\u00a0? Et d\u2019abord \u00e0 quoi reconna\u00eet-on une culture\u00a0? A un certain nombre de traits saillants permettant de situer, m\u00eame de fa\u00e7on diffuse, la configuration d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, spatialement et historiquement. Une culture c\u2019est g\u00e9n\u00e9ralement une langue commune, une histoire, des r\u00e8gles de vie, des rites, pas toujours un territoire, des productions, et cette forme de proximit\u00e9 entre des personnes, qui, au-del\u00e0 de la communaut\u00e9 linguistique dessine une communaut\u00e9 de comportements, de mani\u00e8res de penser et de vivre, un ethos. L\u2019anthropologie sociale et culturelle sait que la mati\u00e8re de sa recherche, parce qu\u2019elle est le fait de groupes humains vivants, ne se laisse pas contenir par des cat\u00e9gorisations \u00e9tanches et objectives. Une culture peut cultiver en son sein des modes culturels vari\u00e9s, des sous-ensembles multiples et changeants. Il est notable que parmi les traits saillants les plus marquants des cultures, on rel\u00e8ve ordinairement la langue, l\u2019art, la religion, le syst\u00e8me \u00e9conomique, l\u2019organisation politique. Dans l\u2019\u00e9tude des cultures primitives, de E.B. Tylor (<\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Primitive culture<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">1871) jusqu\u2019\u00e0 Claude L\u00e9vi-Strauss, l\u2019art et la religion sont nettement des marqueurs des cultures en tant qu\u2019elles se distinguent les unes des autres et signalent le noyau dur de la coh\u00e9sion sociale.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Or, les arts et les croyances, les spiritualit\u00e9s, nous l\u2019avons vu, sont autant l\u2019expression des choix et des pratiques int\u00e9rieures des individus. Ils sont en m\u00eame temps ce qui permet de caract\u00e9riser le niveau du commun visible ext\u00e9rieurement, qu\u2019est la culture, que sont les cultures, par d\u00e9finition diff\u00e9renci\u00e9es, multiples, et le niveau de l\u2019individualit\u00e9, \u00e0 savoir celui o\u00f9 un seul assume de mani\u00e8re unique ce qu\u2019il re\u00e7oit des autres. Ceci confirme, s\u2019il en \u00e9tait besoin, le fait que les arts et les spiritualit\u00e9s, tout en proc\u00e9dant de l\u2019aventure intime n\u2019ont de cesse de s\u2019exposer sur la sc\u00e8ne collective et d\u2019y chercher le lieu de leur expression. Disons plus. Arts et spiritualit\u00e9s repr\u00e9sentent dans la sc\u00e8ne collective la traduction vive des forces cach\u00e9es qui \u00e0 la fois font des individus autant d\u2019individualit\u00e9s irr\u00e9ductibles et montrent l\u2019individualit\u00e9 comme appelant n\u00e9cessairement la relation aux autres, l\u2019interaction relationnelle \u00e9tant constitutive tant des groupes, ce qui va de soi, que des personnes. Mieux, la relation cr\u00e9e l\u2019individualit\u00e9 et ne cesse de l\u2019appeler \u00e0 s\u2019individualiser pour toujours plus de f\u00e9condit\u00e9 de la relation \u00e0 autrui.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">La culture est tout autant du singulier partag\u00e9, de la transmission m\u00e9morielle, et de la cr\u00e9ation continue. De sorte que sa structure, sociale du seul fait du groupe humain qu\u2019elle qualifie, est strictement analogue \u00e0 la structure de l\u2019individu. En somme, si les arts et les spiritualit\u00e9s caract\u00e9risent fortement la culture comme tissu de singulier et de collectif, on peut en d\u00e9duire que seule une v\u00e9ritable ad\u00e9quation entre l\u2019ordre politique et la culture peut offrir la garantie d\u2019une prise en charge de l\u2019individualit\u00e9 (et non l\u2019affichage fallacieux de la libert\u00e9 et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des individus) par la politique. Mieux, la culture, qui n\u2019est certes ni la juxtaposition des individualit\u00e9s, ni leur plus petit d\u00e9nominateur commun, parce qu\u2019elle expose le commun en tant qu\u2019il porte l\u2019individualit\u00e9, induit de fait un ordre politique et pas n\u2019importe lequel. Cet ordre ne peut \u00eatre que d\u00e9mocratique dans son principe fondamental d\u2019\u00e9coute de chaque diff\u00e9rence individuelle, et ne peut \u00eatre que libertaire dans la mesure m\u00eame o\u00f9 sa pr\u00e9occupation essentielle doit \u00eatre de r\u00e9duire le plus possible la contrainte sur les individus, afin de favoriser a contrario l\u2019\u00e9panouissement de chaque autod\u00e9termination de soi, de chaque capacit\u00e9 cr\u00e9atrice. Une soci\u00e9t\u00e9 libertaire ne peut en cons\u00e9quence que donner toute leur place aux expressions artistiques et aux expressions spirituelles qui sont sa ressource premi\u00e8re. Au risque de ne jamais s\u2019immobiliser dans la bonne conscience et la bien-faisance de ses propres principes, puisqu\u2019elle sait pouvoir attendre de l\u2019art et de la spiritualit\u00e9 les ressorts de sa remise en question permanente.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">On notera l\u2019effet logique et politique de l\u2019analogie de structure entre le groupe et l\u2019individu. D\u00e8s lors que l\u2019on soutient l\u2019irr\u00e9ductibilit\u00e9 de l\u2019individualit\u00e9 dans la prise en compte de sa constitution relationnelle, il devient \u00e9vident qu\u2019il faut soutenir celle de chaque culture, dans la prise en compte analogue de son positionnement au sein de multiples cultures, dans la libre possibilit\u00e9 de toutes les confrontations, de toutes les influences et de toutes les \u00e9volutions. Rappelons qu\u2019aujourd\u2019hui, comme l\u2019a dit le premier Tocqueville, une soci\u00e9t\u00e9 qui n\u2019aurait de compte \u00e0 rendre qu\u2019\u00e0 elle-m\u00eame ne serait pas d\u00e9mocratique.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Liberation Serif, Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Rapport\u00e9e aux autres cultures, chaque culture est comme l\u2019individu rapport\u00e9 au reste de la soci\u00e9t\u00e9. Mais cette simple affirmation appelle de passer de la comparaison intellectuelle, \u00e0 la relation r\u00e9elle. Et celle-ci engage \u00e0 son tour une autre affirmation\u00a0: la culture, qui n\u2019est jamais qu\u2019une culture situ\u00e9e dans un espace o\u00f9 cohabitent bien d\u2019autres cultures, et dans un temps qui oblige \u00e0 la saisir comme \u00e9volutive, est une individualit\u00e9, \u00e0 savoir un croisement vivant d\u2019unique et de commun. Un croisement <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>vivant<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> signifie que ce qu\u2019il y a d\u2019unique ne se laisse jamais contenir et encore moins diminuer par le commun (lois, objectivit\u00e9, science). En ce sens une culture ne se laisse pas identifier \u00e0 elle-m\u00eame. Elle ne se laisse pas davantage mesurer \u00e0 aucune autre, ce qui supposerait de l\u2019\u00e9valuer et de la comprendre de l\u2019ext\u00e9rieur comme identit\u00e9, ce qui est contraire au fait qu\u2019elle est vivante, et finalement toujours inconnaissable de l\u2019ext\u00e9rieur. La seule mani\u00e8re d\u2019appr\u00e9hender la culture autre, c\u2019est d\u2019en risquer la rencontre v\u00e9cue, en surmontant le choc qu\u2019est n\u00e9cessairement cette rencontre. La paix, qui est la seule raison d\u2019\u00eatre de la politique, c\u2019est le v\u00e9cu interculturel qui entend que l\u2019unique possibilit\u00e9 de surmonter la violence est de refuser absolument la domination culturelle, dont la racine est toujours l\u2019autosatisfaction identitaire.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Prenons pour finir une image simple. La culture est \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 ce que l\u2019\u00e2me est au corps, ce qui lui donne par cons\u00e9quent d\u2019\u00eatre en vie, d\u2019\u00eatre un corps vivant. Mais l\u2019\u00e2me de la culture n\u2019est-ce pas ce dont t\u00e9moigne l\u2019art\u00a0? N\u2019est-ce pas \u00e9galement ce vieux fond jamais vraiment endormi des traditions spirituelles et religieuses transmises au long des si\u00e8cles\u00a0?<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">En sept 2016, pour la premi\u00e8re fois, le Tribunal P\u00e9nal International a reconnu comme crime de guerre la destruction de biens culturels. Et l\u2019Italie a propos\u00e9 r\u00e9cemment que l\u2019Unesco forme des agents de l\u2019ONU pour la pr\u00e9servation des cultures. Vell\u00e9it\u00e9s na\u00efves peut-\u00eatre. Cependant, quelque chose semble peu \u00e0 peu mieux se comprendre de l\u2019extr\u00eame importance de la pr\u00e9servation des cultures, la destruction de celles-ci \u00e9tant vues comme anticipant les pires destructions humaines. Si l\u2019on tue l\u2019\u00e2me, le corps, m\u00eame s\u2019il continue \u00e0 bouger, ne vaut pas plus qu\u2019un cadavre. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>Conclusion\u00a0<\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">L\u2019art et la spiritualit\u00e9 ont en commun de t\u00e9moigner du vacillement du moi qui sait qu\u2019il ne peut atteindre ce qui le fonde. Le moi n\u2019est pas son propre fondement. Cette seule affirmation, qui rel\u00e8ve de l\u2019exp\u00e9rience la plus commune, invalide totalement la logique lib\u00e9rale bas\u00e9e sur l\u2019id\u00e9e fausse de la souveraine ind\u00e9pendance du moi, qu\u2019il ne faut surtout pas confondre avec la valeur sup\u00e9rieure de l\u2019individualit\u00e9. Si le moi n\u2019est pas son propre fondement, il n\u2019est qu\u2019une fa\u00e7on de surmonter l\u2019effondrement redoubl\u00e9 qu\u2019est cette prise de conscience, c\u2019est d\u2019en partager l\u2019exp\u00e9rience avec d\u2019autres. Les arts, les spiritualit\u00e9s, les croyances religieuses et, par suite, les cultures ne sont rien d\u2019autre que ces exp\u00e9riences partag\u00e9es, en lesquelles toujours le singulier se constitue comme principe et fin du commun. Principe\u00a0: le singulier proc\u00e8de de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Il est sans n\u00e9cessit\u00e9 et sans cause et il ne tombe d\u2019aucun ciel th\u00e9orique. Il est la vie m\u00eame donn\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame, reli\u00e9e \u00e0 l\u2019ensemble du vivant. Fin\u00a0: le commun, tel que le paysage infiniment vari\u00e9 des arts, des spiritualit\u00e9s, des cultures l\u2019\u00e9claire, ne peut servir qu\u2019une seule fin, celle de l\u2019ouverture \u00e0 tous les possibles. L\u2019individualisation et la cr\u00e9ation sont l\u2019acte r\u00e9alisant cette fin. Ces deux mots ont le m\u00eame sens, et c\u2019est ce que permet la fonction d\u2019apaisement du politique (la politique d\u00e9finie ci-dessus comme ce qui permet et organise la paix) contre toutes les tentations d\u2019\u00e9touffement, de r\u00e9duction ou de domination des diff\u00e9rences.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Tant que l\u2019ordre politique demeure ext\u00e9rieur aux pratiques artistiques et religieuses, sous pr\u00e9texte de respecter la subjectivit\u00e9 libre de l\u2019art et la neutralit\u00e9 la\u00efque de la \u00ab\u00a0chose commune\u00a0\u00bb, il se m\u00e9conna\u00eet lui-m\u00eame en refusant de s\u2019assumer comme culture, comme \u00e9thos absolument solidaire des expressions individuelles. L\u2019ordre politique qui place sous sa tutelle les arts, les spiritualit\u00e9s et les cultures, au pr\u00e9texte d\u2019en garantir la libert\u00e9, ou d\u2019en sauvegarder l\u2019identit\u00e9, ne se comprend pas lui-m\u00eame et ne se donne pas les moyens de construire la paix. Il ne comprend pas ce qui est pourtant \u00ab\u00a0pleinement manifeste\u00a0\u00bb, pour reprendre le mot de Wittgenstein \u00e9voqu\u00e9 en introduction. Il ne comprend pas qu\u2019il lui faut, avant toute id\u00e9e, \u00e9couter et tirer les enseignements manifestement politiques des pratiques artistiques et spirituelles, des cultures que ces pratiques forment, d\u00e9forment, et reforment sans cesse au gr\u00e9 des rencontres, au gr\u00e9 du temps, au gr\u00e9 des libert\u00e9s humaines. Ecouter le r\u00e9el m\u00eame, seul principe spirituel, seul principe libertaire.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"RIGHT\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Liberation Serif, Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><b>24 f\u00e9vrier 2018<\/b><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Liberation Serif, Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><b>J\u00e9r\u00f4me Alexandre<\/b><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> est un th\u00e9ologien catholique de sensibilit\u00e9 libertaire, co-auteur avec Bernard Marcad\u00e9 de <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>L\u2019urgence de l\u2019art<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> (Parole et Silence, 2015), avec Alain Cugno de <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Art, foi, politique\u00a0: un m\u00eame acte<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> (Hermann, 2017), et avec Philippe Corcuff, Haoues Seniguer et Isabelle Sorente de <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Spiritualit\u00e9s et engagements dans la cit\u00e9. Dialogue entre un musulman critique, un agnostique anarchiste, un catholique libertaire et une romanci\u00e8re<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> (Le Bord de l\u2019eau, 2018).<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Liberation Serif, Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> P.-J. Proudhon, <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Qu\u2019est ce que la propri\u00e9t\u00e9\u00a0?<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> , Garnier, 1849, p. 61.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Liberation Serif, Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> L. Wittgenstein, <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Recherches philosophiques<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">,\u00a0\u00a7 89, Gallimard, \u00ab\u00a0Tel\u00a0\u00bb, 2017, p. 77.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Liberation Serif, Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> Saint Augustin, <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Confessions<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, Livre XI, 14.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Liberation Serif, Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> Emission intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Stup\u00e9fiant\u00a0\u00bb, diffus\u00e9e sur TV5 monde, le 7 janvier 2018.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Liberation Serif, Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> Hans Georg Gadamer, <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>V\u00e9rit\u00e9 et m\u00e9thode<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, Seuil, 1996, p. 127.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Liberation Serif, Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> Point d\u00e9velopp\u00e9 dans J\u00e9r\u00f4me Alexandre, Alain Cugno, <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Art, Foi, Politique\u00a0: un m\u00eame acte<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, Hermann, 2017.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Liberation Serif, Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> L. Wittgenstein, <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>Remarques m\u00eal\u00e9es<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, GF Flammarion, 2002, p. 84.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Liberation Serif, Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"> M. de Certeau, <\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\"><i>La faiblesse de croire<\/i><\/span><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">, Seuil, 1987, pp. 313-314. La \u00ab\u00a0faiblesse\u00a0\u00bb n\u2019est pas entendue ici comme un d\u00e9faut mais comme un avantage.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte pr\u00e9sent\u00e9 au s\u00e9minaire ETAPE le 29 juin 2018. ***** La corr\u00e9lation entre art, spiritualit\u00e9 et politique va de soi quand on saisit l\u2019art et la spiritualit\u00e9 comme actes relevant du plus vif de la relation &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":583,"featured_media":4315,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[28,46,61],"tags":[],"class_list":["post-4191","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-analyses","category-art-culture","category-critique"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/spiritualit%C3%A9.jpg?fit=326%2C227&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pc9uqr-15B","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4191","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/583"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4191"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4191\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4326,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4191\/revisions\/4326"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4315"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4191"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4191"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4191"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}