{"id":4167,"date":"2018-12-08T20:13:07","date_gmt":"2018-12-08T18:13:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=4167"},"modified":"2019-02-03T10:54:36","modified_gmt":"2019-02-03T08:54:36","slug":"lecture-sorti-dusines-la-perruque-un-travail-detourne-de-robert-kosmann","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=4167","title":{"rendered":"Eloge de la perruque"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\" align=\"CENTER\">Les deux textes qui suivent viennent rappeler une vieille tradition ouvri\u00e8re : la perruque.<\/p>\n<ul>\n<li><em>One piece at a time ou les arts tactiques au travail<\/em> de Jan Middelbos a d\u00e9j\u00e0 paru dans le journal de l&rsquo;UFR de la fac de Rennes \u00ab\u00a0Sans niveau ni m\u00e8tre\u00a0\u00bb;<\/li>\n<li><em>Sorti d&rsquo;usine <\/em>est la recension par Guillaume de Gracia du livre de Robert Kosmann.<\/li>\n<\/ul>\n<p align=\"CENTER\">[tab:One piece at a time]<\/p>\n<h4 align=\"CENTER\"><strong><i>One Piece at a Time ou les arts tactiques au travail<\/i><\/strong><\/h4>\n<p><i>One Piece at a Time<\/i> est le titre d\u2019une chanson rockabilly \u00e9crite par Wayne Kemp, interpr\u00e9t\u00e9e et enregistr\u00e9e par Johnny Cash and The Tennessee Three en 1976. Johnny Cash y conte l\u2019histoire d\u2019un ouvrier qui travaille \u00e0 un poste d\u2019assemblage de roues, sur une cha\u00eene de montage de la General Motors Corporation \u00e0 Detroit. \u00c0 force de voir d\u00e9filer devant lui ces belles Cadillac dont il a toujours r\u00eav\u00e9, il met en place un plan pour s\u2019en fabriquer une et, pour qu\u2019elle ne lui co\u00fbte pas un centime, d\u00e9cide de voler les pi\u00e8ces \u00e0 l\u2019usine, une par une. Pour faire sortir les petites pi\u00e8ces (\u00e9crous, boulons, engrenages, pompe \u00e0 carburant, etc.), il utilise sa grande gamelle (<i>in my<\/i><i> big l<\/i><i>unchbox<\/i>) et, pour sortir les pi\u00e8ces plus grandes (moteur, coffre, transmission, etc.), il les transporte clandestinement jusqu\u2019au camping-car d\u2019un coll\u00e8gue complice (<i>in my buddy\u2019s mobile home<\/i>). Cependant, la nuit m\u00eame o\u00f9 il cherche \u00e0 assembler les pi\u00e8ces qu\u2019il a accumul\u00e9es sur plus de vingt-quatre ann\u00e9es, il se rend compte qu\u2019elles ne s\u2019emboitent pas les unes dans les autres. Et pour cause, au fur et \u00e0 mesure que le temps a pass\u00e9, les mod\u00e8les de Cadillac ont chang\u00e9 (<i>the transmission was a <\/i><i>\u2018<\/i><i>53 and the motor turned out to be a <\/i><i>\u2018<\/i><i>73<\/i>). Notre ouvrier se trouve donc oblig\u00e9 de bricoler sa voiture pour adapter les pi\u00e8ces d\u2019un mod\u00e8le sur l\u2019autre<span style=\"color: #ff0000;\">. <\/span>Il parvient finalement \u00e0 fabriquer sa propre Cadillac \u00e0 l\u2019allure composite et aux formes hybrides\u00a0: deux phares \u00e0 gauche, un seul \u00e0 droite, porte trop petite, aile trop grande, boite de vitesse inadapt\u00e9e, etc. N\u00e9anmoins tr\u00e8s fier de sa \u00ab\u00a0Psycho Billy Cadillac\u00a0\u00bb enfin termin\u00e9e, il la pr\u00e9sente \u00e0 sa femme, qui semble avoir quelques doutes\u2026 mais elle ouvre la porti\u00e8re et lui dit\u00a0: \u00ab\u00a0ch\u00e9ri, emm\u00e8ne-moi faire un tour\u00a0\u00bb\u00a0(<i>honey, take me for a spin<\/i>). Au volant de sa voiture, il prend alors la rue principale de la ville afin d\u2019exposer, aux yeux de tous les passants (hilares), l\u2019objet de son travail\u00a0: une Cadillac unique, obtenue pi\u00e8ce apr\u00e8s pi\u00e8ce, et qui ne lui a pas cout\u00e9 un sou (<i>I got it one piece at a time and it didn\u2019t cost me a dime<\/i>).<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, s\u2019il avait fallu trouver un hymne pour nos rencontres autour des arts tactiques au travail, nous aurions aussi bien pu le choisir dans le vaste r\u00e9pertoire des chants de travail (<i>Work Songs<\/i>), de ces chants d\u2019esclaves et de travailleurs qui \u00e9mergent directement de leur quotidien v\u00e9cu <i>au travail<\/i>. Cependant, pour nous accompagner dans nos discussions, nous avons choisi ce chant <i>sur le travail<\/i> ou plus exactement, <i>sur<\/i> les mani\u00e8res de voler <i>au travail<\/i> et <i>sur le travail \u00e0 c\u00f4t\u00e9<\/i><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Plus qu\u2019un r\u00e9cit fictionnel, <i>One Piece at a Time<\/i> appara\u00eet comme une ode enthousiaste \u00e0 la gloire de ces h\u00e9ros anonymes pratiquant des arts rus\u00e9s au travail et r\u00e9cup\u00e9rant leurs savoir-faire pour les transfigurer \u00ab\u00a0hors du travail,\u00a0dans un cadre qui changera le sens de l\u2019objet produit<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb, comme le dit V\u00e9ronique Moulini\u00e9.<\/p>\n<p>Selon les propos rapport\u00e9s par Keith Martin et Linda Clark<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>, Michael Streissguth, dans la biographie<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a> qu\u2019il consacre \u00e0 Johnny Cash, \u00e9crit que l\u2019id\u00e9e de cette chanson serait venue \u00e0 Wayne Kemp, apr\u00e8s qu\u2019il ait entendu parler de l\u2019histoire d\u2019un pilote de l\u2019air qui aurait vol\u00e9 suffisamment de pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es, dans la base a\u00e9rienne o\u00f9 il travaillait, pour fabriquer son propre h\u00e9licopt\u00e8re<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Si la r\u00e9alit\u00e9 inspire la fiction, de cette fiction ils ont aussi cherch\u00e9 \u00e0 faire une r\u00e9alit\u00e9. Apr\u00e8s l\u2019enregistrement de cette chanson et dans l\u2019objectif d\u2019en faire la promotion, le garagiste Bruce Fitzpatrick a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 fabriquer une Cadillac avec cette chanson comme partition. Fitzpatrick, qui a collectionn\u00e9 tous les mod\u00e8les de Cadillac mentionn\u00e9s dans la chanson, fabriquera la voiture en une dizaine de jours. Baptis\u00e9e <i>\u201849-\u201970 Cadillac<\/i>, le garagiste la pr\u00e9sentera \u00e0 Johnny Cash en avril 1976, soit vingt-sept ans apr\u00e8s que notre <i>working class hero<\/i> de la chanson de Cash ait int\u00e9gr\u00e9 la ligne de montage de General Motors (en 1949). Il existe une photo de cette\u00a0<i>\u201949-\u201970 Cadillac<\/i> : avec Cash au volant, les trois membres du Tennessee Three en passagers et Fitzpatrick qui pose fi\u00e8rement \u00e0 cot\u00e9 de la voiture. Par la suite, Bruce Fitzpatrick r\u00e9cup\u00e8rera la Cadillac (rest\u00e9e gar\u00e9e \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la maison-mus\u00e9e de Johnny Cash jusqu\u2019\u00e0 sa fermeture en 1985) et d\u00e9cidera finalement, contre toute attitude de f\u00e9tichisation, de l\u2019envoyer \u00e0 la casse (<i>We crushed it. Today it\u2019s probably a Nissan or something<\/i><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a>).<\/p>\n<p>Mais si cette chanson et cette voiture n\u2019avaient \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9es par l\u2019anecdote du pilote de l\u2019air, elle aurait tout aussi bien pu l\u2019\u00eatre d\u2019autres r\u00e9cits d\u2019aventures du travail en perruque<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a>, telle cette histoire rapport\u00e9e par Robert Kosmann dans son livre <i>Sorti d\u2019usines<\/i>, qui fait \u00e9tat de la perruque la plus imposante qu\u2019il a pu rencontrer. Il s\u2019agit d\u2019un petit avion qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 pendant dix ans (de 1990 \u00e0 2000) aux ateliers d\u2019entretien du mat\u00e9riel d\u2019Air France. Fred (il s\u2019agit d\u2019un pseudonyme) a ainsi construit un avion monomoteur\u00a0\u00e0 la fois en perruque et chez lui sur son temps disponible. Il a commenc\u00e9 les travaux en 1990, d\u2019abord dans son studio, puis, a lou\u00e9 un garage pour stocker le fuselage et les ailes (construites dans sa salle \u00e0 manger). L\u2019avion est immatricul\u00e9 sans ambigu\u00eft\u00e9\u00a0: <i>P-RUQ<\/i> et a pris son envol en 2000<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\"><sup>8<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>La fabrication de cet a\u00e9roplane n\u00e9cessite donc, l\u00e0 encore, un transfert des pi\u00e8ces et d\u2019un savoir-faire de l\u2019entreprise \u00e0 la maison, de la sph\u00e8re professionnelle \u00e0 celle du loisir de l\u2019amateur. Unique en son genre et d\u2019une taille particuli\u00e8rement exceptionnelle pour une perruque, ce zinc plairait sans aucun doute \u00e0 ces autres passionn\u00e9s qu\u2019on appelle les <i>spotters<\/i> (observateurs). En effet, les <i>spotters<\/i> sont ces individus qui arpentent les a\u00e9roports (\u00e9quip\u00e9s de jumelles, de t\u00e9l\u00e9objectifs, de parasols et de glaci\u00e8res) pour observer, r\u00e9pertorier et photographier les avions. Toujours \u00e0 la recherche d\u2019un nouveau sp\u00e9cimen, ces collectionneurs fr\u00e9n\u00e9tiques vont jusqu\u2019\u00e0 recenser les num\u00e9ros d\u2019immatriculation des avions. Autant dire que la photographie du matricule <i>P-RUQ<\/i> pourrait figurer tout en haut du tableau de chasse de l\u2019un d\u2019entre eux. Ces <i>spotteurs<\/i>, font ainsi figure d\u2019\u00ab\u00a0amateurs professionnels\u00a0\u00bb, tant leur expertise rivalise avec celle des professionnels, y compris celle du contr\u00f4leur a\u00e9rien Olivier Lapert qui, pour leur faire un clin d\u2019\u0153il, d\u00e9place son regard, normalement riv\u00e9 sur les avions et les \u00e9quipements de surveillance, pour filmer, en amateur et \u00e0 partir de sa position de contr\u00f4le, ceux qu\u2019il nomme <i>Les voyants<\/i><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\"><sup>9<\/sup><\/a>. Ces <i>spotters<\/i>, pourtant constamment aux aguets, sont ainsi pris dans l\u2019angle du panoptique de la tour de contr\u00f4le et <i>spott\u00e9s<\/i> par un professionnel. Pour <i>spotter<\/i> ces <i>spotters<\/i>, Olivier Lapert s\u2019arr\u00eate de travailler et sort des contraintes de son poste pour se r\u00e9approprier le dispositif professionnel\u00a0d\u2019observation mais du point de vue de l\u2019amateur. Il op\u00e8re une disjonction entre\u00a0le travail prescrit \u2013 celui qui n\u2019attend pas et qui r\u00e9pond \u00e0 des objectifs pr\u00e9cis d\u00e9finis par l\u2019employeur \u2013 et sa capacit\u00e9 d\u2019exercer son regard et ses comp\u00e9tences autrement. Il rompt, l\u2019espace d\u2019un instant, avec l\u2019assignation des t\u00e2ches et des fonctions, pour rev\u00eatir le costume de l\u2019amateur qu\u2019il prend alors comme mod\u00e8le, cherchant sans doute par l\u00e0 \u00e0 se muer lui-m\u00eame en \u00ab\u00a0professionnel-amateur\u00a0\u00bb, \u00e0 op\u00e9rer sa propre \u00ab\u00a0pro-am revolution<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\"><sup>10<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb, \u00e0 se jouer, en tant qu\u2019aiguilleur du ciel, de la distinction entre professionnel et amateur.<\/p>\n<p>Mais Olivier Lapert, comme de nombreux autres travailleurs polymorphes (qui circulent dans diff\u00e9rentes sph\u00e8res d\u2019activit\u00e9s<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\"><sup>11<\/sup><\/a>), se joue \u00e9galement de ce double statut \u2013 de ce \u00ab pied r\u00e9mun\u00e9rateur qui permet[rait] \u00e0 l\u2019autre de \u00ab\u00a0danser<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote12sym\" name=\"sdfootnote12anc\"><sup>12<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb, pour reprendre l\u2019expression de Bernard Lahire \u2013 car, en faisant art d\u2019un retournement de son poste de travail, il renverse aussi les divisions du travail entre l\u2019artiste amateur et l\u2019artiste professionnel qui entend, pour sa part, se distinguer en faisant de son \u00ab\u00a0art\u00a0\u00bb une profession.<\/p>\n<p>Si Olivier Lapert peut se servir de son poste de travail pour \u00ab\u00a0<i>spotter\u00a0\u00bb in situ<\/i>, les rus\u00e9s pourront de m\u00eame se servir de leur place occup\u00e9e pour r\u00e9aliser des enqu\u00eates. Une forme d\u2019enqu\u00eate produite par des travailleurs eux-m\u00eames mais en amateur, puisqu\u2019ils n\u2019ont pas choisi leurs situations de travail en fonction d\u2019un terrain suppos\u00e9 plus ou moins propice, comme un sociologue ou un militant politique pourraient le faire, mais plut\u00f4t, dans une logique inverse, o\u00f9 les situations de travail auxquelles ils ont eu acc\u00e8s se sont impos\u00e9es \u00e0 eux, par la n\u00e9cessit\u00e9 de travailler pour vivre.<\/p>\n<p>Un art de l\u2019enqu\u00eate, qui s\u2019essayerait alors \u00e0 donner une autre \u00ab\u00a0version\u00a0\u00bb des mondes du travail, \u00e0 l\u2019image de l\u2019artiste Jeffrey Perkins qui, pour gagner sa vie, a travaill\u00e9 comme chauffeur de taxi \u00e0 New York pendant vingt ans et s\u2019est ainsi servi de son \u00ab\u00a0pied r\u00e9mun\u00e9rateur\u00a0\u00bb pour y mener une enqu\u00eate artistique participative, cherchant, en <i>Fluxus Cabdriver<\/i> \u2013 comme l\u2019aurait surnomm\u00e9 Nam June Paik \u2013 \u00e0 concilier l\u2019art et la vie. En accord avec ses clients, il a collectionn\u00e9 les enregistrements des conversations qu\u2019il a eues avec eux pendant sept ans (de 1995 \u00e0 2002), constituant de la sorte une archive remarquable de plus de 350 heures consign\u00e9es sur des cassettes audio, qu\u2019il a num\u00e9rot\u00e9es, et dont il a r\u00e9pertori\u00e9 le contenu dans des carnets. L\u2019artiste en chauffeur de taxi travaillait donc en parall\u00e8le \u00e0 un art de la discussion, acqu\u00e9rant ainsi une expertise dans l\u2019art de manier les entretiens \u2013 dont la dur\u00e9e \u00e9tait r\u00e9gl\u00e9e par le tempo de la course, elle-m\u00eame fonction du rythme impos\u00e9 par le trafic routier.<\/p>\n<p>Cependant, ces enregistrements \u00ab\u00a0auto patrimonialis\u00e9s\u00a0\u00bb au quotidien (\u00e0 la fa\u00e7on fr\u00e9n\u00e9tique que pouvait avoir notre h\u00e9ros Psychobilly d\u2019accumuler les pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es) ne sauraient jamais recouvrir en l\u2019\u00e9tat, la r\u00e9alit\u00e9 de vingt ann\u00e9es d\u2019un travail routinier. De cette archive \u00e0 retardement il y avait donc bien l\u00e0 quelque chose \u00e0 construire, \u00e0 fabriquer.D\u2019abord par Perkins lui-m\u00eame, qui a r\u00e9alis\u00e9 plusieurs montages \u00e0 partir de ses archives et qui les a montr\u00e9s \u00e0 plusieurs occasions,\u00a0notamment sous l\u2019intitul\u00e9 du projet\u00a0<i>Movies for the Blind<\/i><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote13sym\" name=\"sdfootnote13anc\"><sup>13<\/sup><\/a>.<i> <\/i>Puis, selon les projets propos\u00e9s, Jeffrey Perkins n\u2019h\u00e9sitera pas \u00e0 se dessaisir de ses mat\u00e9riaux (de ses enregistrements) pour les confier \u00e0 d\u2019autres (tel que les \u00ab\u00a0enqu\u00eat\u00e9s\u00a0\u00bb, ses passagers, l\u2019avaient fait pour lui, en acceptant d\u2019\u00eatre enregistr\u00e9s), de leur d\u00e9l\u00e9guer ainsi le soin de choisir et d\u2019inventer d\u2019autres formes \u00e0 donner \u00e0 la restitution de ses entretiens. Comme dans le cadre du workshop organis\u00e9 par Sophie Lapalu \u00e0 l\u2019\u00c9cole d\u2019art de Paris-Cergy (ENSAPC) en 2011, o\u00f9 les \u00e9tudiants \u00e9taient invit\u00e9s \u00e0 chercher (en partenariat avec Jeffrey Perkins) des mani\u00e8res de s\u2019approprier ces enregistrements, de penser des dispositifs d\u2019activation et de publication, de rendre son travail public, et de contribuer de la sorte \u00e0 <i>exhumer<\/i> en France les archives de Perkins<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote14sym\" name=\"sdfootnote14anc\"><sup>14<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Aussi, \u00e0 la fa\u00e7on qu\u2019a pu avoir Olivier Lapert de <i>spotter<\/i> les <i>spotteurs<\/i>, Johanna Viprey, en artiste-ethnographe, a enqu\u00eat\u00e9 sur l\u2019enqu\u00eateur-artiste Jeffrey Perkins<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote15sym\" name=\"sdfootnote15anc\"><sup>15<\/sup><\/a>. Outre le fait de mener une enqu\u00eate du point de vue des sciences sociales (en ethnographe), qui vise, selon son propre terme, \u00e0 <i>instruire<\/i> les pratiques et l\u2019art de l\u2019enqu\u00eate de Perkins, elle a cherch\u00e9 du point de vue de l\u2019art (en artiste-curator), et en accord avec Perkins, \u00e0 <i>affecter<\/i> son travail par l\u2019ajout de sa vision subjective, en r\u00e9alisant notamment des performances, telle celle intitul\u00e9e <i>Bear Dream (With Rabbit)<\/i><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote16sym\" name=\"sdfootnote16anc\"><sup>16<\/sup><\/a>. Elle se r\u00e9approprie de cette fa\u00e7on le titre (<i>Bear Dream<\/i>) de l\u2019une des nombreuses cassettes de Perkins ayant attir\u00e9 son attention. Dans le cadre de cette performance, Johanna Viprey met le contenu de cette cassette \u00e0 disposition du public (\u00e0 l\u2019\u00e9coute au casque et en boucle) sous le nom de<i> Bear Dream (29)<\/i> et, en parall\u00e8le, raconte l\u2019histoire de sa rencontre avec Perkins, sa pratique et le \u00ab\u00a0processus d\u2019affectation mutuel que provoque cette connexion<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote17sym\" name=\"sdfootnote17anc\"><sup>17<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 notre sens, la force de \u00ab\u00a0l\u2019enqu\u00eate artistique\u00a0\u00bb men\u00e9e par Jeffrey Perkins (et d\u00e9ploy\u00e9e en complicit\u00e9 avec Sophie Lapalu et Johanna Viprey), est pr\u00e9cis\u00e9ment qu\u2019elle n\u2019est pas une enqu\u00eate socio-anthropologique au sens classique mais cherche, notamment au travers de ces \u00ab\u00a0documents d\u2019action\u00a0\u00bb, des formes interpr\u00e9tatives de restitutions qui \u00e9chappent \u00e0 l\u2019objectivation traditionnelle\u00a0propres aux sciences sociales. En confiant ses enregistrements \u00e0 d\u2019autres artistes, mu\u00e9s pour l\u2019occasion en curateurs, Jeffrey Perkins leur laisse le soin de ne pas rel\u00e9guer hors-champ l\u2019interpr\u00e9tation subjective et les processus qui les ont conduits \u00e0 la manipulation et \u00e0 l\u2019appropriation de ses mat\u00e9riaux r\u00e9colt\u00e9s, mais au contraire, de les assumer, de les int\u00e9grer comme constituants de la restitution et de la mutation-d\u00e9vi\u00e9e qu\u2019ils pourraient faire de cette \u00ab\u00a0mati\u00e8re brute\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>De cette fa\u00e7on, les enqu\u00eates participatives permettent aux salari\u00e9s-artistes de t\u00e9moigner des conditions d\u2019existence v\u00e9cue au travail. Des enqu\u00eates qui, en s\u2019appuyant sur les pratiques de d\u00e9tournement et de d\u00e9viance, interrogent la repr\u00e9sentation du monde du travail de l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame du processus de travail. Il en va \u00e9galement ainsi de l\u2019attitude du peintre Laurent Marissal qui, employ\u00e9 (d\u2019avril 1997 \u00e0 janvier 2002) comme agent de surveillance au Mus\u00e9e Gustave Moreau, utilisait \u00ab\u00a0<i>\u00e0 des fins picturales le temps ali\u00e9n\u00e9 \u00e0 la Direction des Mus\u00e9es de France.\u00a0<\/i>\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote18sym\" name=\"sdfootnote18anc\"><sup>18<\/sup><\/a> Laurent Marissal use de nombreux subterfuges pour d\u00e9jouer le regard mena\u00e7ant des cam\u00e9ras de vid\u00e9o surveillance. Il fait de chacun d\u2019eux des \u0153uvres. Avec <i>Sieste clandestine<\/i>,il r\u00e9alise un autoportrait vid\u00e9o sur son lieu et pendant son temps de travail<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote19sym\" name=\"sdfootnote19anc\"><sup>19<\/sup><\/a>. Il se dessine deux yeux ouverts qu\u2019il colle sur ses paupi\u00e8res pour faire une<b> <\/b>sieste. Cette auto-repr\u00e9sentation au travail nous donne \u00e0 voir l\u2019artiste en train de se \u00ab\u00a0coltiner\u00a0\u00bb le r\u00e9el et de faire un apprentissage rus\u00e9 de son contexte de travail. Il prend \u00e0 contre-pied des injonctions autoritaires jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absurde en les d\u00e9jouant avec ironie. L\u2019artiste-gardien de salle r\u00e9pond ainsi aux strat\u00e9gies men\u00e9es par l\u2019encadrement du mus\u00e9e par des formes de retournement et de r\u00e9sistance habile. Mais Laurent Marissal \u00e9tend aussi le domaine de son \u0153uvre \u00e0 des r\u00e9sistances sociales moins discr\u00e8tes. Apr\u00e8s avoir mis en place avec ses coll\u00e8gues une \u00ab\u00a0premi\u00e8re plate-forme de revendications\u00a0\u00bb (Texte sign\u00e9 par les agents le 14 septembre 1997), il cr\u00e9er une active section syndicale (d\u00e9clar\u00e9e le 6 janvier 1998 sous le nom\u00a0: section CGT-Gustave Moreau) \u00e0 des fins picturales,\u00a0pour \u00ab\u00a0modifier r\u00e9ellement l\u2019espace et le temps au mus\u00e9e\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote20sym\" name=\"sdfootnote20anc\"><sup>20<\/sup><\/a>. Pour ce qui est de la m\u00e9tamorphose de l\u2019espace, ce sont les treizi\u00e8me et quatorzi\u00e8me points (sur quarante) de cette plate-forme de revendications qui les portent. On peut lire dans le chapitre \u00ab\u00a0am\u00e9lioration des conditions d\u2019hygi\u00e8ne et de s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0: <i>13. Installer un vestiaire et une salle de repos pour les agents dignes de se nom (pi\u00e8ce trop petite pour 6 personnes). 14. Installer des toilettes s\u00e9par\u00e9es pour le personnel et le public, avec distinction homme\/femme.<\/i> Et c\u2019est sous la contrainte syndicale men\u00e9e par l\u2019artiste que ces points de revendication aboutiront \u00e0 un redimensionnement physique des espaces. La Direction des Mus\u00e9es de France (DMF) se voyant dans l\u2019obligation de programmer des travaux pour am\u00e9nager \u2013 entre autres \u2013 \u00ab\u00a0une salle de pause, des vestiaires, de doter le mus\u00e9e de nouveaux locaux pour l\u2019administration [\u2026] et d\u2019am\u00e9nager des r\u00e9serves.Des r\u00e9unions avec l\u2019architecte [sont \u00e9galement organis\u00e9es pour permettre] aux agents d\u2019exprimer leur d\u00e9sir\u2026 Lors de ces r\u00e9unions, [Laurent Marissal ne pourra s\u2019emp\u00eacher] de faire modifier la r\u00e9partition des espaces et [fera] d\u00e9placer une cloison modifiant le volume des espaces.\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote21sym\" name=\"sdfootnote21anc\"><sup>21<\/sup><\/a><\/p>\n<p>Par ces diff\u00e9rentes actions, Laurent Marissal tente, \u00e0 partir de sa position de <i>salari\u00e9-artiste<\/i>, un renversement \u2013 m\u00eame infime \u2013 des rapports de forces qui s\u2019exercent sur lui. Il se sert de son lieu de travail comme d\u2019un territoire de jeu pour mettre en place des formes de d\u00e9tournements qui lui appartiennent\u00a0: \u00ab <i>A\u00a0 son insu, le mus\u00e9e r\u00e9mun\u00e8re une production dont il n\u2019aura pas la jouissance.<\/i>\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote22sym\" name=\"sdfootnote22anc\"><sup>22<\/sup><\/a> Mais Laurent Marissal ne se contente pas d\u2019actions performatives. Il observe, enqu\u00eate et se fait aussi collectionneur en documentant syst\u00e9matiquement les donn\u00e9es qui le concernent tout en tenant le registre m\u00e9thodique de ses agissements. Par des jeux de positionnements et repositionnements (par exemple, sortir la cam\u00e9ra au bon moment et la placer au bon endroit) il cherche \u00e0 rendre visible les d\u00e9tournements qu\u2019il op\u00e8re sur l\u2019univers priv\u00e9 (ou semi-priv\u00e9) de son contexte de travail.<\/p>\n<p>D\u2019une fa\u00e7on diff\u00e9rente, l\u2019appropriation d\u00e9vi\u00e9e des moyens de l\u2019institution pourra aussi se mettre au service du \u00ab\u00a0d\u00e9tournement des flux de personnes\u00a0\u00bb par l\u2019\u00ab\u00a0usage du faux\u00a0\u00bb, \u00e0 la fa\u00e7on\u00a0dont \u00ab\u00a0l\u2019affaire des cartons pi\u00e9g\u00e9s\u00a0\u00bb, comme on l\u2019a appel\u00e9e, a eu d\u2019agiter le monde de l\u2019art parisien de l\u2019ann\u00e9e 1999. En effet, des cartons d\u2019invitations \u2013 v\u00e9ritables contrefa\u00e7ons qui reprenaient \u00e0 l\u2019identique les graphismes des galeries et mus\u00e9es parisiens \u2013 avaient \u00e9t\u00e9 adress\u00e9s \u00e0 un ensemble tr\u00e8s large d\u2019acteurs du milieu de l\u2019art pour les tromper, en les conviant \u00e0 des vernissages fictifs. Il n\u2019est pas \u00e9tonnant que ce projet collectif (qui a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 con\u00e7u, mis en \u0153uvre et diffus\u00e9 anonymement avant d\u2019\u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9), ait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la complicit\u00e9 de travailleurs de l\u2019art (de l\u2019\u00e9dition et de la communication) et que, ces cartons, aient \u00e9t\u00e9 en partie r\u00e9alis\u00e9s et fabriqu\u00e9s sur leurs lieux et pendant leur temps de travail. Laurent Patart, salari\u00e9 pendant douze ans d\u2019un petit mais tr\u00e8s r\u00e9put\u00e9 \u00e9diteur d\u2019estampes, s\u2019est ainsi servi, pour le fichier d\u2019envoi de ces faux cartons de vernissages, d\u2019une version r\u00e9duite mais enrichie de celui qu\u2019il avait constitu\u00e9 pour son employeur. Il pr\u00e9cise aussi que les cartons eux-m\u00eames \u00ab\u00a0furent imprim\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger selon la m\u00eame proc\u00e9dure de d\u00e9tournement clandestin\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote23sym\" name=\"sdfootnote23anc\"><sup>23<\/sup><\/a>. Cette action agit alors comme un piratage de papier qui fonctionne par un retournement des moyens de l\u2019institution artistique contre elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Retournement des moyens de l\u2019institution au profit de pratiques de \u00ab\u00a0sabotages\u00a0\u00bb, qui pourront elles-m\u00eames se transfigurer en \u00ab\u00a0d\u00e9tournement des flux \u00bb, comme en attestent les actions men\u00e9es par les Robins des bois d\u2019EDF-GDF (CGT de l\u2019\u00e9nergie). Ces travailleurs de l\u2019\u00e9nergie se sont fait conna\u00eetre en avril 2005, lorsqu\u2019ils ont coup\u00e9 le courant \u00e9lectrique de la r\u00e9sidence secondaire de l\u2019ancien commissaire europ\u00e9en Fritz Bolkestein<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote24sym\" name=\"sdfootnote24anc\"><sup>24<\/sup><\/a>. Si leurs principales interventions consistaient plut\u00f4t, jusque-l\u00e0, \u00e0 couper l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 de personnalit\u00e9s cibl\u00e9es (comme Alain Jupp\u00e9 ou le patron des patrons d\u2019alors Antoine Seilli\u00e8re), leur conduite ne s\u2019est pas arr\u00eat\u00e9e \u00e0 des formes de \u00ab\u00a0sabotages\u00a0\u00bb. Ils ont \u00e9galement enrichi leur r\u00e9pertoire d\u2019actions en y ajoutant l\u2019usage retourn\u00e9 des flux d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, comme en t\u00e9moigne Jean-Michel Mespoul\u00e8de : \u00ab\u00a0\u00c0 un moment donn\u00e9, on s\u2019est dit qu\u2019enlever l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 aux riches c\u2019\u00e9tait tr\u00e8s bien, mais que la donner \u00e0 ceux qui en ont besoin, ce serait pas mal aussi. Les Robins des bois sont n\u00e9s comme \u00e7a<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote25sym\" name=\"sdfootnote25anc\"><sup>25<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb. Lorsque des usagers, pris par la pr\u00e9carit\u00e9, sont dans l\u2019incapacit\u00e9 de payer leurs factures et que ceux-ci sont priv\u00e9s d\u2019\u00e9nergie, les agents d\u2019EDF-GDF engag\u00e9s dans cette lutte, r\u00e9tablissent clandestinement le courant ou le gaz au nom du droit \u00e0 l\u2019acc\u00e8s pour toutes et tous \u00e0 l\u2019\u00e9nergie. Parfois, c\u2019est le m\u00eame agent qui, en service command\u00e9, d\u00e9branche l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et qui, un peu plus tard, revient pour remettre en service le compteur. Ils signent leur passage en posant sur les compteurs un autocollant bleu et vert sigl\u00e9 \u00ab\u00a0Robin des bois EDF-GDF\u00a0\u00bb. Cela prouve que l\u2019usager n\u2019a pas lui-m\u00eame effectu\u00e9 un branchement \u00ab\u00a0sauvage\u00a0\u00bb et signale \u00e0 leurs autres coll\u00e8gues qu\u2019ils peuvent ici passer leur chemin. Dans un contexte de lutte, les savoir-faire professionnels retourn\u00e9s peuvent ainsi se mettre au service des particuliers pr\u00e9caris\u00e9s.<\/p>\n<p>Comme vous l\u2019aurez compris, s\u2019il s\u2019agit bien de discuter d\u2019art, ce n\u2019est pas de celui pratiqu\u00e9 par l\u2019artiste de profession, ni m\u00eame d\u2019un art qui se r\u00e9clamerait n\u00e9cessairement de l\u2019\u00ab\u00a0art\u00a0\u00bb. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, ce pourrait m\u00eame \u00eatre d\u2019un art, dont les pratiquants eux-m\u00eames seraient franchement hostiles aux termes d\u2019\u00ab artiste \u00bb ou d\u2019\u00ab art \u00bb. \u00c0 l\u2019image de ces ouvriers qui, de l\u2019usine \u00e0 la maison, transforment leur garage en mus\u00e9e et s\u2019adonnent \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019objets \u00ab\u00a0inutiles\u00a0\u00bb les plus divers \u2013 statues, tableaux, maquettes en bois, en ciment, en fer, etc. \u2013 et que V\u00e9ronique Moulini\u00e9 nomme les \u00ab\u00a0\u0153uvriers\u00a0ordinaires \u00bb, aussi pour \u00e9viter d\u2019utiliser \u00e0 leur \u00e9gard le terme d\u2019\u00ab\u00a0artiste\u00a0\u00bb\u00a0que nombre d\u2019entre eux recevraient presque comme une insulte\u00a0: \u00ab Tu trouves que j\u2019ai la tronche d\u2019un artiste, toi ? Moi, je suis un simple ouvrier. Je fais \u00e7a comme \u00e7a. Pour m\u2019occuper. Parce que je sais le faire aussi. C\u2019est tout<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote26sym\" name=\"sdfootnote26anc\"><sup>26<\/sup><\/a>. \u00bb Des \u00ab\u00a0\u0153uvriers\u00a0\u00bb qui, s\u2019ils acceptent de d\u00e9finir leurs objets en termes de \u00ab\u00a0plaisir technique\u00a0\u00bb, d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9motion esth\u00e9tique\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0beau\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0moche\u00a0\u00bb, repoussent la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0art\u00a0\u00bb. Comme le note \u00c9tienne de Banville, \u00e0 partir de l\u2019\u00e9tude de V\u00e9ronique Moulini\u00e9 mais au sujet des \u0153uvriers-perruqueurs cette fois, \u00ab\u00a0le refus de l\u2019acceptation de la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0art\u00a0\u00bb semble bien \u00eatre bas\u00e9 sur le refus de la cat\u00e9gorie sociale, sinon sociologique, de l\u2019\u00a0\u00bbartiste\u00a0\u00bb, non seulement avec sa \u00ab\u00a0tronche\u00a0\u00bb, mais surtout avec ce qu\u2019on lui attribue de style de vie et de cat\u00e9gorie sociale : \u00eatre artiste (reconnu) serait ressenti par beaucoup de perruqueurs \u2013 mais pas tous \u2013 comme une trahison, comme une rupture inacceptable avec leur carri\u00e8re d\u2019ouvrier, avec les relations avec les copains, bref leur propre image.\u00a0L\u2019art, c\u2019est d\u2019autres\u00a0! en quelque sorte. Et du c\u00f4t\u00e9\u00a0de la perruque, c\u2019est de la \u00ab\u00a0belle ouvrage<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote27sym\" name=\"sdfootnote27anc\"><sup>27<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est pour cette raison, qu\u2019on se m\u00e9fiera ici d\u2019\u00ab\u00a0artistiser\u00a0\u00bb de force des pratiques qui trouvent leurs chemins de travers et leurs l\u00e9gitimit\u00e9s en dehors du petit monde de l\u2019art. On cherchera \u00e0 \u00e9viter de juger les productions de ces \u00ab\u00a0\u0153uvriers ordinaires\u00a0\u00bb <i>comme si<\/i> il s\u2019agissait l\u00e0 d\u2019\u00ab\u00a0\u0153uvres d\u2019art\u00a0\u00bb \u2013 ou de \u00ab\u00a0pi\u00e8ces\u00a0\u00bb pour utiliser la novlangue propre \u00e0 certains mondes de l\u2019art actuels. Car c\u2019est bien aux regards complices de sa femme et des passants de la rue que la Psycho Billy Cadillac est expos\u00e9e par son producteur (et par extension au public de Johnny Cash), et non \u00e0 l\u2019adresse d\u2019un public de l\u2019\u00ab\u00a0art\u00a0\u00bb et dans ses espaces suppos\u00e9s l\u00e9gitimes. Inversement, s\u2019il se peut qu\u2019on expose des formes qui se r\u00e9clament de l\u2019\u00ab\u00a0art\u00a0\u00bb, ces propositions pourront \u00eatre jug\u00e9es, non pas tant au regard des crit\u00e8res de la l\u00e9gitimit\u00e9 artistique, qu\u2019\u00e0 l\u2019aune de l\u2019efficacit\u00e9 tactique qu\u2019elles ont su susciter, en un certain sens jug\u00e9s, comme le propose Jean-Claude Moineau, dans <i>l\u2019indiff\u00e9rence<\/i> de la revendication ou non d\u2019une intention artistique, ou qu\u2019elles aient \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9es, \u00e9tiquet\u00e9es comme \u00ab\u00a0art\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote28sym\" name=\"sdfootnote28anc\"><sup>28<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, si nous continuons \u00e0 parler ici d\u2019art, ce n\u2019est pas d\u2019un \u00ab\u00a0art\u00a0\u00bb au sens exclusif de ce que les artistes (se r\u00e9clamant de l\u2019\u00ab\u00a0art\u00a0\u00bb) pourraient en faire (que ce soit sur leurs lieux de travail ou par la suite, dans des espaces d\u2019arts d\u00e9di\u00e9s), mais bien plut\u00f4t d\u2019un art comme il y a des \u00ab\u00a0mani\u00e8res de faire\u00a0\u00bb. D\u2019un art donc, mais d\u2019un art comme il y a un art du jeu, du bricolage, du vol, de la perruque, de l\u2019enqu\u00eate\u2026 et de la guerre.<\/p>\n<p>Effectivement, le terme de \u00ab\u00a0tactique\u00a0\u00bb, qui se d\u00e9finit en rapport \u2013 ou en diff\u00e9renciation \u2013 avec celui de \u00ab\u00a0strat\u00e9gie\u00a0\u00bb, fait le plus souvent appel \u00e0 un champ lexical que l\u2019on peut qualifier de guerrier. Commun\u00e9ment, on consid\u00e8re que la strat\u00e9gie d\u00e9signe une partie de l\u2019art militaire, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019art de combiner des op\u00e9rations en vue d\u2019atteindre un objectif \u00e0 long terme, la tactique d\u00e9signant quant \u00e0 elle l\u2019art de conduire une op\u00e9ration militaire limit\u00e9e dans le cadre de cette strat\u00e9gie. Cependant, le sens des mots \u00ab\u00a0strat\u00e9gie\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0tactique\u00a0\u00bb a subi une extension d\u00e9bordant largement le simple usage militaire, pour contaminer des champs d\u2019action et de bataille diversifi\u00e9s tels que l\u2019\u00e9conomie, les math\u00e9matiques (th\u00e9ories des jeux), le sport, la politique, etc. Ainsi, de son c\u00f4t\u00e9, et \u00e0 partir de l\u2019opposition classique entre strat\u00e9gies et tactiques, Michel de Certeau appelle \u00ab\u00a0tactique\u00a0l\u2019action calcul\u00e9e que d\u00e9termine l\u2019absence d\u2019un propre. Alors aucune d\u00e9limitation de l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 ne lui fournit la condition d\u2019une autonomie. <i>La tactique n\u2019a pour<\/i><i> <\/i><i>lieu que celui de l\u2019autre<\/i>. Aussi doit-elle jouer avec le terrain qui lui est impos\u00e9 tel que l\u2019organise la loi d\u2019une force \u00e9trang\u00e8re.\u00a0[\u2026] Elle est mouvement \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du champ de vision de l\u2019ennemi\u00a0\u00bb [\u2026] et dans l\u2019espace contr\u00f4l\u00e9 par lui. [\u2026] Il lui faut utiliser, vigilante, les failles que les conjonctures particuli\u00e8res ouvrent dans la surveillance du pouvoir propri\u00e9taire. Elle y braconne. Elle y cr\u00e9e des surprises. Il lui est possible d\u2019\u00eatre l\u00e0 o\u00f9 on ne l\u2019attend pas. Elle est ruse<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote29sym\" name=\"sdfootnote29anc\"><sup>29<\/sup><\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et quel territoire <i>de l\u2019autre<\/i> que celui du monde du travail, prot\u00e9g\u00e9, entre autres, dans l\u2019entreprise, par les r\u00e8glements int\u00e9rieurs qui r\u00e9gissent alors les comportements suppos\u00e9s conformes et\/ou d\u00e9viants des salari\u00e9s<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote30sym\" name=\"sdfootnote30anc\"><sup>30<\/sup><\/a> : rapports au contrat de travail (et aux liens de subordination qu\u2019il implique), au r\u00e9gime de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production, au secret industriel, \u00e0 la hi\u00e9rarchie habilit\u00e9e \u00e0 diriger, surveiller et contr\u00f4ler l\u2019ex\u00e9cution du travail. Mais \u00e0 propos de ces \u00ab\u00a0arts (ou mani\u00e8res) de faire \u00bb auxquels Michel de Certeau consacre son investigation, il \u00e9crit en guise de pr\u00e9sentation de son livre, qu\u2019\u00e0 la diff\u00e9rence de Michel Foucault dans <i>Surveiller et Punir<\/i> : \u00ab\u00a0il ne s\u2019agit plus de pr\u00e9ciser comment la violence de l\u2019ordre se mue en technologie disciplinaire, mais d\u2019<i>exhumer les formes subreptices que prend la cr\u00e9ativit\u00e9 dispers\u00e9e, tactique et bricoleuse des groupes ou des individus pris d\u00e9sormais dans les filets de la \u00ab\u00a0surveillance<\/i><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote31sym\" name=\"sdfootnote31anc\"><sup>31<\/sup><\/a> <i>\u00a0\u00bb\u00a0<\/i>\u00bb \u2013 et il faudrait ajouter ici\u00a0: <span style=\"color: #242424;\"><i>au travail<\/i><\/span><span style=\"color: #242424;\">,<\/span> puisque c\u2019est le quotidien que nous avons choisi d\u2019interroger.<\/p>\n<p>Dans la lign\u00e9e de cette proposition, et au travers des \u00e9v\u00e9nements organis\u00e9s (notamment la journ\u00e9e d\u2019\u00e9tudes d\u00e9di\u00e9e aux<i> arts tactiques au travail<\/i> qui se d\u00e9roulera le 20\u00a0septembre 2018 \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Rennes 2 et l\u2019exposition intitul\u00e9e <i>One Piece at a Time\u00a0: les arts tactiques au travail<\/i> qui aura lieu au Cabinet du livre d\u2019artiste), nous porterons donc une attention particuli\u00e8re \u00e0 ce qui, dans les mondes du travail (tel que l\u2019organise la loi d\u2019une force qui lui est \u00e9trang\u00e8re), \u00e9chappe aux filets de la surveillance, au contr\u00f4le du bon d\u00e9roulement des activit\u00e9s et de la production.\u00a0C\u2019est en effet le pari que nous faisons, d\u2019un projet encore \u00e0 l\u2019\u00e9tat de recherche, de pr\u00e9senter et de discuter de ces arts qui ont cours derri\u00e8re les portes closes des univers priv\u00e9s de production et qui sont pratiqu\u00e9s au quotidien par les travailleurs, lorsqu\u2019ils se saisissent de la place qu\u2019ils occupent dans l\u2019entreprise pour tenter de plier, de tordre le r\u00e9el de ce contexte \u00e0 leurs propres fins, ou au profit d\u2019une production parall\u00e8le.<\/p>\n<p>Bien entendu, cette recherche qui proc\u00e8de par <em>t\u00e2tonnement<\/em> n\u2019aspire \u00e0 aucune exhaustivit\u00e9 mais s\u2019essaye plut\u00f4t \u00e0 d\u00e9ployer, depuis ce qu\u2019on pourrait appeler une \u00ab\u00a0bo\u00eete \u00e0 outils tactiques<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote32sym\" name=\"sdfootnote32anc\"><sup>32<\/sup><\/a><span style=\"color: #ff0000;\">\u00a0<\/span>\u00bb, un \u00e9ventail de propositions suffisamment large \u2013 entre l\u2019action discr\u00e9tionnaire et celle, plus manifeste, entre l\u2019action fictionnelle et celle, plus en prise avec le r\u00e9el, entre l\u2019action qui se r\u00e9clame de l\u2019art et celle qui ne s\u2019en r\u00e9clame pas, et entre l\u2019action critique et celle r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e,\u2026 \u2013 nous permettant de comprendre diff\u00e9rentes tactiques activables \u00e0 partir de la position de salari\u00e9 et, dans un m\u00eame temps, en esp\u00e9rant que ces formes <i>exhum\u00e9es<\/i> de cr\u00e9ativit\u00e9 et d\u2019inventivit\u00e9 nous incitent, nous donnent envie de faire \u00e0 notre tour. Nous chercherons plus particuli\u00e8rement \u00e0 rendre compte de quelques pratiques de retournement de cette \u00ab\u00a0bo\u00eete\u00a0\u00bb comme l\u2019escamotage, le blocage et le d\u00e9tournement des flux, la perruque, l\u2019usage du faux, le jeu, le bricolage, la gr\u00e8ve, l\u2019enqu\u00eate&#8230;<\/p>\n<p>\u00c9videmment, nous sommes conscients que les cat\u00e9gories de ce \u00ab\u00a0r\u00e9pertoire d\u2019actions\u00a0\u00bb sont subjectives et poreuses. Comme on l\u2019a vu, l\u2019usage du \u00ab\u00a0faux\u00a0\u00bb ou du \u00ab\u00a0sabotage\u00a0\u00bb pourra se muer en \u00ab\u00a0d\u00e9tournement des flux\u00a0\u00bb. Et la pratique de la perruque, \u00e0 elle seule, nous permettrait de discuter aussi bien des tactiques de vols, de jeux, de bricolages, de gr\u00e8ves\u2026 mais aussi du rapport qu\u2019entretiennent ces objets \u00e0 l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9, \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9, \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique\u2026 et pourquoi pas, \u00e0 l\u2019encontre du sociologue Michel Anteby qui dit de cette pratique qu\u2019\u00ab\u00a0elle pourrait bien appartenir \u00e0 ces<i> zones grises<\/i> tol\u00e9r\u00e9es par les propri\u00e9taires ou les directions d\u2019entreprise\u00a0[et pourrait \u00eatre m\u00eame]\u00a0un facteur de r\u00e9gulation du travail<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote33sym\" name=\"sdfootnote33anc\"><sup>33<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb, de questionner son potentiel politique en la consid\u00e9rant alors, en un sens inverse, comme une proche cousine d\u2019autres pratiques que l\u2019on peut qualifier de <i>communistes libertaires<\/i> ou d\u2019<i>anarcho-syndicalistes<\/i>. Effectivement, le travail en perruque permet, \u00e0 l\u2019\u00e9tat embryonnaire, l\u2019exercice quotidien de l\u2019auto-organisation (\u00ab\u00a0ce travail-l\u00e0, nous le planifions nous-m\u00eames et l\u2019ex\u00e9cutons comme bon nous semble<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote34sym\" name=\"sdfootnote34anc\"><sup>34<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb), de l\u2019action directe (il implique une r\u00e9appropriation et un retournement direct des moyens de production), et il implique une remise en cause profonde de la division technique et sociale du travail entendue comme source d\u2019ali\u00e9nation car ceux qui s\u2019y adonnent sont d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 un travail monotone, parcellis\u00e9 et ali\u00e9nant. Mais \u00e0 coup s\u00fbr, tous les perruqueurs ne se reconna\u00eetront pas dans ce type de l\u00e9gitimation politique et ne verrons l\u00e0 qu\u2019une construction th\u00e9orique de plus\u00a0: <i>On fait \u00e7a comme \u00e7a, pour s\u2019occuper et parce qu\u2019on sait le faire aussi c\u2019est tout<\/i><span style=\"color: #000000;\">.<\/span><\/p>\n<p><strong>Jan Middelbos<\/strong><\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup> <span style=\"font-size: small;\">Je reprends ici le titre de l\u2019ouvrage de Florence<\/span> <span style=\"font-size: small;\">Weber qui, en ethnographe, a r\u00e9alis\u00e9 une enqu\u00eate sur les occupations ouvri\u00e8res ext\u00e9rieures \u00e0 l\u2019usine\u00a0: <\/span><em><span style=\"font-size: small;\">Le Travail \u00e0-c\u00f4t\u00e9<\/span><\/em><span style=\"font-size: small;\">, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>\u00e9tude d\u2019ethnographie ouvri\u00e8re<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">, Paris, INRA \/ EHESS, 1989.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small;\"> V\u00e9ronique Moulini\u00e9, \u00ab\u00a0Des \u00ab\u00a0\u0152uvriers\u00a0\u00bb ordinaires. Lorsque l\u2019ouvrier fait le\/du beau\u2026\u00a0\u00bb, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>Terrain<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">, n\u00b032, mars 1999, p.43.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup> <span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\">Linda Clark,<\/span><\/span> <span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\">Keith Martin<\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\">, <\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\"><i>Strange But True Tales of Car Collecting: Drowned Bugattis, Buried Belvederes, Felonious Ferraris and other Wild Stories of Automotive Misadventure<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\">, Minneapolis,<\/span><\/span> <span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\">Motorbooks, 2013, p.163.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup> <span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\">Michael Streissguth, <\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\"><i>Johnny Cash: the biography<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\">, <\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\">Cambridge<\/span><span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\">,<\/span><\/span> <span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\">Da Capo Press, 2006. <\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\"><b>\u0002<\/b><\/span><\/sup> <span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\">Linda Clark,<\/span><\/span> <span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\">Keith Martin<\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\">, <\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\"><i>Strange But True Tales of Car Collecting<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\">,<\/span><span style=\"font-size: small;\"><i> op.cit<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">., p.163.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small;\"> Propos de Fitzpatrick rapport\u00e9s par <\/span><span style=\"font-size: small;\">Keith Martin et Linda Clark, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\"><i>Strange But True Tales of Car Collecting<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\">,<\/span><span style=\"font-size: small;\"><i> op.cit<\/i><\/span><span style=\"color: #ff0000;\"><span style=\"font-size: small;\"><i>.<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\">, p.165.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small;\"> Petit r\u00e9capitulatif des principales r\u00e8gles et contraintes du jeu\u00a0d\u2019un travail dit \u00ab\u00a0en perruque\u00a0\u00bb : <\/span><\/p>\n<ol>\n<li><span style=\"font-size: small;\">Se trouver dans un contexte salarial\u00a0: on pratique la perruque sur le lieu et pendant le temps de travail. <\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: small;\">La perruque suppose que le travailleur \u2013 ou les travailleurs \u2013 ait acc\u00e8s aux moyens de production et qu\u2019il se r\u00e9approprie les mat\u00e9riaux et outils de production disponibles. <\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: small;\">La perruque peut faire l\u2019objet d\u2019une commande (<\/span><span style=\"font-size: small;\">elle n\u2019est pas <\/span><span style=\"font-size: small;\">exclusivement<\/span><span style=\"font-size: small;\"> un travail \u00ab\u00a0pour soi\u00a0\u00bb, elle peut \u00eatre command\u00e9e par ou pour d\u2019autres\u00a0: coll\u00e8gues, amis, membres de la famille, etc.), mais elle est non marchande. On ne paye pas la perruque\u00a0! Elle est le plus souvent offerte et, dans des logiques de \u00ab\u00a0don \/ contre-don\u00a0\u00bb, elle peut \u00eatre \u00e9chang\u00e9e.<\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: small;\">Le but est de fabriquer ou transformer un objet en dehors de la production r\u00e9glementaire de l\u2019entreprise. La production d\u2019objets implique l\u2019expression d\u2019un \u00ab\u00a0savoir-faire professionnel\u00a0et technique \u00bb. En ce sens, il n\u2019est pas toujours possible de faire de la perruque.\u00a0 <\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-size: small;\">Enfin, il faut sortir de l\u2019entreprise l\u2019objet \u00ab\u00a0produit en douce\u00a0\u00bb, ce qui implique la fauche.<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small;\"> Robert Kosmann, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>Sorti d\u2019usines,<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\"> \u00e0 para\u00eetre en novembre 2018 aux \u00c9ditions Syllepse, Paris, p. 33.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small;\"> Olivier Lapert, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>Les Voyants<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">, film disponible via le lien : https:\/\/vimeo.com\/user7328448.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote10\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup> <span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\">Charles Leadbeater<\/span><\/span><span style=\"color: #ff0000;\"><span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\">,<\/span><\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\"> Paul Miller, <\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\">\u00ab\u00a0<\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\">The Pro-Am Revolution. <\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\">How enthusiasts are changing our economy and society<\/span><span style=\"font-size: small;\">\u00a0\u00bb (La r\u00e9volution des professionnels-amateurs\u00a0: Comment l\u2019enthousiasme transforme notre \u00e9conomie et notre soci\u00e9t\u00e9), <\/span><span style=\"font-size: small;\">Londres, <\/span><em><span style=\"font-size: small;\">Demos<\/span><\/em><span style=\"font-size: small;\"><i>, <\/i><\/span><em><span style=\"font-size: small;\">2004<\/span><\/em><span style=\"font-size: small;\"><i>.<\/i><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote11\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote11anc\" name=\"sdfootnote11sym\">11<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small;\"> Figure du <\/span>travailleur polymorphe, non pas tant au sens de la figure valoris\u00e9e <span style=\"font-size: small;\">par le capitalisme manag\u00e9rial en termes de transfert de comp\u00e9tences, d\u2019adaptabilit\u00e9 et de flexibilit\u00e9 qu\u2019au sens \u00e9mancipateur du terme, du refus inconditionnel de <\/span><span style=\"font-size: small;\">la division technique et sociale du travail, qui nous pousse \u00e0 tenter d\u2019en finir avec l\u2019opposition entre travail manuel et travail intellectuel, entre t\u00e2ches de direction, d\u2019encadrement et t\u00e2ches d\u2019ex\u00e9cution, entre travail de l\u2019art et travail \u00ab\u00a0socialement utile\u00a0\u00bb, afin de <\/span><span style=\"font-size: small;\">trouver des mani\u00e8res de circuler dans les diff\u00e9rents ordres du travail, \u00e0 la fa\u00e7on dont Marx et Engels pouvaient fixer cela comme t\u00e2che au communisme\u00a0: <\/span><span style=\"font-size: small;\">\u00ab<\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>\u00a0<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">Dans une organisation communiste de la soci\u00e9t\u00e9, ce qui sera supprim\u00e9 en tout \u00e9tat de cause, ce sont les barri\u00e8res locales et nationales, produits de la division du travail, dans lesquelles l\u2019artiste est enferm\u00e9, tandis que l\u2019individu ne sera plus enferm\u00e9 dans les limites d\u2019un art d\u00e9termin\u00e9, limites qui font qu\u2019il y a des peintres, des sculpteurs, etc., qui ne sont que cela, et le nom \u00e0 lui seul exprime suffisamment la limitation des possibilit\u00e9s d\u2019activit\u00e9 de cet individu et sa d\u00e9pendance par rapport \u00e0 la division du travail. Dans une soci\u00e9t\u00e9 communiste, il n\u2019y aura plus de peintres, mais tout au plus des gens qui, entre autres choses, feront de la peinture<\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>.<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\"><i><b>\u00a0<\/b><\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">\u00bb <\/span><span style=\"font-size: small;\">Friedrich Engels, Karl Marx, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>L\u2019Id\u00e9ologie allemande,<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\"> Paris, \u00c9ditions Sociales, 1976, p. 397.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote12\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote12anc\" name=\"sdfootnote12sym\">12<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"font-size: small;\">Bernard Lahire, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>La Condition litt\u00e9raire : la double vie des \u00e9crivains<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">, Paris, La D\u00e9couverte, 2006, p. 66. Nous rajoutons ici le conditionnel car ce \u00ab pied r\u00e9mun\u00e9rateur \u00bb pourrait \u00e9ventuellement permettre \u00e0 l\u2019autre de \u00ab danser \u00bb, si l\u2019activit\u00e9 r\u00e9mun\u00e9ratrice restait dans l\u2019\u00ab exercice \u00bb de l\u2019activit\u00e9 parall\u00e8le (quelle que soit sa forme, artistique ou dans la langue de l\u2019\u00e9crivain\u2026) mais lorsqu\u2019elle est aux antipodes, le probl\u00e8me reste de feindre de croire qu\u2019il est possible de se d\u00e9doubler quand on vit dans l\u2019impossibilit\u00e9 m\u00eame \u00ab du choix de sa fatigue \u00bb pour reprendre l\u2019expression de Jacques Ranci\u00e8re. C\u2019est sans doute dans cet \u00e9cart que r\u00e9side toute l\u2019injustice de la division sociale du travail entre \u00ab l\u2019artiste de profession \u00bb et le \u00ab salari\u00e9-artiste \u00bb, d\u2019\u00eatre s\u00e9par\u00e9s entre \u00ab ceux que dieu destine \u00e0 la pens\u00e9e et ceux qu\u2019il destine \u00e0 la cordonnerie \u00bb. Injustice que l\u2019on retrouve dans la correspondance entre le po\u00e8te-nanti Victor Hugo qui \u00e9crit au po\u00e8te-ouvrier Savinien Lapointe \u2013 qui vit quant \u00e0 lui dans l\u2019impossibilit\u00e9 m\u00eame \u00ab du choix de sa fatigue \u00bb : \u00ab Continuez ; soyez toujours ce que vous \u00eates, po\u00e8te et ouvrier, c\u2019est-\u00e0-dire penseur et travailleur \u00bb. Et Ranci\u00e8re de conclure : \u00ab \u2026honn\u00eate conseil de rester \u00e0 sa place en feignant de croire que cette place peut se d\u00e9doubler \u00bb. Propos de Victor Hugo rapport\u00e9s par Constant Hilbey, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>V\u00e9nalit\u00e9 des journaux<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">, Paris, 1845, p. 33, et cit\u00e9s par Jacques Ranci\u00e8re, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>La Nuit des prol\u00e9taires : archives du r\u00eave ouvrier<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">, Paris, Hachette Litt\u00e9ratures, 1981, p. 25.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote13\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote13anc\" name=\"sdfootnote13sym\">13<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small;\"> Films sans images (diffus\u00e9s \u00e0 l\u2019occasion du Seoul NYMax performance festival en 1996, puis lors du NY Underground film festival en 1997)\u00a0et une installation sonore (\u00e0 la Diapason Gallery en 1999) qui donnent \u00e0 entendre des extraits d\u2019enregistrements choisis par Perkins.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote14\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote14anc\" name=\"sdfootnote14sym\">14<\/a><sup><b>\u0002<\/b><\/sup> Ces ateliers ont notamment donn\u00e9 lieu par la suite \u00e0 une exposition intitul\u00e9e \u00ab\u00a0A Secret Poet (Jeffrey Perkins)\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019espace YGREC de l\u2019ENSAPC, du 23 novembre 2011 au 28 janvier 2012. La description du projet est disponible sur le site\u00a0de Sophie Lapalu (mise en ligne le 9 novembre 2011 et consult\u00e9e le 20 ao\u00fbt 2018)\u00a0: http:\/\/sophielapalu.blogspot.com\/2011\/11\/description-du-projet-secret-poet.html.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote15\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote15anc\" name=\"sdfootnote15sym\">15<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small;\"> Voir notamment <\/span><span style=\"font-size: small;\">Johanna<\/span> <span style=\"font-size: small;\">Viprey<\/span><span style=\"font-size: small;\">, \u00ab\u00a0De l\u2019artiste en chauffeur de taxi \u00e0 l\u2019artiste en commissaire\u00a0\u00bb, <\/span><em><span style=\"font-size: small;\">Images Re-vues<\/span><\/em><span style=\"font-size: small;\">, 11\u00a0|\u00a02013, document 4 (mis en ligne le 7 janvier 2014 et consult\u00e9 le 20 ao\u00fbt 2018)\u00a0:<\/span> <span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\">http:\/\/journals.openedition.org\/imagesrevues\/3129<\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\"> et Johanna Viprey, <\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\"><i>The Artist as a Cabdriver, A Methodological Journey with Jeff Perkins, Professional Outsider<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\">, Milan,<\/span><\/span> <span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\">Nero, 2014. <\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote16\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote16anc\" name=\"sdfootnote16sym\">16<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small;\"> R\u00e9alis\u00e9e \u00e0 l\u2019Institut Suisse de Rome (\u00e0 Milan) en 2014.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote17\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote17anc\" name=\"sdfootnote17sym\">17<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup> <span style=\"font-size: small;\">Johanna<\/span> <span style=\"font-size: small;\">Viprey<\/span><span style=\"font-size: small;\">, \u00ab\u00a0De l\u2019artiste en chauffeur de taxi \u00e0 l\u2019artiste en commissaire\u00a0\u00bb, <\/span><em><span style=\"font-size: small;\">loc. cit., p.18.<\/span><\/em><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote18\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote18anc\" name=\"sdfootnote18sym\">18<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small;\"> Laurent Marissal, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>Pinxit<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">, Rennes, Incertain Sens, 2005, p. 41.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote19\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote19anc\" name=\"sdfootnote19sym\">19<\/a><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><span style=\"font-size: small;\"> Laurent Marissal, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>Sieste clandestine<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">,<\/span><span style=\"font-size: small;\"> site personnel de l\u2019artiste\u00a0: http:\/\/painterman.over-blog.com.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote20\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote20anc\" name=\"sdfootnote20sym\">20<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small;\"> Laurent Marissal, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>Pinxit<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">, Rennes, Incertain Sens, 2005, p. 97.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote21\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote21anc\" name=\"sdfootnote21sym\">21<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small;\"> Laurent Marissal, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>Pinxit<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">, Rennes, Incertain Sens, 2005, p. 150.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote22\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote22anc\" name=\"sdfootnote22sym\">22<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small;\"> Laurent Marissal, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>Pinxit<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">, Rennes, Incertain Sens, 2005, p. 1.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote23\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote23anc\" name=\"sdfootnote23sym\">23<\/a><sup>\u0002<\/sup> Laurent Patart, <i>Perruques<\/i>,<b> <\/b>[message \u00e9lectronique] Envoy\u00e9 le : Mardi 8 mai 2018.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote24\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote24anc\" name=\"sdfootnote24sym\">24<\/a><sup>\u0002<\/sup> Les Robins des bois d\u2019EDF-GDF ont coup\u00e9 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 de Fritz Bolkestein apr\u00e8s qu\u2019il ait d\u00e9clar\u00e9, pour justifier son projet de directive permettant la mise en concurrence des travailleurs \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne, qu\u2019il \u00e9tait \u00ab\u00a0impossible de trouver un plombier<span style=\"color: #ff0000;\">\u00a0<\/span><span style=\"color: #00000a;\">\u00bb<\/span> pour les am\u00e9nagements de sa r\u00e9sidence secondaire\u00a0<span style=\"color: #00000a;\">\u00e0<\/span> Ramousies dans le Nord de la France<span style=\"color: #00000a;\">,<\/span> et que, dans ce contexte, \u00ab\u00a0il n\u2019\u00e9tait pas choquant de faire appel \u00e0 des plombiers polonais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote25\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote25anc\" name=\"sdfootnote25sym\">25<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small;\"> Propos de Jean-Michel Mespoul\u00e8de (secr\u00e9taire r\u00e9gional de la CGT-\u00c9nergie) recueillis dans son bureau, o\u00f9 tr\u00f4ne un troph\u00e9e arrach\u00e9 de haute lutte : le compteur \u00e9lectrique de la villa d\u2019Ernest-Antoine Seilli\u00e8re, par Fr\u00e9d\u00e9ric Potet, in \u00ab\u00a0La lumi\u00e8re des Robins des bois\u00a0\u00bb, <i>Le Monde<\/i>,disponible sur le site : <span style=\"font-size: small;\">https:\/\/www.lemonde.fr\/a-la-une\/article\/2005\/12\/26\/la-lumiere-des-robins-des-bois_724717_3208.html<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote26\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote26anc\" name=\"sdfootnote26sym\">26<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"font-size: small;\">V\u00e9ronique Moulini\u00e9, \u00ab\u00a0Des \u00ab\u00a0\u0152uvriers\u00a0\u00bb ordinaires. Lorsque l\u2019ouvrier fait le\/du beau\u2026\u00a0\u00bb, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>loc. cit.<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">, p. 41.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote27\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote27anc\" name=\"sdfootnote27sym\">27<\/a><sup><b>\u0002<\/b><\/sup><b> <\/b>\u00c9tienne de Banville, <em>L\u2019Usine en douce\u00a0: le travail en \u00ab\u00a0perruque\u00a0\u00bb<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 2001, p. 71-72.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote28\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote28anc\" name=\"sdfootnote28sym\">28<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small;\"> Jean-Claude Moineau, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>L\u2019Art dans l\u2019indiff\u00e9rence de l\u2019art<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">, Paris, PPT, 2001.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote29\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote29anc\" name=\"sdfootnote29sym\">29<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small;\"> Michel de Certeau, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>L\u2019Invention du quotidien<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">. <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>Tome 1 : Arts de faire<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">, Paris, Gallimard, 1990, p. 60-61. Nous soulignons.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote30\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote30anc\" name=\"sdfootnote30sym\">30<\/a><sup>\u0002<\/sup> Aussi, pour d\u00e9finir les formes de d\u00e9viance au travail, nous pouvons dire avec Howard Becker, que \u00ab\u00a0la d\u00e9viance n\u2019est pas une qualit\u00e9 de l\u2019acte commis par une personne, mais plut\u00f4t une cons\u00e9quence de l\u2019application par les autres [ceux qu\u2019il nomme \u00e9galement les \u00ab\u00a0entrepreneurs de morale\u00a0\u00bb] de normes et de sanctions \u00e0 un \u00ab\u00a0transgresseur\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb Howard Becker,<i> Outsiders<\/i>, Paris, \u00c9ditions M\u00e9taili\u00e9, 1985, p. 33.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote31\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote31anc\" name=\"sdfootnote31sym\">31<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small;\"> Michel de Certeau, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>L\u2019Invention du quotidien<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>op. cit.<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\"> p. XL. <\/span><span style=\"font-size: small;\">Nous soulignons.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote32\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote32anc\" name=\"sdfootnote32sym\">32<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup> <span style=\"font-size: small;\">On pourra ainsi observer qu\u2019\u00e0 partir d\u2019un \u00ab\u00a0r\u00e9pertoire d\u2019actions\u00a0\u00bb utilis\u00e9 comme un \u00ab\u00a0r\u00e9servoir\u00a0\u00bb commun et disponible, il existe une infinie richesse d\u2019interpr\u00e9tation dans l\u2019actualisation de ce r\u00e9pertoire, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019actions revendiqu\u00e9es comme politiques, artistiques ou tout simplement relevant<\/span> <span style=\"font-size: small;\">de \u00ab\u00a0conduites tactiques\u00a0\u00bb \u00e0 partir de la situation du poste de travail. Il faut entendre \u00ab\u00a0r\u00e9pertoire d\u2019actions\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0r\u00e9servoir\u00a0\u00bb au sens o\u00f9 la sociologue Ann Swidler parle de la culture comme d\u2019une \u00ab\u00a0bo\u00eete \u00e0 outils\u00a0\u00bb (<\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>Tool-Kit<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">), \u00ab\u00a0bo\u00eete \u00e0 outils\u00a0\u00bb que l\u2019on peut dire limit\u00e9e, contrairement \u00e0 l\u2019op\u00e9ration de subjectivation \u2013 rendue possible \u00e0 partir de cette m\u00eame bo\u00eete \u2013 qui, elle, semble infinie. <\/span><span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\">Ann Swidler, \u00ab\u00a0<\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\">Culture in Action: Symbols and Strategies\u00a0\u00bb, <\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\"><i>American Sociological Review<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\">,<\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"en-US\"> vol. 51, n\u00b02, avril 1986, pp. 273-286. <\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\">\u00c0<\/span><span style=\"font-size: small;\"> ce sujet voir aussi : Olivier Fillieule, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>Strat\u00e9gies de la rue : les manifestations en France<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">, Paris, Presses de Sciences Po, 1997, p. 210.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote33\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote33anc\" name=\"sdfootnote33sym\">33<\/a><sup>\u0002<\/sup> Michel Anteby, <i>Moral Gray Zones<\/i>, Princeton University, 2008, et \u00ab\u00a0La Perruque en usine\u00a0: approche d\u2019une pratique marginale, ill\u00e9gale et fuyante \u00bb, <i>Sociologie du travail<\/i>, n\u00b045, 2003, pp. 453-471.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote34\">\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote34anc\" name=\"sdfootnote34sym\">34<\/a><sup><span style=\"font-size: small;\">\u0002<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small;\"> Mikl<\/span><span style=\"font-size: small;\"><span lang=\"pl-PL\">\u00f3<\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\">s Haraszti, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><i>Salaire aux pi\u00e8ces\u00a0: Ouvrier dans les pays de l\u2019Est<\/i><\/span><span style=\"font-size: small;\">, Paris, Le Seuil, 1976, p. 139.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<p align=\"JUSTIFY\">[tab:Sorti d&rsquo;usine]<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\" align=\"JUSTIFY\"><strong>Lecture : Sorti d\u2019usines. La \u00ab\u00a0perruque\u00a0\u00bb un travail d\u00e9tourn\u00e9, de Robert Kosmann<\/strong><\/h4>\n<p align=\"JUSTIFY\"><i>\u00ab\u00a0\u00catre le perruquier, c\u2019est se faire gruger\u00a0\u00bb<\/i> nous apprend rapidement Robert Kosmann dans son livre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Etre le perruquier c\u2019est celui qui subit la perruque, autrement dit, celui qui a quelque chose \u00e0 perdre dans cette pratique\u00a0: en temps de travail, en mati\u00e8re premi\u00e8re, en usage de l\u2019\u00e9quipement, en autorit\u00e9 aussi\u2026 Bref, \u00eatre le perruquier, c\u2019est \u00eatre le taulier, le boss, le patron\u2026<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le perruqueur ou la perruqueuse, est de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la barricade. C\u2019est celle ou celui qui subit le travail et qui, pour s\u2019accommoder du chagrin, va tenter de grignoter un peu de temps sur la cha\u00eene de montage, va r\u00e9cup\u00e9rer des chutes de mati\u00e8re premi\u00e8re, va louvoyer pour \u00e9viter les contremaitres, va discr\u00e8tement sortir les pi\u00e8ces fabriqu\u00e9es &#8211; parfois une par une &#8211; de son usine ou va bosser la nuit plusieurs heures d\u2019affil\u00e9 afin de pratiquer son \u00ab\u00a0art\u00a0\u00bb. Parce que oui, ce livre est peut-\u00eatre d\u2019abord un grand livre d\u2019art, populaire, ill\u00e9gal, clandestin, subversif, utilitaire la plupart du temps mais parfois purement d\u00e9coratif\u2026 Car, tout au long de ses 180 pages s\u2019affichent une, deux voire trois \u0153uvres perruqu\u00e9es (toutes r\u00e9pertori\u00e9es \u00e0 la fin du livre avec leurs c\u00f4tes, les mat\u00e9riaux utilis\u00e9s, leurs dates et leurs lieux de production)\u2026 soit pr\u00e8s de 200 \u00ab\u00a0\u0153uvres\u00a0\u00bb en tout. De quoi avoir une vision relativement exhaustive de ce qui peut se fabriquer lorsqu\u2019on a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019enfin bosser pour soi ou ses camarades plut\u00f4t que pour le capital. C\u2019est l\u00e0 toute la pertinence du \u00ab\u00a0s\u00a0\u00bb \u00e0 la fin de \u00ab\u00a0l\u2019usine\u00a0\u00bb du titre\u00a0: toutes les pi\u00e8ces pr\u00e9sent\u00e9es ne sont pas issues du secteur de la m\u00e9tallurgie, loin s\u2019en faut.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Quand bien m\u00eame tous les perruqueurs et perruqueuses n\u2019ont pas explicitement en t\u00eate cette optique \u00ab\u00a0lutte de classe\u00a0\u00bb lors de leur pratique, toutes et tous entretiennent \u00e0 travers cette activit\u00e9 un rapport de r\u00e9volte face \u00e0 la production. Un rapport d\u2019autant plus net que la perruque est totalement ext\u00e9rieure au rapport marchand et qu\u2019elle valorise la solidarit\u00e9 entre exploit\u00e9-e-s. La perruque \u00ab\u00a0marchande\u00a0\u00bb, dont l\u2019un des exemples les plus parlants est sans doute la reproduction\/vente de nombreux d\u00e9codeurs pirates de la chaine crypt\u00e9e Canal + au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 est, elle, tax\u00e9e de \u00ab\u00a0travail au noir\u00a0\u00bb et stigmatis\u00e9e par les perruqueurs. Une \u00e9thique certaine donc au sein d\u2019une \u00ab\u00a0corporation\u00a0\u00bb d\u00e9cri\u00e9e \u00e0 la fois par le patronat mais aussi par les syndicats et les partis politiques pour <i>\u00ab\u00a0vol\u00a0\u00bb<\/i> (les premiers) mais aussi <i>\u00ab\u00a0individualisme et arrangement avec la ma\u00eetrise\u00a0\u00bb <\/i>(les seconds). Pour autant, on trouvera au fil des pages de ce livre autant d\u2019anciens perruqueurs syndicalistes (\u00e0 commencer par l\u2019auteur) que de t\u00e9moignages de perruques tol\u00e9r\u00e9es voire encourag\u00e9es (command\u00e9es m\u00eame\u00a0!) par la direction.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L\u2019auteur en conna\u00eet quelque chose puisque pendant pr\u00e8s de 20 ans il a \u00e9t\u00e9 ouvrier fraiseur chez Renault\u00a0o\u00f9 il a largement perruqu\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/%C3%A9chiquier.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-4168 aligncenter\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/%C3%A9chiquier.jpg?resize=541%2C390&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"541\" height=\"390\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/%C3%A9chiquier.jpg?resize=300%2C216&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/%C3%A9chiquier.jpg?w=600&amp;ssl=1 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 541px) 100vw, 541px\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Rang\u00e9 des bagnoles (c\u2019est le cas de le dire), Robert Kosmann devient historien et sociologue, s\u2019int\u00e9resse \u00e0 cette pratique ouvri\u00e8re massive et populaire\u00a0: un sujet pourtant, <i>\u00ab\u00a0fuyant et cach\u00e9\u00a0\u00bb<\/i> par d\u00e9finition. L\u2019auteur en donne une d\u00e9finition pr\u00e9cise\u00a0: <i>\u00ab\u00a0l\u2019utilisation de mat\u00e9riaux et d\u2019outils par un travailleur sur le lieu de l\u2019entreprise, pendant le temps de travail, dans le but de fabriquer un objet en dehors de la production r\u00e9glementaire de l\u2019entreprise\u00a0\u00bb<\/i> (page 13).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Un sujet dont on sait qu\u2019il remonte loin en arri\u00e8re\u00a0: du temps des Pharaons d\u00e9j\u00e0. Plus pr\u00e8s de nous, le p\u00e8re du Code Noir, Colbert &#8211; alors qu\u2019il est secr\u00e9taire de la Marine &#8211; se fend d\u2019une premi\u00e8re interdiction explicite de perruquer dans ses arsenaux. Mais, bien s\u00fbr, la perruque ne prend son v\u00e9ritable essor en tant que pratique massive qu\u2019avec le travail contraint et salari\u00e9 (on imagine mal un artisan \u00e0 son compte \u00ab\u00a0perruquer\u00a0\u00bb). Elle est donc quasiment consubstantielle de l\u2019industrialisation et du salariat\u00a0: d\u2019abord, pour la fabrication m\u00eame d\u2019outils que les ouvriers devaient poss\u00e9der s\u2019ils voulaient \u00eatre embauch\u00e9s en ce milieu de XIXe si\u00e8cle. Entre 1798 et 1936, l\u2019auteur rel\u00e8ve que 80% des 354 r\u00e8glements d\u2019ateliers \u00e9tudi\u00e9 par Michel Anteby (dans <i>La Perruque \u00e0 l\u2019usine<\/i>, en 2003), font \u00e9tat de sortie illicite de mat\u00e9riel, d\u2019outil ou d\u2019objets (page 91). Les 20% restant abordent explicitement la th\u00e9matique de la perruque. Par la suite, cette perruque servira aussi beaucoup (et tout simplement) \u00e0 la r\u00e9paration de toutes sortes d\u2019appareils qui se multiplient avec l\u2019essor de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation. Quant \u00e0 la perruque moderne (au bureau entres autres), elle est tax\u00e9e par Robert Kosmann de <i>\u00ab\u00a0fl\u00e2nerie salariale\u00a0\u00bb<\/i>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Au-del\u00e0 des consid\u00e9rations sociologiques et historiques de l\u2019auteur, au-del\u00e0 des t\u00e9moignages des perruqueurs et perruqueuses qui forment d\u2019une certaine mani\u00e8re une \u00ab\u00a0histoire populaire\u00a0\u00bb de la perruque, le grand m\u00e9rite de ce livre est de nous rappeler que la classe ouvri\u00e8re (pr\u00e8s d\u2019un tiers de l\u2019humanit\u00e9 encore aujourd\u2019hui) et au-del\u00e0, le prol\u00e9tariat, est en totale capacit\u00e9 d\u2019imaginer, concevoir, r\u00e9aliser, produire des objets parfois d\u2019une rare finesse et souvent d\u2019une exceptionnelle ma\u00eetrise dans des conditions de clandestinit\u00e9 et d\u2019urgence hostiles. Qu\u2019on imagine donc un peu ce qu\u2019il en sera lorsqu\u2019elle sera aux affaires\u00a0! C\u2019est tout l\u2019enjeu de la \u00ab\u00a0Grande Perruque\u00a0\u00bb que le Hongrois Miklos Haraszti appelle de ses v\u0153ux\u00a0: celle dont l\u2019artiste anarcho-perruqueur Jan Middelbos fait l\u2019arch\u00e9ologie en convoquant les images des blind\u00e9s de la CNT-FAI qui furent produits une fois l\u2019entreprise Hispano-Suiza autog\u00e9r\u00e9e par ses ouvriers et mis au service de la r\u00e9volution sociale espagnole.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Tout un programme.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Guillaume de Gracia<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><i><b>Sorti d\u2019usines. La \u00ab\u00a0perruque\u201c un travail d\u00e9tourn\u00e9<\/b><\/i><b>, de Robert Kosmann<\/b><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Editions Syllepse 2018, 180 pages, 12 euros.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les deux textes qui suivent viennent rappeler une vieille tradition ouvri\u00e8re : la perruque. 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