{"id":3005,"date":"2015-03-28T11:25:22","date_gmt":"2015-03-28T09:25:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=3005"},"modified":"2015-04-02T19:53:53","modified_gmt":"2015-04-02T17:53:53","slug":"exploration-sociologique-et-politique-de-la-figure-des-precaires-patrick-cingolani","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=3005","title":{"rendered":"Exploration sociologique et politique de la figure des \u00ab pr\u00e9caires \u00bb | Patrick Cingolani"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><strong>Contribution \u00e0 la s\u00e9ance 12 du s\u00e9minaire ETAPE<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: center;\">_____<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\">Par <strong>Patrick Cingolani<\/strong><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Professeur de sociologie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Paris 7-Denis Diderot, auteur notamment de <em>R\u00e9volutions pr\u00e9caires. Essai sur l\u2019avenir de l\u2019\u00e9mancipation<\/em> (\u00e9ditions La D\u00e9couverte, 2014)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">_________________________<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/R%C3%A9volutions-pr%C3%A9caires-couverture.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-3036\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/R%C3%A9volutions-pr%C3%A9caires-couverture.jpg?resize=235%2C346&#038;ssl=1\" alt=\"R\u00e9volutions pr\u00e9caires (couverture)\" width=\"235\" height=\"346\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/R%C3%A9volutions-pr%C3%A9caires-couverture.jpg?w=235&amp;ssl=1 235w, https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/R%C3%A9volutions-pr%C3%A9caires-couverture.jpg?resize=204%2C300&amp;ssl=1 204w\" sizes=\"auto, (max-width: 235px) 100vw, 235px\" \/><\/a>Le mot \u00ab pr\u00e9caire \u00bb, on le sait, est polys\u00e9mique, contrairement \u00e0 ce que pr\u00e9tend une lecture unilat\u00e9rale qui pousse \u00e0 ne le comprendre que sous le seul angle d\u2019un d\u00e9ficit d\u2019<em>int\u00e9gration<\/em>. En effet, d\u00e8s que certains groupes s\u2019en sont saisis, il a fait l\u2019objet d\u2019am\u00e9nagements et de travestissements qui en ont subverti le sens. Judith Butler a bien montr\u00e9 comment certains mouvements sociaux modifient les \u00e9nonc\u00e9s dont ils sont la proie et retournent le stigmate en fiert\u00e9. Elle a insist\u00e9 sur le proc\u00e9d\u00e9 linguistique de la catachr\u00e8se, qui transforme le sens d\u2019un mot en l\u2019employant au-del\u00e0 de son acception habituelle. C\u2019est le cas du mot anglais <em>\u00ab queer \u00bb<\/em>, qui a fait l\u2019objet d\u2019usages d\u00e9tourn\u00e9s par ceux qu\u2019il \u00e9tait suppos\u00e9 stigmatiser <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Il en va un peu de m\u00eame du mot \u00ab pr\u00e9caire \u00bb. Ce qui fait sa polys\u00e9mie et sa polyvalence ne provient pas d\u2019un d\u00e9ficit du concept, mais du fait qu\u2019il est tout \u00e0 la fois social et politique et rec\u00e8le potentiellement la charge alternative de cette seconde dimension. D\u00e8s les ann\u00e9es 1980, le mot est entr\u00e9 progressivement dans le vocabulaire sociologique et syndical fran\u00e7ais, mais il s\u2019est \u00e9galement nourri de l\u2019h\u00e9ritage critique des ann\u00e9es 1960-1970 et s\u2019est teint\u00e9 de cette connotation alternative et subversive. Ceux qui, en effet, se d\u00e9signaient alors comme des \u00ab pr\u00e9caires \u00bb \u00e9taient ceux-l\u00e0 m\u00eames qui occupaient les squats et cr\u00e9aient des formes d\u2019organisation collectives \u00e9loign\u00e9es des mod\u00e8les consum\u00e9ristes et marchands. Ils peuplaient les lieux alternatifs, comme Kristiana, \u00e0 Copenhague, ou Kreuzberg, \u00e0 Berlin, s\u2019affichaient comme les h\u00e9ritiers des luttes provos \u00e0 Amsterdam <a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, participaient \u00e0 la sc\u00e8ne alternative allemande <a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> ou aux luttes autonomes, entre usine et espace urbain, en France et en Italie <a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><em>Les pr\u00e9caires, entre assujettissement et r\u00e9sistances<\/em><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les pr\u00e9caires sont tout \u00e0 la fois les fractions sociales de la jeunesse assujetties au travail pr\u00e9caire, et les jeunes qui r\u00e9sistent \u00e0 ce type de travail per\u00e7u comme une nouvelle forme d\u2019exploitation \u2013 jeunesse que le syndicalisme, \u00e0 l\u2019exception peut-\u00eatre de la CFDT, a toujours largement ignor\u00e9e. Mais, plus pr\u00e9cis\u00e9ment encore, les pr\u00e9caires s\u2019inscrivent dans une configuration soci\u00e9tale <a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a> allant au-del\u00e0 du \u00ab travail \u00bb et consid\u00e8rent ce dernier comme une atrophie des conditions de r\u00e9alisation et d\u2019expression de la personne. Entre classes populaires et classes moyennes, confront\u00e9s aux d\u00e9senchantements de la scolarisation de masse, aspirant \u00e0 des professions ou \u00e0 des activit\u00e9s pouvant rendre compte de la dimension expressive de la personnalit\u00e9, ces jeunes femmes et ces jeunes hommes se rebellent contre un mode de vie standardis\u00e9 et consum\u00e9riste. Ils redistribuent les t\u00e2ches et les interactions du quotidien en les d\u00e9sp\u00e9cialisant et produisent, par leurs pratiques, une autre \u00e9conomie. Les revendications qui ont caract\u00e9ris\u00e9 le mouvement ouvrier et ses appareils syndicaux leur apparaissent obsol\u00e8tes. Ils revendiquent moins l\u2019augmentation du pouvoir d\u2019achat que l\u2019augmentation d\u2019un pouvoir de vivre et de r\u00e9alisation que ne satisfait pas la consommation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette dimension alternative des pr\u00e9caires contredit le discours d\u2019une \u00ab prise de conscience \u00bb apport\u00e9e du dehors au sein d\u2019un rapport militant vertical. Au principe des styles de vie pr\u00e9caires, il n\u2019y a pas tant des individus \u00e0 \u00e9manciper que des individus et des groupes d\u00e9j\u00e0 \u00e9mancip\u00e9s en qu\u00eate de r\u00e9gimes d\u2019existence, de pratiques de vie, de territoires urbains ou ruraux permettant l\u2019\u00e9mancipation. Il s\u2019agit moins de prendre conscience que de cr\u00e9er les conditions d\u2019exp\u00e9rimentation de nouveaux rapports sociaux. Ces d\u00e9placements, ces lat\u00e9ralisations, qui font \u00e9cho \u00e0 d\u2019autres dimensions contemporaines de la vie sociopolitique, telles que les formes horizontales de l\u2019organisation de certains mouvements sociaux, d\u00e9bouchent sur des enjeux militants. Mais ils produisent aussi des formes d\u2019ali\u00e9nation et de domination plus retorses qu\u2019il n\u2019y para\u00eet et qui exigent d\u2019\u00eatre pens\u00e9es loin des poncifs d\u2019une certaine sociologie prompte \u00e0 confisquer le savoir de et sur la domination. Le paradoxe de cette situation tient dans la tension qui traverse cette question : comment vivre l\u2019\u00e9mancipation et sa p\u00e9rennit\u00e9 au sein des forces sociales conjugu\u00e9es de la domination capitaliste ? Les pratiques et les exp\u00e9riences que nous \u00e9tudierons ne rel\u00e8vent pas d\u2019une sorte de premier degr\u00e9 de l\u2019ali\u00e9nation, ou d\u2019un consentement aveugle aux normes ; tout au contraire, ils puisent plus souvent dans l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 et dans l\u2019\u00e9cart aux normes leurs conditions de r\u00e9alisation, mais aussi, peut-\u00eatre, leurs conditions d\u2019exploitation. Il faudra donc s\u2019interroger sur le sens de l\u2019exploitation et des nouvelles luttes dans un contexte de d\u00e9sinstitutionalisation du travail et de refus de la normativit\u00e9 salariale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pas plus que le mot \u00ab prol\u00e9taire \u00bb, et tant d\u2019autres mots encore, le signifiant \u00ab pr\u00e9caire \u00bb ne peut \u00eatre d\u00e9coupl\u00e9 de sa charge politique et de ses formes d\u2019assignation socio-\u00e9conomique. Il est en effet, nous l\u2019avons dit, porteur d\u2019une multiplicit\u00e9 de sens. Ce qui n\u2019emp\u00eache pas tout un courant de la sociologie de continuer \u00e0 d\u00e9noncer les conditions de travail instables et les r\u00e9mun\u00e9rations inf\u00e9rieures \u00e0 la normale plut\u00f4t que de tirer les cons\u00e9quences d\u2019un am\u00e9nagement de la relation \u00e0 la temporalit\u00e9 productive et d\u2019un rapport s\u00e9lectif \u00e0 la consommation. La condition salariale ne tient pas tout enti\u00e8re dans la question du pouvoir d\u2019achat : l\u2019exploitation y rel\u00e8ve d\u2019abord d\u2019une domination de l\u2019existence et du temps. Le besoin d\u2019exp\u00e9rimenter et de tenter, au c\u0153ur m\u00eame des rapports de domination, d\u2019autres formes de vie se heurte aux contraintes objectives des forces socialis\u00e9es du capital et aux appareils id\u00e9ologiques de la reproduction des rapports d\u2019exploitation. Les mouvements de pr\u00e9caires des ann\u00e9es 1980, dignes h\u00e9ritiers des mouvements contre-culturels des ann\u00e9es 1960, se situent \u00e0 la fois au centre et \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie d\u2019une dynamique de d\u00e9nonciation de l\u2019\u00e9puisement des \u00e9nergies utopiques associ\u00e9 au mod\u00e8le capitaliste de d\u00e9veloppement tout au long de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle. Ils ont r\u00e9introduit, face au compromis institu\u00e9 entre syndicats ouvriers et \u00c9tat, un conflit autour des mod\u00e8les de vie dominants et de leurs compromissions avec des formes de fonctionnement bureaucratiques, hi\u00e9rarchiques et non d\u00e9mocratiques. Ils ont notamment mis en crise le compromis autour de l\u2019emploi qui a caract\u00e9ris\u00e9 la conjoncture de l\u2019apr\u00e8s-guerre et, pour cette raison m\u00eame, ont r\u00e9activ\u00e9 violemment la question du sens du travail et, plus g\u00e9n\u00e9ralement encore, de l\u2019activit\u00e9. Ce que l\u2019on d\u00e9signe par la m\u00e9taphore tr\u00e8s approximative des \u00ab Trente Glorieuses \u00bb, entendue comme p\u00e9riode de forte croissance et de d\u00e9veloppement, ou sous le concept de \u00ab soci\u00e9t\u00e9 salariale \u00bb, comme moment d\u2019institutionnalisation du salariat, ne saurait \u00eatre compris comme l\u2019expression achev\u00e9e d\u2019un progr\u00e8s quantitatif. C\u2019est aussi un moment de cristallisation d\u2019un certain type de domination \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale et internationale. Le compromis social et son mod\u00e8le de d\u00e9veloppement \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 fissur\u00e9s non seulement \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, en raison de la configuration des imp\u00e9rialismes de l\u2019\u00e9poque, mais aussi \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, en raison des rapports sociaux et de genre, autant dans l\u2019intimit\u00e9 des relations hommes-femmes que dans le cadre de l\u2019entreprise et de la distribution des r\u00f4les et des places <a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. Par ailleurs, de nouvelles manifestations et formes d\u2019engagement ont mis \u00e0 l\u2019ordre du jour les questions environnementales pos\u00e9es par ce r\u00e9gime de d\u00e9veloppement <a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ignorer l\u2019ensemble de cette configuration critique et divis\u00e9e, c\u2019est, comme y incline tacitement Robert Castel, faire fi des questions soulev\u00e9es par les r\u00e9voltes de la jeunesse des ann\u00e9es 1960. En reprenant dans son c\u00e9l\u00e8bre livre, <em>Les M\u00e9tamorphoses de la question sociale<\/em>, le diagnostic de Michel Crozier \u00e0 la veille de Mai 68 qui d\u00e9clarait close la \u00ab phase religieuse du prol\u00e9tariat \u00bb et morte \u00ab la lutte des classes \u00bb <a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, Castel ne s\u2019est pas donn\u00e9 les moyens de saisir les sens multiples de la r\u00e9volte de Mai : sa critique du mod\u00e8le bureaucratique, sa prescience des enjeux \u00e9cologiques \u00e0 travers la d\u00e9nonciation des modalit\u00e9s dans lesquelles se donnait l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la consommation ; ou encore le \u00ab retour \u00e0 la terre \u00bb, l\u2019\u00ab \u00e9tablissement en usine \u00bb, la vie communautaire, l\u2019institution de coop\u00e9rations productives (autogestion, etc.) \u00e0 l\u2019\u00e9cart des rapports concurrentiels et marchands\u2026 Toutes ces exp\u00e9riences ont remis en question l\u2019ensemble de la configuration d\u2019un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement structurant le capitalisme, et dessin\u00e9 un point de rep\u00e8re pour les formes d\u2019action collectives dont les pr\u00e9caires, comme figure socialement hybrides, sont en partie les h\u00e9ritiers. Pour ma part, il me semble que la crispation stalinienne sur l\u2019ouvrier industriel, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et les renoncements post-gauchistes aux luttes populaires, au nom d\u2019une certaine critique du totalitarisme, de l\u2019autre, ont liquid\u00e9 l\u2019h\u00e9ritage lumineux et contestataire des ann\u00e9es 1960. Celles-ci avaient diversement su conjoindre le marxisme et la critique libertaire de la technique et de la domination bureaucratique, la critique du mod\u00e8le de consommation et l\u2019anticipation des risques \u00e9cologiques <a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>. C\u2019est seulement en nous ressour\u00e7ant \u00e0 cette conjoncture intellectuelle que nous pourrons \u00e9chapper aux catastrophes qui se profilent dans les d\u00e9cennies \u00e0 venir. Les pr\u00e9caires, au travers de mouvements sp\u00e9cifiques, mais aussi d\u2019une certaine disparit\u00e9 d\u2019exp\u00e9riences, ont perp\u00e9tu\u00e9 tout au long des ann\u00e9es 1970-1980, sous une forme tacite, cet h\u00e9ritage. Et ils l\u2019ont fait dans un contexte historique o\u00f9, de toutes parts, les aspirations \u00e0 des modes d\u2019existence alternatifs \u00e9taient vid\u00e9es de leurs forces, entre autres, par la r\u00e9ticence des organisations staliniennes \u00e0 tout d\u00e9placement identitaire du prol\u00e9tariat, et par l\u2019attaque frontale, socialement d\u00e9l\u00e9t\u00e8re du n\u00e9olib\u00e9ralisme et de son id\u00e9ologie.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/revolutions-des-precaires.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3037\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/revolutions-des-precaires.jpg?resize=400%2C267&#038;ssl=1\" alt=\"revolutions des precaires\" width=\"400\" height=\"267\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/revolutions-des-precaires.jpg?w=400&amp;ssl=1 400w, https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/revolutions-des-precaires.jpg?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/a><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<h4><strong>Autonomies<\/strong><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui, plus que jamais, cette aspiration \u00e0 un r\u00e9gime d\u2019existence oppos\u00e9 \u00e0 la bureaucratie et la technocratie, ainsi que le potentiel alternatif dont les pr\u00e9caires avaient \u00e9t\u00e9 porteurs, sont menac\u00e9s par les formes radicales d\u2019un capitalisme exer\u00e7ant sous de nouveaux traits l\u2019\u00ab exploitation universelle de l\u2019essence sociale de l\u2019homme \u00bb dont parle le jeune Marx <a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>. La raison tient \u00e0 ce que les formes alternatives de vie se sont avanc\u00e9es seules sur le terrain des relations au travail et \u00e0 la vie quotidienne, sans qu\u2019aucune mise en sens politique ne les ait accompagn\u00e9es. Elles se sont ainsi trouv\u00e9es en proie \u00e0 un r\u00e9gime d\u2019exploitation qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi puissant et retors.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019autonomie dans l\u2019activit\u00e9, les formes de coop\u00e9ration d\u00e9hi\u00e9rarchis\u00e9es, le refus des cristallisations disciplinaires des rapports au travail, en ce qu\u2019elles st\u00e9rilisent l\u2019expression et les intensit\u00e9s cr\u00e9atives, toutes ces aspirations qui ont, pour une bonne part, m\u00fb les mouvements sociaux et soci\u00e9taux de la fin du XXe si\u00e8cle, semblent s\u2019inverser en leurs contraires. L\u2019autonomie devient \u00ab autonomie contr\u00f4l\u00e9e \u00bb ; l\u2019injonction \u00e0 la flexibilit\u00e9 et l\u2019externalisation rendent opaques les rapports de production et redoublent l\u2019effacement des limites disciplinaires. Mais la forme la plus puissante de ce retournement tient dans la mani\u00e8re dont la critique antibureaucratique s\u2019est dissoute dans les nouvelles d\u00e9r\u00e9glementations du travail et dans les pratiques de gouvernement n\u00e9o-manag\u00e9riales, constituant un v\u00e9ritable contre-pouvoir aux aspirations collectives et un nouveau ressort pour la captation du temps et de la cr\u00e9ativit\u00e9 du travail. Exp\u00e9riment\u00e9 d\u2019abord sur les classes populaires, ce contre-pouvoir n\u00e9o-manag\u00e9rial et n\u00e9olib\u00e9ral \u00e9tend sa dynamique d\u2019exploitation aux classes moyennes et aux h\u00e9ritiers scolaris\u00e9s des classes populaires. L\u2019appauvrissement des unes et des autres est par excellence l\u2019instrument de rar\u00e9faction des possibilit\u00e9s de vie alternatives. La configuration sociale, le style, les revendications des principaux mouvements apparus depuis quelques ann\u00e9es, depuis la place Tahrir jusqu\u2019\u00e0 Occupy Wall Street, en sont directement l\u2019expression et l\u2019attestation. Dans leur composition rentrent pour une large part des membres des classes moyennes et les g\u00e9n\u00e9rations scolaris\u00e9es des classes populaires flou\u00e9es dans leurs aspirations \u00e0 une vie meilleure ; il en va ainsi, par exemple, des \u00e9tudiants endett\u00e9s pour mener leurs \u00e9tudes mais sans espoir d\u2019avenir professionnel <a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la faveur de la mondialisation et de l\u2019imposition brutale d\u2019une concurrence entre les peuples et les travailleurs, il se produit une d\u00e9gradation des conditions de travail et de vie qu\u2019aucune force collective solidaire et efficace n\u2019est apparemment en mesure de contrecarrer. Rien ne semble pour l\u2019heure pouvoir s\u2019opposer aux m\u00e9canismes de division et d\u2019externalisation et permettre de repenser les \u00e9changes et les partages internationaux. Certes, depuis quelques ann\u00e9es, les rassemblements et les contestations contre les formes nouvelles de l\u2019exploitation et de la captation financi\u00e8re se rendent internationalement visibles, ouvrant un espoir de r\u00e9sistance mondiale. Pour autant, les populations confront\u00e9es, sur leur territoire national, aux faillites, au ch\u00f4mage, \u00e0 la flexibilit\u00e9 et aux difficult\u00e9s d\u2019acc\u00e8s au bien-\u00eatre et \u00e0 la culture ont, elles, bien du mal \u00e0 soutenir intellectuellement et collectivement le choc de la paup\u00e9risation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le <em>workfare<\/em>, maintes fois repouss\u00e9 en France, se d\u00e9veloppe \u00e0 mots couverts et touche de plus en plus les salari\u00e9s. Le RSA t\u00e9moigne de la porosit\u00e9 existant entre les nouveaux dispositifs de l\u2019assistance et ceux du salariat pr\u00e9caire, et l\u2019on \u00e9voque de plus en plus volontiers une sorte de \u00ab sous-salariat chronique \u00bb. Le ch\u00f4mage end\u00e9mique, le d\u00e9veloppement des formes atypiques d\u2019emploi, la pr\u00e9sence toujours plus fr\u00e9quente de contrats aid\u00e9s, de stages, avant, apr\u00e8s et entre l\u2019emploi, sont des manifestations objectives de l\u2019\u00e9mergence d\u2019un <em>pr\u00e9cariat<\/em> reposant sur la banalisation de normes d\u2019emploi d\u00e9grad\u00e9es <a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. De toutes parts, la nature qualitative des revendications li\u00e9es au travail et \u00e0 l\u2019activit\u00e9, qui a constitu\u00e9 un des aspects les plus puissants des aspirations sociales dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, se heurte \u00e0 des contraintes qui l\u2019emp\u00eachent de se d\u00e9velopper. Les jeunes travailleurs aux fronti\u00e8res des classes populaires et des classes moyennes sont confront\u00e9s \u00e0 une d\u00e9t\u00e9rioration des cadres et des rythmes de leur travail et, pour certains d\u2019entre eux, \u00e0 des formes de paup\u00e9risation qui les laissent impuissants quant \u00e0 leurs possibilit\u00e9s de r\u00e9alisation. Form\u00e9s dans l\u2019appareil scolaire, \u00e0 distance des contraintes disciplinaires de l\u2019entreprise et de la socialisation autoritaire des ouvriers d\u2019hier, ils aspirent \u00e0 trouver dans le travail une place pour la cr\u00e9ativit\u00e9 et l\u2019expressivit\u00e9. Mais ils sont soit pouss\u00e9s vers des activit\u00e9s d\u2019ex\u00e9cution qu\u2019ils ne peuvent accepter qu\u2019\u00e0 contrec\u0153ur, soit contraints, pour obtenir un emploi, de consentir \u00e0 des formes de concurrence les obligeant \u00e0 diminuer leurs exigences salariales, voire \u00e0 travailler gratuitement et \u00e0 accepter des temps de travail flexibles aux effets nocifs sur la sant\u00e9 et l\u2019\u00e9quilibre personnel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><strong>Des subjectivit\u00e9s \u00e0 la question politique<\/strong><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus qu\u2019\u00e0 une condition objective, le pr\u00e9cariat renvoie \u00e0 des exp\u00e9riences et aspirations subjectives. Plus exactement, le pr\u00e9cariat rel\u00e8ve de ces deux dimensions : objective et subjective. Il est l\u2019exp\u00e9rience sociale et individuelle de leur mise en tension. C\u2019est en tout \u00e9tat de cause \u00e0 partir de cette mise en tension que je traiterai ici constamment des enjeux de la question pr\u00e9caire et d\u2019une politique du pr\u00e9cariat. Certes, la sph\u00e8re socio-\u00e9conomique du pr\u00e9cariat et, plus encore, de la pr\u00e9carit\u00e9 est plus large que le type d\u2019exp\u00e9rience que je viens d\u2019\u00e9voquer. Le pr\u00e9cariat est de plus en plus confront\u00e9 \u00e0 la perm\u00e9abilit\u00e9 entre secteurs formel et informel, \u00e0 la d\u00e9gradation des normes d\u2019emploi et \u00e0 la porosit\u00e9 entre assistance, travail salari\u00e9 et activit\u00e9. Mais l\u2019on ne peut saisir une politique du pr\u00e9cariat sans tenir compte de ce ferment alternatif qui en constitue pour ainsi dire le sel et qui seul est capable de trouver dans les conditions de vie des plus paup\u00e9ris\u00e9s un ressort critique. Il y a plus de trente ans, alors qu\u2019\u00e9mergeait la th\u00e9matique de la pr\u00e9carit\u00e9, Michel de Certeau \u00e9voquait les tactiques, les ruses et les braconnages \u00e0 partir desquels peuvent se reconfigurer les relations de domination et de pouvoir et se constituer des occasions d\u2019\u00e9chapper aux formes de confiscation du territoire et de contr\u00f4le sur le temps <a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. Une sociologie trop attach\u00e9e \u00e0 d\u00e9montrer l\u2019adh\u00e9sion des domin\u00e9s \u00e0 la domination a n\u00e9glig\u00e9 ces pratiques et tactiques \u00e0 partir desquelles il est possible de ruser avec le pouvoir ou de m\u00e9nager des exterritorialit\u00e9s : de la vieille \u00ab perruque \u00bb aux tentatives de d\u00e9tournement du temps salari\u00e9 \u00e0 des fins r\u00e9cr\u00e9atives ou non subordonn\u00e9es, en passant par des formes de d\u00e9tournement des allocations ch\u00f4mages et des usages divers des dispositifs d\u2019allocation, comme expression de r\u00e9sistances tout \u00e0 la fois tacites et pugnaces au vol du temps autant qu\u2019au vol du travail, mais plus encore peut-\u00eatre, aujourd\u2019hui, au vol de la capacit\u00e9 expressive et cr\u00e9atrice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u00e0 m\u00eame o\u00f9 l\u2019on n\u2019a voulu voir qu\u2019un substitut au d\u00e9ficit du salariat, ces activit\u00e9s, ce travail \u00ab \u00e0 c\u00f4t\u00e9 \u00bb, que m\u00e8nent successivement ou simultan\u00e9ment les pr\u00e9caires, se pr\u00eatent \u00e0 l\u2019exp\u00e9rimentation des r\u00e9gimes de coop\u00e9ration et d\u2019\u00e9change pouvant \u00e9chapper \u00e0 la corruption marchande. Dans les nouveaux mod\u00e8les d\u2019organisation du travail du tertiaire, ainsi que dans ce qu\u2019on appelle le \u00ab travail immat\u00e9riel \u00bb ou le travail de la connaissance, se dessinent des relations \u00e0 l\u2019autonomie du temps et des coop\u00e9rations sp\u00e9cifiques. Ce sont des mani\u00e8res de travailler, \u00e0 mille lieues de celles promues par le r\u00e9gime fordiste, qui ne laissent d\u2019\u00e9tonner et qui m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre interrog\u00e9s dans leurs ambivalences entre libert\u00e9 et exploitation. Si ce travail <em>apparemment libre<\/em> fait pour ainsi dire partie des pr\u00e9-requis d\u2019un secteur professionnel comme celui des industries culturelles, il n\u2019en constitue pas moins une aspiration \u00e0 laquelle adh\u00e8rent les travailleurs dans le cadre d\u2019une reconfiguration totale, comme nous le verrons, du r\u00e9gime de subjectivation par le travail. Qu\u2019en retour cette situation professionnelle nouvelle nourrisse des formes d\u2019exploitation insoup\u00e7onn\u00e9es du temps du travailleur des industries culturelles ne disqualifie pas le type de subjectivation qui est ici \u00e0 l\u2019\u0153uvre, notamment dans ses aspirations \u00e0 \u00e9chapper au commandement imm\u00e9diat du patron. Elle interroge plut\u00f4t sur les nouvelles formes de conflit et de sens qui traversent d\u00e9sormais le travail, ainsi que sur les nouveaux dispositifs de s\u00e9curisation du travail et de l\u2019activit\u00e9 dans un contexte de fragmentation, voire de d\u00e9sinstitutionalisation de l\u2019entreprise. Andr\u00e9 Gorz, l\u2019un des penseurs embl\u00e9matiques de la question pr\u00e9caire <a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>, a r\u00e9sum\u00e9 l\u2019enjeu du conflit central \u00e0 l\u2019alternative suivante : \u00ab Int\u00e9grer le travail dans la multiactivit\u00e9, comme l\u2019une de ses composantes ; ou int\u00e9grer la multiactivit\u00e9 dans le travail, comme l\u2019une de ses formes. Int\u00e9grer le temps de travail dans la temporalit\u00e9 diff\u00e9renci\u00e9e d\u2019une vie multidimensionnelle, conform\u00e9ment aux aspirations culturelles dominantes ; ou soumettre les temps et les rythmes de la vie aux exigences de rentabilit\u00e9 du capital, aux exigences de flexibilit\u00e9 de l\u2019entreprise. Bref, reconqu\u00e9rir le pouvoir des activit\u00e9s vivantes sur l\u2019appareil et le proc\u00e8s social de production ; ou asservir de plus en plus compl\u00e8tement celles-l\u00e0 \u00e0 celui-ci <a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>. \u00bb Avec peut-\u00eatre un peu plus de prudence que Gorz, mais r\u00e9solument dans sa direction, il nous faut penser le d\u00e9bordement du travail par la multiactivit\u00e9 comme une puissance de lib\u00e9ration ; mais il nous faut aussi \u00eatre attentifs \u00e0 ces formes de reconduction de l\u2019activit\u00e9 en travail qui, continument, surgissent de la cr\u00e9ativit\u00e9 sociale et soumettent \u00e0 nouveau celle-ci \u00e0 l\u2019avidit\u00e9 de la marchandise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question de la politique s\u2019institue pr\u00e9cis\u00e9ment dans ce qui appara\u00eet aujourd\u2019hui comme une ambivalence : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, des pratiques d\u2019insoumission au commandement et une reconfiguration du rapport \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la r\u00e9alisation dans l\u2019activit\u00e9 ; de l\u2019autre, une recomposition des m\u00e9canismes d\u2019intensification et d\u2019exploitation du travail et une captation de l\u2019autonomie du travailleur. Mais on ne peut faire d\u2019embl\u00e9e le deuil de ce que porte cette tension au nom de la suppos\u00e9e domination du travailleur. Les pr\u00e9caires sont, dans leur polys\u00e9mie, le signifiant de cette tension qui d\u00e9sormais ne se borne plus aux seules classes populaires et \u00e0 ses tactiques d\u2019\u00e9chapp\u00e9e, mais concerne de plus en plus les classes moyennes. Celles-ci sont toujours plus fortement soumises \u00e0 l\u2019exploitation capitaliste de leur cr\u00e9ativit\u00e9, au sein du formidable mouvement de production d\u2019intelligence qu\u2019a engendr\u00e9 la massification de l\u2019enseignement secondaire et sup\u00e9rieur de par le monde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>Extrait de l\u2019introduction de <em>R\u00e9volutions pr\u00e9caires. Essai sur l\u2019avenir de l\u2019\u00e9mancipatio<\/em>n (Paris, La D\u00e9couverte, collection \u00ab\u00a0L\u2019horizon des possibles\u00a0\u00bb, 2014, pp.5-17<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>________________<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Voir Butler J., <em>Le pouvoir des mots -politique du performatif<\/em>, Ed. Amsterdam, 2004.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> On ne peut que renvoyer ici \u00e0 l\u2019excellent travail que Margot Verdier a men\u00e9 sous notre direction, <em>les conjonctures de Diog\u00e8ne \u2013 individualisation et individualisme dans la gen\u00e8se du mouvement squat hollandais (1964 \u2013 1980)<\/em>. Paris Ouest, 2012.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Diener I. &amp; Supp E., <em>Ils vivent autrement -l\u2019Allemagne alternative<\/em>, Stock, 1982<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Voir le r\u00e9cent, M. Tari, <em>Autonomie ! \u2013 Italie les ann\u00e9es 1970<\/em>, La fabrique, 2011.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> On distingue ici <em>\u00ab soci\u00e9tal \u00bb<\/em> de <em>\u00ab social \u00bb<\/em>, car l\u2019on entend par le premier les grands enjeux axiologiques qui orientent la soci\u00e9t\u00e9 et trouvent \u00e0 s\u2019exprimer jusque dans le quotidien et l\u2019intime, et par le second la question des conditions mat\u00e9rielles d\u2019existence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> J\u2019ai par ailleurs d\u00e9velopp\u00e9 des critiques en termes sociologiques et politiques de la lecture \u00ab cast\u00e9lienne \u00bb de la \u00ab soci\u00e9t\u00e9 salariale \u00bb Sur ces critiques voir notamment \u00ab Le d\u00e9senchantement de la question sociale \u00bb, <em>Lien social et politique<\/em>, n\u00b0 34 Montr\u00e9al Paris, d\u00e9cembre, 1995 et plus r\u00e9cemment dans \u00ab La soci\u00e9t\u00e9 salariale \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de l\u2019anomie ou de la pluralit\u00e9 ? \u00bb in R. Castel, C. Martin <em>Changement et pens\u00e9e du changement : \u00e9changes avec R. Castel<\/em>, La d\u00e9couverte 2012.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Comme en atteste les premi\u00e8res manifestations du mouvement anti-nucl\u00e9aire (marche sur Fessenheim et Bugey en 1971), l\u2019apparition de revues et journaux d\u00e8s les ann\u00e9es 70 (tel \u00ab la gueule ouverte \u00bb) ou l\u2019\u00e9mergence d\u2019une \u00e9cologie politique ; entre autre avec A. Gorz.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Allusion au num\u00e9ro sp\u00e9cial de la revue Argument consacr\u00e9 \u00e0 la question \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que la classe ouvri\u00e8re fran\u00e7aise ?\u00a0\u00bb, in R. Castel, <em>Les m\u00e9tamorphoses de la question sociale<\/em>, Fayard, 1995, p 357.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> On pense, par exemple, \u00e0 Henri Lefebvre, \u00e0 ses travaux sociologiques sur la ville ou sur le quotidien ou bien encore au J\u00fcrgen Habermas des ann\u00e9es 70, tout \u00e0 la fois h\u00e9ritier critique de Marcuse et sociologue des nouveaux mouvements sociaux. Voir notamment <em>La technique et la science comme id\u00e9ologie<\/em>, Deno\u00ebl, 1973.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Marx K., \u00ab\u00a0Manuscrit de 1844\u2033 in <em>OEuvres<\/em>, Economie II, Pl\u00e9iade, Paris, 1968.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Voir sur ce point les t\u00e9moignages avanc\u00e9s par David GRAEBER, <em>The Democracy Project: A History, a Crisis, a Movement<\/em>, Speigel &amp; Grau, 2013<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Voir sur ce point \u00ab Au-del\u00e0 du salariat ou en de\u00e7\u00e0 de l\u2019emploi ? L\u2019institutionnalisation du pr\u00e9cariat \u00bb par Robert Castel <em>in<\/em> S. Paugam, <em>Repenser la solidarit\u00e9<\/em>, PUF, 2007 et S. Paugam et N. Duvoux, <em>La r\u00e9gulation des pauvres<\/em>. Du RMI au RSA. PUF, Paris, 2008.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Voir non seulement le premier tome de <em>L\u2019invention du quotidien<\/em>\u00b8 consacr\u00e9 aux \u00ab arts de faire \u00bb, mais aussi le deuxi\u00e8me tome de Mayol et Giard, o\u00f9 il est question du quartier de lyonnais de la Croix-Rousse et des formes d\u2019appropriation du territoire \u00e0 travers l\u2019usage, la familiarit\u00e9. Voir M. de Certeau, <em>L\u2019invention du quotidien<\/em>, tome 1 \u00ab arts de faire \u00bb et P. Mayol et L. Giard <em>L\u2019invention du quotidien<\/em>, tome 2 \u00ab habiter, cuisiner \u00bb, les deux ouvrages chez 10\/18, 1980<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> A. Gorz, <em>Les adieux au prol\u00e9tariat<\/em>, Paris, Galil\u00e9e, 1980, p. 14.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> A. Gorz, <em>Mis\u00e8re du pr\u00e9sent, richesse du possible<\/em>, Galil\u00e9e, Paris, 1997, p 125.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Contribution \u00e0 la s\u00e9ance 12 du s\u00e9minaire ETAPE _____ Par Patrick Cingolani &nbsp; Professeur de sociologie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Paris 7-Denis Diderot, auteur notamment de R\u00e9volutions pr\u00e9caires. 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