{"id":3211,"date":"2015-07-09T11:10:46","date_gmt":"2015-07-09T09:10:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=3211"},"modified":"2015-07-17T16:27:22","modified_gmt":"2015-07-17T14:27:22","slug":"indigenes-de-la-republique-pluralite-des-dominations-et-convergences-des-mouvements-sociaux-philippe-corcuff","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=3211","title":{"rendered":"Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique, pluralit\u00e9 des dominations et convergences des mouvements sociaux &#8211; Philippe Corcuff"},"content":{"rendered":"<h3><strong>En partant de textes de Houria Bouteldja et de quelques autres <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><strong>[1]<\/strong><\/a><\/strong><\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">____________<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><strong>Par Philippe Corcuff<\/strong><\/h4>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Juillet 2015<\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><strong>Introduction : les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique et l\u2019intersectionnalit\u00e9 par un \u00ab Blanc \u00bb trouble<\/strong><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/intersectionnalite-luttes.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-3232\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/intersectionnalite-luttes.jpg?resize=302%2C317&#038;ssl=1\" alt=\"intersectionnalite luttes\" width=\"302\" height=\"317\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/intersectionnalite-luttes.jpg?w=302&amp;ssl=1 302w, https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/intersectionnalite-luttes.jpg?resize=286%2C300&amp;ssl=1 286w\" sizes=\"auto, (max-width: 302px) 100vw, 302px\" \/><\/a>Dans ce texte, j\u2019envisage le double probl\u00e8me de la pluralit\u00e9 des modes de domination, sous l\u2019angle de ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui, dans des secteurs des sciences sociales comme dans certains milieux militants, \u00ab l\u2019intersectionnalit\u00e9 \u00bb, et des convergences possibles entre mouvements sociaux \u00e9mancipateurs. Je le fais sous un double plan analytique (l\u2019analyse de ce qui est ou a \u00e9t\u00e9), puisant dans les outillages des sciences sociales, et normatif-prospectif (l\u2019exploration de ce qui devrait et pourrait \u00eatre), relevant de mes engagements militants comme du registre de la philosophie politique. Ce texte est donc un hybride entre logiques universitaire et militante.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5><\/h5>\n<h5><em>Intersectionnalit\u00e9<\/em><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019intersectionnalit\u00e9 se pr\u00e9sente comme un espace de probl\u00e9matiques \u00e9mergeant \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980, d\u2019abord aux \u00c9tats-Unis en prenant appui sur les analyses produites par le <em>Black feminism<\/em> d\u00e8s les ann\u00e9es 1970, puis en France seulement dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 des ann\u00e9es 2000 <a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Ces approches diversifi\u00e9es s\u2019efforcent de s\u2019interroger sur des croisements entre diff\u00e9rents rapports sociaux de domination : rapports de classe, rapports de genre, rapports raciaux, etc.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ces perspectives ne cherchent pas \u00e0 juxtaposer des logiques de domination diversifi\u00e9es pour les articuler ensuite, mais permettent de \u00ab saisir les m\u00e9canismes de domination comme configurations complexes r\u00e9sistant au mod\u00e8le de la superposition de propri\u00e9t\u00e9s sociales ind\u00e9pendantes \u00bb, selon Alexandre Jaunait et S\u00e9bastien Chauvin <a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Dans cette logique, loin de r\u00e9duire le positionnement des domin\u00e9s \u00e0 \u00ab une simple addition de handicaps \u00bb, elles peuvent insister \u00ab sur les contextes permettant des compensations et des retournements \u00bb<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Cela a \u00e9galement stimul\u00e9 des travaux ne r\u00e9duisant pas les mobilisations collectives ou les fabrications identitaires personnelles \u00e0 \u00ab une appartenance objective \u00bb, mais \u00e9clairant la fa\u00e7on dont \u00ab les sujets eux-m\u00eames \u00bb participent \u00e0 b\u00e2tir des identit\u00e9s collectives et individuelles dans un contexte de dominations plurielles et complexes <a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Il faudrait ajouter, si l\u2019on suit la r\u00e9cente rectification de Chauvin et Jaunait : dans un contexte de dominations <em>n\u00e9cessairement<\/em> plurielles et complexes, et cela afin d\u2019\u00e9viter l\u2019essentialisation de \u00ab groupes intersectionnels \u00bb et de situations suppos\u00e9es \u00ab plus complexes \u00bb<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. C\u2019est ce qui fait que la notion d\u2019intersectionnalit\u00e9 ne peut pas \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 celle d\u2019intersection. Les probl\u00e9matiques de l\u2019intersectionnalit\u00e9 interrogent en particulier de mani\u00e8re critique ceux qui pr\u00e9tendent incarner les diff\u00e9rentes cat\u00e9gories d\u2019opprim\u00e9s, \u00e0 travers notamment \u00ab la monopolisation de la repr\u00e9sentation des groupes domin\u00e9s par les membres de ces groupes qui sont d\u00e9tenteurs de propri\u00e9t\u00e9s dominantes \u00bb (par exemple, \u00ab les femmes blanches de la bourgeoisie \u00bb dans le mouvement f\u00e9ministe)<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je vais tenter ici d\u2019\u00e9clairer de mani\u00e8re d\u00e9cal\u00e9e ce type de probl\u00e9matiques en les liant \u00e0 la question politique de possibles convergences entre des r\u00e9sistances \u00e9mancipatrices diversifi\u00e9es, \u00e0 partir du moment o\u00f9 l\u2019on a pris acte de la pluralit\u00e9 des modes de domination et de leurs chevauchements dans les soci\u00e9t\u00e9s contemporaines. Je ne partirai pas, pour ce faire, de la litt\u00e9rature acad\u00e9mique, mais des productions intellectuelles d\u2019une organisation r\u00e9cente \u00e0 vis\u00e9e \u00e9mancipatrice sur un terrain longtemps marginalis\u00e9 au sein des grands mouvements et partis \u00e9mancipateurs en France : l\u2019oppression postcoloniale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5><em>Le postcolonial et les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique<\/em><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Parler d\u2019oppression postcoloniale, c\u2019est associer une s\u00e9rie d\u2019in\u00e9galit\u00e9s, de discriminations et de contraintes structurelles affectant l\u2019immigration postcoloniale dans les soci\u00e9t\u00e9s comme la France, en faisant la double hypoth\u00e8se d\u2019\u00e9l\u00e9ments de continuit\u00e9 historique entre les colonisations europ\u00e9ennes et les processus actuels, mais aussi d\u2019analogies entre les deux p\u00e9riodes, et donc \u00e0 la fois des proximit\u00e9s et des diff\u00e9rences <a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. L\u2019islamophobie, en tant que stigmatisation discriminatoire des \u00ab musulmans \u00bb et de \u00ab l\u2019islam \u00bb dans l\u2019espace public, se pr\u00e9sente comme une composante significative du contexte postcolonial depuis le 11 septembre 2001 dans le monde occidental, avec une g\u00e9n\u00e9alogie plus ancienne en France, passant par les premi\u00e8res \u00ab affaires du voile \u00bb<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>. Le postcolonial constitue un angle \u00e9clairant certaines caract\u00e9ristiques du r\u00e9el observable, mais sans l\u2019\u00e9puiser. Il se pr\u00e9sente comme une boussole globale imparfaite (comme tout outillage th\u00e9orique), mais utile dans les d\u00e9dales du r\u00e9el, en offrant par ailleurs des prises pour une action \u00e9mancipatrice. Cependant, quand le postcolonial pr\u00e9tend absorber toute l\u2019intelligibilit\u00e9, comme on le verra par la suite, la boussole se transforme en bulldozer aplatissant les rugosit\u00e9s et les contradictions du r\u00e9el comme les r\u00e9sistances telles qu\u2019elles \u00e9mergent concr\u00e8tement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019organisation concern\u00e9e par cette \u00e9tude est le Parti des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique (PIR), forme largement embryonnaire d\u2019une force politique postcoloniale ou d\u00e9coloniale <a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>, qui s\u2019inscrit dans ce que la chercheuse en science politique Soline Laplanche-Servigne appelle, en s\u2019inspirant de la notion d\u2019\u00ab espace des mouvements sociaux \u00bb forg\u00e9e par Lilian Mathieu <a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>, \u00ab l\u2019espace de l\u2019antiracisme \u00bb<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. Je m\u2019arr\u00eaterai plus particuli\u00e8rement sur des textes \u00e9crits par sa porte-parole et cofondatrice, Houria Bouteldja, ainsi que par quelques autres de ses membres. La critique compr\u00e9hensive qui sera propos\u00e9e d\u2019analyses produites par des militants des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique d\u00e9bouchera sur une esquisse de pistes pour penser de mani\u00e8re d\u00e9plac\u00e9e le probl\u00e8me des convergences entre mouvements sociaux \u00e9mancipateurs. <em>Critique<\/em>, mon approche s\u2019efforcera de mettre \u00e0 distance des impens\u00e9s et des \u00e9cueils, en recourant notamment \u00e0 des outils puis\u00e9s dans les sciences sociales, tout en m\u2019inscrivant dans la perspective d\u2019une politique d\u2019\u00e9mancipation pluridimensionnelle qui reste \u00e0 b\u00e2tir. <em>Compr\u00e9hensive<\/em>, elle prendra en compte des questionnements nouveaux et des ressources critiques apport\u00e9s par cette organisation au pot commun potentiel des mouvements sociaux \u00e9mancipateurs, en essayant d\u2019\u00e9carter les caricatures qui tra\u00eenent dans les milieux radicaux et libertaires sur elle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5><em>Une biographie militante cahoteuse<\/em><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je dois pr\u00e9ciser que mes rapports ont \u00e9volu\u00e9 au cours du temps vis-\u00e0-vis des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique : de signataire de l\u2019appel fondateur de 2005 dans une optique de \u00ab soutien critique \u00bb \u00e0 un \u00e9loignement progressif sur la base de l\u2019approfondissement de mes critiques. Mais ces critiques, t\u00e2chant de prendre appui sur des arguments controversables, sont en rupture avec certaines stigmatisations ayant cours sur les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique : \u00ab islamistes \u00bb, \u00ab racistes \u00bb ou m\u00eame \u00ab rouges-bruns \u00bb<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>\u2026.Mes \u00e9changes critiques ant\u00e9rieurs avec les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique ont concern\u00e9 des th\u00e8mes que l\u2019on retrouvera dans ce nouveau texte : pluralit\u00e9 des dominations et des racismes <a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a> comme singularit\u00e9 individuelle et m\u00e9tissage <a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mes analyses ne viennent pas de nulle part, mais ont des insertions biographiques. Des racines dans un parcours militant sur presque 40 ans, allant du Parti socialiste \u00e0 la F\u00e9d\u00e9ration Anarchiste aujourd\u2019hui, en passant par la Ligue Communiste R\u00e9volutionnaire<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>. Mais j\u2019ai aussi touch\u00e9 du doigt d\u2019un point de vue familial des croisements entre rapports de domination en lien avec la question coloniale : je suis n\u00e9 \u00e0 Oran en Alg\u00e9rie en 1960, dans une famille \u00ab pieds-noirs \u00bb, avec des grands-parents parties-prenantes des milieux populaires (un grand\u2013p\u00e8re maternel ouvrier-artisan-petit commer\u00e7ant et un grand-p\u00e8re paternel fermier) subissant la domination de classe tout en b\u00e9n\u00e9ficiant des miettes symboliques et mat\u00e9rielles de l\u2019oppression coloniale. En tant que membre des couches moyennes salari\u00e9es ins\u00e9r\u00e9 tr\u00e8s jeune dans la galaxie militante, j\u2019ai pu souvent exp\u00e9rimenter les usages de ma culpabilit\u00e9 de classe et coloniale au service de pouvoirs dans des grandes et des petites bureaucraties politiques. Avec le temps, cela installe une distance m\u00e9lancolique nourrie biographiquement avec ces dispositifs de \u00ab servitude volontaire \u00bb comme plus largement avec les techniques organisationnelles de culpabilisation et de fid\u00e9lisation. Cependant, ni l\u2019activisme militant, ni les petites l\u00e2chet\u00e9s des \u00ab compagnons de route \u00bb, ni le retrait dans l\u2019aigreur d\u00e9sengag\u00e9e, ni le refuge dans la distanciation intellectuelle ne peuvent compl\u00e8tement \u00e9teindre les inqui\u00e9tudes n\u00e9es du choc des fragilit\u00e9s de notre humaine condition socio-historique. Peut-\u00eatre \u00e0 certains moments le rire d\u2019un b\u00e9b\u00e9\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><strong>1 &#8211; Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique : quelques rappels et mises en perspective<\/strong><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le Mouvement des indig\u00e8nes de la R\u00e9publique est une association d\u00e9clar\u00e9e officiellement en pr\u00e9fecture en d\u00e9cembre 2005, suite \u00e0 l\u2019Appel \u00ab Nous sommes les indig\u00e8nes de la R\u00e9publique ! \u00bb de janvier 2005 <a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>. Le MIR est devenu le Parti des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique en f\u00e9vrier 2010.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5><em>Un PIR marginal<\/em><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si l\u2019appel de 2005 a eu un certain succ\u00e8s, le MIR, puis le PIR a connu une audience confidentielle parmi les postcolonis\u00e9s <a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a> d\u2019apr\u00e8s ce que l\u2019on entend dans le milieu associatif des quartiers populaires. On n\u2019a pas de donn\u00e9es fiables quant au nombre de ses militants : les \u00e9valuations ext\u00e9rieures les plus favorables lui donnent quelques centaines de membres au maximum, d\u2019autres estiment que cette organisation ne dispose aujourd\u2019hui que de quelques dizaines d\u2019adh\u00e9rents actifs. Il y a donc vraisemblablement beaucoup plus de postcolonis\u00e9s conscients des discriminations qui les affectent \u00e0 la CGT, \u00e0 la FSU ou \u00e0 Solidaires qu\u2019au PIR !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En 2008, le constat du sociologue Abdellali Hajjat \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 s\u00e9v\u00e8re sur le MIR : \u00ab un ph\u00e9nom\u00e8ne essentiellement parisien <em>intra-muros<\/em> \u00bb, un \u00ab investissement dans le champ m\u00e9diatique \u00bb et une \u00ab inexistence politique dans les banlieues fran\u00e7aises \u00bb<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>. Par ailleurs, ses membres et surtout ses dirigeants auraient un profil social \u00e9troit, marqu\u00e9 par un fort capital scolaire <a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>. Ce qui \u00e9clairerait le fait que l\u2019accueil re\u00e7u par les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique parmi les intellectuels radicaux \u00ab blancs \u00bb<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a> ait contribu\u00e9 \u00e0 leur donner une importance symbolique bien au-del\u00e0 de sa faiblesse num\u00e9rique, dans une logique qui puiserait dans un certain ethnocentrisme intellectuel. Mais les limites sociales associ\u00e9es \u00e0 l\u2019importance du capital culturel chez les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique ont aussi \u00e0 voir, dans une r\u00e9alit\u00e9 ambivalente, avec un de ses points forts : la production th\u00e9orique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il ne semble pas que la cr\u00e9ation du PIR ait apport\u00e9 des am\u00e9liorations notables aux faiblesses de ce mouvement. Trois de ses modes d\u2019intervention principaux apparaissent \u00eatre :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">1) son site internet, agr\u00e9ment\u00e9 de provocations qui jouent parfois avec les fronti\u00e8res symboliques install\u00e9es, mais le plus souvent dans certaines limites \u00e9thiques et politiques, qui ne permettent pas de rivaliser avec les <em>buzz<\/em> produits sur la Toile par le n\u00e9oconservatisme x\u00e9nophobe de Dieudonn\u00e9 et d\u2019Alain Soral <a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>, dont le PIR reconna\u00eet l\u2019\u00e9cho rencontr\u00e9 parmi les postcolonis\u00e9s <a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a> ;<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">2) des apparitions dans les m\u00e9dias (et tout particuli\u00e8rement, via Houria Bouteldja, dans l\u2019\u00e9mission t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e \u00ab Ce soir (ou jamais !) \u00bb de Fr\u00e9d\u00e9ric Tadde\u00ef) qui appuient aussi souvent sur le registre provocateur dans une logique de <em>buzz<\/em> ;<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">et 3) une certaine pr\u00e9sence sur le march\u00e9 intellectuel international du postcolonial, notamment \u00e0 travers l\u2019universit\u00e9 de Berkeley aux \u00c9tats-Unis ; l\u2019universit\u00e9 fran\u00e7aise \u00e9tant nettement plus r\u00e9serv\u00e9e vis-\u00e0-vis des probl\u00e9matiques postcoloniales, pour de mauvaises (une rigidit\u00e9 des fronti\u00e8res disciplinaires et sous-disciplinaires existantes ayant du mal \u00e0 s\u2019ouvrir \u00e0 d\u2019autres d\u00e9coupages heuristiques) et de bonnes (au d\u00e9part une r\u00e9ticence l\u00e9gitime \u00e0 l\u2019\u00e9gard de modes intellectuelles d\u00e9barquant d\u2019outre-Atlantique) raisons.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>On observe sur les deux premiers plans la place transversale de la provocation comme forme de r\u00e9\u00e9quilibrage symbolique de l\u2019\u00e9tat de ses effectifs.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par contre, les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique n\u2019ont pas r\u00e9ussi \u00e0 b\u00e2tir des ponts avec des fractions significatives des \u00e9meutiers d\u2019octobre-novembre 2005, dont ils se sont pr\u00e9sent\u00e9s d\u2019une certaine fa\u00e7on comme les porte-parole dans l\u2019espace public. Un passage d\u2019un entretien avec Sadri Khiari, figure intellectuelle du PIR, met bien en \u00e9vidence une tentation traditionnelle des groupuscules, maintes fois d\u00e9j\u00e0 exp\u00e9riment\u00e9e dans les organisations \u00ab blanches \u00bb d\u2019extr\u00eame gauche, s\u2019appropriant des mouvements sociaux auxquels ils n\u2019ont pas particip\u00e9 et auxquels ils n\u2019ont pas su se lier, et dont ils pr\u00e9tendent pourtant donner le sens politique de l\u2019ext\u00e9rieur comme une avant-garde :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab C\u2019est peut-\u00eatre pr\u00e9somptueux \u00e0 dire mais, sur le plan politique, le PIR a ouvert une nouvelle s\u00e9quence dans l\u2019histoire des luttes de l\u2019immigration qui n\u2019en est encore qu\u2019\u00e0 ses pr\u00e9liminaires. Nouvelle s\u00e9quence dont l\u2019expression sur le terrain a \u00e9t\u00e9 la r\u00e9volte de novembre 2005. \u00bb<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans ce cas, la matrice l\u00e9niniste-trotskyste \u00ab blanche \u00bb initiale de Sadri Khiari (il a \u00e9t\u00e9 un des animateurs d\u2019une organisation trotskyste marginale en Tunisie), une des variantes historiques d\u2019un rapport tut\u00e9laire \u00e0 la politique, appara\u00eet fort pr\u00e9gnante.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5><em>Apports des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique \u00e0 la critique sociale \u00e9mancipatrice<\/em><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>On ne doit cependant pas s\u2019arr\u00eater \u00e0 cet \u00e9tat de marginalisation, que les groupuscules tentent souvent de compenser par une arrogance rh\u00e9torique. Car les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique ont su fournir de nouveaux questionnements et de nouveaux \u00e9clairages pour les mouvements sociaux \u00e9mancipateurs. Dans un climat marqu\u00e9 par une certaine d\u00e9sintellectualisation \u00e0 gauche <a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>, ils ont donn\u00e9 de la consistance th\u00e9orique \u00e0 leurs analyses, comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 not\u00e9. Et, surtout, ils ont opportun\u00e9ment lanc\u00e9 un mouvement autonome de postcolonis\u00e9s, alors que les gauches, le mouvement ouvrier et nombre de mouvements sociaux avaient largement tenus \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie \u00e0 la fois les postcolonis\u00e9s et les probl\u00e9matiques postcoloniales, contribuant ainsi \u00e0 leur niveau \u00e0 la reconduction de l\u2019oppression postcoloniale. Et ils l\u2019ont fait dans une ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis des institutions politiques existantes. De ce point de vue, ils ont enrichi le pluralisme \u00e9mancipateur contre les inerties h\u00e9g\u00e9monisantes du mouvement ouvrier.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans leurs apports th\u00e9oriques aux effets pratiques, il faut d\u2019abord noter les appels r\u00e9p\u00e9t\u00e9s \u00e0 \u00ab d\u00e9coloniser \u00bb les autres mouvements et organisations \u00e9mancipatrices, pour s\u2019efforcer de les purger de leurs impens\u00e9s, r\u00e9flexes et pratiques d\u2019inspiration coloniale et propres \u00e0 une oppression coloniale entendue sous le double angle de continuit\u00e9s historiques et d\u2019analogies (et non pas d\u2019une identit\u00e9) avec les logiques coloniales : \u00ab d\u00e9coloniser le mouvement ouvrier \u00bb, \u00ab d\u00e9coloniser la gauche \u00bb, \u00ab d\u00e9coloniser le f\u00e9minisme \u00bb, \u00ab d\u00e9coloniser le mouvement homosexuel \u00bb, \u00ab d\u00e9coloniser l\u2019anarchisme \u00bb\u2026.On peut aussi relever la capacit\u00e9 \u00e0 mettre en avant, contre certaines th\u00e9orisations critiques, \u00ab la multiplicit\u00e9 des formes de r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019oppression raciale dont les populations issues de l\u2019immigration coloniale sont les acteurs \u00bb, et pas seulement \u00ab une sorte de mati\u00e8re inerte sur laquelle se construit le racisme \u00bb<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>. Si l\u2019on reprend les cat\u00e9gories des sociologues Claude Grignon et Jean-Claude Passeron, ce refus indig\u00e8ne d\u2019un <em>mis\u00e9rabilisme<\/em> r\u00e9duisant les domin\u00e9s \u00e0 n\u2019\u00eatre que des marionnettes de la domination n\u2019implique pas pour autant, chez les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique, un oubli <em>populiste<\/em> des contraintes de la domination <a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/emancipation-chains.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3238\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/emancipation-chains.jpg?resize=500%2C331&#038;ssl=1\" alt=\"emancipation chains\" width=\"500\" height=\"331\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/emancipation-chains.jpg?w=500&amp;ssl=1 500w, https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/emancipation-chains.jpg?resize=300%2C199&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Un autre point fort de leurs discours et de leurs pratiques concerne l\u2019internationalisme. Il faut dire qu\u2019imm\u00e9diatement la question postcoloniale elle-m\u00eame et un mouvement issu des immigrations bousculent n\u00e9cessairement les fronti\u00e8res nationales. L\u2019importance accord\u00e9e dans leurs activit\u00e9s tant \u00e0 la lutte contre l\u2019islamophobie qu\u2019\u00e0 la solidarit\u00e9 avec la r\u00e9sistance palestinienne vient renforcer cette fibre internationaliste. Le r\u00e9cent meeting du 8 mai 2015 \u00e0 l\u2019occasion de leurs dix ans sous l\u2019\u00e9gide d\u2019Angela Davis est venu encore souligner cet internationalisme. Cela constitue un aspect particuli\u00e8rement important dans un contexte de mont\u00e9e des nationalismes x\u00e9nophobes en Europe, dans lequel m\u00eame des figures des gauches critiques apparaissent tent\u00e9es par des sir\u00e8nes nationalistes <a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cependant, comme toute th\u00e9orisation, les \u00e9laborations intellectuelles des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique rencontrent des \u00e9cueils et laissent dans l\u2019ombre, elles aussi, des impens\u00e9s, dont le d\u00e9cryptage pourra livrer un \u00e9clairage inhabituel sur la double question de l\u2019intersectionnalit\u00e9 et des convergences entre mouvements sociaux \u00e9mancipateurs. La critique propos\u00e9e ici ne se pr\u00e9sente surtout pas comme une mise en cause surplombante au nom d\u2019une illusoire \u00ab perfection \u00bb. J\u2019ai un parcours militant suffisamment jalonn\u00e9 d\u2019\u00e9checs, d\u2019erreurs et de difficult\u00e9s diverses <a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a> pour ne pas pouvoir pr\u00e9tendre faire la le\u00e7on \u00e0 d\u2019autres. Mais l\u2019examen critique des probl\u00e8mes politico-intellectuels des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique, comme celui ant\u00e9rieurement de mes propres faiblesses, est susceptible d\u2019alimenter la r\u00e9flexion mutualis\u00e9e de ceux qui s\u2019inscrivent dans la perspective d\u2019une \u00e9mancipation individuelle et collective pluridimensionnelle. Cet essai critique pourra certes \u00eatre balay\u00e9 d\u2019un revers de la main comme une incompr\u00e9hension \u00ab blanche \u00bb du combat des postcolonis\u00e9s, voire comme une \u00ab manipulation blanche \u00bb, ce qui viendrait d\u2019ailleurs appuyer une des hypoth\u00e8ses qui sera d\u00e9velopp\u00e9e par la suite. Dans l\u2019horizon de convergences possibles entre mouvements sociaux \u00e9mancipateurs, on pourrait plus modestement le prendre comme un ensemble d\u2019arguments, eux-m\u00eames limit\u00e9s et controversables, susceptibles de nourrir les dialogues critiques au sein d\u2019une galaxie \u00e9mancipatrice en (re)constitution permanente.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><strong>2 &#8211; Intersectionnalit\u00e9 et mod\u00e8le implicite de \u00ab la contradiction principale \u00bb<\/strong><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Porteurs du combat contre un type d\u2019oppression souvent marginalis\u00e9 par les autres forces \u00e9mancipatrices, les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique insistent l\u00e9gitimement sur leur autonomie. Mais ils le font en basculant parfois implicitement de leur autonomie n\u00e9cessaire \u00e0 leur pr\u00e9dominance contestable vis-\u00e0-vis des combats contre les autres oppressions. C\u2019est d\u2019autant plus saugrenu eu \u00e9gard \u00e0 leur marginalit\u00e9 organisationnelle et politique. Ne vaut-il pas mieux sur ce plan l\u2019auto-ironie libertaire qui ne cherche pas \u00e0 masquer que nos organisations anarchistes peuvent se contenter de cabines t\u00e9l\u00e9phoniques pour se r\u00e9unir ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5><em>Tentation de l\u2019arrogance<\/em><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Une certaine tendance arrogante vis-\u00e0-vis des autres secteurs critiques appara\u00eet, par exemple, quand Houria Bouteldja lance au colloque \u00ab Penser l\u2019\u00e9mancipation \u00bb \u00e0 Nanterre le 22 f\u00e9vrier 2014 :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab A ce stade, j\u2019aimerais simplement dire que nous avons vous et nous des t\u00e2ches respectives : nous PIR ou toute autre organisation des immigrations et des quartiers, nous devons organiser les indig\u00e8nes dans l\u2019autonomie. Et vous d\u00e9velopper ce que Sadri Khiari appelle un \u00ab\u00a0internationalisme domestique\u00a0\u00bb. \u00bb<a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il y a ici une ambigu\u00eft\u00e9 : s\u2019agit-il des \u00ab t\u00e2ches respectives \u00bb des Indig\u00e8nes et des \u00ab Blancs \u00bb au sein du mouvement d\u00e9colonial ou dans l\u2019ensemble de \u00ab l\u2019espace des mouvement sociaux \u00bb<a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a> ? Dans ce second cas de figure, les Indig\u00e8nes seraient invit\u00e9s \u00e0 mettre en avant leur autonomie et leurs interlocuteurs \u00ab blancs \u00bb des autres mouvements sociaux leur solidarit\u00e9 vis-\u00e0-vis d\u2019eux. Cette dissym\u00e9trie laisserait entendre que la question postcoloniale serait plus importante que les autres, constituant une sorte de point de ralliement oblig\u00e9 pour eux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette ambigu\u00eft\u00e9 est renforc\u00e9e par d\u2019autres indices. Comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9, les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique appellent l\u00e9gitimement les autres forces \u00e9mancipatrices \u00e0 se d\u00e9coloniser, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 se d\u00e9barrasser d\u2019adh\u00e9rences coloniales le plus souvent non conscientes. Mais ils refusent, en sens inverse, \u00e0 ce que ces forces \u00e9mancipatrices les appellent \u00e0 se d\u00e9faire des pr\u00e9jug\u00e9s et des pratiques inspir\u00e9es par d\u2019autres modes de domination : que le mouvement ouvrier les invite \u00e0 se d\u00e9sembourgeoiser et \u00e0 se d\u00e9petitembourgeoiser, que le mouvement f\u00e9ministe les invite \u00e0 se d\u00e9machiser, que le mouvement homosexuel les invite \u00e0 se d\u00e9shomophobiser\u2026 Bouteldja \u00e9crit ainsi :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab ce que je dis aux f\u00e9ministes blanches, aux LGBT et les Blancs en g\u00e9n\u00e9ral, c\u2019est de cesser de nous donner des conseils et de s\u2019ing\u00e9rer dans nos luttes mais de convaincre les autres blancs que le f\u00e9minisme tout comme les luttes LGBT, tout comme l\u2019anticapitalisme sont eurocentriques et qu\u2019ils doivent \u00eatre d\u00e9colonis\u00e9s. \u00bb<a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans le cas des rapports entre lutte d\u00e9coloniale et lutte antipatriarcale, la priorit\u00e9 de la premi\u00e8re sur la seconde est clairement affirm\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises. Par exemple, Bouteldja met en avant \u00e0 un moment \u00ab un f\u00e9minisme paradoxal qui passera obligatoirement par une all\u00e9geance communautaire. Un f\u00e9minisme d\u00e9colonial. \u00c0 contre-courant du f\u00e9minisme blanc \u00bb, pour lequel \u00ab l\u2019homme indig\u00e8ne n\u2019est pas l\u2019ennemi principal \u00bb<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a>. Ailleurs, elle avance : \u00ab le premier axe de lutte d\u2019un f\u00e9minisme d\u00e9colonial qui \u00ab\u00a0articule\u00a0\u00bb est de dire : solidarit\u00e9 avec les hommes domin\u00e9s \u00bb<a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a>. Pour ajouter :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Ainsi, la formule politique qui se d\u00e9gage de tout cela, n\u2019est pas d\u2019affirmer l\u2019entre soi des femmes mais celui du tous ensemble indig\u00e8ne. \u00bb<a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce point de vue a pu \u00eatre radicalement contest\u00e9 parmi les militant.e.s racis\u00e9.e.s. C\u2019est le cas de Ms Dreydful, qui\u00a0refuse, en tant que \u00ab meuf de couleur \u00bb, de faire de \u00ab l\u2019homme noir (\u2026) un sujet central, pour penser l\u2019\u00e9mancipation \u00bb, ce qui l\u00e9gitimerait \u00ab les patriarcats non-blancs \u00bb<a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\">[36]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Imaginons que le mouvement ouvrier r\u00e9clame aux Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique que \u00ab le tous ensemble prol\u00e9taire prime sur l\u2019identit\u00e9 indig\u00e8ne \u00bb. Ou que le mouvement f\u00e9ministe demande que \u00ab l\u2019entre soi des femmes soit premier par rapport au tous ensemble indig\u00e8ne \u00bb\u2026 \u00ab Pr\u00e9jug\u00e9s coloniaux \u00bb et \u00ab imp\u00e9rialisme eurocentrique \u00bb seraient imm\u00e9diatement mobilis\u00e9s pour d\u00e9noncer ces \u00ab propos paternalistes inacceptables \u00bb ! Les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique ne font-ils pas ici ce qu\u2019ils reprochent aux autres mouvements sociaux \u00e9mancipateurs de leur avoir fait et de leur faire ? Il est pleinement l\u00e9gitime qu\u2019un mouvement social \u00e9mancipateur se situe par rapport \u00e0 une question principale (ici la question d\u00e9coloniale), mais il est nettement plus contestable qu\u2019il pr\u00e9tende d\u00e9finir la question principale de l\u2019ensemble des mouvements sociaux, qui seraient alors appel\u00e9s \u00e0 tourner autour de lui.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5><em>La tentation de \u00ab la contradiction principale \u00bb et du mouvement social \u00ab central \u00bb d\u2019inspiration marxiste<\/em><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Se d\u00e9gage \u00e0 travers la tentation de l\u2019arrogance un implicite qui appara\u00eet puiser dans une certaine vulgate marxiste, et qui dans ce cadre a beaucoup servi paradoxalement \u00e0 p\u00e9riph\u00e9riser les luttes anticoloniales, antiracistes et postcoloniales : le th\u00e8me d\u2019une \u00ab contradiction principale \u00bb par rapport \u00e0 laquelle les autres contradictions sont vues comme secondaires. Un marxisme simplifi\u00e9, \u00e0 distinguer de l\u2019\u0153uvre composite de Marx lui-m\u00eame <a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a>, a souvent fait de la contradiction capital\/travail la contradiction principale, ce qui attribuait au mouvement ouvrier un r\u00f4le central, par rapport auquel les autres r\u00e9sistances \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es comme \u00ab sp\u00e9cifiques \u00bb, comme on disait dans les ann\u00e9es 1970 pour parler des luttes f\u00e9ministes, homosexuelles ou antiracistes. Ce marxisme m\u00e9caniste a \u00e9t\u00e9 clairement synth\u00e9tis\u00e9 et repris \u00e0 son compte par Alain Touraine \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970 dans sa sociologie des mouvements sociaux :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab \u00c0 un syst\u00e8me d\u2019action historique correspond un rapport de classes principal et par cons\u00e9quent un couple de mouvements sociaux antagonistes. \u00bb<a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La particularit\u00e9 de Touraine \u00e0 l\u2019\u00e9poque par rapport aux marxistes, c\u2019est qu\u2019il consid\u00e9rait qu\u2019on \u00e9tait sorti de la contradiction capital\/travail comme principale, qui n\u2019aurait valu que dans la soci\u00e9t\u00e9 industrielle, et qu\u2019on entrait dans une autre contradiction principale propre \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 \u00ab post-industrielle \u00bb appelant un autre mouvement social central\u2026qui s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 finalement \u00e9vanescent, d\u2019o\u00f9 l\u2019abandon par Touraine de la sociologie des mouvements sociaux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Or, certains passages des textes de Houria Bouteldja font comme si la contradiction postcoloniale \u00e9tait la contradiction principale \u00e0 laquelle les autres oppressions devaient se r\u00e9f\u00e9rer comme telle, en dotant les Indig\u00e8nes d\u2019une centralit\u00e9 au sein des mouvements sociaux contemporains. Ce qui n\u2019impliquerait pas de rapports de r\u00e9ciprocit\u00e9 entre mouvements sociaux \u00e0 cause d\u2019une sorte de hi\u00e9rarchie logique <em>a priori<\/em> entre les causes d\u00e9fendues. Cette pente du PIR quant aux chevauchements des dominations et \u00e0 l\u2019horizon de convergences entre mouvements sociaux a, par exemple, conduit le militant antiraciste et sociologue Sa\u00efd Bouamama, bien qu\u2019un des initiateurs de l\u2019appel de 2005 et que sympathisant de cette organisation, \u00e0 ne pas la rejoindre <a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\">[39]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette tendance appara\u00eet cependant h\u00e9sitante dans les textes des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique. On y rencontre des formulations plus ou moins contradictoires. Un des penseurs de ce groupe, Sadri Khiari, peut ainsi avancer :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Au jour d\u2019aujourd\u2019hui, les syst\u00e8mes et les modes de domination sont certes largement interd\u00e9pendants mais ils ne sont pas r\u00e9ductibles les uns aux autres et tous \u00e0 la domination de classe. On ne peut, de ce point de vue-l\u00e0, hi\u00e9rarchiser les diff\u00e9rentes luttes sociales en fonction d\u2019un enjeu central qui rendrait pratiquement secondes, subordonn\u00e9es, voire incongrues, les autres combats. \u00bb<a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\">[40]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais plus loin dans le m\u00eame ouvrage, il \u00e9crit :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab ces populations se d\u00e9terminent pour une part importante en fonction de l\u2019oppression postcoloniale qui est leur quotidien \u00e0 toutes. \u00bb<a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\">[41]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il semble l\u00e0 mettre timidement un petit doigt dans la machine \u00e0 \u00ab contradiction principale \u00bb. Et si l\u2019on relie les deux extraits, l\u2019hypoth\u00e8se que ce qui vaut pour \u00ab la domination de classe \u00bb ne vaudrait pas pour \u00ab l\u2019oppression postcoloniale \u00bb n\u2019est pas clairement \u00e9vacu\u00e9e ni valid\u00e9e, la phrase demeurant vague et ambigu\u00eb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Au lieu de se confronter pleinement au double pari de la pluralit\u00e9 (des dominations et des mouvements sociaux) et de l\u2019immanence (le mouvement r\u00e9el des luttes sociales et politiques et de leurs convergences al\u00e9atoires, t\u00e2tonnantes et partielles), ces textes laissent la porte ouverte \u00e0 une r\u00e9gression vers une architecture \u00e0 pr\u00e9tention transcendante de type marxiste traditionnelle\u2026qui aurait bien besoin d\u2019\u00eatre davantage d\u00e9colonis\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit : il est tout \u00e0 fait l\u00e9gitime et m\u00eame souvent n\u00e9cessaire \u2013 ne serait-ce que pour asseoir son autonomie, surtout quand on bataille dans un secteur longtemps marginalis\u00e9 &#8211; de consid\u00e9rer que la cause sur laquelle on se mobilise est la principale pour soi. C\u2019est un des points forts du PIR. Cela n\u2019implique pas pour autant de laisser entendre que la l\u00e9gitime cause principale d\u2019un mouvement social pour lui-m\u00eame renverrait aussi \u00e0 la caract\u00e9ristique principale du r\u00e9el social-historique consid\u00e9r\u00e9 d\u2019un point de vue global. Par contre, cela permet \u2013 et c\u2019est justement cela qui introduit une rupture d\u00e9cisive avec des habitudes longtemps install\u00e9es par les formes dominantes prises par le mouvement ouvrier &#8211; d\u2019invalider la demande adress\u00e9e par tel ou tel mouvement social (le mouvement ouvrier, le mouvement f\u00e9ministe ou\u2026 le mouvement d\u00e9colonial) aux autres combats, au nom de ce global saisi de mani\u00e8re <em>a priori<\/em> et transcendante, de faire passer leurs causes respectives derri\u00e8re celle de la suppos\u00e9e \u00ab cause principale \u00bb ou m\u00eame, de mani\u00e8re plus <em>soft<\/em>, derri\u00e8re l\u2019articulation des diff\u00e9rents mouvements sociaux envisag\u00e9e par avance dans un sch\u00e9ma th\u00e9orique \u00e0 pr\u00e9tention transcendante.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En creux de ces analyses, on pourrait avancer qu\u2019une perspective \u00e9mancipatrice pluridimensionnelle reformul\u00e9e en ce d\u00e9but de XXI<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle aurait quatre \u00e9cueils historiques \u00e0 \u00e9viter :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">1) celui de la pr\u00e9tention \u00e0 incarner \u00ab le mouvement principal \u00bb, faisant des autres mouvements des mobilisations \u00ab sp\u00e9cifiques \u00bb, \u00e0 la mani\u00e8re dont le mouvement ouvrier s\u2019est souvent pens\u00e9 de mani\u00e8re dominante ;<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">2) celui d\u2019un projet d\u2019articulation fourni cl\u00e9s en main \u00e0 l\u2019avance, ind\u00e9pendamment des pratiques sociales et politiques, dans lequel toutes les luttes \u00e0 vis\u00e9es \u00e9mancipatrices devraient n\u00e9cessairement rentrer en y occupant strictement les places qui leur ont \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9es abstraitement par la th\u00e9orie ; ce que S\u00e9bastien Chauvin et Alexandre Jaunait critiquent sous la d\u00e9nomination de \u00ab l\u2019imp\u00e9ratif intersectionnel \u00bb<a href=\"#_ftn42\" name=\"_ftnref42\">[42]<\/a> ;<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">3) celui de \u00ab l\u2019ambition totalisante qui chercherait \u00e0 probl\u00e9matiser au sein d\u2019un seul et unique mouvement toutes les dominations possibles \u00bb, encore selon Chauvin et Jaunait <a href=\"#_ftn43\" name=\"_ftnref43\">[43]<\/a>, \u00e9cueil d\u00e9riv\u00e9 des s\u00e9ductions de la vieille cat\u00e9gorie philosophique de \u00ab totalit\u00e9 \u00bb, qui pourrait \u00eatre utilement remplac\u00e9e par celle, plus modeste, de \u00ab global \u00bb<a href=\"#_ftn44\" name=\"_ftnref44\">[44]<\/a> ;<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">et 4) celui d\u2019une t\u00e9l\u00e9ologie historique, ayant beaucoup marqu\u00e9 le marxisme, qui ferait des convergences entre mouvements sociaux \u00e9mancipateurs une n\u00e9cessit\u00e9, et non pas une possibilit\u00e9 dans une histoire marqu\u00e9e par l\u2019incertitude.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><strong>3 &#8211; De quelques impens\u00e9s et \u00e9cueils des d\u00e9coloniaux\u2026 empreints de pr\u00e9jug\u00e9s coloniaux<\/strong><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 partir de la tentation globale de \u00ab la contradiction principale \u00bb, on peut rep\u00e9rer une s\u00e9rie d\u2019impens\u00e9s et d\u2019\u00e9cueils qui viennent la renforcer. Ces travers ont d\u2019ailleurs souvent des liens historiques avec des dispositifs coloniaux. Comme quoi la d\u00e9colonisation des esprits est un chemin difficile : ce qui ne concerne certes d\u2019abord \u00ab les Blancs \u00bb, mais aussi les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5><em>L\u2019unification comme mode de construction de la politique h\u00e9rit\u00e9 de la forme de l\u2019\u00c9tat-nation moderne\u2026 colonial<\/em><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique insistent sur la constitution \u00ab une voie politique d\u00e9coloniale qui unifie \u00bb<a href=\"#_ftn45\" name=\"_ftnref45\">[45]<\/a>. Les \u00ab Principes politiques g\u00e9n\u00e9raux du Parti des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique \u00bb, adopt\u00e9s \u00e0 son Congr\u00e8s constitutif des 27 et 28 f\u00e9vrier 2010, se proposent ainsi de \u00ab d\u00e9velopper une politique unifi\u00e9e et ind\u00e9pendante et \u00e0 agir \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale pour engager les institutions de l\u2019Etat dans une politique d\u00e9coloniale \u00bb<a href=\"#_ftn46\" name=\"_ftnref46\">[46]<\/a> Et d\u2019ajouter :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Le PIR se donne pour t\u00e2che de contribuer \u00e0 la formation d\u2019une Direction politique unifi\u00e9e. \u00bb<a href=\"#_ftn47\" name=\"_ftnref47\">[47]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/couleurs-drapeau-empire.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-3228\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/couleurs-drapeau-empire.jpg?resize=332%2C515&#038;ssl=1\" alt=\"couleurs drapeau empire\" width=\"332\" height=\"515\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/couleurs-drapeau-empire.jpg?w=567&amp;ssl=1 567w, https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/couleurs-drapeau-empire.jpg?resize=194%2C300&amp;ssl=1 194w\" sizes=\"auto, (max-width: 332px) 100vw, 332px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Or, le vocabulaire de l\u2019unit\u00e9 et de l\u2019unification, m\u00eame s\u2019il semble aller de soi tellement il est r\u00e9pandu, n\u2019est pas neutre pour dire la politique. L\u2019\u00e9crasement du Multiple sous l\u2018Un constitue m\u00eame historiquement une modalit\u00e9 dominante de l\u2019\u00c9tat-nation moderne, autoritaire, capitaliste, sexiste, h\u00e9t\u00e9rosexiste et colonial. Le britannique Thomas Hobbes en a livr\u00e9 une des premi\u00e8res formulations th\u00e9oriques au XVII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avec la figure du L\u00e9viathan, entendu comme \u00ab la multitude ainsi unie en une seule personne \u00bb<a href=\"#_ftn48\" name=\"_ftnref48\">[48]<\/a>. Les gauches r\u00e9publicaines, socialistes et marxistes \u00ab blanches \u00bb ont souvent arbitr\u00e9, dans le sillage de Hobbes, en faveur de l\u2019Un contre le Multiple. Cette pr\u00e9dominance traditionnelle du vocabulaire de \u00ab l\u2019unit\u00e9 \u00bb et de \u00ab l\u2019unification \u00bb a donc bien \u00e9t\u00e9 ajust\u00e9e \u00e0 la construction des \u00c9tats-nations modernes, en tendant \u00e0 aplatir la pluralit\u00e9 humaine comme la diversit\u00e9 des mouvements sociaux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Toutefois la critique de l\u2019autoroute de \u00ab l\u2019unification \u00bb dans la fabrication de la politique ne peut constituer le seul rep\u00e8re en la mati\u00e8re. Car une politique \u00e9mancipatrice a aussi \u00e0 se saisir du commun \u2013 du commun g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par telle ou telle oppression comme du commun entre les oppressions -, sans pouvoir se contenter de c\u00e9l\u00e9brer la pluralit\u00e9. Comment alors se saisir du commun sans tomber dans les travers dominants \u00ab unificateurs \u00bb ? Cela pourrait constituer une invitation \u00e0 reformuler diff\u00e9remment les relations entre la pluralit\u00e9 et les espaces communs. Dans son ouvrage inachev\u00e9 <em>Qu\u2019est-ce que la politique ?<\/em>, la philosophe Hannah Arendt fournit une piste suggestive de ce point de vue. Elle avance d\u2019abord :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab La politique repose sur un fait : la pluralit\u00e9 humaine. \u00bb<a href=\"#_ftn49\" name=\"_ftnref49\">[49]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Puis elle pr\u00e9cise :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab La politique traite de la communaut\u00e9 et de la r\u00e9ciprocit\u00e9 d\u2019\u00eatres <em>diff\u00e9rents<\/em>. \u00bb<a href=\"#_ftn50\" name=\"_ftnref50\">[50]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La politique, en un sens \u00e9mancipateur, consisterait \u00e0 cr\u00e9er des espaces communs en partant de la pluralit\u00e9 humaine, sans \u00e9craser cette pluralit\u00e9 au nom de l\u2019Un ; cet \u00e9crasement \u00e9tant une des caract\u00e9ristiques principales du risque \u00ab totalitaire \u00bb pour Arendt. La galaxie altermondialiste a d\u00e9j\u00e0 amorc\u00e9 des rep\u00e8res en ce sens avec le vocabulaire des \u00ab convergences \u00bb et des \u00ab coordinations \u00bb. Ce sont des mots qui disent le commun <em>\u00e0 partir de<\/em> la pluralit\u00e9, et non pas <em>\u00e0 la place de<\/em> la pluralit\u00e9. Nous pourrions aussi puiser dans le vocabulaire ouvrier, socialiste et libertaire du XIX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle en France : celui de \u00ab l\u2019association \u00bb, de \u00ab la mutualisation \u00bb, de \u00ab la coop\u00e9ration \u00bb ou de \u00ab la f\u00e9d\u00e9ration \u00bb. Cette perspective r\u00e9orient\u00e9e nous incite \u00e0 ne pas faire du commun un espace unifi\u00e9 pr\u00e9alablement, qui s\u2019imposerait par avance aux mouvements sociaux et aux individus, en laissant ouvertes les modalit\u00e9s de reconnaissance d\u2019un commun d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, en tout cas au moins en germe, comme d\u2019\u00e9laboration de nouveaux espaces communs \u00e0 travers des pratiques r\u00e9sistantes. Ce qui suppose de ne pas esquiver les conflits et les tensions in\u00e9luctables entre les mouvements comme entre les individus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5><em>Un impens\u00e9 quant \u00e0 la critique libertaire de la repr\u00e9sentation politique comme mode de domination<\/em><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Houria Bouteldja ne met gu\u00e8re de distance critique, ne serait-ce que sous la forme de l\u2019auto-ironie \u00e0 la mani\u00e8re du sous-commandant Marcos <a href=\"#_ftn51\" name=\"_ftnref51\">[51]<\/a>, entre elle en tant que porte-parole et ceux dont elles portent la parole : pas seulement les quelques centaines de membres de son organisation, mais l\u2019ensemble des postcolonis\u00e9s\u2026 et m\u00eame \u00e0 un moment d\u2019humilit\u00e9 extr\u00eame de \u00ab la Oumma \u00bb musulmane en son entier (plus d\u2019un milliard de personnes, rappelle-t-elle <a href=\"#_ftn52\" name=\"_ftnref52\">[52]<\/a>). On comprend certes les horizons qui s\u2019ouvrent devant une dirigeante d\u2019un groupuscule \u00e0 se projeter ainsi imaginairement comme porte-parole de plus d\u2019un milliard d\u2019\u00eatres humains ! <em>\u00ab D\u00e9rision de nous d\u00e9risoires \u00bb<\/em>, chante Alain Souchon dans <em>Foule sentimentale<\/em>\u2026 mais c\u2019est de la chansonnette \u00ab blanche \u00bb !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, les \u00ab Principes politiques g\u00e9n\u00e9raux du Parti des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique \u00bb font de la logique repr\u00e9sentative une n\u00e9cessit\u00e9 :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab La constitution d\u2019une identit\u00e9 politique commune des indig\u00e8nes exige l\u2019existence d\u2019un p\u00f4le unifi\u00e9 repr\u00e9sentatif. \u00bb<a href=\"#_ftn53\" name=\"_ftnref53\">[53]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La logique repr\u00e9sentative appara\u00eet d\u00e9j\u00e0 au c\u0153ur du mod\u00e8le \u00e9tatique chez Hobbes qui parle ainsi de \u00ab confier tout leur pouvoir et toute leur force \u00e0 un seul homme, ou \u00e0 une seule assembl\u00e9e, qui puisse r\u00e9duire toutes leurs volont\u00e9s, par la r\u00e8gle de la majorit\u00e9, en une seule volont\u00e9 \u00bb<a href=\"#_ftn54\" name=\"_ftnref54\">[54]<\/a>. Le sociologue Roberto Michels analysant la social-d\u00e9mocratie allemande \u00ab blanche \u00bb au d\u00e9but du XX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle dans une des premi\u00e8res \u00e9tudes syst\u00e9matiques des partis politiques y voyait une \u00ab tendance \u00e0 l\u2019oligarchie \u00bb au sein des organisations \u00e0 vis\u00e9e d\u00e9mocratique, associant \u00ab institution du ph\u00e9nom\u00e8ne dirigeant \u00bb et \u00ab domination des repr\u00e9sentants sur les repr\u00e9sent\u00e9s \u00bb<a href=\"#_ftn55\" name=\"_ftnref55\">[55]<\/a>. Pierre Bourdieu prolongera l\u2019analyse \u00e0 la fin du XX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Il y a une sorte d\u2019antinomie inh\u00e9rente au politique qui tient au fait que les individus \u2013 et cela d\u2019autant plus qu\u2019ils sont d\u00e9munis \u2013 ne peuvent se constituer (ou \u00eatre constitu\u00e9s) en tant que groupes, c\u2019est-\u00e0-dire une force capable de se faire entendre et de parler et d\u2019\u00eatre \u00e9cout\u00e9e, qu\u2019en se d\u00e9poss\u00e9dant au profit d\u2019un porte-parole. \u00bb<a href=\"#_ftn56\" name=\"_ftnref56\">[56]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Bourdieu nous dit au moins deux choses dans cette phrase. Premi\u00e8rement, pour voir ses aspirations et ses int\u00e9r\u00eats pris en compte dans l\u2019espace public, un groupe (des ouvriers aux postcolonis\u00e9s) a besoin de porte-parole; mais, deuxi\u00e8mement, l\u2019existence de ces porte-parole contient le risque de la domination des repr\u00e9sentants sur les repr\u00e9sent\u00e9s (ne serait-ce qu\u2019en parlant \u00e0 la place de ceux dont ils portent la parole).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette matrice repr\u00e9sentative a aussi aliment\u00e9 la politique coloniale et postcoloniale, que le PIR se contente sur ce plan de reconduire, sans travailler explicitement sur ses ambivalences. La logique repr\u00e9sentative s\u2019exprime \u00e9galement dans le cas du PIR quant au rapport \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019organisation, dans une fa\u00e7on de justifier \u00ab la ligne \u00bb dirigeante dans la suspicion \u00e0 l\u2019\u00e9gard des paroles \u00ab blanches \u00bb, y compris celles de ceux qui sont nomm\u00e9s \u00ab nos alli\u00e9s blancs \u00bb. Le sociologue \u00c9ric Fassin constitue un de ses \u00ab alli\u00e9s blancs \u00bb les plus malmen\u00e9s et suspect\u00e9s par le PIR <a href=\"#_ftn57\" name=\"_ftnref57\">[57]<\/a>. Le communisme stalinien \u00ab blanc \u00bb avait aussi beaucoup recouru, bien avant, \u00e0 ces techniques rh\u00e9toriques de consolidation du pouvoir des dirigeants, cens\u00e9s incarner \u00ab la classe ouvri\u00e8re \u00bb, et jouant alternativement avec ceux qui \u00e9taient qualifi\u00e9s de \u00ab compagnons de route \u00bb de la carotte de la reconnaissance symbolique et du b\u00e2ton de la stigmatisation de \u00ab l\u2019influence bourgeoise et petite-bourgeoise \u00bb. On a pu observer des logiques analogues au sein du mouvement f\u00e9ministe, dans la stigmatisation des origines \u00ab masculines \u00bb ou \u00ab sous influence masculine \u00bb, leur d\u00e9niant alors toute possibilit\u00e9 d\u2019avoir un caract\u00e8re \u00ab f\u00e9ministe \u00bb, des analyses mettant l\u2019accent sur la pluralit\u00e9 des usages du foulard islamique contre leur r\u00e9duction \u00e0 la seule logique de l\u2019oppression des femmes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>S\u00e9bastien Chauvin a bien d\u00e9crypt\u00e9 ce dispositif de pouvoir \u00e0 partir d\u2019une double exp\u00e9rience dans le trotskysme et dans le mouvement homosexuel :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab en posant la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une <em>continuit\u00e9 d\u2019essence<\/em> entre repr\u00e9sentants et repr\u00e9sent\u00e9s, il pr\u00e9suppose une fausse homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 du groupe \u2013 et en produit l\u2019homog\u00e9n\u00e9isation mythique. Cette homog\u00e9n\u00e9isation fonctionne comme un instrument politique de la domination symbolique des membres dominants du groupe domin\u00e9 sur ses membres domin\u00e9s \u00bb<a href=\"#_ftn58\" name=\"_ftnref58\">[58]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Hassan Budour nous invite l\u00e9gitimement \u00e0 une d\u00e9colonisation n\u00e9cessaire de l\u2019anarchisme <a href=\"#_ftn59\" name=\"_ftnref59\">[59]<\/a>. Ce qui implique notamment de prendre la mesure de l\u2019islamophobie aujourd\u2019hui dans les rapports de domination et incite les libertaires \u00e0 reprobl\u00e9matiser la fa\u00e7on de consid\u00e9rer les religions <a href=\"#_ftn60\" name=\"_ftnref60\">[60]<\/a>. Cependant, il ne faudrait pas oublier un autre volet n\u00e9cessaire : anarchiser le mouvement d\u00e9colonial, entre autres sur le triple plan de la critique de l\u2019\u00e9tatisme unificateur, de la repr\u00e9sentation politique et de la r\u00e9\u00e9valuation de la place des individualit\u00e9s, que va \u00eatre abord\u00e9e maintenant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5><em>Un impens\u00e9 quant \u00e0 la singularit\u00e9 individuelle comme lieu d\u2019exp\u00e9riences sociales plurielles et d\u2019appartenances collectives<\/em><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les individualit\u00e9s n\u2019existent pas comme une dimension importante du discours du PIR. Le <em>je<\/em> tend \u00e0 fusionner dans le <em>nous<\/em>, sous la modalit\u00e9 de l\u2019unification d\u00e9j\u00e0 rep\u00e9r\u00e9e. Houria Bouteldja affirme ainsi :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Un projet d\u00e9colonial ne peut pas \u00eatre pens\u00e9 \u00e0 partir des individualit\u00e9s, mais \u00e0 partir des cultures et des identit\u00e9s opprim\u00e9es. \u00bb<a href=\"#_ftn61\" name=\"_ftnref61\">[61]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Comme dans les gauches \u00ab blanches \u00bb, le \u00ab logiciel collectiviste \u00bb, posant implicitement ou explicitement la pr\u00e9dominance du collectif sur l\u2019individuel, appara\u00eet h\u00e9g\u00e9monique <a href=\"#_ftn62\" name=\"_ftnref62\">[62]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les r\u00e9ticences critiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la th\u00e9matique du m\u00e9tissage chez Bouteldja, en particulier sous la figure des \u00ab mariages mixtes \u00bb entre musulmans et non-musulmans <a href=\"#_ftn63\" name=\"_ftnref63\">[63]<\/a>, ou dans le livre d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 de Sadri Khiari, en l\u2019envisageant surtout comme une ruse postcoloniale, renforcent cet impens\u00e9. Khiari parle ainsi de \u00ab l\u2019<em>injonction<\/em> \u00e0 ne plus \u00eatre ce qu\u2019ils sont \u00bb<a href=\"#_ftn64\" name=\"_ftnref64\">[64]<\/a>. Un autre militant du PIR, Azzedine Benabdellah <a href=\"#_ftn65\" name=\"_ftnref65\">[65]<\/a> fait de la figure du \u00ab m\u00e9tis \u00bb \u00ab une arme du pouvoir blanc \u00bb, en tant que \u00ab tra\u00eetre \u00e0 la race \u00bb, et r\u00e9duit le m\u00e9tissage \u00e0 un \u00ab produit du pouvoir colonial \u00bb, se focalisant sur ses usages coloniaux sans \u00e9gard pour ses usages anticoloniaux, antiracistes (qui sont simplement moqu\u00e9, comme plus largement le \u00ab multiculturel \u00bb, comme des illusions propres aux \u00ab blancs de gauche \u00bb) ou simplement a-coloniaux. Et Benabdellah d\u2019ajouter significativement en tant que rentrant dans la cat\u00e9gorie \u00ab blanche \u00bb de \u00ab m\u00e9tis \u00bb : \u00ab Nous ne sommes pas singuliers, pas distincts des n\u00f4tres \u00bb<a href=\"#_ftn66\" name=\"_ftnref66\">[66]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais est-ce que l\u2019on est d\u2019un seul bloc, dans une exp\u00e9rience unidimensionnelle du monde social ? Ou m\u00eame est-on constitu\u00e9 autour d\u2019un axe principal par rapport auquel graviterait des \u00e9l\u00e9ments p\u00e9riph\u00e9riques ? La sociologie contemporaine (chez Bourdieu et chez bien d\u2019autres <a href=\"#_ftn67\" name=\"_ftnref67\">[67]<\/a>) constate plut\u00f4t que ce qui ferait l\u2019unicit\u00e9 de chaque individu, c\u2019est justement l\u2019entrecroisement dans un corps individu\u00e9 d\u2019une pluralit\u00e9 d\u2019exp\u00e9riences sociales et d\u2019appartenances collectives. Les individus ne sont pas consid\u00e9r\u00e9s, dans ces perspectives sociologiques, comme des monades isol\u00e9es les unes des autres, mais sont saisis de mani\u00e8re <em>relationnaliste<\/em> comme fabriqu\u00e9s dans le cours de relations sociales et historiques. La singularit\u00e9 individuelle n\u2019est d\u2019ailleurs pas une propri\u00e9t\u00e9 de la p\u00e9riode moderne dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales <a href=\"#_ftn68\" name=\"_ftnref68\">[68]<\/a>, des figures diversifi\u00e9es de l\u2019unicit\u00e9 personnelle \u00e9tant travaill\u00e9es dans des cadres culturels et des aires civilisationnelles diff\u00e9rentes, dont des soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 pr\u00e9dominance musulmane, comme le montre un r\u00e9cent et volumineux ouvrage collectif coordonn\u00e9 par Emmanuel Lozerand dans le cadre de l\u2019INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales)<a href=\"#_ftn69\" name=\"_ftnref69\">[69]<\/a>. Le m\u00e9tissage de type culturel, tel qu\u2019il est critiqu\u00e9 comme un instrument colonial par des militants du PIR, n\u2019est qu\u2019un cas de figure de processus plus larges d\u2019hybridation individualisante. Comme l\u2019a mis en \u00e9vidence dans les premiers temps de la sociologie Georg Simmel, ces processus se sont complexifi\u00e9s avec l\u2019urbanisation des soci\u00e9t\u00e9s modernes, en offrant une plus grande vari\u00e9t\u00e9 de mat\u00e9riaux pour les individuations <a href=\"#_ftn70\" name=\"_ftnref70\">[70]<\/a>. La globalisation en cours, avec notamment les migrations, les circulations internationales diverses ou la place d\u2019internet, peut \u00eatre aussi envisag\u00e9e comme un facteur de complexification suppl\u00e9mentaire des hybridations individualisantes <a href=\"#_ftn71\" name=\"_ftnref71\">[71]<\/a>. Ces hybridations sont travers\u00e9es par une pluralit\u00e9 de rapports de domination (intra-, inter- et trans-nationaux), mais aussi par des r\u00e9sistances micro-sociales et\/ou g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es dans des luttes politiques au sein d\u2019espaces publics, des r\u00e9appropriations critiques, des d\u00e9placements d\u2019usages et donc de sens, des zones fragiles de sociabilit\u00e9, de coop\u00e9ration, de tendresse et\/ou de troubles amoureux, etc. En ce sens g\u00e9n\u00e9ral, nous sommes tous des m\u00e9tis, des m\u00e9tis dot\u00e9s chacun d\u2019une singularit\u00e9, prenant des formes diff\u00e9rentes, et plus ou moins valoris\u00e9es (ce que l\u2019on appelle aujourd\u2019hui les soci\u00e9t\u00e9s \u00ab individualistes \u00bb constituent des cadres sociaux valorisant particuli\u00e8rement, d\u2019un point de vue id\u00e9al, les individualit\u00e9s, mais les maltraitant en pratique \u00e0 travers notamment les contraintes capitalistes <a href=\"#_ftn72\" name=\"_ftnref72\">[72]<\/a>), en fonction des p\u00e9riodes historiques, des soci\u00e9t\u00e9s et des ressources plus ou moins disponibles dans diverses aires culturelles plus ou moins en interaction entre elles.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Reste \u00e0 savoir dans quelle mesure le m\u00e9tissage individualisant observable sociologiquement dans le r\u00e9el peut devenir une valeur et un axe d\u2019une politique \u00e9mancipatrice. Sur ce plan, les analyses de Nacira Gu\u00e9nif-Souilamas et d\u2019\u00c9ric Mac\u00e9 dans leur livre <em>Les f\u00e9ministes et le gar\u00e7on arabe<\/em>, appuy\u00e9es sur la perspective d\u2019un \u00ab mouvement culturel (post) f\u00e9ministe et postcolonial \u00bb, sont suggestives <a href=\"#_ftn73\" name=\"_ftnref73\">[73]<\/a>. S\u2019inspirant ainsi d\u2019\u00ab un (post) f\u00e9minisme \u00ab\u00a0queer\u00a0\u00bb qui lutte contre les discriminations au non d\u2019une autonomie individuelle refusant toutes les assignations, y compris celles du \u00ab\u00a0f\u00e9minin\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0masculin\u00a0\u00bb \u00bb, ils avancent :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab la lutte contre les discriminations sexistes est ins\u00e9parable de la lutte contre les discriminations racistes et les assignations \u00ab\u00a0ethniques\u00a0\u00bb \u00e0 la diff\u00e9rence \u00bb<a href=\"#_ftn74\" name=\"_ftnref74\">[74]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans un autre texte, Gu\u00e9nif-Souilamas a rapproch\u00e9 les \u00ab questions de la transgression du tabou homosexuel en milieu arabe et musulman local et la question de la prohibition du voile en milieu la\u00efcis\u00e9 national \u00bb \u00e0 travers la \u00ab figure trouble de la jeune femme voil\u00e9e lesbienne \u00bb d\u00e9gageant une \u00ab nouveaut\u00e9 pluri-identitaire et individualiste \u00bb<a href=\"#_ftn75\" name=\"_ftnref75\">[75]<\/a>). Se dessine \u00e0 travers ces analyses un double refus des oppressions et des assignations identitaires uniques, dans un combat pour une \u00e9mancipation individuelle <em>et<\/em> collective.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, de ces pistes, une militante du PIR, Louisa Yousfi, stigmatise \u00ab l\u2019individualisme \u00bb comme \u00ab le flambeau des <em>transfuges de race<\/em> \u00bb associ\u00e9 \u00e0 \u00ab la trahison \u00bb<a href=\"#_ftn76\" name=\"_ftnref76\">[76]<\/a>). On est proche des discours staliniens \u00ab blancs \u00bb d\u2019autrefois contre \u00ab l\u2019individualisme des bourgeois et petits-bourgeois tra\u00eetres au mouvement ouvrier \u00bb\u2026 Si l\u2019on suit les cat\u00e9gories de la lecture que l\u2019\u00e9crivain antillais Patrick Chamoiseau fait de Frantz Fanon, tant l\u2019essentialisme colonial et postcolonial que les tendances essentialistes du PIR se situent du c\u00f4t\u00e9 de :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab L&rsquo;ancien arbre g\u00e9n\u00e9alogique nous cantonnait dans les branches et les feuilles d&rsquo;une lign\u00e9e intangible d&rsquo;anc\u00eatres, de traditions, de gen\u00e8ses et de cosmogonies monolithiques. Il nous immobilisait sur le pieu d&rsquo;une racine unique qui nous plantait dans une seule terre natale. \u00bb<a href=\"#_ftn77\" name=\"_ftnref77\">[77]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La voie de la singularisation personnelle, valoris\u00e9e en tant que composante d\u2019une \u00e9thique et d\u2019une politique \u00e9mancipatrice associ\u00e9es \u00e0 des combats collectifs, se d\u00e9tache de ces approches essentialistes de l\u2019identit\u00e9 :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab L&rsquo;arbre relationnel lui, nous d\u00e9ploie sur un treillis des racines, des rhizomes, qui au gr\u00e9 de nos errances, ou de nos \u00ab\u00a0exp\u00e9riences\u00a0\u00bb, nous offrent plusieurs terres natales. \u00bb<a href=\"#_ftn78\" name=\"_ftnref78\">[78]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5><em>Des tentations culturalistes<\/em><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le culturalisme peut \u00eatre envisag\u00e9 comme une lecture homog\u00e9n\u00e9isante des pratiques culturelles d\u2019un groupe humain <a href=\"#_ftn79\" name=\"_ftnref79\">[79]<\/a>. Un tel culturalisme a innerv\u00e9 historiquement les imaginaires coloniaux comme aujourd\u2019hui les fantasmes islamophobes. Il est notamment bas\u00e9 sur un essentialisme : la vision des cultures (par exemple \u00ab l\u2019islam \u00bb) comme des \u00ab essences \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire comme des entit\u00e9s compactes et durables tendant \u00e0 aplatir la diversit\u00e9 et les contradictions. Le culturalisme passe par des porte-parole homog\u00e9n\u00e9isateurs, ce qui constitue une intersection avec ce qui a \u00e9t\u00e9 dit pr\u00e9c\u00e9demment sur la logique repr\u00e9sentative. On trouve certes chez Houria Bouteldja un d\u00e9menti des critiques faites au PIR quant \u00e0 son \u00ab culturalisme \u00bb<a href=\"#_ftn80\" name=\"_ftnref80\">[80]<\/a>. Pourtant des tendances culturalistes sont bien rep\u00e9rables dans ses \u00e9crits. Dans un de ses textes, elle revendique ainsi \u00ab une all\u00e9geance communautaire \u00bb et interpr\u00e8te de mani\u00e8re uniformisatrice l\u2019usage du foulard dans \u00ab la soci\u00e9t\u00e9 indig\u00e8ne \u00bb comme un \u00ab message \u00bb oblig\u00e9 qui lui serait envoy\u00e9 de la part de l\u2019ensemble des porteuses de foulard : \u00ab Nous appartenons \u00e0 la communaut\u00e9 et nous l\u2019assurons de notre loyaut\u00e9 \u00bb<a href=\"#_ftn81\" name=\"_ftnref81\">[81]<\/a>. Dans un autre texte, elle avance dans une veine d\u2019homog\u00e9n\u00e9isation culturelle proche :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab De ma vie d\u2019indig\u00e8ne, je n\u2019ai jamais entendu quelqu\u2019un insulter notre proph\u00e8te. De ma vie, je le jure. Ce n\u2019est ni un interdit, ni un tabou. Cette pens\u00e9e ne nous traverse pas l\u2019esprit. Cette pens\u00e9e n\u2019existe pas, tout simplement. C\u2019est un rapport au sacr\u00e9 qui agr\u00e8ge le consentement de plus d\u2019un milliard d\u2019\u00e2mes parmi lesquels des ath\u00e9es, des agnostiques, des \u00ab\u00a0libres penseurs\u00a0\u00bb. Pourtant, la Oumma est travers\u00e9e de mille contradictions et nos clivages sont innombrables. \u00bb<a href=\"#_ftn82\" name=\"_ftnref82\">[82]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ayant une exp\u00e9rience minuscule de la Oumma, contrairement \u00e0 celle, gigantesque, de Houria Bouteldja, j\u2019ai pourtant rencontr\u00e9 des personnes de culture musulmane ironiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard du Proph\u00e8te \u2013 \u00e0 la mani\u00e8re de ce que j\u2019ai pu observer chez des individus de culture catholique vis-\u00e0-vis du Christ ou d\u2019individus de culture juive vis-\u00e0-vis de Mo\u00efse -, de mani\u00e8re tendre parfois mais aussi plus virulente, pas nettement moins en tout cas que ce qui a pu \u00eatre publi\u00e9 dans <em>Charlie Hebdo<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le culturalisme s\u2019insinue \u00e9galement dans le rapport critique aux \u00ab mariages mixtes \u00bb, h\u00e9sitant entre une justification politique (\u00ab Parce qu\u2019on ne veut pas donner un membre de sa famille \u00e0 un dominant \u00bb<a href=\"#_ftn83\" name=\"_ftnref83\">[83]<\/a>) et l\u2019hybridation de justifications politique et communautaire (\u00ab La perspective d\u00e9coloniale, c\u2019est s\u2019autoriser \u00e0 se marier avec quelqu\u2019un de sa communaut\u00e9 \u00bb<a href=\"#_ftn84\" name=\"_ftnref84\">[84]<\/a>).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/m%C3%A9tissage.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3247\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/m%C3%A9tissage.jpg?resize=500%2C291&#038;ssl=1\" alt=\"m\u00e9tissage\" width=\"500\" height=\"291\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/m%C3%A9tissage.jpg?w=500&amp;ssl=1 500w, https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/m%C3%A9tissage.jpg?resize=300%2C175&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Autre exemple : \u00e0 une question sur les \u00ab contradictions \u00bb de l\u2019islam, en particulier en rapport avec \u00ab les formes de terrorisme s\u2019en revendiquant \u00bb, et la possibilit\u00e9 d\u2019\u00ab un islam d\u00e9colonial \u00bb, Sadri Khiari r\u00e9pond quant \u00e0 lui s\u00e8chement dans une forme de culturalisme essentialiste renvers\u00e9, qui garde des proximit\u00e9s rh\u00e9toriques et cognitives avec les essentialismes culturalistes coloniaux et islamophobes :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab L\u2019islam EST d\u00e9colonial, je n\u2019ai rien \u00e0 dire d\u2019autre. \u00bb<a href=\"#_ftn85\" name=\"_ftnref85\">[85]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Insistance sur la pluralisation des usages de l\u2019islam quand il s\u2019agit de critiquer les pr\u00e9jug\u00e9s islamophobes, pour le n\u00e9gatif, et r\u00e9homog\u00e9n\u00e9isation de l\u2019islam ensuite autour d\u2019un axe d\u00e9colonial, pour le positif ? Se r\u00e9v\u00e8lent ici des risques d\u2019essentialisation de formes culturelles plus composites ; cette homog\u00e9n\u00e9isation culturaliste ayant constitu\u00e9 une dimension du colonialisme dans son rapport \u00e0 des colonis\u00e9s souvent culturellement folkloris\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de cadres culturels suppos\u00e9s compacts.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette pente essentialiste a des diff\u00e9rences avec l\u2019essentialisme colonial dans sa port\u00e9e strat\u00e9gique en politique. Dans le sillage de la th\u00e9oricienne postcoloniale indienne Gayatri Chakravorty Spivak <a href=\"#_ftn86\" name=\"_ftnref86\">[86]<\/a>, Sophie Wahnich recourt ainsi \u00e0 la notion d\u2019\u00ab essentialisme strat\u00e9gique \u00bb, mais pour s\u2019en d\u00e9marquer <a href=\"#_ftn87\" name=\"_ftnref87\">[87]<\/a>. Cet \u00ab essentialisme strat\u00e9gique \u00bb supposerait, dans la logique du combat contre l\u2019essentialisme culturaliste travaillant les logiques coloniales, d\u2019admettre temporairement une forme analogue de culturalisme essentialiste comme point d\u2019appui de ce combat afin d\u2019unifier un camp d\u2019opprim\u00e9s. Appliqu\u00e9 \u00e0 la politique du PIR vis-\u00e0-vis de l\u2019islam, cet \u00ab essentialisme strat\u00e9gique \u00bb ne serait cependant pas beaucoup moins fantasmatique quant \u00e0 l\u2019observation du r\u00e9el que les lectures islamophobes en cours actuellement, qui peuvent aussi r\u00e9v\u00e9ler une port\u00e9e politique strat\u00e9gique, ou que l\u2019essentialisation exprim\u00e9e par des fondamentalismes islamistes aux logiques directement politiques <a href=\"#_ftn88\" name=\"_ftnref88\">[88]<\/a>. L\u00e0 encore les dogmatismes historiques des gauches \u00ab blanches \u00bb risquent de servir de rails implicites, quand \u00ab la ligne \u00bb d\u2019une organisation doit n\u00e9cessairement s\u2019imposer aux h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9s et aux contradictions du r\u00e9el. Ce qui ne pr\u00e9pare gu\u00e8re \u00e0 agir sur un r\u00e9el h\u00e9riss\u00e9 de rugosit\u00e9s, ni \u00e0 avoir des effets \u00e9mancipateurs sur lui.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par ailleurs, au croisement de la logique oligarchique de la repr\u00e9sentation politique et de la fermeture essentialiste de la d\u00e9finition de \u00ab la vraie communaut\u00e9 \u00bb, on rep\u00e8re des proc\u00e9dures classiques de chasse symbolique aux \u00ab tra\u00eetres \u00bb, voire de proc\u00e8s de papier en \u00ab haute trahison \u00bb avec le cas de Sophia Aram <a href=\"#_ftn89\" name=\"_ftnref89\">[89]<\/a>. Cela r\u00e9v\u00e8le donc des analogies avec le stalinisme \u00ab blanc \u00bb, dans une pointe de fascination provocatrice qui perce par endroits pour les accents martiaux des procureurs staliniens d\u2019hier sur un mode, cette fois, tragi-comique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019encontre de telles tentations, Jacques Ranci\u00e8re a mis en \u00e9vidence dans les d\u00e9buts du mouvement ouvrier fran\u00e7ais des logiques d\u2019hybridation avec les mots des dominants dans la revendication \u00e9mancipatrice d\u2019\u00e9galit\u00e9 <a href=\"#_ftn90\" name=\"_ftnref90\">[90]<\/a>. Le grand penseur critique palestinien Edward Sa\u00efd a quant \u00e0 lui mis en garde contre la vision \u00ab monolithique \u00bb de la culture, souvent port\u00e9e par \u00ab la notion fondamentalement statique d\u2019<em>identit\u00e9<\/em> \u00bb, qui a marqu\u00e9 et qui continue \u00e0 marquer l\u2019imp\u00e9rialisme occidental comme \u00ab divers fondamentalismes religieux et nationalistes \u00bb constitu\u00e9s en r\u00e9action contre lui <a href=\"#_ftn91\" name=\"_ftnref91\">[91]<\/a>. Ce serait oublier les processus de m\u00e9tissage, d\u2019emprunt et de bricolage culturels, dans lesquels la logique coloniale est une des dimensions importante mais non exclusive. Par exemple, le th\u00e9 \u00e0 la menthe, souvent vu de par le monde comme une tradition ancestrale marocaine, est une invention r\u00e9cente dot\u00e9e d\u2019une composante coloniale, avec son importation au Maroc au XVIII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle par la Compagnie britannique des Indes orientales, puis l\u2019hybridation avec les feuilles de menthe ant\u00e9rieurement utilis\u00e9es au Maroc <a href=\"#_ftn92\" name=\"_ftnref92\">[92]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00catre pouss\u00e9, de mani\u00e8re h\u00e9sitante et contradictoire, dans une logique strat\u00e9gique, dans les bras d\u2019un essentialisme culturaliste est-ce in\u00e9luctable quand on combat l\u2019essentialisation coloniale et islamophobe ? On pr\u00e9f\u00e8rera le chemin plus escarp\u00e9 d\u2019un chercheur <em>queer<\/em> comme Jean Zaganiaris, quand il invite dans le contexte marocain \u00e0 \u00ab penser la sexualit\u00e9 dans un cadre \u00e0 la fois non-colonialiste et non-culturaliste \u00bb<a href=\"#_ftn93\" name=\"_ftnref93\">[93]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5><em>L\u2019angle unilat\u00e9ral de l\u2019explication coloniale<\/em><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/arton1154-400x417.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft  wp-image-3235\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/arton1154-400x417.jpg?resize=286%2C298&#038;ssl=1\" alt=\"arton1154-400x417\" width=\"286\" height=\"298\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/arton1154-400x417.jpg?resize=400%2C417&amp;ssl=1 400w, https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/arton1154-400x417.jpg?resize=288%2C300&amp;ssl=1 288w\" sizes=\"auto, (max-width: 286px) 100vw, 286px\" \/><\/a>Facteur discursif et cognitif d\u2019homog\u00e9n\u00e9isation, soutenant un \u00ab essentialisme strat\u00e9gique \u00bb \u00e0 tonalit\u00e9s culturalistes, il y a la focalisation sur l\u2019explication par la colonisation et ses suites, \u00e9crasant la pluralit\u00e9 des facteurs \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le r\u00e9el observable. C\u2019est un appui logiquement fondamental dans la tendance \u00e0 faire de l\u2019oppression postcoloniale \u00ab la contradiction principale \u00bb aujourd\u2019hui pour l\u2019ensemble du monde social. Ce qui conduit souvent \u00e0 \u00e9riger le \u00ab postcolonial \u00bb en recette magique omnisciente. De mani\u00e8re distincte de cette tentation, faire de l\u2019explication coloniale la prise principale (et donc partielle et non exclusive d\u2019autres prises par d\u2019autres mouvements sociaux) du mouvement d\u00e9colonial sur le r\u00e9el serait pleinement l\u00e9gitime vis-\u00e0-vis de la double exigence de pluralisme des mouvements sociaux (adoss\u00e9 au pluralisme des contradictions du r\u00e9el) et d\u2019autonomie de chacun d\u2019entre eux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Un des terrains o\u00f9 cet angle unilat\u00e9ralement colonial est particuli\u00e8rement actif est celui des rapports entre les racismes et les antiracismes, et tout particuli\u00e8rement la difficult\u00e9 \u00e0 donner une place \u00e0 l\u2019antis\u00e9mitisme. Cela s\u2019est notamment exprim\u00e9 lors de l\u2019assassinat d\u2019Ilan Halimi <a href=\"#_ftn94\" name=\"_ftnref94\">[94]<\/a>, des crimes de Mohamed Mehra <a href=\"#_ftn95\" name=\"_ftnref95\">[95]<\/a> ou des meurtres antis\u00e9mites de janvier 2015 <a href=\"#_ftn96\" name=\"_ftnref96\">[96]<\/a>. On pourrait dire que l\u2019engagement des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique contre l\u2019antis\u00e9mitisme est explicite, mais qu\u2019en m\u00eame temps ils ne savent pas trop quoi en faire \u00e0 partir du moment o\u00f9 ils optent pour l\u2019axe colonial dans leur approche du racisme. Ce qui conduit \u00e0 ne pas r\u00e9agir clairement sur le plan de l\u2019antis\u00e9mitisme face \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements antis\u00e9mites graves et \u00e0 des r\u00e9ticences m\u00eame quant \u00e0 la perspective de retrouver des espaces communs aux antiracismes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Face \u00e0 l\u2019assassinat d\u2019Ilan Halimi, Sadri Khiari reconna\u00eet ainsi l\u2019\u00ab inqui\u00e9tude justifi\u00e9e concernant la persistance de l\u2019antis\u00e9mitisme en France \u00bb<a href=\"#_ftn97\" name=\"_ftnref97\">[97]<\/a>, mais avec deux b\u00e9mols d\u2019importance. Premi\u00e8rement, il privil\u00e9gie \u00ab d\u2019abord et avant tout la mise en cause claire des dangers de l\u2019instrumentalisation de l\u2019antis\u00e9mitisme \u00bb propre \u00e0 une logique imp\u00e9rialiste et coloniale <a href=\"#_ftn98\" name=\"_ftnref98\">[98]<\/a>. En second lieu, il met en garde contre le fait que \u00ab l\u2019horizon d\u2019un large rassemblement contre tous les racismes \u00bb participe \u00e0 \u00ab dissoudre les sp\u00e9cificit\u00e9s historiques et contextuelles de chacun des racismes dans une soupe exclusivement morale et non-politique \u00bb<a href=\"#_ftn99\" name=\"_ftnref99\">[99]<\/a>. \u00ab Non-politique \u00bb laisse entendre qu\u2019il n\u2019y aurait que le colonial qui, en mati\u00e8re de racismes, serait \u00ab politique \u00bb. Prenons l\u2019exemple, non trait\u00e9 par Khiari dans son texte, de la gen\u00e8se du g\u00e9nocide rwandais : dans ce type d\u2019analyse, seul compterait l\u2019effectif facteur colonial (d\u00e9coupage colonial des \u00ab ethnies \u00bb et liens n\u00e9ocoloniaux tissant \u00ab la Fran\u00e7afrique \u00bb en particulier), mais pas la non moins r\u00e9elle dynamique autonome d\u2019entreprises politiques rwandaises en comp\u00e9tition autour de ressources politiques et \u00e9conomiques et parlant au nom d\u2019\u00ab ethnies \u00bb symboliquement et politiquement oppos\u00e9es dans cette concurrence pour des pouvoirs.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par ailleurs, dans leurs premi\u00e8res r\u00e9actions aux crimes antis\u00e9mites perp\u00e9tr\u00e9s le 9 janvier 2015 dans l\u2019Hyper Cacher de la Porte de Vincennes, c\u2019est la relance du combat contre l\u2019islamophobie et plus largement de la lutte d\u00e9coloniale qui pr\u00e9occupent Houria Bouteldja et Malik Tahar-Chaouch, et pas vraiment un traitement de la question de l\u2019antis\u00e9mitisme <a href=\"#_ftn100\" name=\"_ftnref100\">[100]<\/a>. Un peu plus tard, Bouteldja trouvera une place dans le sch\u00e9ma colonial pour analyser l\u2019antis\u00e9mitisme aujourd\u2019hui : un pr\u00e9tendu et fort ambigu \u00ab philos\u00e9mitisme d\u2019\u00c9tat qui est une forme subtile et sophistiqu\u00e9e de l\u2019antis\u00e9mitisme de l\u2019\u00c9tat-Nation \u00bb<a href=\"#_ftn101\" name=\"_ftnref101\">[101]<\/a> (sur l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de cette notion, voir <em>infra<\/em> le \u00ab Post-scriptum \u00bb de cet article). En-dehors de l\u2019\u00e9quivoque de la notion, cela revient \u00e0 r\u00e9ins\u00e9rer l\u2019antis\u00e9mitisme (et donc \u00e0 le domestiquer) comme un aspect secondaire du syst\u00e8me colonial, aspect dont l\u2019\u00c9tat postcolonial serait le principal foyer de production. Ouf, l\u2019architecture uniforme est pr\u00e9serv\u00e9e des OVNI comme l\u2019antis\u00e9mitisme ou \u00ab l\u2019individu \u00bb (voir <em>supra<\/em>) !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Or, la logique coloniale n\u2019est pas la seule d\u00e9celable dans la construction des diff\u00e9rents racismes historiquement. Par exemple, la stigmatisation actuelle des personnes d\u2019origine marocaine aux Pays-Bas ne s\u2019appuie pas sur un lien colonial ant\u00e9rieur avec le Maroc <a href=\"#_ftn102\" name=\"_ftnref102\">[102]<\/a>. En regard de ces limites, le philosophe Michel Feher a sugg\u00e9r\u00e9 deux id\u00e9aux-types heuristiques pour rendre compte des racismes : \u00ab le racisme colonial \u00bb et \u00ab le racisme g\u00e9nocidaire \u00bb<a href=\"#_ftn103\" name=\"_ftnref103\">[103]<\/a>, les deux \u00ab herm\u00e9neutiques \u00bb pouvant avoir des zones d\u2019intersection (c\u2019est ce que l\u2019on pourrait observer sur le cas rwandais). Mais ce n\u2019est qu\u2019une des pistes possibles.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par ailleurs, Sadri Khiari a raison de se m\u00e9fier d\u2019un cadre commun antiraciste d\u00e9fini abstraitement \u00e0 l\u2019avance et \u00e9crasant la prise en compte des sp\u00e9cificit\u00e9s des diff\u00e9rents racismes. C\u2019est le risque plus g\u00e9n\u00e9ral point\u00e9 par S\u00e9bastien Chauvin et Alexandre Jaunait quant \u00e0 \u00ab l\u2019imp\u00e9ratif intersectionnel \u00bb<a href=\"#_ftn104\" name=\"_ftnref104\">[104]<\/a>. La prudence recommande ici de partir des polyphonies du r\u00e9el. Sur ce plan, les travaux sociologiques ont d\u2019ailleurs commenc\u00e9 \u00e0 rep\u00e9rer des points communs et des analogies entre antis\u00e9mitisme et islamophobie (dont l\u2019essentialisme) \u2013 c\u2019est le cas d\u2019Abdellali Hajjat et de Marwan Mohammed <a href=\"#_ftn105\" name=\"_ftnref105\">[105]<\/a> &#8211; comme des sp\u00e9cificit\u00e9s respectives dans le contexte actuel \u2013 par exemple chez Pierre Birnbaum, avec un caract\u00e8re plus r\u00e9pandu des pr\u00e9jug\u00e9s islamophobes dans la population fran\u00e7aise mais une violence antis\u00e9mite plus intense et localis\u00e9e <a href=\"#_ftn106\" name=\"_ftnref106\">[106]<\/a>. Si un espace commun antiraciste peut se reconstruire, en r\u00e9cusant l\u2019\u00e9cueil d\u2019une totalit\u00e9 transcendante pos\u00e9e <em>a priori<\/em>, ce serait alors plut\u00f4t \u00e0 travers un travail d\u2019exploration pratique de convergences entre mouvements antiracistes existants se saisissant \u00e0 la fois des diff\u00e9rences et des intersections entre racismes. C\u2019est dans une telle perspective qu\u2019a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 r\u00e9cemment le \u00ab Manifeste pour un antiracisme politique \u00bb<a href=\"#_ftn107\" name=\"_ftnref107\">[107]<\/a>, qui n\u2019a pas re\u00e7u le soutien du PIR.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e9galement sur le terrain des controverses autour des luttes homosexuelles que la tendance \u00e0 l\u2019exclusivisme colonial du PIR s\u2019exprime fortement. Bouteldja s\u2019est ainsi saisie de la question, tr\u00e8s discut\u00e9e dans le mouvement homosexuel, de \u00ab l\u2019instrumentalisation x\u00e9nophobe des luttes LGBT \u00bb \u00e0 travers un \u00ab homonationalisme \u00bb (renvoyant aux travaux de Joseph Massad, Jasbir Puar, etc.)<a href=\"#_ftn108\" name=\"_ftnref108\">[108]<\/a>. Bouteldja pr\u00e9f\u00e8re parler d\u2019\u00ab homoracialisme \u00bb<a href=\"#_ftn109\" name=\"_ftnref109\">[109]<\/a>. Elle r\u00e9cuse alors l\u2019existence d\u2019\u00ab une identit\u00e9 politique gay et lesbienne transnationale \u00bb. Et, \u00e0 la mani\u00e8re dont le suppos\u00e9 \u00ab philos\u00e9mitisme d\u2019\u00c9tat \u00bb g\u00e9n\u00e8rerait aujourd\u2019hui l\u2019antis\u00e9mitisme, elle avance que \u00ab les quartiers populaires r\u00e9pondent \u00e0 l\u2019homoracialisme par un virilisme identitaire et\u2026 toujours plus d\u2019homophobie \u00bb<a href=\"#_ftn110\" name=\"_ftnref110\">[110]<\/a>. Ce qui constituerait \u00ab une r\u00e9sistance farouche \u00e0 l\u2019imp\u00e9rialisme occidental et blanc \u00bb<a href=\"#_ftn111\" name=\"_ftnref111\">[111]<\/a>. Or, les travaux existants, s\u2019ils r\u00e9cusent bien un quelconque universalisme des luttes homosexuelles et reconnaissent des usages imp\u00e9rialistes-coloniaux des mouvements gays, ne suivent pas pour autant Bouteldja, en ne se concentrant pas sur ces seuls usages. Dans une synth\u00e8se des recherches disponibles, Alexandre Jaunait, Am\u00e9lie Le Renard et \u00c9lisabeth Marteu notent ainsi :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Certaines recherches se sont efforc\u00e9es de montrer que des identit\u00e9s sexuelles minoritaires ont exist\u00e9 dans des contextes non \u00ab\u00a0occidentaux\u00a0\u00bb bien avant l&rsquo;internationalisation des politiques de lutte contre le sida et des revendications en termes de droits pour les personnes LGBT. \u00bb<a href=\"#_ftn112\" name=\"_ftnref112\">[112]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Et d\u2019ajouter :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Il est important de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9rialisme gay, \u00e0 son imbrication dans des projets nationalistes, et aux effets que cela peut produire. (\u2026) Il est inexact en revanche d&rsquo;opposer de mani\u00e8re dichotomique un \u00ab\u00a0Occident\u00a0\u00bb de l&rsquo;homosexualit\u00e9\/h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 et un \u00ab\u00a0non-Occident\u00a0\u00bb o\u00f9 cette dichotomie ne serait pas pertinente. Parce que les d\u00e9bats, controverses et positionnements autour de ces notions sont nombreux dans les diff\u00e9rentes soci\u00e9t\u00e9s, qu&rsquo;elles soient europ\u00e9ennes, africaines ou asiatiques, parce que les circulations et interactions internationales\/transnationales rendent de fait tout raisonnement par \u00ab\u00a0bloc\u00a0\u00bb inop\u00e9rant \u00bb<a href=\"#_ftn113\" name=\"_ftnref113\">[113]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019unilat\u00e9ralisme colonial du PIR ripe ainsi sur les rugosit\u00e9s du r\u00e9el, tant sur le terrain des antiracismes que sur celui des r\u00e9sistances homosexuelles.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5><em>Dans le rapport aux associations des quartiers populaires : une arrogance para-coloniale ?<\/em><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le MIR, puis le PIR ont particip\u00e9, comme l\u2019a rappel\u00e9 le g\u00e9opolitiste J\u00e9r\u00e9my Robine, au \u00ab syst\u00e8me d\u2019acteurs concurrentiels [qui] s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 autour de l\u2019enjeu qu\u2019est le capital politique que repr\u00e9sentent les populations issues de l\u2019immigration \u00bb et, partant, \u00e0 \u00ab la rivalit\u00e9 de pouvoir sur les territoires de l\u2019immigration \u00bb<a href=\"#_ftn114\" name=\"_ftnref114\">[114]<\/a>. Au sein de cet espace constitu\u00e9 d\u2019antagonismes et d\u2019alliances mouvantes, des critiques sont \u00e9mises \u00e0 l\u2019encontre du PIR. Dans les milieux associatifs des quartiers populaires sont vis\u00e9s tout particuli\u00e8rement : sa pr\u00e9tention parisianiste et son avant-gardisme revendiquant par avance d\u2019incarner \u00ab la conscience politique \u00bb et l\u2019axe unificateur des r\u00e9sistances des postcolonis\u00e9s ind\u00e9pendamment des pratiques de terrain. On doit noter sur ce plan des diff\u00e9rences avec un mouvement ant\u00e9rieur issu de l\u2019immigration postcoloniale, le MIB (Mouvement de l\u2019Immigration et des Banlieues) n\u00e9 en 1995. Le MIB, dont la pr\u00e9sence publique s\u2019est progressivement effac\u00e9e au cours des ann\u00e9es 2000, avait des insertions dans des pratiques localis\u00e9es au sein de quartiers, alors que PIR appara\u00eet davantage comme un mouvement \u00ab postmoderne \u00bb existant principalement \u00e0 travers internet et dans la sph\u00e8re m\u00e9diatique. Un des fondateurs du MIB, Tarik Kawtari, explique ainsi dans un entretien publi\u00e9 en 2008 :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique ? C\u2019est un d\u00e9calage entre les discours et la r\u00e9alit\u00e9. Il n\u2019y a pas de confrontation au terrain. Les discours tenus dans un salon parisien ou \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, \u00e7a peut s\u00e9duire et faire illusion. \u00bb<a href=\"#_ftn115\" name=\"_ftnref115\">[115]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les impens\u00e9s, les \u00e9cueils et les h\u00e9sitations relev\u00e9s dans les analyses de Houria Bouteldja et des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique ont tendance \u00e0 nous reconduire \u00e0 des formes assez traditionnelles qui ont fortement marqu\u00e9 les r\u00e9sistances \u00ab blanches \u00bb ant\u00e9rieures : le mouvement ouvrier en g\u00e9n\u00e9ral, le marxisme en particulier et parfois m\u00eame les accents autoritaires du stalinisme. Le vent d\u2019air frais pluraliste qu\u2019ils ont apport\u00e9 au pot commun potentiel des mouvements sociaux \u00e9mancipateurs s\u2019en trouve quelque peu r\u00e9chauff\u00e9. Ce rep\u00e9rage peut alors nous aider \u00e0 repenser de mani\u00e8re davantage d\u00e9cal\u00e9e l\u2019intersectionnalit\u00e9 et les possibles convergences \u00e9mancipatrices, en tenant compte tout \u00e0 la fois de la pluralit\u00e9 et de l\u2019immanence qu\u2019a manifest\u00e9es de mani\u00e8re \u00e9clatante l\u2019\u00e9mergence des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique, tout en se d\u00e9marquant de certains de leurs discours.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><strong>4 &#8211; Pistes pour des convergences possibles entre mouvements sociaux \u00e9mancipateurs en contexte d\u2019extr\u00eame droitisation<\/strong><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Commencent \u00e0 se dessiner, en creux de cette \u00e9tude critique et compr\u00e9hensive de certains textes des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique et en pointill\u00e9s, quelques axes possibles d\u2019une reprobl\u00e9matisation de la question politique des convergences entre mouvements sociaux \u00e9mancipateurs, en rapport avec le probl\u00e8me de l\u2019intersectionnalit\u00e9. Cela ne constitue toutefois qu\u2019une esquisse partielle et provisoire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5><em>Pluralisme et immanence \u00e0 boussole<\/em><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette reprobl\u00e9matisation part de la reconnaissance d\u2019un double pluralisme : pluralisme des dominations et pluralisme des mouvements sociaux \u00e9mancipateurs, sans hi\u00e9rarchie pr\u00e9alable. Elle emprunte ensuite un chemin d\u2019immanence : les convergences possibles et al\u00e9atoires entre des mouvements sociaux \u00e9mancipateurs ne peuvent na\u00eetre que dans des pratiques et non pas \u00e0 partir d\u2019une architecture <em>a priori<\/em> de type transcendante. De ce point de vue, les convergences ne peuvent constituer un imp\u00e9ratif utilisable pour brider les diff\u00e9rentes r\u00e9sistances au nom d\u2019un tout abstrait pr\u00e9alablement constitu\u00e9 dans la th\u00e9orie. S\u00e9bastien Chauvin et Alexandre Jaunait livrent dans cette perspective une indication de m\u00e9thode utile : \u00ab dans le domaine des politiques d\u2019\u00e9mancipation, il n\u2019est ni possible ni souhaitable de toujours tout faire se croiser \u00bb<a href=\"#_ftn116\" name=\"_ftnref116\">[116]<\/a>, dans la qu\u00eate d\u2019un improbable et m\u00eame p\u00e9rilleux (sur le plan du pluralisme) mouvement social qui se voudrait total. Toutefois, tel quel, ce rep\u00e8re m\u00e9thodologique appara\u00eet insuffisant, car il pourrait conduire \u00e0 glisser sur une pente \u00ab postmoderne \u00bb d\u2019\u00e9clatement n\u00e9cessaire des logiques \u00e9mancipatrices, en troquant les rigidit\u00e9s d\u2019une totalisation h\u00e9g\u00e9liano-marxiste pour un perspectivisme d\u2019inspiration nietzsch\u00e9enne. Il faudrait, pour contrebalancer ce risque, lui adjoindre la boussole d\u2019un horizon global (et pas total) souhaitable d\u2019\u00e9mancipation pluridimensionnelle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/emancipation-1904.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3230\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/emancipation-1904.jpg?resize=510%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"emancipation 1904\" width=\"510\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/emancipation-1904.jpg?w=510&amp;ssl=1 510w, https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/emancipation-1904.jpg?resize=300%2C147&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 510px) 100vw, 510px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans une telle optique, on n\u2019aurait pas affaire \u00e0 une pure logique d\u2019immanence. Car cette immanence supposerait des rep\u00e8res pr\u00e9alables, mais reformulables en cours de chemin, afin de nous aider \u00e0 nous orienter. Dans un pr\u00e9c\u00e9dent travail, j\u2019ai recouru \u00e0 la notion de \u00ab transcendances relatives \u00bb<a href=\"#_ftn117\" name=\"_ftnref117\">[117]<\/a> pour th\u00e9matiser ce type de rep\u00e8res qui ne sont pas issus des luttes imm\u00e9diates, donc du simple processus immanent de la vie, mais g\u00e9n\u00e9r\u00e9s dans un rapport critique aux exp\u00e9riences et traditions \u00e9mancipatrices pass\u00e9es, et servant alors de boussole provisoire dans le cours immanent des situations travers\u00e9es. Quels pourraient \u00eatre ces rep\u00e8res ? <em>A minima<\/em>, il s\u2019agirait de la conscience de la pluralit\u00e9 des dominations, de la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 des croisements multiples entre elles \u00e0 travers la singularit\u00e9 des situations de la vie quotidienne et des itin\u00e9raires personnels, du caract\u00e8re souhaitable de convergences entre mouvements \u00e9mancipateurs et de l\u2019ouverture internationale des combats \u00e9mancipateurs. Ces rep\u00e8res minimums pourraient s\u2019enrichir de mots d\u2019ordre \u00e9mergeant d\u2019une s\u00e9rie de luttes diversifi\u00e9es, comme \u00ab l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits \u00bb, revendication aujourd\u2019hui vivace sur diff\u00e9rents terrains, ou \u00ab la libert\u00e9 d\u2019expression \u00bb, particuli\u00e8rement importante pour les mouvements sociaux en contexte de pression s\u00e9curitaire sur les libert\u00e9s individuelles et collectives.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par ailleurs, la double r\u00e9f\u00e9rence au pluralisme et \u00e0 une <em>immanence \u00e0 boussole<\/em> ne veut pas n\u00e9cessairement dire que l\u2019on ne puisse pas accorder une attention particuli\u00e8re au capitalisme et aux luttes anticapitalistes comme facteur et zone de convergences potentielles <a href=\"#_ftn118\" name=\"_ftnref118\">[118]<\/a>. Il ne s\u2019agit toutefois pas du capitalisme en une acception sens platement \u00e9conomiste ou m\u00eame \u00e0 travers un axe principal constitu\u00e9 par les rapports de classes, mais en tant qu\u2019ensemble structurel global (mais non exclusif) au sein des soci\u00e9t\u00e9s contemporaines, incluant une diversit\u00e9 de contradictions (dont la contradiction capital\/travail, souvent privil\u00e9gi\u00e9e par les marxistes, mais aussi la contradiction capital\/nature, qui a l\u2019\u0153il des \u00e9cosocialistes, la contradiction capital\/d\u00e9mocratie, th\u00e9matis\u00e9e par les altermondialistes, ou la contradiction capital\/individualit\u00e9, qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la situation des subjectivit\u00e9s individuelles)<a href=\"#_ftn119\" name=\"_ftnref119\">[119]<\/a> et des interactions routinis\u00e9es avec d\u2019autres formes d\u2019oppression (des femmes, postcoloniale, etc.), suscitant d\u00e9j\u00e0 une vari\u00e9t\u00e9 de r\u00e9sistances individuelles et collectives. Cependant envisager ainsi globalement l\u2019anticapitalisme comme un espace potentiel de convergences ne signifie pas que : 1) ces convergences sont vues comme n\u00e9cessaires, et 2) que les luttes anticapitalistes doivent primer sur la vari\u00e9t\u00e9 des mouvements sociaux. Bien au contraire, dans la vue pluraliste d\u00e9fendue ici.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Une telle reprobl\u00e9matisation des convergences possibles entre mouvements sociaux \u00e9mancipateurs serait susceptible d\u2019attribuer un r\u00f4le de facilitateurs \u00e0 des \u00ab intercesseurs \u00bb cr\u00e9ateurs d\u2019\u00ab interf\u00e9rences \u00bb entre diverses r\u00e9sistances, pour emprunter une notion \u00e0 Gilles Deleuze <a href=\"#_ftn120\" name=\"_ftnref120\">[120]<\/a>, ou \u00e0 des \u00ab traducteurs \u00bb op\u00e9rant un travail traduction (de langages, de probl\u00e8mes, d\u2019identit\u00e9s, d\u2019int\u00e9r\u00eats\u2026), pour d\u00e9river une notion de la sociologie des sciences et des techniques de Michel Callon <a href=\"#_ftn121\" name=\"_ftnref121\">[121]<\/a>. Ces intercesseurs ou traducteurs auraient l\u2019exp\u00e9rience directe de plusieurs modes de domination et\/ou de plusieurs mouvements sociaux \u00e9mancipateurs, les deux plans ne se recoupant pas n\u00e9cessairement (on peut avoir subi telle forme de domination sans s\u2019impliquer dans un mouvement social s\u2019effor\u00e7ant de s\u2019en \u00e9manciper et on peut militer dans le mouvement ouvrier en \u00e9tant bourgeois, dans le mouvement f\u00e9ministe en \u00e9tant homme ou dans le mouvement d\u00e9colonial en \u00e9tant \u00ab blanc \u00bb).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5><em>Un contexte d\u2019extr\u00eame droitisation<\/em><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les questions politiques, comme celle des convergences possibles entre mouvements sociaux \u00e9mancipateurs, n\u2019existent pas de mani\u00e8re intemporelle dans le ciel pur des id\u00e9es, mais sont inscrites dans des coordonn\u00e9es historiques particuli\u00e8res et changeantes. Et les textes politiques, comme ceux des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique que l\u2019on a analys\u00e9s, participent d\u2019un contexte qui p\u00e8se en retour sur leurs significations sociales et leurs effets politiques. Or, on peut consid\u00e9rer que la France (et plus largement l\u2019Europe) conna\u00eet aujourd\u2019hui un contexte politique p\u00e9rilleux dont certains traits peuvent \u00eatre r\u00e9sum\u00e9s par la notion d\u2019<em>extr\u00eame droitisation<\/em>, dont l\u2019islamophobie constitue un des principaux tuyaux id\u00e9ologiques mais au sein duquel la d\u00e9nonciation de l\u2019islamophobie peut prendre la forme d\u2019un antis\u00e9mitisme (Soral\/Dieudonn\u00e9, courants fondamentalistes islamistes\u2026) lui aussi en progression et contribuant \u00e0 cette extr\u00eame droitisation <a href=\"#_ftn122\" name=\"_ftnref122\">[122]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Penser aujourd\u2019hui en France des convergences possibles entre mouvements sociaux, dans ce que r\u00e9v\u00e8lent notamment les analyses des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique en termes d\u2019apports et d\u2019\u00e9cueils sur ce plan, suppose de prendre suffisamment au s\u00e9rieux ce contexte d\u2019extr\u00eame droitisation comme la concurrence des antiracismes (en particulier entre la lutte contre l\u2019islamophobie et la lutte contre l\u2019antis\u00e9mitisme) qui l\u2019accompagne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi face au <em>clivage national-racial<\/em> port\u00e9 par l\u2019extr\u00eame droite, il ne s\u2019agirait pas strat\u00e9giquement d\u2019avancer ni une question sociale entendue au sens classique comme organis\u00e9e autour des rapports de classe, ni une question postcoloniale vue comme premi\u00e8re, ni une simple addition de mouvements sociaux sur des terrains divers, mais <em>une question sociale \u00e9largie<\/em>, nourrie d\u2019une diversit\u00e9 de dominations, d\u2019in\u00e9galit\u00e9s et de discriminations (dont les in\u00e9galit\u00e9s de classe et de sexe comme les discriminations raciales\/postcoloniales et homophobes)<a href=\"#_ftn123\" name=\"_ftnref123\">[123]<\/a>. Face \u00e0 la pression des nationalismes x\u00e9nophobes, la port\u00e9e internationaliste de la question sociale, que les luttes actuelles autour des migrations ou pour la justice climatique soulignent tout particuli\u00e8rement, doit d\u2019autant plus \u00eatre mise en avant. Une telle question sociale pluralis\u00e9e et affichant ses composantes cosmopolitiques appara\u00eet comme un enjeu fort d\u2019un horizon de convergences pour les mouvements sociaux, si l\u2019on ne veut pas les aborder de mani\u00e8re \u00e9th\u00e9r\u00e9e en dehors du cours des \u00e9v\u00e9nements, mais en se coltinant les dangers de la p\u00e9riode, en s\u2019effor\u00e7ant de ne pas accro\u00eetre ces dangers mais de les faire reculer, tout en faisant avancer la cause d\u2019une \u00e9mancipation sociale pluridimensionnelle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><strong>Post-scriptum : Houria Bouteldja et le pr\u00e9tendu \u00ab philos\u00e9mitisme d\u2019\u00c9tat \u00bb<\/strong><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si elles ont des interactions avec les questions trait\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment, les controverses suscit\u00e9es par un r\u00e9cent texte de Houria Bouteldja avan\u00e7ant la notion de \u00ab philos\u00e9mitisme d\u2019\u00c9tat \u00bb<a href=\"#_ftn124\" name=\"_ftnref124\">[124]<\/a> posent aussi des probl\u00e8mes sp\u00e9cifiques que j\u2019ai trouv\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rable de mettre \u00e0 part du corps de mes r\u00e9flexions quant \u00e0 l\u2019intersectionnalit\u00e9 et aux convergences \u00e9mancipatrices.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour Bouteldja, \u00ab le philos\u00e9mitisme d\u2019\u00c9tat \u00bb serait donc le principal \u00ab lieu de production \u00bb de l\u2019antis\u00e9mitisme aujourd\u2019hui en France, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un cadre conceptuel g\u00e9n\u00e9ral o\u00f9 \u00ab l\u2019\u00c9tat-Nation imp\u00e9rialiste \u00bb est \u00ab le lieu de production du racisme \u00bb. Et si cela appara\u00eet, selon elle, comme un \u00ab angle mort \u00bb de \u00ab la gauche radicale \u00bb fran\u00e7aise, c\u2019est que cette derni\u00e8re serait \u00ab elle-m\u00eame, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s, peu ou prou philos\u00e9mite \u00bb. Comme on l\u2019a vu pr\u00e9c\u00e9demment, les r\u00e9alit\u00e9s relevant principalement d\u2019autres modalit\u00e9s oppressives que la logique coloniale tendent ainsi \u00e0 \u00eatre rabattues sur la seule explication coloniale, et les autres formes de domination sont p\u00e9riph\u00e9ris\u00e9es, voire m\u00eame dissoutes dans le grand tout colonial.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Hors de cet unilat\u00e9ralisme de l\u2019analyse, il y a un probl\u00e8me politique pr\u00e9occupant dans les formulations sur \u00ab le philos\u00e9mitisme d\u2019\u00c9tat \u00bb et sur \u00ab le philos\u00e9mitisme \u00bb de la gauche radicale, se situant dans la lign\u00e9e d\u2019un registre provocateur beaucoup sollicit\u00e9 par les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique. \u00c9tymologiquement, \u00ab philos\u00e9mitisme \u00bb signifie \u00ab amiti\u00e9 pour les juifs \u00bb, et cela renverrait donc dans ce cas \u00e0 une suppos\u00e9e \u00ab amiti\u00e9 de l\u2019\u00c9tat colonial pour les juifs \u00bb. Transpara\u00eet ici une proximit\u00e9 s\u00e9mantique avec la th\u00e9matique antis\u00e9mite traditionnelle du \u00ab lobby juif \u00bb, r\u00e9activ\u00e9e entre autres aujourd\u2019hui par Dieudonn\u00e9 et Alain Soral, avec des glissements fr\u00e9quents entre \u00ab lobby sioniste \u00bb et \u00ab lobby juif \u00bb, en visant notamment l\u2019\u00c9tat. Ainsi la notion de \u00ab philos\u00e9mitisme d\u2019\u00c9tat \u00bb n\u2019est pas suffisamment d\u00e9barrass\u00e9e des connotations essentialistes et conspirationnistes de la figure du \u00ab lobby juif \u00bb, avec des effets des composantes antis\u00e9mites du contexte actuel d\u2019extr\u00eame droitisation, pour pouvoir s\u2019en d\u00e9marquer assez clairement. Cela appara\u00eet donc particuli\u00e8rement dangereux dans une p\u00e9riode de remont\u00e9e de l\u2019antis\u00e9mitisme, comme les discours <em>la\u00efcards<\/em> (\u00e0 distinguer des id\u00e9aux la\u00efcs de s\u00e9paration des pouvoirs politiques et religieux et de garantie publique de l\u2019exercice des croyances et des incroyances dans un cadre commun) prenant \u00e0 parti l\u2019islam en g\u00e9n\u00e9ral apparaissent dangereux dans un moment de consolidation de l\u2019islamophobie. Cela laisse particuli\u00e8rement ouverte la notion de \u00ab philos\u00e9mitisme d\u2019\u00c9tat \u00bb \u00e0 des usages antis\u00e9mites, par exemple dans la logique des th\u00e8mes agit\u00e9s par Dieudonn\u00e9 et Alain Soral, bien que Bouteldja en fasse explicitement, quant \u00e0 elle, un instrument (bien \u00e9troit et exclusiviste quant \u00e0 l\u2019angle colonial) de combat contre l\u2019antis\u00e9mitisme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019hypoth\u00e8se de \u00ab la construction \u00e9tatique d\u2019une hi\u00e9rarchisation des racismes \u00bb, d\u00e9fendue par Sa\u00efd Bouamama <a href=\"#_ftn125\" name=\"_ftnref125\">[125]<\/a>, me semble plus juste, car davantage d\u00e9gag\u00e9e des connotations \u00e9quivoques de la notion de \u00ab philos\u00e9mitisme d\u2019\u00c9tat \u00bb, tout en rendant compte du fait que les institutions \u00e9tatiques n\u2019accordent pas la m\u00eame l\u00e9gitimit\u00e9 aux diff\u00e9rents combats antiracistes. La lutte contre la romophobie et celle contre l\u2019islamophobie apparaissent ainsi pour les acteurs politiques et technocratiques moins l\u00e9gitimes que celle contre l\u2019antis\u00e9mitisme, alors que des politiciens d\u2019extr\u00eame droite, de droite et de gauche font des usages \u00e9lectoralistes de th\u00e8mes romophobes et islamophobes. Prendre acte de ce processus n\u2019implique pas de mettre le doigt, m\u00eame indirectement \u00e0 travers les ambigu\u00eft\u00e9s des termes utilis\u00e9s, dans les pseudo-explications conspirationnistes et antis\u00e9mites en termes de \u00ab lobby juif \u00bb. Malheureusement, Bouamama fait une petite r\u00e9f\u00e9rence positive \u00e0 la notion de \u00ab philos\u00e9mitisme d\u2019\u00c9tat \u00bb chez Bouteldja \u00e0 la fin de son texte, ce qui fragilise un peu l\u2019originalit\u00e9 de son hypoth\u00e8se.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Comment r\u00e9agir alors face \u00e0 la notion de \u00ab philos\u00e9mitisme d\u2019\u00c9tat \u00bb ? L\u2019organisation antiraciste MRAP a eu raison de s\u2019inqui\u00e9ter du recours dans le contexte actuel au slogan \u00ab Non au philos\u00e9mitisme d\u2019\u00c9tat \u00bb dans l\u2019en-t\u00eate d\u2019un tract du PIR :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Ce slogan d\u00e9signe les juifs comme les privil\u00e9gi\u00e9s de la R\u00e9publique. Il alimente la th\u00e8se antis\u00e9mite d&rsquo;une mainmise de leur part sur l&rsquo;appareil d\u2019\u00c9tat et s&rsquo;inscrit dans les fantasmes complotistes de Dieudonn\u00e9, entre autres. \u00bb<a href=\"#_ftn126\" name=\"_ftnref126\">[126]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cependant, le MRAP me semble avoir eu tort de parler de mani\u00e8re trop tranch\u00e9e de \u00ab notion \u00e0 connotation antis\u00e9mite \u00bb. Cela ne permet pas de prendre en compte l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de la notion, entre la vis\u00e9e explicite de lutte contre l\u2019antis\u00e9mitisme de son initiatrice et ses intersections avec le th\u00e8me du \u00ab lobby juif \u00bb, supports d\u2019usages antis\u00e9mites dans un contexte favorisant ces usages. Il faut peut-\u00eatre sortir des visions trop id\u00e9alistes et intentionnalistes quant aux racismes, pour acter que c\u2019est aussi le contexte qui contribue \u00e0 donner un sens aux mots, et pas seulement ces mots eux-m\u00eames ou les intentions des locuteurs. C\u2019est \u00e0 cause de ses ambigu\u00eft\u00e9s, porteuses de risques aggrav\u00e9s dans le contexte, qu\u2019il faut, d\u2019apr\u00e8s moi, imp\u00e9rativement bannir cette notion des mouvements antiracistes et \u00e9mancipateurs. Les voies ouvertes par le \u00ab Manifeste pour un antiracisme politique \u00bb<a href=\"#_ftn127\" name=\"_ftnref127\">[127]<\/a>, sign\u00e9 par Sa\u00efd Bouamama, Christine Delphy, Rokhya Diallo, \u00c9ric Fassin, Nacira Gu\u00e9nif-Souilamas, Laurent L\u00e9vy, Mich\u00e8le Sibony Louis-Georges Tin et bien d\u2019autres (dont moi), se situent \u00e0 rebours des \u00e9quivoques du PIR sur cette question et apparaissent prometteuses.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Notes<\/span> :<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> La version finale de cet article s\u2019est nourrie des d\u00e9bats de la s\u00e9ance du 6 mars 2015 du s\u00e9minaire ETAPE (Explorations Th\u00e9oriques Anarchistes Pragmatistes pour l&rsquo;Emancipation) consacr\u00e9e \u00e0 \u00ab Dominations, intersectionnalit\u00e9 et convergences des mouvements sociaux \u00e9mancipateurs \u00bb, et en particulier des remarques de Wil Saver qui a \u00e9t\u00e9 le discutant de la premi\u00e8re version de ce texte qui y a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e. Elle a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9, par ailleurs, d\u2019\u00e9changes autour d\u2019une version ant\u00e9rieure avec Abdellali Hajjat, Amin Allal, Mohamed Amami, Manolo Cervera-Marzal, S\u00e9bastien Chauvin, \u00c9ric Fassin, Samy Johsua, Alexandre Jaunait, Pierre Khalfa, Ir\u00e8ne Pereira, Haoues Seniguer et Jean Zaganiaris. Toutefois, au bout du compte, les formulations retenues et les limitations rencontr\u00e9es par les analyses sont de ma seule responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[2]<\/a> On trouvera deux pr\u00e9sentations critiques dans : Alexandre Jaunait et S\u00e9bastien Chauvin, \u00ab Repr\u00e9senter l\u2019intersection. Les th\u00e9ories de l\u2019intersectionnalit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des sciences sociales \u00bb, Revue fran\u00e7aise de science politique, vol. 62, n\u00b01 ; f\u00e9vrier 2012, pp. 5-20, [<a href=\"http:\/\/www.cairn.info\/revue-francaise-de-science-politique-2012-1-p-5.htm\" target=\"_blank\">http:\/\/www.cairn.info\/revue-francaise-de-science-politique-2012-1-p-5.htm<\/a>], et \u00c9ric Fassin, \u00ab D\u2019un langage \u00e0 l\u2019autre : l\u2019intersectionnalit\u00e9 comme traduction \u00bb, revue Raisons politiques, n\u00b0 58\/2, mai 2015, pp. 9-24, [<a href=\"http:\/\/www.cairn.info\/revue-raisons-politiques-2015-2-page-9.htm\" target=\"_blank\">http:\/\/www.cairn.info\/revue-raisons-politiques-2015-2-page-9.htm<\/a>] (acc\u00e8s payant).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> A. Jaunait et S. Chauvin, \u00ab Repr\u00e9senter l\u2019intersection \u00bb, <em>art. cit.<\/em>, p.15.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 19.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 18.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> S. Chauvin et A. Jaunait, \u00ab L\u2019intersectionnalit\u00e9 contre l\u2019intersection \u00bb, revue Raisons politiques, n\u00b0 58\/2, mai 2015, p. 61, [<a href=\"http:\/\/www.cairn.info\/revue-raisons-politiques-2015-2-page-55.htm\" target=\"_blank\">http:\/\/www.cairn.info\/revue-raisons-politiques-2015-2-page-55.htm<\/a>] (acc\u00e8s payant).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Voir Abdellali Hajjat, <em>Immigration postcoloniale et m\u00e9moire<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, collection \u00ab Inter-National \u00bb, 2005, pp. 64 et 82-84.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Voir le travail sociologique et historique \u00e9clairant d\u2019Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed, <em>Islamophobie. Comment les \u00e9lites fran\u00e7aises fabriquent le \u00ab probl\u00e8me musulman \u00bb<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte, 2013.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> \u00ab D\u00e9colonial \u00bb au sens o\u00f9 l\u2019oppression postcolonial appelle la poursuite d\u2019un mouvement de d\u00e9colonisation. Les textes issus des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique utilisent souvent les termes \u00ab postcolonial \u00bb et \u00ab d\u00e9colonial \u00bb (le plus central dans leurs textes au fil du temps) comme faisant partie du m\u00eame cadre politico-intellectuel. Cependant, dans la litt\u00e9rature acad\u00e9mique, les deux notions peuvent \u00eatre renvoy\u00e9es \u00e0 des logiques distinctes : les <em>postcolonial studies<\/em> \u00e9mergeant dans le monde anglophone dans les ann\u00e9es 1980-1990 et les th\u00e9ories d\u00e9coloniales naissant dans les univers latino-am\u00e9ricains et carib\u00e9ens dans les ann\u00e9es 1990-2000, avec des proximit\u00e9s et des diff\u00e9rences vis-\u00e0-vis des premi\u00e8res : voir Capucine Boidin, \u00ab \u00c9tudes d\u00e9coloniales et postcoloniales dans les d\u00e9bats fran\u00e7ais \u00bb, <em>Cahiers des Am\u00e9riques latines<\/em>, n\u00b0 62, 2010, pp. 129-140, [<a href=\"http:\/\/cal.revues.org\/1620\" target=\"_blank\">http:\/\/cal.revues.org\/1620<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> L. Mathieu, <em>L\u2019espace des mouvements sociaux<\/em>, Bellecombe-en-Bauges, \u00c9ditions du Croquant, 2012.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> S. Laplanche-Servigne, \u00ab Quand les victimes de racisme se mobilisent. Usage d\u2019identifications ethnoraciales dans l\u2019espace de la cause antiraciste en France et en Allemagne \u00bb, <em>Politix. Revue des sciences sociales du politique<\/em>, 2014\/4, n\u00b0 108, p. 151, [<a href=\"http:\/\/www.cairn.info\/load_pdf.php?ID_ARTICLE=POX_108_0143\" target=\"_blank\">http:\/\/www.cairn.info\/load_pdf.php?ID_ARTICLE=POX_108_0143<\/a>] (acc\u00e8s payant).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> D\u00e9nomination fort contestable retenue par l\u2019anthropologue Jean-Loup Amselle dans un pamphlet pr\u00e9cis\u00e9ment intitul\u00e9 <em>Les nouveaux rouges-bruns. Le racisme qui vient<\/em>, F\u00e9camp, Lignes, 2014 ; sur mes convergences et mes divergences avec ce livre d\u2019Amselle quant \u00e0 l\u2019extr\u00eame droitisation en cours, voir P. Corcuff, \u00ab Le confusionnisme n\u00e9oconservateur brouille l&rsquo;espace id\u00e9ologique \u00bb, entretien avec O. Guyet, site Confusionnisme.info &#8211; Observatoire du confusionnisme politique, 27 d\u00e9cembre 2014, [<a href=\"http:\/\/confusionnisme.info\/2014\/12\/27\/philippe-corcuff-le-confusionnisme-neoconservateur-brouille-lespace-ideologique\/\" target=\"_blank\">http:\/\/confusionnisme.info\/2014\/12\/27\/philippe-corcuff-le-confusionnisme-neoconservateur-brouille-lespace-ideologique\/<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Voir P. Corcuff, \u00ab Lettre de soutien critique aux initiateurs de l\u2019appel pour des assises de l\u2019anticolonialisme post-colonial \u00bb (2 f\u00e9vrier 2005), repris sur Oumma.com, 7 mars 2005, [<a href=\"http:\/\/oumma.com\/Lettre-de-soutien-critique-aux\" target=\"_blank\">http:\/\/oumma.com\/Lettre-de-soutien-critique-aux<\/a>], et \u00ab Le combat contre l\u2019oppression postcoloniale et la lutte contre l\u2019antis\u00e9mitisme : en quoi les indig\u00e8nes de la r\u00e9publique ont-ils fait une erreur politique \u00e0 propos du meurtre d\u2019Ilan Halimi \u00bb (5 mars 2006), repris sur Oumma.com, 20 mars 2006, [<a href=\"http:\/\/oumma.com\/Le-combat-contre-l-oppression\" target=\"_blank\">http:\/\/oumma.com\/Le-combat-contre-l-oppression<\/a>]. On trouve le communiqu\u00e9 du MIR. vis\u00e9 par le second texte, ainsi que la r\u00e9ponse de Sadri Khiari sur le site du PIR, mais plus mon texte auquel il r\u00e9pond : communiqu\u00e9 du Mouvement des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique du 1<sup>er<\/sup> mars 2006 sur le meurtre d\u2019Ilan Halimi, [<a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/meurtre-dilan-halimi\/\" target=\"_blank\">http:\/\/indigenes-republique.fr\/meurtre-dilan-halimi\/<\/a>], et S. Khiari, \u00ab R\u00e9ponse \u00e0 Philippe Corcuff concernant le communiqu\u00e9 des Indig\u00e8nes de la r\u00e9publique sur le meurtre d\u2019Ilan Halimi \u00bb, 22 mars 2006, [<a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/reponse-a-philippe-corcuff-concernant-le-communique-des-indigenes-de-la-republique-sur-le-meurtre-dhalimi\/\" target=\"_blank\">http:\/\/indigenes-republique.fr\/reponse-a-philippe-corcuff-concernant-le-communique-des-indigenes-de-la-republique-sur-le-meurtre-dhalimi\/<\/a>], ou sur Oumma.com, [<a href=\"http:\/\/oumma.com\/Reponse-a-Philippe-Corcuff\" target=\"_blank\">http:\/\/oumma.com\/Reponse-a-Philippe-Corcuff<\/a>]. Mes deux textes publi\u00e9s initialement sur le site des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique ont ainsi disparu au cours des transformations successives de ce site. Et il n\u2019y a pas, non plus, dans la r\u00e9ponse de Khiari \u00e0 mon texte, donc toujours en ligne sur le site du PIR, de r\u00e9f\u00e9rence au lien du mien sur Oumma.com, afin que le lecteur puisse avoir connaissance de ce \u00e0 quoi il r\u00e9pond. Le site Oumma.com, souvent d\u00e9nigr\u00e9 par des islamophobes, manifeste l\u00e0 un plus grand sens du pluralisme que celui du PIR, alors qu\u2019il a \u00e9galement connu des modifications au cours du temps.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Voir P. Corcuff, \u00ab Phil noir 16 \u2013 De nos identit\u00e9s m\u00e9tisses \u00bb, dessin de Charb, site Le Z\u00e8bre, novembre 2008, [<a href=\"http:\/\/lezebre.info\/phil-noir-16\/\" target=\"_blank\">http:\/\/lezebre.info\/phil-noir-16\/<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Pour un retour critique sur ces exp\u00e9riences militantes, voir P. Corcuff, \u00ab Enjeux pour la gauche de gauche en France en 2013 : \u00e9clairages autobiographiques \u00bb, Mediapart, 27 mai 2013, [<a href=\"http:\/\/blogs.mediapart.fr\/blog\/philippe-corcuff\/270513\/enjeux-pour-la-gauche-de-gauche-en-france-en-2013-eclairages-autobiographiques\" target=\"_blank\">http:\/\/blogs.mediapart.fr\/blog\/philippe-corcuff\/270513\/enjeux-pour-la-gauche-de-gauche-en-france-en-2013-eclairages-autobiographiques<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> Appel \u00ab Nous sommes les indig\u00e8nes de la R\u00e9publique ! \u00bb, janvier 2005, [<a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/le-p-i-r\/appel-des-indigenes-de-la-republique\/\" target=\"_blank\">http:\/\/indigenes-republique.fr\/le-p-i-r\/appel-des-indigenes-de-la-republique\/<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> J\u2019entends par \u00ab postcolonis\u00e9s \u00bb celles et ceux qui sont affect\u00e9.e.s, en tant qu\u2019une de leurs caract\u00e9ristiques socio-historiques importantes, par une oppression postcoloniale entendue sous le double angle (rappel\u00e9 plus haut) de continuit\u00e9s historiques et d\u2019analogies (et non pas d\u2019une identit\u00e9) avec la p\u00e9riode coloniale. Ce ne peut \u00eatre, dans la perspective avanc\u00e9e plus bas, qu\u2019une zone r\u00e9gionale de l\u2019identit\u00e9 plurielle des personnes singuli\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> A. Hajjat, \u00ab R\u00e9volte des quartiers populaires, crise du militantisme et postcolonialisme \u00bb, dans A. Boubeker et A. Hajjat (\u00e9ds.), <em>Histoire politique des immigrations (post)coloniales. France, 1920-2008<\/em>, Paris, \u00c9ditions Amsterdam, 2008, pp. 258-259.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 257 ; \u00ab la forte dotation en capital scolaire (universitaire) \u00bb est confirm\u00e9e par l\u2019enqu\u00eate un peu post\u00e9rieure (2006-2009) de Soline Laplanche-Servigne dans \u00ab Quand les victimes de racisme se mobilisent \u00bb, art. cit., p. 161.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> L\u2019adjectif et le substantif \u00ab blanc \u00bb ont chez les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique une acception politique renvoyant \u00e0 une position dominante dans un rapport socio-racial de domination. C\u2019est en ce sens que je les utiliserai dans la suite du texte. Je les garderai toutefois entre guillemets, car c\u2019est une notion qui tend \u00e0 glisser facilement du politique aux caract\u00e9ristiques raciales suppos\u00e9es des personnes, et qui n\u2019est donc peut-\u00eatre pas la mieux ajust\u00e9e, au-del\u00e0 de son effet provocateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> Voir P. Corcuff, <em>Les ann\u00e9es 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard<\/em>, Paris, Textuel, collection \u00ab Petite Encyclop\u00e9die Critique \u00bb, 2014, et des \u00ab bonnes feuilles \u00bb sur le site libertaire Grand Angle, 6 octobre 2014, [<a href=\"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/les-annees-30-reviennent-et-la-gauche-est-dans-le-brouillard-philippe-corcuff\/\" target=\"_blank\">https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/les-annees-30-reviennent-et-la-gauche-est-dans-le-brouillard-philippe-corcuff\/<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> H. Bouteldja, \u00ab Dieudonn\u00e9 au prisme de la gauche blanche ou comment penser l\u2019internationalisme domestique ? \u00bb, 25 f\u00e9vrier 2014, [<a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/dieudonne-au-prisme-de-la-gauche-blanche-ou-comment-penser-linternationalisme-domestique\/\" target=\"_blank\">http:\/\/indigenes-republique.fr\/dieudonne-au-prisme-de-la-gauche-blanche-ou-comment-penser-linternationalisme-domestique\/<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> \u00ab Nous avons \u00e0 nous lib\u00e9rer de la modernit\u00e9 \u00bb, entretien avec S. Khiari \u00e0 l\u2019occasion des 10 ans du PIR, par <em>A. Benabdellah<\/em><em>,<\/em><em> S. Moucharik <\/em><em>et<\/em><em> S. Nadi, 11 mai 2015, [<a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/%E2%80%AFnous-avons-a-nous-liberer-de-la-modernite%E2%80%AF-entretien-avec-sadri-khiari-a-loccasion-des-10-ans-du-pir\/\" target=\"_blank\">http:\/\/indigenes-republique.fr\/%E2%80%AFnous-avons-a-nous-liberer-de-la-modernite%E2%80%AF-entretien-avec-sadri-khiari-a-loccasion-des-10-ans-du-pir\/<\/a>].<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> Voir P. Corcuff, <em>La gauche est-elle en \u00e9tat de mort c\u00e9r\u00e9brale ?<\/em>, Paris, Textuel, collection \u00ab Petite Encyclop\u00e9die Critique \u00bb, 2012.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> H. Bouteldja et S. Khiari, \u00ab Jamais contents ! Quelques commentaires sur les articles de J\u00e9r\u00e9my Robine et d\u2019Eric Fassin \u00bb, 12 mai 2012, [<a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/jamais-contents-quelques-commentaires-sur-les-articles-de-jeremy-robine-et-deric-fassin\/\" target=\"_blank\">http:\/\/indigenes-republique.fr\/jamais-contents-quelques-commentaires-sur-les-articles-de-jeremy-robine-et-deric-fassin\/<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> Voir le double \u00e9cueil du mis\u00e9rabilisme et du populisme dans l\u2019analyse des cultures populaires en particulier et des cultures domin\u00e9s en g\u00e9n\u00e9ral, voir C. Grignon et J.-C. Passeron, <em>Le savant et le populaire. Mis\u00e9rabilisme et populisme en sociologie et en litt\u00e9rature<\/em>, Paris, Gallimard\/Seuil, collection \u00ab Hautes \u00c9tudes \u00bb, 1989.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> Voir P. Corcuff, <em>Les ann\u00e9es 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard<\/em>, <em>op. cit.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> Voir P. Corcuff, \u00ab Enjeux pour la gauche de gauche en France en 2013 : \u00e9clairages autobiographiques \u00bb, art. cit.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> H. Bouteldja, \u00ab Dieudonn\u00e9 au prisme de la gauche blanche\u2026 \u00bb, art. cit.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> Sur la notion d\u2019\u00ab espace des mouvements sociaux \u00bb, voir Lilian Mathieu, <em>L\u2019espace des mouvements sociaux<\/em>, <em>op. cit.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> H. Bouteldja, \u00ab Race, classe et genre : l\u2019intersectionnalit\u00e9, entre r\u00e9alit\u00e9 sociale et limites politiques \u00bb, 24 juin 2013, [<a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/race-classe-et-genre-lintersectionalite-entre-realite-sociale-et-limites-politiques\/\" target=\"_blank\">http:\/\/indigenes-republique.fr\/race-classe-et-genre-lintersectionalite-entre-realite-sociale-et-limites-politiques\/<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> H. Bouteldja, \u00ab Pierre, Djemila, Dominique\u2026et Mohamed \u00bb, 8 mars 2012, [<a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/pierre-djemila-dominique-et-mohamed\/\" target=\"_blank\">http:\/\/indigenes-republique.fr\/pierre-djemila-dominique-et-mohamed\/<\/a>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> H. Bouteldja, \u00ab Race, classe et genre\u2026 \u00bb, art. cit.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a> Ms Dreydful, Lettre \u00e0 Houria Bouteldja, blog Chronik de N\u00e8gre(s) Inverti(s), septembre 2014, [<a href=\"https:\/\/negreinverti.files.wordpress.com\/2014\/09\/dreydful.pdf\" target=\"_blank\">https:\/\/negreinverti.files.wordpress.com\/2014\/09\/dreydful.pdf<\/a>] ; c\u2019est une r\u00e9action \u00e0 H. Bouteldja, \u00ab F\u00e9ministes ou pas ? Penser la possibilit\u00e9 d\u2019un \u00ab\u00a0f\u00e9minisme d\u00e9colonial\u00a0\u00bb avec James Baldwin et Audre Lorde \u00bb, 14 septembre 2014, [<a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/feministes-ou-pas-penser-la-possibilite-dun-feminisme-decolonial-avec-james-baldwin-et-audre-lorde\/\" target=\"_blank\">http:\/\/indigenes-republique.fr\/feministes-ou-pas-penser-la-possibilite-dun-feminisme-decolonial-avec-james-baldwin-et-audre-lorde\/<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a> Voir P. Corcuff, <em>Marx XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Textes comment\u00e9s<\/em>, Paris, Textuel, collection \u00ab Petite Encyclop\u00e9die Critique \u00bb, 2012.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a> A. Touraine, <em>La Voix et le Regard. Sociologie des mouvements sociaux<\/em> (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d. : 1978), Paris, Le Libre de Poche, collection \u00ab Biblio Essais \u00bb, 1993, p. 124.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a> Entretien avec S. Bouamama, par M. Perin et M. Sonet, revue <em>Que faire ?<\/em>, n\u00b0 5, novembre-d\u00e9cembre 2010, [<a href=\"http:\/\/quefaire.lautre.net\/Entretien-avec-Said-Bouamama\" target=\"_blank\">http:\/\/quefaire.lautre.net\/Entretien-avec-Said-Bouamama<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\">[40]<\/a> S. Khiari,<em> Pour une politique de la racaille. Immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes et jeunes de banlieues<\/em>, Paris, Textuel, collection \u00ab La Discorde \u00bb, 2006, p. 21.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\">[41]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 111.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref42\" name=\"_ftn42\">[42]<\/a> S. Chauvin et A. Jaunait, \u00ab L\u2019intersectionnalit\u00e9 contre l\u2019intersection \u00bb, art. cit., p. 72.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref43\" name=\"_ftn43\">[43]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref44\" name=\"_ftn44\">[44]<\/a> Sur les diff\u00e9rences entre le \u00ab total \u00bb et le \u00ab global \u00bb, voir P. Corcuff, <em>O\u00f9 est pass\u00e9e la critique sociale ? Penser le global au croisement des savoirs<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte, collection \u00ab Biblioth\u00e8que du MAUSS \u00bb, 2012, pp. 159-192.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref45\" name=\"_ftn45\">[45]<\/a> Malik Tahar-Chaouch et H. Bouteldja, \u00ab Charlie Hebdo : le pi\u00e8ge de l\u2019unit\u00e9 nationale \u00bb, 9 f\u00e9vrier 2015, [<a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/charlie-hebdo-le-piege-de-lunite-nationale\/\" target=\"_blank\">http:\/\/indigenes-republique.fr\/charlie-hebdo-le-piege-de-lunite-nationale\/<\/a>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref46\" name=\"_ftn46\">[46]<\/a> \u00ab Principes politiques g\u00e9n\u00e9raux du Parti des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique \u00bb, adopt\u00e9s au Congr\u00e8s constitutif des 27 et 28 f\u00e9vrier 2010, [<a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/le-p-i-r\/nos-principes\/\" target=\"_blank\">http:\/\/indigenes-republique.fr\/le-p-i-r\/nos-principes\/<\/a>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref47\" name=\"_ftn47\">[47]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref48\" name=\"_ftn48\">[48]<\/a> T. Hobbes, <em>L\u00e9viathan. Trait\u00e9 de la mati\u00e8re, de la forme et du pouvoir de la r\u00e9publique eccl\u00e9siastique et civile<\/em> (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d. :1651), Paris, Editions Sirey, 1971, p. 177.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref49\" name=\"_ftn49\">[49]<\/a> H. Arendt, <em>Qu\u2019est-ce que la politique ?<\/em> (manuscrits de 1950-1959), Paris, Seuil, 1995, p. 31.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref50\" name=\"_ftn50\">[50]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref51\" name=\"_ftn51\">[51]<\/a> Voir P. Corcuff, \u00ab Hommage libertaire au sous-commandant Marcos : auto-ironie d\u2019un porte-parole \u00e0 l\u2019\u00e9cart des aspirants <em>caudillos<\/em> \u00bb, site libertaire Grand Angle, 22 janvier 2015, [<a href=\"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/hommage-libertaire-au-sous-commandant-marcos-auto-ironie-dun-porte-parole-a-lecart-des-aspirants-caudillos-par-philippe-corcuff\/\" target=\"_blank\">https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/hommage-libertaire-au-sous-commandant-marcos-auto-ironie-dun-porte-parole-a-lecart-des-aspirants-caudillos-par-philippe-corcuff\/<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref52\" name=\"_ftn52\">[52]<\/a> H. Bouteldja, \u00ab Charlie Hebdo : du sacr\u00e9 des \u00ab\u00a0Damn\u00e9s de la terre\u00a0\u00bb et de sa profanation \u00bb, 26 janvier 2015, [<a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/charlie-hebdo-du-sacre-des-damnes-de-la-terre-et-de-sa-profanation\/\" target=\"_blank\">http:\/\/indigenes-republique.fr\/charlie-hebdo-du-sacre-des-damnes-de-la-terre-et-de-sa-profanation\/<\/a>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref53\" name=\"_ftn53\">[53]<\/a> \u00ab Principes politiques g\u00e9n\u00e9raux du Parti des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique \u00bb, art. cit.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref54\" name=\"_ftn54\">[54]<\/a> T. Hobbes, <em>L\u00e9viathan<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 177.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref55\" name=\"_ftn55\">[55]<\/a> R. Michels, <em>Sociologie du parti dans la d\u00e9mocratie moderne. Enqu\u00eate sur les tendances oligarchiques de la vie des groupes<\/em> (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d. : 1910), traduction fran\u00e7aise et pr\u00e9sentation de Jean-Christophe Angaut, Paris, Gallimard, collection \u00ab Folio Essais \u00bb, 2015, notamment pp. 71, 140 et 216 ; voir aussi s\u00e9ance s\u00e9minaire ETAPE d\u2019octobre 2013 sur \u00ab Roberto Michels : critique des partis politiques, du syndicalisme r\u00e9volutionnaire et de l\u2019anarchisme. \u00c1 partir d\u2019un texte de Jean-Christophe Angaut \u00bb, site libertaire Grand Angle, [<a href=\"http:\/\/conversations.grand-angle-libertaire.net\/etape-seminaire-3\/\" target=\"_blank\">http:\/\/conversations.grand-angle-libertaire.net\/etape-seminaire-3\/<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref56\" name=\"_ftn56\">[56]<\/a> P. Bourdieu, \u00ab La d\u00e9l\u00e9gation et le f\u00e9tichisme politique \u00bb (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d. : 1984), repris dans <em>Langage et pouvoir symbolique<\/em>, Paris, Seuil, collection \u00ab Points Essais \u00bb, 2001, p. 261.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref57\" name=\"_ftn57\">[57]<\/a> Voir notamment H. Bouteldja, \u00ab Au-del\u00e0 de la fronti\u00e8re BBF (Benbassa-Blanchard-Fassin(s)) \u00bb, 30 juin 20011, [<a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/au-dela-de-la-frontiere-bbf-benbassa-blanchard-fassins\/\" target=\"_blank\">http:\/\/indigenes-republique.fr\/au-dela-de-la-frontiere-bbf-benbassa-blanchard-fassins\/<\/a>], \u00ab Race, classe et genre : l\u2019intersectionnalit\u00e9, entre r\u00e9alit\u00e9 sociale et limites politiques \u00bb, 24 juin 2013, art. cit., et avec S. Khiari, \u00ab Jamais contents ! Quelques commentaires sur les articles de J\u00e9r\u00e9my Robine et d\u2019Eric Fassin \u00bb, art. cit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref58\" name=\"_ftn58\">[58]<\/a> S. Chauvin, \u00ab Pour une critique bienveillante de la notion de \u00ab\u00a0minorit\u00e9\u00a0\u00bb \u00bb, revue <em>ContreTemps<\/em> (s\u00e9rie \u00e9ditions Textuel), n\u00b0 7, mai 2003, p. 33, [<a href=\"http:\/\/www.contretemps.eu\/sites\/default\/files\/Contretemps%2007.pdf\" target=\"_blank\">http:\/\/www.contretemps.eu\/sites\/default\/files\/Contretemps%2007.pdf<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref59\" name=\"_ftn59\">[59]<\/a> H. Budour, \u00ab Le Noir : d\u00e9coloniser l\u2019anarchisme et d\u00e9fier l\u2019h\u00e9g\u00e9monie du Blanc \u00bb, 1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d. : 24 juillet 2013, traduction fran\u00e7aise sur le site du PIR, 28 septembre 2013, [<a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/le-noir-decoloniser-lanarchisme-et-defier-lhegemonie-du-blanc\/\" target=\"_blank\">http:\/\/indigenes-republique.fr\/le-noir-decoloniser-lanarchisme-et-defier-lhegemonie-du-blanc\/<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref60\" name=\"_ftn60\">[60]<\/a> Voir P. Corcuff, \u00ab Les religions sont-elles solubles dans la r\u00e9action ? Les agnostiques sont-ils de mis\u00e9rables tra\u00eetres \u00e0 la cause anarchiste ? <em>\u00bb, Le Monde Libertaire<\/em>, n\u00b0 1752, du 16 au 22 octobre 2014, [<a href=\"http:\/\/www.monde-libertaire.fr\/atheisme\/17370-les-religions-sont-elles-solubles-dans-la-reaction-les-agnostiques-sont-ils-de-miserables-traitres-a-la-cause-anarchiste\" target=\"_blank\">http:\/\/www.monde-libertaire.fr\/atheisme\/17370-les-religions-sont-elles-solubles-dans-la-reaction-les-agnostiques-sont-ils-de-miserables-traitres-a-la-cause-anarchiste<\/a>], et \u00ab Critiquer les religions, combattre l\u2019islamophobie \u00bb, <em>Le Monde Libertaire<\/em>, num\u00e9ro sp\u00e9cial Charlie, suppl\u00e9ment gratuit au n\u00b0 1762, 22 janvier 2015, repris sur Mediapart, 2 f\u00e9vrier 2015, [<a href=\"http:\/\/blogs.mediapart.fr\/blog\/philippe-corcuff\/020215\/critiquer-les-religions-combattre-l-islamophobie\" target=\"_blank\">http:\/\/blogs.mediapart.fr\/blog\/philippe-corcuff\/020215\/critiquer-les-religions-combattre-l-islamophobie<\/a>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref61\" name=\"_ftn61\">[61]<\/a> \u00ab Revendiquer un monde d\u00e9colonial \u00bb, entretien avec H. Bouteldja, par C. Izambert, P. Guillibert et S. Wahnich, revue <em>Vacarme<\/em>, n\u00b0 71, printemps 2015, p. 66. [<a href=\"http:\/\/www.vacarme.org\/article2738.html\" target=\"_blank\">http:\/\/www.vacarme.org\/article2738.html<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref62\" name=\"_ftn62\">[62]<\/a> Sur le poids du \u00ab logiciel collectiviste \u00bb \u00e0 gauche en France, voir P. Corcuff, \u00ab Individualisme \u00bb, dans A. Caill\u00e9 et R. Sue (\u00e9ds.), <em>De gauche ?<\/em>, Paris, Fayard, 2099, pp. 199-208, et <em>La gauche est-elle en \u00e9tat de mort c\u00e9r\u00e9brale ?<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, pp. 45-48.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref63\" name=\"_ftn63\">[63]<\/a> \u00ab Revendiquer un monde d\u00e9colonial \u00bb, entretien avec H. Bouteldja, art. cit., pp. 61-65.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref64\" name=\"_ftn64\">[64]<\/a> S. Khiari,<em> Pour une politique de la racaille<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 106.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref65\" name=\"_ftn65\">[65]<\/a> A. Benabdellah, \u00ab \u00ab\u00a0Le M\u00e9tis\u00a0\u00bb et le Pouvoir Blanc \u00bb, 22 juin 2015, [<a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/le-metis-et-le-pouvoir-blanc\/\" target=\"_blank\">http:\/\/indigenes-republique.fr\/le-metis-et-le-pouvoir-blanc\/<\/a>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref66\" name=\"_ftn66\">[66]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref67\" name=\"_ftn67\">[67]<\/a> Sur les courants de la sociologie contemporaine discut\u00e9s en France, voir le chapitre 4, intitul\u00e9 \u00ab Des individus singuliers, individualis\u00e9s et pluriels \u00bb, de P. Corcuff, <em>Les nouvelles sociologies. Entre le collectif et l\u2019individuel<\/em>, 3<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9dition, Paris, Armand Colin, collection \u00ab 128 \u00bb, 2011.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref68\" name=\"_ftn68\">[68]<\/a> Pour une vari\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9clairages, de mani\u00e8re privil\u00e9gi\u00e9e mais non exclusive, sur l\u2019individualisme occidental, voir l\u2019ouvrage collectif dirig\u00e9 par P. Corcuff, Christian Le Bart et Fran\u00e7ois de Singly : <em>L\u2019individu aujourd\u2019hui. D\u00e9bats sociologiques et contrepoints philosophiques<\/em>, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2010.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref69\" name=\"_ftn69\">[69]<\/a> E. Lozerand (\u00e9d.), <em>Dr\u00f4les d\u2019individus. De la singularit\u00e9 individuelle dans le Reste-du-monde<\/em>, Paris, Klincksieck, 2014, 576 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref70\" name=\"_ftn70\">[70]<\/a> Voir G. Simmel, \u00ab L\u2019\u00e9largissement du groupe et le d\u00e9veloppement de l\u2019individualit\u00e9 \u00bb, chapitre 10 de <em>Sociologie. Essai sur les formes de la socialisation<\/em> (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d. : 1908), Paris, PUF, 1999, pp. 685-746.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref71\" name=\"_ftn71\">[71]<\/a> Sur la globalisation et ses interactions avec l\u2019individualisation, voir les travaux du sociologue britannique Anthony Giddens au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, et notamment <em>Les cons\u00e9quences de la modernit\u00e9<\/em> (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d. : 1990), Paris, L\u2019Harmattan, 1994, et <em>Modernity and Self-Identitty. <\/em><em>Self and Society in the Late Modern Age<\/em>, Cambridge (UK), Polity Press, 1991.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref72\" name=\"_ftn72\">[72]<\/a> Voir notamment Axel Honneth, <em>La soci\u00e9t\u00e9 du m\u00e9pris. Vers une nouvelle Th\u00e9orie critique<\/em> (recueil de textes de 1981 \u00e0 2004), pr\u00e9face d\u2019O. Voirol, Paris, La D\u00e9couverte, 2006, et P. Corcuff, \u00ab Individualit\u00e9 et contradictions du n\u00e9ocapitalisme \u00bb, revue en ligne <em>SociologieS<\/em> (AISLF), 22 octobre 2006, [<a href=\"http:\/\/sociologies.revues.org\/document462.html\" target=\"_blank\">http:\/\/sociologies.revues.org\/document462.html<\/a>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref73\" name=\"_ftn73\">[73]<\/a> N. Gu\u00e9nif-Souilamas et \u00c9. Mac\u00e9, <em>Les f\u00e9ministes et le gar\u00e7on arabe<\/em>, La Tour d\u2019Aigues, \u00c9ditions de l\u2019Aube, 2004, p. 21.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref74\" name=\"_ftn74\">[74]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref75\" name=\"_ftn75\">[75]<\/a> Dans N. Gu\u00e9nif-Souilamas, \u00ab R\u00e9pertoires d\u2019individuation et gisements identificatoires : une bo\u00eete \u00e0 outils extensible \u00bb, dans P Corcuff, C. Le Bart et F. de Singly (\u00e9ds.), <em>L\u2019individu aujourd\u2019hui<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 290.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref76\" name=\"_ftn76\">[76]<\/a> L. Yousfi, \u00ab Politiser la trahison : le cas Sophia Aram \u00bb, 4 juin 2015, [<a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/politiser-la-trahison-le-cas-sophia-aram-2\/\" target=\"_blank\">http:\/\/indigenes-republique.fr\/politiser-la-trahison-le-cas-sophia-aram-2\/<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref77\" name=\"_ftn77\">[77]<\/a> P. Chamoiseau, \u00ab Fanon, c\u00f4t\u00e9 c\u0153ur, c\u00f4t\u00e9 s\u00e8ve \u00bb, discours prononc\u00e9 en hommage \u00e0 Frantz Fanon au congr\u00e8s international d&rsquo;addictologie, Fort de France, 24 octobre 2001, repris sur le site Sortir du colonialisme, 30 d\u00e9cembre 2011, [<a href=\"http:\/\/www.anticolonial.net\/spip.php?article2439\" target=\"_blank\">http:\/\/www.anticolonial.net\/spip.php?article2439<\/a>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref78\" name=\"_ftn78\">[78]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref79\" name=\"_ftn79\">[79]<\/a> Voir notamment R\u00e9gis Meyran et Val\u00e9ry Rasplus, <em>Les pi\u00e8ges de l\u2019identit\u00e9 culturelle. Culture et culturalisme en sciences sociales et en politique (XIX<sup>e<\/sup>-XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cles)<\/em>, Paris, Berg International, 2014.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref80\" name=\"_ftn80\">[80]<\/a> Notamment dans H. Bouteldja, \u00ab Race, classe et genre\u2026 \u00bb, art. cit.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref81\" name=\"_ftn81\">[81]<\/a> H. Bouteldja, \u00ab Pierre, Djemila, Dominique\u2026et Mohamed \u00bb, art. cit.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref82\" name=\"_ftn82\">[82]<\/a> H. Bouteldja, \u00ab Charlie Hebdo : du sacr\u00e9 des \u00ab\u00a0Damn\u00e9s de la terre\u00a0\u00bb et de sa profanation \u00bb, art. cit.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref83\" name=\"_ftn83\">[83]<\/a> \u00ab Revendiquer un monde d\u00e9colonial \u00bb, entretien avec H. Bouteldja, art. cit., p. 61.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref84\" name=\"_ftn84\">[84]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 63.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref85\" name=\"_ftn85\">[85]<\/a> \u00ab Nous avons \u00e0 nous lib\u00e9rer de la modernit\u00e9 \u00bb, entretien avec S. Khiari, art. cit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref86\" name=\"_ftn86\">[86]<\/a> Pour une pr\u00e9sentation synth\u00e9tique de la notion et des d\u00e9bats qu\u2019elle a suscit\u00e9s, voir Carley Matsumoto, \u00ab An Introduction to Strategic Essentialism \u00bb, March 12 2012, Lewis &amp; Clark College Environmental Studies Program, [<a href=\"https:\/\/ds.lclark.edu\/sge\/2012\/03\/12\/an-introduction-to-strategic-essentialism\/\" target=\"_blank\">https:\/\/ds.lclark.edu\/sge\/2012\/03\/12\/an-introduction-to-strategic-essentialism\/<\/a>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref87\" name=\"_ftn87\">[87]<\/a> S. Wahnich, \u00ab L\u2019universel a-t-il jamais \u00e9t\u00e9 abstrait ? \u00bb, revue <em>Vacarme<\/em>, n\u00b0 71, printemps 2015, p. 104.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref88\" name=\"_ftn88\">[88]<\/a> Sur la fermeture identitaire \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les fondamentalismes islamistes, par-del\u00e0 leur diversit\u00e9 et leurs contradictions, voir l\u2019\u00e9clairage issu des sciences sociales propos\u00e9 par Haoues Seniguer, dans \u00ab L\u2019islamisme \u00bb, entretien avec O. de Trogoff, site Les cl\u00e9s du Moyen-Orient, 15 d\u00e9cembre 2014, [<a href=\"http:\/\/www.lesclesdumoyenorient.com\/Entretien-avec-Haoues-Seniguer-L.html\" target=\"_blank\">http:\/\/www.lesclesdumoyenorient.com\/Entretien-avec-Haoues-Seniguer-L.html<\/a>], et la lecture militante, anticapitaliste, anti-imp\u00e9rialiste, antiraciste et libertaire, du cas tunisien par Mohamed Amami, dans <em>Tunisie : la r\u00e9volution face \u00e0 la mondialisation des fondamentalismes contemporains<\/em>, Velle Le Chatel, \u00c9ditions franco-Berb\u00e8res, 2015.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref89\" name=\"_ftn89\">[89]<\/a> L. Yousfi, \u00ab Politiser la trahison : le cas Sophia Aram \u00bb, art. cit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref90\" name=\"_ftn90\">[90]<\/a> J. Ranci\u00e8re, <em>La nuit des prol\u00e9taires. Archives du r\u00eave ouvrier<\/em> (1<sup>\u00e9re <\/sup>\u00e9d. : 1981), Paris, Hachette Litt\u00e9rature, collection \u00ab Pluriel Histoire \u00bb, 2005.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref91\" name=\"_ftn91\">[91]<\/a> E. W. Sa\u00efd, <em>Culture et imp\u00e9rialisme<\/em> (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d. : 1992), Paris, Fayard\/Le Monde diplomatique, 2000, pp. 13-14 et 27-29.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref92\" name=\"_ftn92\">[92]<\/a> Voir notamment Jean-Fran\u00e7ois Bayart, <em>L\u2019illusion identitaire<\/em>, Paris, Fayard, 1996, p. 77.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref93\" name=\"_ftn93\">[93]<\/a> J. Zaganiaris, <em>Queer Maroc. Genres, sexualit\u00e9s et (trans)identit\u00e9s dans la litt\u00e9rature marocaine,<\/em> Paris, Des ailes sur un Tracteur, 2014, p. 11.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref94\" name=\"_ftn94\">[94]<\/a> Voir le communiqu\u00e9 du MIR du 1<sup>er<\/sup> mars 2006 sur le meurtre d\u2019Ilan Halimi, art. cit., et S. Khiari, \u00ab R\u00e9ponse \u00e0 Philippe Corcuff concernant le communiqu\u00e9 des Indig\u00e8nes de la r\u00e9publique sur le meurtre d\u2019Ilan Halimi \u00bb, art. cit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref95\" name=\"_ftn95\">[95]<\/a> Voir H. Bouteldja, \u00ab Mohamed Merah et moi \u00bb, 6 avril 2012, [<a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/mohamed-merah-et-moi\/\" target=\"_blank\">http:\/\/indigenes-republique.fr\/mohamed-merah-et-moi\/<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref96\" name=\"_ftn96\">[96]<\/a> Voir M. Tahar-Chaouch et H. Bouteldja, \u00ab Charlie Hebdo : le pi\u00e8ge de l\u2019unit\u00e9 nationale \u00bb, art. cit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref97\" name=\"_ftn97\">[97]<\/a> S. Khiari, \u00ab R\u00e9ponse \u00e0 Philippe Corcuff concernant le communiqu\u00e9 des Indig\u00e8nes de la r\u00e9publique sur le meurtre d\u2019Ilan Halimi \u00bb, art. cit.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref98\" name=\"_ftn98\">[98]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref99\" name=\"_ftn99\">[99]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref100\" name=\"_ftn100\">[100]<\/a> M. Tahar-Chaouch et H. Bouteldja, \u00ab Charlie Hebdo : le pi\u00e8ge de l\u2019unit\u00e9 nationale \u00bb, art. cit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref101\" name=\"_ftn101\">[101]<\/a> H. Bouteldja, \u00ab Racisme(s) et philos\u00e9mitisme d\u2019Etat ou comment politiser l\u2019antiracisme en France ? \u00bb, 11 mars 2015, [<a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/racisme-s-et-philosemitisme-detat-ou-comment-politiser-lantiracisme-en-france-3\/\" target=\"_blank\">http:\/\/indigenes-republique.fr\/racisme-s-et-philosemitisme-detat-ou-comment-politiser-lantiracisme-en-france-3\/<\/a>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref102\" name=\"_ftn102\">[102]<\/a> Je dois cet exemple \u00e0 S\u00e9bastien Chauvin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref103\" name=\"_ftn103\">[103]<\/a> M. Feher, \u00ab Les divisions de la gauche mouvement\u00e9e \u00bb, revue <em>Vacarme<\/em>, n\u00b0 20, \u00e9t\u00e9 2002, pp. 36-44, [<a href=\"http:\/\/www.vacarme.org\/article349.html\" target=\"_blank\">http:\/\/www.vacarme.org\/article349.html<\/a>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref104\" name=\"_ftn104\">[104]<\/a> S. Chauvin et A. Jaunait, \u00ab L\u2019intersectionnalit\u00e9 contre l\u2019intersection \u00bb, art. cit., p.72.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref105\" name=\"_ftn105\">[105]<\/a> A. Hajjat et M. Mohammed<em> Islamophobie. Comment les \u00e9lites fran\u00e7aises fabriquent le \u00ab probl\u00e8me musulman \u00bb<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, chapitre 11, \u00ab Antis\u00e9mitisme et islamophobie \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref106\" name=\"_ftn106\">[106]<\/a> \u00ab On a sous-estim\u00e9 la violence que rencontrent les juifs fran\u00e7ais \u00bb, entretien de P. Birnbaum avec A. Perraud, Mediapart, 16 f\u00e9vrier 2015, [<a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/culture-idees\/160215\/pierre-birnbaum-sous-estime-la-violence-que-rencontrent-les-juifs-francais\" target=\"_blank\">http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/culture-idees\/160215\/pierre-birnbaum-sous-estime-la-violence-que-rencontrent-les-juifs-francais<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref107\" name=\"_ftn107\">[107]<\/a> \u00ab Manifeste pour un antiracisme politique \u00bb, <em>Lib\u00e9ration<\/em>, 21 mai 2015, [<a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/societe\/2015\/05\/21\/pour-un-antiracisme-politique_1313970\" target=\"_blank\">http:\/\/www.liberation.fr\/societe\/2015\/05\/21\/pour-un-antiracisme-politique_1313970<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref108\" name=\"_ftn108\">[108]<\/a> Sur les d\u00e9bats concernant \u00ab l\u2019homonationalisme \u00bb, voir Alexandre Jaunait, Am\u00e9lie Le Renard et \u00c9lisabeth Marteu, \u00ab Nationalismes sexuels ? Reconfigurations contemporaines des sexualit\u00e9s et des nationalismes \u00bb, revue <em>Raisons politiques<\/em>, n\u00b0 49, f\u00e9vrier 2013, pp. 5-23, [<a href=\"http:\/\/www.cairn.info\/revue-raisons-politiques-2013-1-page-5.htm\" target=\"_blank\">http:\/\/www.cairn.info\/revue-raisons-politiques-2013-1-page-5.htm<\/a>], et S\u00e9bastien Chauvin et Arnaud Lech, <em>Sociologie de l\u2019homosexualit\u00e9<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte, collection \u00ab Rep\u00e8res \u00bb, 2013, pp. 93-99.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref109\" name=\"_ftn109\">[109]<\/a> H. Bouteldja, \u00ab Universalisme gay, homoracialisme et \u00ab\u00a0mariage pour tous\u00a0\u00bb \u00bb, 12 f\u00e9vrier 2013, [<a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/universalisme-gay-homoracialisme-et-mariage-pour-tous-2\/\" target=\"_blank\">http:\/\/indigenes-republique.fr\/universalisme-gay-homoracialisme-et-mariage-pour-tous-2\/<\/a>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref110\" name=\"_ftn110\">[110]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref111\" name=\"_ftn111\">[111]<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref112\" name=\"_ftn112\">[112]<\/a> A. Jaunait, A. Le Renard et \u00c9. Marteu, \u00ab Nationalismes sexuels ? \u00bb, art. cit., p. 21.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref113\" name=\"_ftn113\">[113]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 28.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref114\" name=\"_ftn114\">[114]<\/a> J. Robine, \u00ab Les \u201cIndig\u00e8nes de la R\u00e9publique\u201d : nation et question postcoloniale. Territoires des enfants de l\u2019immigration et rivalit\u00e9 de pouvoir \u00bb, revue <em>H\u00e9rodote<\/em>, 2006\/1, n\u00b0 120, pp. 118-148, [<a href=\"http:\/\/www.cairn.info\/revue-herodote-2006-1-page-118.htm\" target=\"_blank\">http:\/\/www.cairn.info\/revue-herodote-2006-1-page-118.htm<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref115\" name=\"_ftn115\">[115]<\/a> \u00ab Du Comit\u00e9 national contre la double peine au Mouvement de l\u2019immigration et des banlieues \u00bb, entretien avec T. Kawtari, dans A. Boubeker et A. Hajjat (\u00e9ds.), <em>Histoire politique des immigrations (post)coloniales. France, 1920-2008<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 214.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref116\" name=\"_ftn116\">[116]<\/a> S. Chauvin et A. Jaunait, \u00ab L\u2019intersectionnalit\u00e9 contre l\u2019intersection \u00bb, art. cit., p. 73.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref117\" name=\"_ftn117\">[117]<\/a> P. Corcuff, <em>La soci\u00e9t\u00e9 de verre. Pour une \u00e9thique de la fragilit\u00e9<\/em>, Paris, Armand Colin, 2002.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref118\" name=\"_ftn118\">[118]<\/a> Je dois cette hypoth\u00e8se aux \u00e9changes avec Wil Saver lors du s\u00e9minaire ETAPE du 6 mars 2015.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref119\" name=\"_ftn119\">[119]<\/a> Sur ces contradictions du capitalisme, voir P. Corcuff, \u00ab Renaissance de l\u2019anticapitalisme en France \u00bb, Mediapart, 20 avril 2009, [<a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/club\/blog\/philippe-corcuff\/200409\/renaissance-de-l-anticapitalisme-en-France\" target=\"_blank\">http:\/\/www.mediapart.fr\/club\/blog\/philippe-corcuff\/200409\/renaissance-de-l-anticapitalisme-en-France<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref120\" name=\"_ftn120\">[120]<\/a> G. Deleuze, \u00ab Les intercesseurs \u00bb (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d. : octobre 1985), repris dans <em>Pourparlers, 1972-1990<\/em>, Paris, Minuit, 1990, pp. 165-184.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref121\" name=\"_ftn121\">[121]<\/a> Voir notamment M. Callon, \u00ab \u00c9l\u00e9ments pour une sociologie de la traduction. La domestication des coquilles Saint-Jacques et des marins-p\u00eacheurs dans la baie de Saint-Brieuc \u00bb, <em>L\u2019Ann\u00e9e sociologique<\/em>, n\u00b0 36, 1986, pp. 169-208, [<a href=\"https:\/\/yannickprimel.files.wordpress.com\/2014\/07\/mcallon_la-domestication-des-coquilles-saint-jacques-et-des-marins-pc3aacheurs-dans-la-baie-de-saint-brieuc_1986.pdf\" target=\"_blank\">https:\/\/yannickprimel.files.wordpress.com\/2014\/07\/mcallon_la-domestication-des-coquilles-saint-jacques-et-des-marins-pc3aacheurs-dans-la-baie-de-saint-brieuc_1986.pdf<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref122\" name=\"_ftn122\">[122]<\/a> Voir Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, <em>Vers l\u2019extr\u00eame. Extension des domaines de la droite<\/em>, Bellevaux, \u00c9ditions Dehors, 2014, et P. Corcuff, <em>Les ann\u00e9es 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard<\/em>, <em>op. cit.<\/em> ; sur la participation de sensibilit\u00e9s fondamentalistes islamistes \u00e0 l\u2019extr\u00eame droitisation en cours, voir les analyses d\u2019Haoues Seniguer sur son blog dans le Huffington Post, et notamment : \u00ab La galaxie Alain Soral : de l\u2019extr\u00eame droite n\u00e9o-traditionnaliste catholique aux n\u00e9o-Fr\u00e8res musulmans \u00bb, 22 d\u00e9cembre 2013, [<a href=\"http:\/\/www.huffingtonpost.fr\/haoues-seniguer\/la-galaxie-alain-soral_b_4480637.html\" target=\"_blank\">http:\/\/www.huffingtonpost.fr\/haoues-seniguer\/la-galaxie-alain-soral_b_4480637.html<\/a>], \u00ab La \u00ab\u00a0th\u00e9orie du genre\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9cole : vers un front uni entre musulmans conservateurs et extr\u00eame droite ? \u00bb, 7 f\u00e9vrier 2014, [<a href=\"http:\/\/www.huffingtonpost.fr\/haoues-seniguer\/la-theorie-du-genre-union-conservateurs-musulmans-extreme-droite_b_4738459.html\" target=\"_blank\">http:\/\/www.huffingtonpost.fr\/haoues-seniguer\/la-theorie-du-genre-union-conservateurs-musulmans-extreme-droite_b_4738459.html<\/a>], et \u00ab La mobilisation contre \u00ab\u00a0la th\u00e9orie du genre\u00a0\u00bb : les habits neufs d\u2019une vieille rh\u00e9torique ? \u00bb, 4 mars 2014, [<a href=\"http:\/\/www.huffingtonpost.fr\/haoues-seniguer\/la-mobilisation-contre-la_b_4888892.html\" target=\"_blank\">http:\/\/www.huffingtonpost.fr\/haoues-seniguer\/la-mobilisation-contre-la_b_4888892.html<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref123\" name=\"_ftn123\">[123]<\/a> Sur la piste de cette question sociale \u00e9largie, voir P. Corcuff, <em>Les ann\u00e9es 30\u2026<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, pp. 139-143.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref124\" name=\"_ftn124\">[124]<\/a> H. Bouteldja, \u00ab Racisme(s) et philos\u00e9mitisme d\u2019Etat ou comment politiser l\u2019antiracisme en France ? \u00bb, <em>art. cit<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref125\" name=\"_ftn125\">[125]<\/a> S. Bouamama, \u00ab La construction \u00e9tatique d\u2019une hi\u00e9rarchisation \u00ab\u00a0des racismes\u00a0\u00bb \u00bb, Le blog de Sa\u00efd Bouamama, 25 avril 2015, [<a href=\"https:\/\/bouamamas.wordpress.com\/2015\/04\/25\/la-construction-etatique-dune-hierarchisation-des-racismes\/\" target=\"_blank\">https:\/\/bouamamas.wordpress.com\/2015\/04\/25\/la-construction-etatique-dune-hierarchisation-des-racismes\/<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref126\" name=\"_ftn126\">[126]<\/a> \u00ab \u00ab\u00a0Non au philos\u00e9mitisme d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb : un slogan indigne ! \u00bb ; d\u00e9claration du Bureau Ex\u00e9cutif du MRAP, 7 avril 2015, [<a href=\"http:\/\/www.mrap.fr\/ab-non-au-philosemitisme-d2019etat-bb-un-slogan-indigne-1\" target=\"_blank\">http:\/\/www.mrap.fr\/ab-non-au-philosemitisme-d2019etat-bb-un-slogan-indigne-1<\/a>].<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref127\" name=\"_ftn127\">[127]<\/a> \u00ab Manifeste pour un antiracisme politique \u00bb, art. cit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En partant de textes de Houria Bouteldja et de quelques autres [1] &nbsp; ____________ Par Philippe Corcuff Juillet 2015 &nbsp; Introduction : les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique et l\u2019intersectionnalit\u00e9 par un \u00ab Blanc \u00bb trouble &nbsp; &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":3232,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[28,32,61,51],"tags":[267,269,266,264,268,78,265,39],"class_list":["post-3211","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-analyses","category-anthropologie-et-vision-de-lhumain","category-critique","category-international","tag-colonialisme","tag-culturalisme","tag-dominations","tag-indigenes-de-la-republique","tag-mouvements-sociaux","tag-philippe-corcuff","tag-pir","tag-slide"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/intersectionnalite-luttes.jpg?fit=302%2C317&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pc9uqr-PN","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3211","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3211"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3211\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3232"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3211"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3211"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3211"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}