{"id":2822,"date":"2014-11-25T22:11:57","date_gmt":"2014-11-25T20:11:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=2822"},"modified":"2015-06-02T18:26:31","modified_gmt":"2015-06-02T16:26:31","slug":"pourquoi-lire-proudhon-aujourdhui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=2822","title":{"rendered":"Pourquoi lire Proudhon aujourd&rsquo;hui ?"},"content":{"rendered":"<h3>Le f\u00e9d\u00e9ralisme et le d\u00e9fi de la solidarit\u00e9 dans les soci\u00e9t\u00e9s divis\u00e9es<\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>Dimitrios Karmis<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019id\u00e9e de F\u00e9d\u00e9ration est certainement la plus haute \u00e0 laquelle se soit \u00e9lev\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 nos jours le g\u00e9nie politique. [&#8230;] Elle r\u00e9sout toutes les difficult\u00e9s que soul\u00e8ve l\u2019accord de la Libert\u00e9 et de l\u2019Autorit\u00e9. [&#8230;] l\u2019opposition des principes appara\u00eet enfin comme la condition de l\u2019universel \u00e9quilibre <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La libert\u00e9 est de deux sortes : simple, c\u2019est celle du barbare, du civilis\u00e9 m\u00eame, tant qu\u2019il ne reconna\u00eet d\u2019autre loi que celle du Chacun chez soi, chacun pour soi ; &#8211; compos\u00e9e, lorsqu\u2019elle suppose, pour son existence, le concours de deux ou plusieurs libert\u00e9s. Au point de vue barbare, libert\u00e9 est synonyme d\u2019isolement [&#8230;]. Au point de vue social, libert\u00e9 et solidarit\u00e9 sont termes identiques : la libert\u00e9 de chacun rencontrant dans la libert\u00e9 d\u2019autrui, non plus une limite, comme dans la D\u00e9claration des Droits de l\u2019Homme et du Citoyen de 1793, mais un auxiliaire, l\u2019homme le plus libre est celui qui a le plus de relations avec ses semblables <a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis les ann\u00e9es 1960, les d\u00e9mocraties lib\u00e9rales connaissent un mouvement d\u2019affirmation identitaire sans pr\u00e9c\u00e9dent. Ce mouvement s\u2019est traduit par une l\u00e9gitimit\u00e9 renforc\u00e9e des revendications des minorit\u00e9s nationales <a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Il a \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mergence du concept d\u2019Etat multinational ainsi qu\u2019\u00e0 la multiplication et \u00e0 l\u2019approfondissement des arrangements f\u00e9d\u00e9ratifs de d\u00e9volution. Pareil contexte met en \u00e9vidence, avec une acuit\u00e9 particuli\u00e8re, le probl\u00e8me de la solidarit\u00e9 dans les soci\u00e9t\u00e9s divis\u00e9es sur le plan de l\u2019identit\u00e9 nationale. Le partage d\u2019une seule et m\u00eame identit\u00e9 nationale est-il n\u00e9cessaire \u00e0 un haut niveau de redistribution dans les soci\u00e9t\u00e9s modernes ? Le nationalisme classique pr\u00e9suppose que la solidarit\u00e9 repose sur le partage d\u2019une m\u00eame identit\u00e9 nationale et le d\u00e9veloppement initial de l\u2019\u00c9tat providence s\u2019est largement inspir\u00e9 de ce pr\u00e9suppos\u00e9. Or, dans le contexte contemporain de l\u2019affirmation et de la l\u00e9gitimit\u00e9 accrues des nations minoritaires, pareille conception condamne plus ou moins \u00e0 la fragmentation des solidarit\u00e9s <a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, un nombre croissant de travaux ont commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019interroger sur les bases de la solidarit\u00e9 dans la perspective de la justice et de la stabilit\u00e9 dans les \u00c9tats multinationaux, particuli\u00e8rement les f\u00e9d\u00e9rations multinationales <a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Ce texte propose une contribution \u00e0 la r\u00e9flexion sur les fondements moraux et pratiques de la solidarit\u00e9 dans les syst\u00e8mes f\u00e9d\u00e9raux multinationaux en renouant avec la pens\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale de Pierre-Joseph Proudhon, un auteur aujourd\u2019hui peu lu. Proudhon est le premier \u00e0 s\u2019\u00eatre oppos\u00e9 \u00e0 la lecture jacobiniste du principe des nationalit\u00e9s sur la base d\u2019une pens\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale qui se voulait simultan\u00e9ment une solution \u00e0 la question des nationalit\u00e9s et \u00e0 celle de la solidarit\u00e9. C\u2019est dire que Proudhon soul\u00e8ve une interrogation tr\u00e8s similaire \u00e0 celle d\u2019auteurs contemporains comme Philippe Van Parijs et Daniel Weinstock, mais dans le contexte fort diff\u00e9rent des r\u00e9volutions politiques et sociales du XIXe si\u00e8cle qui ont conduit \u00e0 la pr\u00e9dominance du mod\u00e8le de l\u2019\u00c9tat-nation. La solidarit\u00e9 transnationale est-elle possible <a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a> ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le respect de la diff\u00e9rence condamne-t-il \u00e0 la fragmentation, voire \u00e0 l\u2019\u00e9miettement des solidarit\u00e9s ? Quels sont les fondements moraux et pratiques de la solidarit\u00e9 transnationale ? Proudhon est non seulement le premier \u00e0 aborder aussi explicitement le lien entre solidarit\u00e9 et diversit\u00e9, mais il l\u2019est aussi \u00e0 concevoir explicitement le f\u00e9d\u00e9ralisme comme une pens\u00e9e de l\u2019\u00e9quilibre entre unit\u00e9 et diversit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019y a pas lieu ici de chercher des solutions toutes faites \u00e0 nos probl\u00e8mes dans la pens\u00e9e d\u2019un auteur du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. \u00c0 partir d\u2019une mise en contexte du questionnement et des r\u00e9ponses de Proudhon, il s\u2019agit plut\u00f4t de voir dans quelle mesure ses intuitions, ses concepts, son raisonnement et ses propositions peuvent faire progresser la th\u00e9orie et la pratique de la solidarit\u00e9 transnationale. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il importe surtout de pr\u00e9senter et d\u2019\u00e9valuer les bases morales et pratiques du f\u00e9d\u00e9ralisme propos\u00e9 par Proudhon pour en arriver \u00e0 la solidarit\u00e9 transnationale dans le respect de la diversit\u00e9. Pour l\u2019essentiel, nous verrons qu\u2019il y a dans l\u2019esprit du f\u00e9d\u00e9ralisme proudhonien, davantage que dans la lettre, des intuitions pour nous aider \u00e0 progresser sur cette voie.<br \/>\nLa pens\u00e9e de Proudhon stimule la r\u00e9flexion et ouvre des pistes de recherche beaucoup plus qu\u2019elle n\u2019apporte de r\u00e9ponses \u00e0 nos questions. Dans un premier temps, j\u2019exposerai les modalit\u00e9s institutionnelles et les fondements moraux du f\u00e9d\u00e9ralisme proudhonien. Dans un second temps, j\u2019\u00e9valuerai le potentiel et les limites d\u2019un tel f\u00e9d\u00e9ralisme pour g\u00e9n\u00e9rer la solidarit\u00e9 en contexte de diversit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>Le f\u00e9d\u00e9ralisme mutuelliste comme voie d&rsquo;\u00e9quilibre<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s les premi\u00e8res pages de son principal ouvrage sur le f\u00e9d\u00e9ralisme, Proudhon glisse une de ces affirmations-chocs qui le caract\u00e9risent : \u00ab\u00a0la th\u00e9orie du syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif est toute nouvelle : je crois m\u00eame pouvoir dire qu\u2019elle n\u2019a encore \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e par personne <a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a> \u00bb. Pas la moindre r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Montesquieu, \u00e0 Publius, \u00e0 Kant, \u00e0 Tocqueville ou \u00e0 quelque autre de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs dans l\u2019ensemble de ses \u00e9crits sur la question f\u00e9d\u00e9rale. Pas m\u00eame une allusion dans ses Carnets qui permette de savoir avec certitude s\u2019il a lu tel ou tel de leurs \u00e9crits. Pourtant, Proudhon parle \u00e9pisodiquement de Montesquieu dans ses travaux ant\u00e9rieurs et il affronte Tocqueville comme parlementaire. On peut donc formuler l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle il avait une connaissance minimale des conceptions du f\u00e9d\u00e9ralisme de ces deux auteurs. Comme le laisse entendre le Grand Dictionnaire universel du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle de Pierre Larousse, paru peu apr\u00e8s la mort de Proudhon, le silence de l\u2019auteur sur ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs en mati\u00e8re de th\u00e9orie du syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif s\u2019explique sans doute largement par une pr\u00e9tention \u00e0 l\u2019innovation <a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Dans la premi\u00e8re partie de cette section, nous verrons, au moyen d\u2019une comparaison avec la terminologie et les significations dominantes aux XVIII<sup>e<\/sup> et XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, qu\u2019une forte crainte de la centralisation conduit Proudhon \u00e0 privil\u00e9gier une conception hybride du f\u00e9d\u00e9ralisme, o\u00f9 pr\u00e9dominent l\u2019imagination sur les pr\u00e9c\u00e9dents historiques et les arrangements de type conf\u00e9d\u00e9ratif sur le nouveau type de f\u00e9d\u00e9ralisme n\u00e9 avec la Constitution am\u00e9ricaine de 1787. Le f\u00e9d\u00e9ralisme proudhonien se veut tr\u00e8s explicitement une r\u00e9ponse qui soit valable \u00e0 la fois pour la question sociale et pour la question nationale. Par la suite, nous verrons que cette m\u00eame crainte de la centralisation, jumel\u00e9e \u00e0 sa philosophie de l\u2019histoire, m\u00e8ne l\u2019auteur \u00e0 un traitement exclusivement apolog\u00e9tique du syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif comme mode de r\u00e9alisation de trois conceptions de la libert\u00e9 qui convergent vers la solidarit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5>Une d\u00e9finition novatrice<\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Proudhon commence \u00e0 s\u2019int\u00e9resser au syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ral dans les ann\u00e9es 1850. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, les termes \u00ab\u00a0f\u00e9d\u00e9ration\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0conf\u00e9d\u00e9ration\u00a0\u00bb sont encore utilis\u00e9s indistinctement ; le nouveau f\u00e9d\u00e9ralisme \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine, d\u00e9j\u00e0 th\u00e9oris\u00e9 par Publius et Tocqueville, reste sans nom et il est rarement diff\u00e9renci\u00e9 de l\u2019ancien en d\u00e9pit de son apparition en Suisse avec la nouvelle constitution de 1848 <a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>. Cependant, la pol\u00e9mique post-1848 sur le gouvernement direct et les d\u00e9bats li\u00e9s \u00e0 la mont\u00e9e des mouvements nationalitaires &#8211; particuli\u00e8rement le Risorgimento italien incarn\u00e9 par Mazzini &#8211; ont pour effet d\u2019accro\u00eetre la visibilit\u00e9 de la double connotation jacobine associ\u00e9e \u00e0 tout le vocabulaire f\u00e9d\u00e9ral : chaos d\u00e9mocratique et contre-r\u00e9volution aristocratique et r\u00e9gionaliste. C\u2019est dans ce contexte explosif que Proudhon con\u00e7oit un f\u00e9d\u00e9ralisme qui se veut ouvertement une r\u00e9ponse au probl\u00e8me social et \u00e0 la question nationale <a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/f%C3%A9d%C3%A9ralisation.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2867\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/f%C3%A9d%C3%A9ralisation.jpg?resize=473%2C271&#038;ssl=1\" alt=\"f\u00e9d\u00e9ralisation\" width=\"473\" height=\"271\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/f%C3%A9d%C3%A9ralisation.jpg?w=473&amp;ssl=1 473w, https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/f%C3%A9d%C3%A9ralisation.jpg?resize=300%2C171&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 473px) 100vw, 473px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, Proudhon emploie indistinctement les termes \u00ab\u00a0f\u00e9d\u00e9ration\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0conf\u00e9d\u00e9ration <a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>\u00a0\u00bb. L\u00e0 o\u00f9 il se distingue, c\u2019est par sa d\u00e9finition largement inspir\u00e9e de ses travaux ant\u00e9rieurs sur le contrat mutuelliste. Dans le lexique de Proudhon, une f\u00e9d\u00e9ration est un contrat politique \u00ab\u00a0synallagmatique et commutatif, pour un ou plusieurs objets d\u00e9termin\u00e9s, mais dont la condition essentielle est que les contractants se r\u00e9servent toujours une part de souverainet\u00e9 et d\u2019action plus grande que celle qu\u2019ils abandonnent <a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>\u00a0\u00bb. De plus, il s\u2019agit d\u2019\u00ab\u00a0un pacte positif, effectif, qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement propos\u00e9, discut\u00e9, vot\u00e9, adopt\u00e9 et qui se modifie r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 la volont\u00e9 des contractants <a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>\u00a0\u00bb. Ce pacte se distingue \u00e9galement du contrat social unitaire. Il met en pr\u00e9sence des entit\u00e9s territoriales (communes, provinces), elles-m\u00eames constitu\u00e9es par des contrats entre individus. Enfin, il a trois corollaires : primo, l\u2019ind\u00e9pendance administrative des entit\u00e9s territoriales f\u00e9d\u00e9r\u00e9es ; secundo, la s\u00e9paration des pouvoirs dans chaque entit\u00e9 ; tertio, la f\u00e9d\u00e9ralisation sociale (agricole-industrielle) \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des entit\u00e9s f\u00e9d\u00e9r\u00e9es et entre chacune d\u2019elles <a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. Aux yeux de Proudhon, ni les d\u00e9mocraties imp\u00e9riales ni les monarchies constitutionnelles ni les r\u00e9publiques unitaires (bourgeoises ou communistes) ne peuvent r\u00e9unir ces conditions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La f\u00e9d\u00e9ration est la seule v\u00e9ritable incarnation de la d\u00e9mocratie parce qu\u2019elle r\u00e9alise le \u00ab\u00a0grand principe pos\u00e9 en 89, que la Justice, c\u2019est-\u00e0-dire la Souverainet\u00e9, est immanente au peuple <a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>\u00a0\u00bb. Elle maximise la libert\u00e9 et minimise l\u2019autorit\u00e9 par un syst\u00e8me de droit contractuel &#8211; voie d\u2019\u00e9quilibre entre libert\u00e9 et autorit\u00e9 &#8211; dont l\u2019initiative appartient \u00e0 la base plut\u00f4t qu\u2019au sommet de la pyramide sociale.<br \/>\nL\u2019actualisation proudhonienne de la devise de la R\u00e9volution fran\u00e7aise \u00e0 travers le f\u00e9d\u00e9ralisme est le r\u00e9sultat d\u2019une m\u00e9thode dialectique originale dont il faut dire quelques mots. Apr\u00e8s avoir fray\u00e9 avec la dialectique h\u00e9g\u00e9lienne par personnes interpos\u00e9es (Proudhon ne lit pas l\u2019allemand et l\u2019\u0153uvre de Hegel n\u2019est pas encore traduite), notre auteur s\u2019en d\u00e9marque dans les ann\u00e9es 1850. Pour l\u2019essentiel, il rompt avec l\u2019h\u00e9g\u00e9lianisme au moins \u00e0 deux \u00e9gards <a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>. Premi\u00e8rement, si Proudhon reconna\u00eet avec Hegel que l\u2019antagonisme est la loi de la vie, il s\u2019en distingue en affirmant que les termes antinomiques ne se succ\u00e8dent pas mais coexistent dans le temps. Deuxi\u00e8mement, ces derniers sont ind\u00e9passables dans un troisi\u00e8me terme. Aux yeux de Proudhon, en for\u00e7ant le choix entre des dimensions indissolubles de la vie comme la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9, la diversit\u00e9 et l\u2019unit\u00e9, l\u2019op\u00e9ration de la \u00ab\u00a0synth\u00e8se\u00a0\u00bb h\u00e9g\u00e9lienne est de nature absolutiste. Cette critique l\u2019am\u00e8ne \u00e0 compl\u00e9ter sa dialectique par un troisi\u00e8me terme coexistant, celui de l\u2019\u00e9quilibre entre les antinomies. Ce dernier \u00e9tant dynamique, constitu\u00e9 par une tension entre les deux premiers termes, il coexiste n\u00e9cessairement avec eux et rec\u00e8le une valeur morale propre, en l\u2019occurrence la justice : \u00ab\u00a0la Justice, en soi est la balance des antinomies, c\u2019est-\u00e0-dire la r\u00e9duction \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre des forces en lutte <a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>\u00a0\u00bb, fond\u00e9e sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 de dignit\u00e9 des personnes en vertu de leur raison <a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9finition proudhonienne du syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ral est en rupture avec les approches du pass\u00e9. Elle est constitu\u00e9e d\u2019un m\u00e9lange d\u2019\u00e9l\u00e9ments issus de trois sources : l\u2019imaginaire proudhonien ; le nouveau type de syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ral &#8211; que l\u2019on appelle aujourd\u2019hui \u00ab\u00a0f\u00e9d\u00e9ration\u00a0\u00bb &#8211; que Tocqueville d\u00e9c\u00e8le alors aux \u00c9tats-Unis et en Suisse ; le type plus ancien de syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ral &#8211; que l\u2019on appelle aujourd\u2019hui \u00ab\u00a0conf\u00e9d\u00e9ration\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Premi\u00e8rement, Proudhon fait preuve d\u2019imagination. Il adapte le mutuellisme anarchiste de ses premiers \u00e9crits \u00e0 une vision plus politique du vivre-ensemble. Il en r\u00e9sulte un syst\u00e8me politique et social qui montre plusieurs aspects originaux. Il s\u2019agit d\u2019un syst\u00e8me d\u2019inspiration populaire qui repose sur le principe de mutualit\u00e9 et se r\u00e9alise par l\u2019interm\u00e9diaire de contrats r\u00e9els publiquement d\u00e9battus et vot\u00e9s par chaque partie prenante. Lesdites parties prenantes sont \u00e0 la fois des individus et des groupes qui s\u2019associent sur des bases politiques d\u2019abord, puis \u00e9conomiques <a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a> : les individus se regroupent politiquement en fonction de territoires correspondant \u00e0 des affinit\u00e9s ethnographiques et historiques dont r\u00e9sultent les communes ou municipalit\u00e9s ; \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de chaque commune, les individus s\u2019associent \u00e9conomiquement en fonction de leur appartenance de m\u00e9tier, et les m\u00e9tiers en fonction de leur secteur de production ou de services, dans le cadre d\u2019une \u00e9conomie de type autogestionnaire <a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a> ; les communes se f\u00e9d\u00e8rent politiquement et \u00e9conomiquement sur des bases provinciales, les provinces sur des bases \u00e9tatiques, les \u00c9tats sur des bases continentales et les continents sur des bases globales pour constituer ce que l\u2019auteur appelle une \u00ab\u00a0conf\u00e9d\u00e9ration de conf\u00e9d\u00e9rations <a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>\u00a0\u00bb. Enfin, le suffrage, suivant la conception des divers r\u00e9gimes fran\u00e7ais depuis 1789, est remplac\u00e9 par un vote plural &#8211; par circonscriptions territoriales d\u2019une part, par cat\u00e9gories de fonctions d\u2019autre part <a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a> &#8211; encadr\u00e9 par des conditions et des garanties d\u2019universalit\u00e9 sans lesquelles Proudhon prescrit le \u00ab\u00a0vote blanc <a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deuxi\u00e8mement, l\u2019influence du nouveau type de syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ral peut \u00e9galement \u00eatre d\u00e9cel\u00e9e, mais elle para\u00eet minime et mal comprise. D\u2019une part, Proudhon n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 parler d\u2019une autorit\u00e9 ou d\u2019un Etat f\u00e9d\u00e9ral distinct des autorit\u00e9s ou Etats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s ni \u00e0 lui confier un r\u00f4le majeur &#8211; quoique limit\u00e9 &#8211; de grand l\u00e9gislateur, d\u2019initiateur et de surveillant dans des mati\u00e8res jug\u00e9es d\u2019\u00ab\u00a0utilit\u00e9 publique\u00a0\u00bb comme la monnaie, les institutions financi\u00e8res, les statistiques, les communications et l\u2019instruction <a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>. D\u2019autre part, tout en s\u2019inspirant essentiellement d\u2019un cas de syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ral dans lequel Tocqueville per\u00e7oit une \u00e9volution vers le type nouveau \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine (la Suisse de 1848), notre auteur en pr\u00e9sente une compr\u00e9hension qui va quasi exclusivement dans le sens d\u2019une conf\u00e9d\u00e9ration <a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>, troisi\u00e8me source de sa d\u00e9finition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019emprunt par Proudhon d\u2019\u00e9l\u00e9ments conf\u00e9d\u00e9raux, tous clairement identifi\u00e9s comme tels par Tocqueville, s\u2019explique par une peur obsessive d\u2019\u00e9ventuelles d\u00e9rives centralistes qui n\u2019a d\u2019\u00e9gale que la crainte tocquevillienne de l\u2019anarchie et de la fragmentation. Richard Vernon a certes raison d\u2019affirmer que le nouveau f\u00e9d\u00e9ralisme \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine correspond mieux \u00e0 la volont\u00e9 proudhonienne d\u2019\u00e9quilibrer le couple libert\u00e9-autorit\u00e9 entendu en divers sens. Il a toutefois tort de pr\u00e9tendre que Proudhon s\u2019en est rendu compte et a effectivement propos\u00e9 des institutions plus proches de la f\u00e9d\u00e9ration que de la conf\u00e9d\u00e9ration <a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>. En fait, \u00e9crit tr\u00e8s clairement Proudhon, l\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale doit \u00eatre \u00ab\u00a0simple mandataire et fonction subordonn\u00e9e\u00a0\u00bb, sans quoi elle sera \u00ab\u00a0regard\u00e9e comme pr\u00e9pond\u00e9rante\u00a0\u00bb et pourra se lancer dans une spirale centralisatrice : [&#8230;] au lieu d\u2019\u00eatre limit\u00e9e \u00e0 un service sp\u00e9cial, elle tendrait \u00e0 embrasser toute activit\u00e9 et toute initiative ; les Etats conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s seraient convertis en pr\u00e9fectures, intendances, succursales ou r\u00e9gies. Le corps politique, ainsi transform\u00e9, pourrait s\u2019appeler r\u00e9publique, d\u00e9mocratie ou tout ce qu\u2019il vous plaira : ce ne serait plus un \u00c9tat constitu\u00e9 dans la pl\u00e9nitude de ses autonomies, ce ne serait plus une conf\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00eame chose aurait lieu, \u00e0 plus forte raison, si, par une fausse raison d\u2019\u00e9conomie, par d\u00e9f\u00e9rence ou par toute autre cause, les communes, cantons ou \u00c9tats conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s chargeaient l\u2019un d\u2019eux de l\u2019administration et du gouvernement des autres. La r\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rative deviendrait unitaire ; elle serait sur la route du despotisme <a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>. C\u2019est dire que Proudhon propose un \u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral subordonn\u00e9 par son absence de capacit\u00e9 ex\u00e9cutive, un \u00c9tat \u00ab\u00a0dont les d\u00e9crets ne re\u00e7oivent leur ex\u00e9cution que sur le visa des gouvernements conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s et par des agents \u00e0 leurs ordres [&#8230;] <a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a>\u00a0\u00bb. Cette subordination se manifeste \u00e9galement dans les propos de l\u2019auteur sur la question de la s\u00e9cession. On y comprend qu\u2019\u00e0 la diff\u00e9rence de Tocqueville, Proudhon ne consid\u00e8re pas le syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif comme un \u00ab\u00a0fractionnement de la souverainet\u00e9\u00a0\u00bb, parce que les parties conservent leur pleine souverainet\u00e9 et ont \u00ab\u00a0la facult\u00e9 de sortir du groupe et de rompre le pacte, <em>ad libitum<\/em> <a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a>\u00a0\u00bb. Enfin, toujours parce que les entit\u00e9s constituantes demeurent souveraines et parce qu\u2019il craint leur \u00e9ventuelle subordination, Proudhon refuse l\u2019institution d\u2019une haute cour f\u00e9d\u00e9rale et limite la juridiction des tribunaux f\u00e9d\u00e9raux aux affaires et aux int\u00e9r\u00eats strictement f\u00e9d\u00e9raux <a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>. Il n\u2019y a donc pas de doute que le mod\u00e8le proudhonien penche davantage du c\u00f4t\u00e9 de la conf\u00e9d\u00e9ration que de celui de la f\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5>F\u00e9d\u00e9ralisme, libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9 et solidarit\u00e9<\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La crainte proudhonienne de la centralisation n\u2019explique pas uniquement l\u2019incapacit\u00e9 de l\u2019auteur \u00e0 saisir les m\u00e9rites du f\u00e9d\u00e9ralisme de type nouveau pour un projet comme le sien. Combin\u00e9e \u00e0 une philosophie de l\u2019histoire qui associe \u00e9troitement progr\u00e8s, raison, syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ral, libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9 et solidarit\u00e9, elle est \u00e9galement \u00e0 la source du caract\u00e8re exclusivement apolog\u00e9tique de son traitement du syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ral. Ce dernier prend essentiellement forme \u00e0 travers une dialectique libert\u00e9-autorit\u00e9\/diversit\u00e9-unit\u00e9 \u00e0 laquelle on peut attribuer trois significations principales. Ces significations illustrent clairement les vertus que Proudhon attribue au syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif, en opposition avec les vices qu\u2019il accole au syst\u00e8me unitaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon l\u2019auteur, la dialectique libert\u00e9-autorit\u00e9 permet de rendre compte de la dynamique des deux principes sur lesquels repose le politique. D\u2019une part, ces principes sont contraires, irr\u00e9ductibles l\u2019un \u00e0 l\u2019autre et en lutte perp\u00e9tuelle ; d\u2019autre part, ils sont indissolublement li\u00e9s : l\u2019Autorit\u00e9 suppose invinciblement une Libert\u00e9 qui la reconna\u00eet ou la nie ; la Libert\u00e9 \u00e0 son tour, dans le sens politique du mot, suppose \u00e9galement une Autorit\u00e9 qui traite avec elle, la r\u00e9fr\u00e8ne ou la tol\u00e8re. Supprimez l\u2019une des deux, l\u2019autre n\u2019a plus de sens : l\u2019Autorit\u00e9, sans une Libert\u00e9 qui discute, r\u00e9siste ou se soumet, est un vain mot ; la Libert\u00e9, sans une Autorit\u00e9 qui lui fasse contrepoids, est un non-sens <a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a>. Proudhon en conclut qu\u2019\u00ab\u00a0en toute soci\u00e9t\u00e9, m\u00eame la plus autoritaire, une part est n\u00e9cessairement laiss\u00e9e \u00e0 la Libert\u00e9 ; pareillement en toute soci\u00e9t\u00e9, m\u00eame la plus lib\u00e9rale, une part est r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019Autorit\u00e9 <a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a>\u00a0\u00bb. Il en conclut \u00e9galement que \u00ab\u00a0tous les syst\u00e8mes de gouvernement [\u2026] peuvent se ramener \u00e0 une formule, le Balancement de l\u2019Autorit\u00e9 par la Libert\u00e9, et vice versa <a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a>,\u00a0\u00bb. C\u2019est dire que les conceptions abstraites des syst\u00e8mes de gouvernement font g\u00e9n\u00e9ralement probl\u00e8me, parce qu\u2019elles con\u00e7oivent chaque syst\u00e8me soit comme un pur r\u00e9gime d\u2019autorit\u00e9 (monarchie, communisme), soit comme un pur r\u00e9gime de libert\u00e9 (d\u00e9mocratie, anarchie) <a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a>. \u00ab\u00a0La fid\u00e9lit\u00e9 aux principes n\u2019existant en politique que dans l\u2019id\u00e9al <a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a>\u00a0\u00bb, dans la r\u00e9alit\u00e9 historique, des transactions entre les principes d\u2019autorit\u00e9 et de libert\u00e9 ont toujours \u00e9t\u00e9 et seront toujours in\u00e9vitables <a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\">[36]<\/a>. De l\u00e0, Proudhon reproche aux publicistes d\u2019avoir fait une utilisation dangereuse de ces \u00ab\u00a0bilboquets m\u00e9taphysiques <a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a>\u00a0\u00bb, d\u2019avoir cr\u00e9\u00e9 des illusions \u00ab\u00a0en ne distinguant pas la pratique de la th\u00e9orie\u00a0\u00bb, les gouvernements de pure conception et les gouvernements de fait <a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a>. Ces illusions ont souvent d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 en mensonges et en guerres d\u2019\u00e9coles, \u00e0 la source des conspirations, des tromperies et des renversements qui pars\u00e8ment l\u2019histoire politique <a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\">[39]<\/a>. Le monde est donc condamn\u00e9 \u00e0 des r\u00e9volutions r\u00e9p\u00e9titives, \u00ab\u00a0jusqu\u2019\u00e0 ce que la raison g\u00e9n\u00e9rale ait d\u00e9couvert le moyen de ma\u00eetriser les deux principes et d\u2019\u00e9quilibrer la soci\u00e9t\u00e9 par la r\u00e9gularisation m\u00eame de ses antagonismes <a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\">[40]<\/a>\u00a0\u00bb. Aux yeux de Proudhon, rappelons-le, l\u2019\u00e9quilibrage doit se faire en faveur de la libert\u00e9 : le maximum de libert\u00e9 possible avec le minimum d\u2019autorit\u00e9 n\u00e9cessaire. Il doit \u00e9galement prendre en compte la loi d\u2019\u00e9volution historique des deux principes : l\u2019autorit\u00e9 r\u00e9trograde avec la croissance de la population et du territoire ; inversement, \u00ab\u00a0le r\u00e9gime de libert\u00e9 s\u2019approche d\u2019autant plus de son id\u00e9al et multiplie ses chances de succ\u00e8s, que l\u2019Etat augmente en population et en \u00e9tendue, que les rapports se multiplient et que la science gagne du terrain <a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\">[41]<\/a>\u00a0\u00bb. Or, des \u00e9v\u00e9nements comme la R\u00e9forme, dans l\u2019ordre religieux, et la R\u00e9volution fran\u00e7aise, dans l\u2019ordre politique, sont interpr\u00e9t\u00e9s par l\u2019auteur comme allant dans le sens du primat de la libert\u00e9 <a href=\"#_ftn42\" name=\"_ftnref42\">[42]<\/a>. C\u2019est dire que la raison g\u00e9n\u00e9rale a fait une partie du travail que Proudhon veut contribuer \u00e0 achever. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 qu\u2019intervient le principe f\u00e9d\u00e9ratif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi que R. Vernon a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 le souligner, Proudhon pense la f\u00e9d\u00e9ration comme la voie de r\u00e9alisation de trois types de libert\u00e9 potentiellement conflictuels <a href=\"#_ftn43\" name=\"_ftnref43\">[43]<\/a>. Chacun de ces types de libert\u00e9 se trouve engag\u00e9 dans une relation dialectique avec un type concomitant d\u2019autorit\u00e9. Proudhon soutient que, pour chaque relation dialectique, le syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif assurera un \u00e9quilibrage profitable \u00e0 la libert\u00e9, alors que le syst\u00e8me unitaire favorisera plut\u00f4t l\u2019autorit\u00e9 au d\u00e9triment de la libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Premi\u00e8rement, Proudhon con\u00e7oit la libert\u00e9 comme individuelle et n\u00e9gative. Selon lui, \u00e9tant donn\u00e9 que \u00ab\u00a0tout pouvoir tend \u00e0 la concentration et \u00e0 l\u2019accaparement <a href=\"#_ftn44\" name=\"_ftnref44\">[44]<\/a>\u00a0\u00bb, les attributions \u00e9tatiques \u00ab\u00a0ne peuvent exc\u00e9der les droits et pr\u00e9rogatives de l\u2019homme et du citoyen\u00a0\u00bb, sans quoi on se trouve \u00ab\u00a0sur la route du despotisme <a href=\"#_ftn45\" name=\"_ftnref45\">[45]<\/a>\u00a0\u00bb. Comme l\u2019indique R. Vernon, il s\u2019agit essentiellement ici d\u2019une libert\u00e9 civile contre l\u2019arbitraire inspir\u00e9e des enseignements de Montesquieu <a href=\"#_ftn46\" name=\"_ftnref46\">[46]<\/a>. Proudhon y ajoute qu\u2019une application de la doctrine de la s\u00e9paration des pouvoirs dans un cadre unitaire ne peut jamais suffire. Par la division territoriale des pouvoirs, le syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif permet d\u2019\u00e9tendre l\u2019id\u00e9e de Montesquieu, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019\u00ab\u00a0organiser en chaque \u00c9tat f\u00e9d\u00e9r\u00e9 le gouvernement d\u2019apr\u00e8s la loi de s\u00e9paration des organes <a href=\"#_ftn47\" name=\"_ftnref47\">[47]<\/a>\u00a0\u00bb, balisant ainsi l\u2019autorit\u00e9 pour maximiser la libert\u00e9. Selon l\u2019auteur, qui va ici \u00e0 l&rsquo;encontre de la solution retenue par Tocqueville pour le cas fran\u00e7ais, la voie m\u00e9diane d\u2019\u00ab\u00a0un \u00c9tat \u00e0 la fois unitaire et d\u00e9centralis\u00e9 est une pure chim\u00e8re <a href=\"#_ftn48\" name=\"_ftnref48\">[48]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Proudhon, l\u2019exemple de la centralisation croissante en Belgique &#8211; notamment par le contr\u00f4le central des imp\u00f4ts <a href=\"#_ftn49\" name=\"_ftnref49\">[49]<\/a> &#8211; montre clairement que la hi\u00e9rarchie gouvernementale doit \u00eatre \u00e9tablie sur sa base plut\u00f4t que pos\u00e9e sur son sommet <a href=\"#_ftn50\" name=\"_ftnref50\">[50]<\/a>. Deuxi\u00e8mement, Proudhon entend la libert\u00e9 comme la capacit\u00e9 positive, pour les individus et les collectivit\u00e9s, de manifester leur souverainet\u00e9 par la d\u00e9lib\u00e9ration politique. Or, l\u2019auteur \u00e9crit que la centralisation qui a cours dans l\u2019\u00c9tat unitaire, loin d\u2019\u00ab\u00a0exalter dans la masse la vie politique, [&#8230;] la d\u00e9truit dans ses parties constitutives et jusque dans ses \u00e9l\u00e9ments <a href=\"#_ftn51\" name=\"_ftnref51\">[51]<\/a>\u00a0\u00bb. L\u00e0 o\u00f9 \u00ab\u00a0les libert\u00e9s provinciales et municipales sont confisqu\u00e9es au profit d\u2019une puissance sup\u00e9rieure\u00a0\u00bb, le citoyen est r\u00e9duit \u00e0 manifester \u00ab\u00a0sa souverainet\u00e9 par un nom propre \u00e9crit sur un bulletin <a href=\"#_ftn52\" name=\"_ftnref52\">[52]<\/a>\u00a0\u00bb. Inversement, le syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif maximise le r\u00f4le politique des collectivit\u00e9s locales et r\u00e9gionales. Ce faisant, il rend possible la d\u00e9lib\u00e9ration politique de trois fa\u00e7ons : en r\u00e9duisant la taille des communaut\u00e9s politiques ; en effectuant cette r\u00e9duction sur la base des communaut\u00e9s historiques, c\u2019est-\u00e0-dire celles o\u00f9 vivent, se distinguent et se connaissent les citoyens <a href=\"#_ftn53\" name=\"_ftnref53\">[53]<\/a> ; en accroissant les occasions de d\u00e9lib\u00e9ration. C\u2019est ce qui fait dire \u00e0 Proudhon que \u00ab\u00a0le grand ressort\u00a0\u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 est \u00ab\u00a0la souverainet\u00e9 individuelle et locale <a href=\"#_ftn54\" name=\"_ftnref54\">[54]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, troisi\u00e8mement, Proudhon voit la libert\u00e9 comme la capacit\u00e9 des communaut\u00e9s historiques d\u2019affirmer leurs diff\u00e9rences devant les pressions uniformisantes. Dans la perspective de l\u2019auteur, cette d\u00e9fense de la diversit\u00e9 s\u2019inscrit en opposition aux principes de \u00ab\u00a0nationalit\u00e9\u00a0\u00bb et d\u2019\u00ab\u00a0unit\u00e9\u00a0\u00bb tels que les con\u00e7oit le jacobinisme, \u00e0 savoir comme centralisation absolue et immuable de grands ensembles artificiels <a href=\"#_ftn55\" name=\"_ftnref55\">[55]<\/a>. L\u2019unit\u00e9 jacobine est artificielle, soutient Proudhon, parce qu\u2019elle est fond\u00e9e sur le rationalisme de Siey\u00e8s : une division territoriale abstraite et purement administrative visant \u00e0 implanter une conception de la repr\u00e9sentation de la nation comme collectivit\u00e9 indivise <a href=\"#_ftn56\" name=\"_ftnref56\">[56]<\/a>. Pareil nationalisme, \u00ab\u00a0pr\u00e9texte [&#8230;] pour esquiver la r\u00e9volution \u00e9conomique <a href=\"#_ftn57\" name=\"_ftnref57\">[57]<\/a>\u00a0\u00bb et instituer un r\u00e9gime d\u2019unit\u00e9 profitant aux \u00ab\u00a0classes sup\u00e9rieures <a href=\"#_ftn58\" name=\"_ftnref58\">[58]<\/a>\u00a0\u00bb, consolide son emprise sur la France au XIXe si\u00e8cle et commence \u00e0 essaimer ailleurs en Europe. Ce que l\u2019auteur lui reproche ici, notamment dans sa critique des id\u00e9es de Mazzini et des \u00ab\u00a0d\u00e9mocrates fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, c\u2019est d\u2019uniformiser la diversit\u00e9 qui anime le \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb principe national et la \u00ab\u00a0v\u00e9ritable\u00a0\u00bb unit\u00e9 :<br \/>\nOn dit : Rome est aux Italiens. Je r\u00e9plique que Rome est aux Romains, comme Naples aux Napolitains et Paris aux Parisiens ; que les Italiens, comme les Fran\u00e7ais, sont une abstraction ; que ce qui est vrai, c\u2019est qu\u2019il existe \u00e0 cette heure une grande agglom\u00e9ration politique qui a nom la France, mais que ce n\u2019est pas du tout une raison pour lui donner un pendant de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 des Alpes ; au contraire <a href=\"#_ftn59\" name=\"_ftnref59\">[59]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Proudhon envisage le rapport entre ces trois types de libert\u00e9 et les types concomitants d\u2019unit\u00e9 sous la forme d\u2019un \u00e9quilibre. Sans \u00eatre des plus pr\u00e9cis, le concept proudhonien d\u2019\u00e9quilibre para\u00eet ici rev\u00eatir le sens m\u00e9taphorique d\u2019un point d\u2019harmonie optimal entre deux valeurs pluriformes o\u00f9 chacune r\u00e9alise son potentiel positif dans un \u00ab\u00a0rapport n\u00e9cessaire [&#8230;], \u00e0 la fois d\u2019opposition et de compl\u00e9mentarit\u00e9 <a href=\"#_ftn60\" name=\"_ftnref60\">[60]<\/a>\u00a0\u00bb. Plus modestement, il peut \u00eatre d\u00e9fini par la gamme des points d\u2019harmonie entre les extr\u00eames de l\u2019uniformisation et de la fragmentation. Il s\u2019agit donc de mettre \u00e0 jour les rapports de compl\u00e9mentarit\u00e9 et d\u2019indiquer leur voie de r\u00e9alisation. Dans la sph\u00e8re politique, les valeurs oppos\u00e9es et compl\u00e9mentaires recouvrent trois acceptions de la libert\u00e9 et de l\u2019unit\u00e9, alors que, parall\u00e8lement, dans la sph\u00e8re \u00e9conomique, ce sont l\u2019\u00e9galit\u00e9 de conditions et la libert\u00e9 d\u2019\u00e9changes. Dans l\u2019une et l\u2019autre sph\u00e8re, le f\u00e9d\u00e9ralisme mutuelliste repr\u00e9sente la voie de l\u2019\u00e9quilibre, alors que la solidarit\u00e9 mutuelliste en constitue le r\u00e9sultat positif, un bien pr\u00e9cis\u00e9ment f\u00e9d\u00e9ral.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le caract\u00e8re exclusivement apolog\u00e9tique de cet expos\u00e9 m\u00e8ne Proudhon \u00e0 \u00e9luder les difficult\u00e9s associ\u00e9es au syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif, en particulier \u00e0 un arrangement de type conf\u00e9d\u00e9ral comme le sien. Par exemple, conscient que la \u00ab\u00a0facult\u00e9 de s\u00e9cession qui, en principe, doit appartenir \u00e0 tout \u00c9tat conf\u00e9d\u00e9r\u00e9, est contradictoire\u00a0\u00bb parce qu\u2019elle peut en pratique s\u2019exercer contre l\u2019esprit du pacte f\u00e9d\u00e9ratif <a href=\"#_ftn61\" name=\"_ftnref61\">[61]<\/a>, l\u2019auteur se limite \u00e0 proposer de supprimer les causes de la s\u00e9cession et \u00e0 pr\u00e9tendre que l\u2019on peut y parvenir en liant la f\u00e9d\u00e9ralisation politique et la f\u00e9d\u00e9ralisation \u00e9conomique sur la base du principe de mutualit\u00e9 <a href=\"#_ftn62\" name=\"_ftnref62\">[62]<\/a>. Qui plus est, il ne voit aucunement que sa conception du f\u00e9d\u00e9ralisme est \u00e0 ce point craintive de la centralisation unitaire qu\u2019elle incline vers la fragmentation. La prochaine section fait la part des limites et du potentiel du f\u00e9d\u00e9ralisme proudhonien en ce qui concerne tant la conciliation de l\u2019unit\u00e9 et de la diversit\u00e9 que la r\u00e9alisation et l\u2019extension de la solidarit\u00e9 en contexte de diversit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>La lettre et l&rsquo;esprit du f\u00e9d\u00e9ralisme de Proudhon<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les tenants du f\u00e9d\u00e9ralisme int\u00e9gral ont tendance \u00e0 consid\u00e9rer que le f\u00e9d\u00e9ralisme proudhonien est effectivement un mod\u00e8le d\u2019\u00e9quilibre du seul fait que Proudhon n\u2019est pas uniquement pr\u00e9occup\u00e9 de libert\u00e9, qu\u2019il montre aussi \u00ab\u00a0un souci d\u2019unit\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0n\u2019est nullement un apologiste de la granulation politique <a href=\"#_ftn63\" name=\"_ftnref63\">[63]<\/a>\u00a0\u00bb. Or, entre se soucier de quelque chose et en trouver la juste mesure, il y a toute la diff\u00e9rence qui s\u00e9pare les objectifs des r\u00e9sultats ou l\u2019esprit de la lettre. Dans un premier temps, nous verrons que la combinaison d\u2019une crainte obsessive de l\u2019unit\u00e9 avec un arrangement institutionnel de type conf\u00e9d\u00e9ratif conduit Proudhon \u00e0 un mod\u00e8le qui tend vers le cloisonnement des diff\u00e9rences nationales, mod\u00e8le peu susceptible de conduire \u00e0 la solidarit\u00e9 transnationale recherch\u00e9e. Dans un second temps, nous verrons toutefois que, si l\u2019on s\u2019en tient \u00e0 l\u2019esprit de sa d\u00e9fense de la libert\u00e9, la pens\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale de Proudhon peut contribuer significativement \u00e0 penser une conciliation f\u00e9d\u00e9rale de l\u2019unit\u00e9 et de la diversit\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re favorable \u00e0 la solidarit\u00e9 transnationale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5>Les bases d\u2019un f\u00e9d\u00e9ralisme d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 : crainte obsessive de l\u2019unit\u00e9 et arrangement conf\u00e9d\u00e9ratif<\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est vrai qu\u2019au fil de son oeuvre, Proudhon manifeste une conscience croissante des vertus de l\u2019unit\u00e9. Dans son dernier ouvrage, il la voit notamment comme \u00ab\u00a0le produit de la raison humaine, qui travaille sans cesse \u00e0 ordonner la confusion originelle <a href=\"#_ftn64\" name=\"_ftnref64\">[64]<\/a>\u00a0\u00bb et comme la condition de toute libert\u00e9. Toutefois, m\u00eame dans ce qui se veut un \u00e9loge de l\u2019unit\u00e9, l\u2019auteur fait ressortir les tendances autoritaires et uniformisantes qui caract\u00e9risent l\u2019unit\u00e9 dans les r\u00e9gimes qu\u2019il abhorre, les r\u00e9gimes unitaires :<br \/>\nConsid\u00e9rons d\u2019abord que l\u2019esprit humain tend essentiellement \u00e0 l\u2019unit\u00e9. [&#8230;]. L\u2019Unit\u00e9 est la loi de tout ce qui a vie et qui est organis\u00e9 ; qui sent, qui aime, qui jouit, qui cr\u00e9e, qui combat, qui travaille, et, par le combat de m\u00eame que par le travail, cherche l\u2019ordre et la f\u00e9licit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019absence d\u2019unit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue comme le principe du royaume satanique ; l\u2019anarchie, la dissolution, c\u2019est la mort. C\u2019est par l\u2019unit\u00e9 et en vue de l\u2019unit\u00e9 que se b\u00e2tissent les villes [&#8230;]. C\u2019est par horreur des d\u00e9chirements, suite in\u00e9vitable des discordes, que la police des gouvernements poursuit de ses m\u00e9fiances et de ses col\u00e8res l\u2019investigation philosophique, et l\u2019analyse hautaine, et la n\u00e9gation impie, et l\u2019h\u00e9r\u00e9sie d\u00e9icide ; c\u2019est pour cette pr\u00e9cieuse unit\u00e9 que les nations se r\u00e9signent parfois \u00e0 la plus d\u00e9testable tyrannie. [&#8230;] observons que comme il n\u2019est pas de Libert\u00e9 sans Unit\u00e9, ou, ce qui revient au m\u00eame, sans ordre, pareillement il n\u2019est pas non plus d\u2019unit\u00e9 sans vari\u00e9t\u00e9, sans pluralit\u00e9, sans divergence ; pas d\u2019ordre sans protestation, contradiction ou antagonisme. Ces deux id\u00e9es, Libert\u00e9 et Unit\u00e9 ou Ordre sont adoss\u00e9es l\u2019une \u00e0 l\u2019autre [&#8230;] <a href=\"#_ftn65\" name=\"_ftnref65\">[65]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/neurosph%C3%A8re.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2880\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/neurosph%C3%A8re.jpg?resize=600%2C137&#038;ssl=1\" alt=\"neurosph\u00e8re\" width=\"600\" height=\"137\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/neurosph%C3%A8re.jpg?w=690&amp;ssl=1 690w, https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/neurosph%C3%A8re.jpg?resize=300%2C68&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait, Proudhon craint tellement les d\u00e9rives vers l\u2019unit\u00e9-uniformit\u00e9 qu\u2019il n\u00e9glige des caract\u00e9ristiques potentiellement positives de l\u2019unit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale, en particulier l\u2019am\u00e9nagement d\u2019espaces communs d\u2019interaction entre les communaut\u00e9s f\u00e9d\u00e9r\u00e9es. Alors que la pens\u00e9e de Tocqueville permet de voir dans ces espaces communs la possibilit\u00e9 de rapprocher les patriotismes provinciaux sur la base initiale d\u2019un \u00ab\u00a0int\u00e9r\u00eat bien entendu\u00a0\u00bb, Proudhon limite son \u00e9loge de la d\u00e9lib\u00e9ration \u00e0 celle qui se d\u00e9roule \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des entit\u00e9s f\u00e9d\u00e9r\u00e9es et y actualise la souverainet\u00e9 locale et individuelle. Tocqueville con\u00e7oit l\u2019espace politique f\u00e9d\u00e9ral comme le principal lieu du rapprochement et en conclut \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un \u00ab\u00a0fractionnement de la souverainet\u00e9\u00a0\u00bb dans l\u2019esprit du nouveau f\u00e9d\u00e9ralisme incarn\u00e9 par la Constitution am\u00e9ricaine de 1787 et vers lequel \u00e9volue la Suisse. Pour sa part, Proudhon institutionnalise sa peur de l\u2019unit\u00e9 dans une structure essentiellement conf\u00e9d\u00e9rale o\u00f9 la souverainet\u00e9 et la capacit\u00e9 ex\u00e9cutive demeurent enti\u00e8rement entre les mains des entit\u00e9s f\u00e9d\u00e9r\u00e9es. Sa peur de la centralisation est telle qu\u2019il se refuse \u00e0 aborder de front la tendance \u00e0 la fragmentation que Publius et Tocqueville d\u00e9c\u00e8lent dans les arrangements de type conf\u00e9d\u00e9ral. En fait, dans le contexte de la Guerre de S\u00e9cession, Proudhon note chez les deux camps qui s\u2019affrontent une tendance \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019absorption unitaire\u00a0\u00bb dans laquelle il voit notamment un effet des attributions trop importantes de l\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale am\u00e9ricaine <a href=\"#_ftn66\" name=\"_ftnref66\">[66]<\/a>. La nouvelle structure f\u00e9d\u00e9rale s\u2019en trouve ainsi disqualifi\u00e9e et les id\u00e9es qui la sous-tendent avec elle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Proudhon veut bien attribuer des pouvoirs d\u2019initiative et de surveillance \u00e0 l\u2019Etat f\u00e9d\u00e9ral, mais seulement en les subordonnant \u00e0 la sanction r\u00e9p\u00e9t\u00e9e et \u00e0 la capacit\u00e9 ex\u00e9cutive des Etats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s. D\u00e8s lors, son f\u00e9d\u00e9ralisme ne profite pas des interactions qu\u2019est susceptible de cr\u00e9er un r\u00e9el espace politique f\u00e9d\u00e9ral, un espace significatif o\u00f9 se prennent des d\u00e9cisions qui peuvent \u00eatre appliqu\u00e9es. La crainte proudhonienne de l\u2019unit\u00e9 et la proposition institutionnelle concomitante cr\u00e9ent un d\u00e9s\u00e9quilibre non seulement parce qu\u2019elles n\u00e9gligent des aspects positifs majeurs de l\u2019unit\u00e9, mais aussi parce qu\u2019elles s\u2019av\u00e8rent n\u00e9fastes aux fins m\u00eames que doit servir l\u2019unit\u00e9 dans la pens\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale de l\u2019auteur, \u00e0 savoir la libert\u00e9 et la solidarit\u00e9. Proudhon fonde les contrats f\u00e9d\u00e9ratifs sur une justification qui combine un principe de mutualit\u00e9 \u00e0 un principe de perfection : la r\u00e9ciprocit\u00e9 entre les parties en raison de l\u2019interd\u00e9pendance de leur libert\u00e9 et de leur solidarit\u00e9, de m\u00eame qu\u2019en vertu de la dignit\u00e9 \u00e9gale que leur facult\u00e9 de justice perfectionn\u00e9e en viendra \u00e9ventuellement \u00e0 pouvoir reconna\u00eetre dans l\u2019interd\u00e9pendance. Cette justification est probl\u00e9matique dans la mesure o\u00f9 elle ignore les vertus des espaces politiques communs pour faire progresser la conscience de l\u2019interd\u00e9pendance et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 en dignit\u00e9 et, ultimement, rapprocher les identit\u00e9s. En raison de cette carence, le f\u00e9d\u00e9ralisme proudhonien tend vers le cloisonnement et s\u2019av\u00e8re tr\u00e8s vuln\u00e9rable \u00e0 la s\u00e9cession, notamment sur l\u2019enjeu de la solidarit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aux yeux de Proudhon, la solidarit\u00e9 est davantage un fait synonyme d\u2019interd\u00e9pendance qu\u2019une valeur qui privil\u00e9gie l\u2019entraide sur la base de liens sociaux de types divers. Le travail, la production et le commerce sont des faits sociaux et solidarisants, parce qu\u2019ils sont r\u00e9sultats et sources de l\u2019interd\u00e9pendance. Avec la conscience de cette interd\u00e9pendance vient la facult\u00e9 de justice, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0la facult\u00e9 de sentir sa dignit\u00e9 dans la personne de son semblable, comme dans sa propre personne\u00a0\u00bb. L\u2019auteur privil\u00e9gie une conception mutuelliste plut\u00f4t qu\u2019altruiste de la solidarit\u00e9 <a href=\"#_ftn67\" name=\"_ftnref67\">[67]<\/a>. Le partage de la richesse sociale n\u2019est pas le fruit de la bonne volont\u00e9 et du don, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une relation de d\u00e9pendance, mais celui d\u2019une n\u00e9gociation contractuelle et d\u2019une institutionnalisation fond\u00e9es sur l\u2019interd\u00e9pendance et l\u2019\u00e9galit\u00e9 de dignit\u00e9 des acteurs \u00e9conomiques. Cette conception n\u2019est pas probl\u00e9matique en raison de son caract\u00e8re mutuelliste, mais parce qu\u2019elle repose exclusivement sur la facult\u00e9 de justice que devrait faire na\u00eetre une r\u00e9alit\u00e9 d\u2019interd\u00e9pendance. Mutuelliste ou altruiste, une politique de solidarit\u00e9 ne peut \u00eatre efficace et durable que si elle s\u2019appuie sur des liens sociaux de divers types, qui vont du simple rapport de confiance aux liens identitaires. Comme c\u2019est par exemple le cas pour la f\u00e9d\u00e9ration belge contemporaine, la faiblesse de ces liens, souvent r\u00e9sultat d\u2019une histoire de relations tumultueuses source de ressentiment, peut devenir une menace pour la f\u00e9d\u00e9ration si une forte in\u00e9galit\u00e9 de contributions &#8211; apparente ou r\u00e9elle &#8211; entre les partenaires se prolonge sur une longue p\u00e9riode <a href=\"#_ftn68\" name=\"_ftnref68\">[68]<\/a>. On se trouve alors devant une perception de d\u00e9pendance plut\u00f4t que devant une conscience de l\u2019interd\u00e9pendance. De tels ph\u00e9nom\u00e8nes eurent difficilement pu \u00eatre absents des f\u00e9d\u00e9rations fran\u00e7aise et italienne que propose Proudhon. Ceci dit, l\u2019esprit de la d\u00e9fense proudhonienne du f\u00e9d\u00e9ralisme para\u00eet cependant pointer dans une autre direction, plus susceptible de contribuer \u00e0 la justification et au d\u00e9veloppement de la th\u00e9orie et de la pratique de la solidarit\u00e9 transnationale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5>Proudhon et les bases du f\u00e9d\u00e9ralisme interculturel<\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme nous l\u2019avons soulign\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, Proudhon voit mieux les implications positives du syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif en ce qui concerne la libert\u00e9 qu\u2019en ce qui concerne l\u2019unit\u00e9. En fait, \u00e0 partir de deux de ses trois conceptions de la libert\u00e9 en syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif, on peut identifier trois biens susceptibles de favoriser l\u2019exercice de la solidarit\u00e9 en contexte de diversit\u00e9 culturelle : la reconnaissance mutuelle, la libert\u00e9 critique et la pluralisation des identit\u00e9s. Outre qu\u2019ils sont justifi\u00e9s sur la base de l\u2019interd\u00e9pendance et de la perfection de la facult\u00e9 de justice, ces biens reposent sur une justification perfectionniste suppl\u00e9mentaire.<br \/>\nD\u2019abord, lorsque Proudhon r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la libert\u00e9 individuelle et n\u00e9gative, il nous semble qu\u2019il songe prioritairement \u00e0 la capacit\u00e9 du syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif \u00e0 favoriser l\u2019\u00e9mergence de la libert\u00e9 critique, la libert\u00e9 de r\u00e9vision et d\u2019opposition pr\u00e9alable \u00e0 l\u2019exercice de toute autre libert\u00e9 individuelle. Cette libert\u00e9 critique repr\u00e9sente un h\u00e9ritage de sa p\u00e9riode anarchiste dont l\u2019importance ne s\u2019est jamais d\u00e9mentie. En 1846, il en fait un \u00e9loge provocateur : \u00ab\u00a0\u00e0 la cr\u00e9ation qui l\u2019environne, elle dit : non ; &#8211; aux lois du monde et de la pens\u00e9e qui l\u2019obs\u00e8dent : non ; &#8211; aux sens qui la sollicitent : non ; &#8211; \u00e0 l\u2019amour qui la s\u00e9duit : non ; &#8211; \u00e0 la voix du pr\u00eatre, \u00e0 l\u2019ordre du prince, aux cris de la multitude : non, non, non. Elle est le contradicteur \u00e9ternel qui se met au travers de toute pens\u00e9e et de toute existence [,..] <a href=\"#_ftn69\" name=\"_ftnref69\">[69]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1862, il soutient que \u00ab\u00a0pour avancer dans la science des choses sociales, nous ne devons reculer devant aucune des conclusions de la critique, quelque part quelle nous fasse aboutir <a href=\"#_ftn70\" name=\"_ftnref70\">[70]<\/a>\u00a0\u00bb. La philosophie de l\u2019histoire de l\u2019auteur pointe \u00e9galement vers l\u2019importance de la libert\u00e9 critique. Rappelons que, chez Proudhon, le progr\u00e8s est un id\u00e9al perfectionniste, en mouvement perp\u00e9tuel, qui \u00ab\u00a0change et s\u2019agrandit toujours\u00a0\u00bb avec l\u2019extension de la raison humaine et le mouvement de l\u2019univers. Or, pareil id\u00e9al requiert une libert\u00e9 critique aiguis\u00e9e sans laquelle la raison plafonne rapidement. C\u2019est dire qu\u2019on peut interpr\u00e9ter la proposition proudhonienne de l\u2019extension f\u00e9d\u00e9rale de la doctrine de la s\u00e9paration des pouvoirs comme une reconnaissance de la capacit\u00e9 du f\u00e9d\u00e9ralisme \u00e0 institutionnaliser la libert\u00e9 critique. En institutionnalisant une pluralit\u00e9 de points de vue et une base de r\u00e9sistance aux abus, \u00e0 l\u2019uniformisation et aux tentatives d\u2019accaparement des pouvoirs par le contrepoids entre les ordres de gouvernement, la proposition proudhonienne offre aux citoyens des pr\u00e9alables n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019exercice de la libert\u00e9 critique. Cette libert\u00e9 peut contribuer \u00e0 la solidarit\u00e9 transnationale dans la mesure o\u00f9 elle ouvre la porte aux r\u00e9visions et aux rapprochements identitaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, toujours dans le contexte de sa philosophie de l\u2019histoire, lorsque Proudhon d\u00e9fend la libert\u00e9 comme capacit\u00e9 des communaut\u00e9s historiques d\u2019affirmer leurs diff\u00e9rences devant les pressions uniformisantes, il faut surtout y voir un \u00e9loge de l\u2019aptitude du syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif \u00e0 favoriser le progr\u00e8s vers la pluralisation identitaire via la libert\u00e9 de circulation et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, la citoyennet\u00e9 plurielle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les conceptions proudhoniennes de la nation et de la nationalit\u00e9 dans un monde f\u00e9d\u00e9ral convergent vers cette interpr\u00e9tation. Sa conception de la nation para\u00eet osciller entre historicisme et d\u00e9terminisme essentialiste. D\u2019une part, il affirme \u00ab\u00a0que tout se meut, tout change et tout est en \u00e9volution incessante dans la soci\u00e9t\u00e9 <a href=\"#_ftn71\" name=\"_ftnref71\">[71]<\/a>\u00a0\u00bb, que m\u00eame \u00ab\u00a0les nations se d\u00e9mentent, changent de maximes et de formes <a href=\"#_ftn72\" name=\"_ftnref72\">[72]<\/a>\u00a0\u00bb. D\u2019autre part, il d\u00e9finit la nation selon des crit\u00e8res g\u00e9ographiques (\u00ab\u00a0toute agglom\u00e9ration d\u2019hommes, comprise dans un territoire nettement circonscrit, et pouvant y vivre d\u2019une vie ind\u00e9pendante, est pr\u00e9destin\u00e9e \u00e0 l\u2019autonomie <a href=\"#_ftn73\" name=\"_ftnref73\">[73]<\/a>\u00a0\u00bb), ethnographiques (ses membres partagent une communaut\u00e9 d\u2019origine) <a href=\"#_ftn74\" name=\"_ftnref74\">[74]<\/a> et historiques (ses membres partagent une histoire commune) <a href=\"#_ftn75\" name=\"_ftnref75\">[75]<\/a>. \u00c0 premi\u00e8re vue, on peut \u00eatre tent\u00e9 de conclure que l\u2019int\u00e9r\u00eat de Proudhon pour la pratique bascule ici dans l\u2019essentialisme. L\u2019auteur \u00e9crit notamment que la nationalit\u00e9 jacobine \u00ab\u00a0est le produit de la politique bien plus que de la nature <a href=\"#_ftn76\" name=\"_ftnref76\">[76]<\/a>\u00a0\u00bb, et que les constituantes d\u2019une f\u00e9d\u00e9ration \u00ab\u00a0sont des groupes donn\u00e9s <em>a priori<\/em> par la nature <a href=\"#_ftn77\" name=\"_ftnref77\">[77]<\/a>\u00a0\u00bb. C\u2019est d\u2019ailleurs une telle diversit\u00e9 \u00ab\u00a0naturelle\u00a0\u00bb qu\u2019il identifie en Italie <a href=\"#_ftn78\" name=\"_ftnref78\">[78]<\/a> et en France <a href=\"#_ftn79\" name=\"_ftnref79\">[79]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, \u00e0 l\u2019analyse, deux arguments militent pour une conclusion plus nuanc\u00e9e. Primo, face \u00e0 un discours niveleur sur l\u2019unification nationale, qui avance r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019argument des \u00ab\u00a0fronti\u00e8res naturelles\u00a0\u00bb, on peut penser que Proudhon a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 \u00e0 surench\u00e9rir pour bien montrer que les localit\u00e9s et les provinces constituent des communaut\u00e9s significatives. Secundo, il faut rappeler que l\u2019auteur distingue parfois entre la nation et la nationalit\u00e9 &#8211; entendue au sens de citoyennet\u00e9 \u2013 et pr\u00f4ne alors une nationalit\u00e9 plurielle. Tout en concluant <em>La f\u00e9d\u00e9ration et l\u2019unit\u00e9 en Italie<\/em> par un plaidoyer pour le droit international \u00e0 l\u2019asile politique fond\u00e9 sur le principe de mutualit\u00e9, Proudhon en appelle \u00e0 une citoyennet\u00e9 plurielle fond\u00e9e sur le m\u00eame principe : \u00ab\u00a0un jour viendra o\u00f9 la nationalit\u00e9 cessera d\u2019\u00eatre exclusive\u00a0; o\u00f9 il sera permis \u00e0 tout individu, voyageant pour son plaisir ou pour ses affaires, de devenir citoyen de plusieurs patries\u00a0; o\u00f9, pour entrer dans un groupe politique, au lieu de cinq ans de r\u00e9sidence et d\u2019un acte solennel des Chambres, on n\u2019exigera que le fait d\u2019habitation et la d\u00e9claration de l\u2019imp\u00e9trant <a href=\"#_ftn80\" name=\"_ftnref80\">[80]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, pareille ouverture implique forc\u00e9ment des transformations perp\u00e9tuelles de la nation dont on cherche encore aujourd\u2019hui \u00e0 mesurer toute la port\u00e9e. C\u2019est dire que lorsque Proudhon se fait l\u2019avocat du syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif, il souhaite beaucoup plus maintenir la diversit\u00e9 comme possibles que comme incarnation d\u2019un ordre naturel particulier et immuable. Ainsi, dans la sph\u00e8re des relations entre cultures, l\u2019id\u00e9al perfectionniste proudhonien ne peut s\u2019actualiser qu\u2019\u00e0 travers la pluralisation des identit\u00e9s. En d\u2019autres termes, la pluralisation identitaire incarne la vision proudhonienne du progr\u00e8s sur le plan culturel. Cette interpr\u00e9tation est d\u2019autant plus plausible que le f\u00e9d\u00e9ralisme proudhonien est pluraliste \u00e0 sa base, institutionnalisant les identit\u00e9s socio-\u00e9conomiques \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des identit\u00e9s nationales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, lorsque Proudhon d\u00e9fend la libert\u00e9 comme capacit\u00e9 des communaut\u00e9s historiques \u00e0 affirmer leurs diff\u00e9rences, il para\u00eet \u00e9galement songer \u00e0 la reconnaissance mutuelle que favorise le syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif. En effet, si l\u2019on tient compte du fait que le f\u00e9d\u00e9ralisme proudhonien affirme la r\u00e9alit\u00e9 des \u00eatres collectifs, leur dignit\u00e9 et leur importance pour les individus, il devient \u00e9vident que Proudhon transpose son principe de mutualit\u00e9 de la sph\u00e8re \u00e9conomique \u00e0 la sph\u00e8re des relations entre communaut\u00e9s culturelles. Le syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif est alors con\u00e7u comme le moyen de favoriser la conscience de l\u2019interd\u00e9pendance des communes et des provinces en mati\u00e8re de reconnaissance de leurs diff\u00e9rences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette conscience leur r\u00e9v\u00e8le leur \u00e9gale dignit\u00e9 et favorise le d\u00e9veloppement d\u2019une facult\u00e9 de justice entre communaut\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pacte f\u00e9d\u00e9ratif. Cette reconnaissance mutuelle peut \u00eatre favorable \u00e0 la libert\u00e9 politique et \u00e0 la solidarit\u00e9 interculturelles dans la mesure o\u00f9 elle est une condition <em>sine qua non<\/em> de la pluralisation identitaire. Cela dit, ces trois biens que rec\u00e8le le f\u00e9d\u00e9ralisme proudhonien ne sauraient \u00e0 eux seuls pourvoir \u00e0 une th\u00e9orie du f\u00e9d\u00e9ralisme interculturel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Premi\u00e8rement, comme nous l\u2019avons soulign\u00e9, il manque chez Proudhon une sensibilit\u00e9 \u00e0 l\u2019importance des espaces communs. Sans de tels espaces de dialogue, la reconnaissance mutuelle demeure superficielle et la libert\u00e9 critique ne peut s\u2019alimenter suffisamment \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0autre\u00a0\u00bb pour conduire \u00e0 une certaine pluralisation identitaire. \u00c0 cet \u00e9gard, on peut donc dire que le f\u00e9d\u00e9ralisme tocquevillien s\u2019av\u00e8re compl\u00e9mentaire de celui de Proudhon.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2865\" aria-describedby=\"caption-attachment-2865\" style=\"width: 223px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Marie-Abts-E.-Vermeersch.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2865 size-medium\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Marie-Abts-E.-Vermeersch.jpg?resize=223%2C300&#038;ssl=1\" alt=\"Marie Abts - E. Vermeersch\" width=\"223\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Marie-Abts-E.-Vermeersch.jpg?resize=223%2C300&amp;ssl=1 223w, https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Marie-Abts-E.-Vermeersch.jpg?w=380&amp;ssl=1 380w\" sizes=\"auto, (max-width: 223px) 100vw, 223px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-2865\" class=\"wp-caption-text\">Marie Abts cousant le 1er drapeau belge &#8211; E. Vermeersch (ou la vision de la bonne place de la femme en politique)<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deuxi\u00e8mement, bien que les f\u00e9d\u00e9ralistes int\u00e9graux le d\u00e9peignent g\u00e9n\u00e9ralement comme un mod\u00e8le de pluralisme, un auteur qui \u00ab\u00a0recherche [&#8230;] une th\u00e9orie de la soci\u00e9t\u00e9 et de l\u2019Etat qui n\u2019exclut aucun acteur social, qu\u2019il soit individuel ou collectif <a href=\"#_ftn81\" name=\"_ftnref81\">[81]<\/a>\u00a0\u00bb, Proudhon pr\u00e9sente une conception extr\u00eamement conservatrice de la place des femmes. Sur la base des arguments essentialistes les plus r\u00e9actionnaires (inf\u00e9riorit\u00e9s physique, intellectuelle et morale <a href=\"#_ftn82\" name=\"_ftnref82\">[82]<\/a>), il refuse non seulement aux femmes une inclusion politique, mais aussi une inclusion socio\u00e9conomique. Les femmes sont destin\u00e9es \u00e0 un r\u00f4le de m\u00e8res et d\u2019\u00e9pouses dans l\u2019intimit\u00e9 de la famille, seule institution o\u00f9 le f\u00e9d\u00e9ralisme proudhonien permet que l\u2019autorit\u00e9 \u00ab\u00a0se retrouve enti\u00e8re\u00a0\u00bb, soutenant que cette autorit\u00e9 du p\u00e8re sera \u00ab\u00a0temp\u00e9r\u00e9e par le double amour conjugal et paternel <a href=\"#_ftn83\" name=\"_ftnref83\">[83]<\/a>\u00a0\u00bb. Parce que le f\u00e9d\u00e9ralisme proudhonien se veut l\u2019incarnation d\u2019un pluralisme optimal et parce que son auteur est g\u00e9n\u00e9ralement un critique aiguis\u00e9 des pouvoirs absolus, on eut pu s\u2019attendre \u00e0 ce qu\u2019il surmonte les pr\u00e9jug\u00e9s dominants de son \u00e9poque. Au contraire, lecteur des \u00e9crits f\u00e9ministes, de plus en plus nombreux en son temps, il en fait une \u00e9valuation qui frise la mauvaise foi. Par exemple, apr\u00e8s avoir \u00e9crit que l\u2019enseignement pouvait contribuer \u00e0 r\u00e9parer \u00ab\u00a0les injures de la naissance et les accidents de la vie sociale\u00a0\u00bb subis par les Noirs am\u00e9ricains et le prol\u00e9tariat en g\u00e9n\u00e9ral <a href=\"#_ftn84\" name=\"_ftnref84\">[84]<\/a>, Proudhon ridiculise un argument similaire au sujet des femmes en pr\u00e9textant que \u00ab\u00a0l\u2019instruction [&#8230;] embrasse une suite d\u2019\u00e9tudes et de manoeuvres dont la femme, par la faiblesse de son cerveau autant que par celle de ses muscles, est incapable <a href=\"#_ftn85\" name=\"_ftnref85\">[85]<\/a>\u00a0\u00bb. Pareil essentialisme est parfaitement incompatible avec la reconnaissance mutuelle &#8211; entendue comme une reconnaissance de l\u2019\u00ab\u00a0autre\u00a0\u00bb selon la d\u00e9finition qu\u2019elle donne d\u2019elle-m\u00eame -, la libert\u00e9 critique &#8211; on ne critique pas l\u2019essence &#8211; et la pluralisation identitaire &#8211; le m\u00e9tissage est un \u00e9tat d\u2019impuret\u00e9 par m\u00e9lange des essences \u2013 qui constituent l\u2019interculturalisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Troisi\u00e8mement, les positions de Proudhon sur la f\u00e9d\u00e9ralisation hors d\u2019Europe demeurent n\u00e9buleuses au point que, dans le cas de l\u2019Alg\u00e9rie, on a parfois l\u2019impression que le f\u00e9d\u00e9ralisme proudhonien se marie \u00e0 l\u2019imp\u00e9rialisme de Tocqueville. D\u2019une part, en 1847, dans l\u2019un de ses trop rares passages sur la question, Proudhon \u00e9crit : \u00ab\u00a0un jour viendra l\u2019ind\u00e9pendance pour l\u2019Alg\u00e9rie : mais alors la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne sera renouvel\u00e9e <a href=\"#_ftn86\" name=\"_ftnref86\">[86]<\/a>\u00a0\u00bb. Toutefois, dans son dernier ouvrage, l\u2019auteur regrette que la France n\u2019ait pas avec l\u2019Alg\u00e9rie une \u00ab\u00a0conf\u00e9d\u00e9ration maritime\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire une \u00ab\u00a0France africaine\u00a0\u00bb, r\u00e9sultat d\u2019une conqu\u00eate qui traduisait un \u00ab\u00a0l\u00e9gitime espoir de la Nation\u00a0\u00bb dont se sont montr\u00e9s incapables les \u00ab\u00a0hommes d\u2019\u00c9tat <a href=\"#_ftn87\" name=\"_ftnref87\">[87]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, plus g\u00e9n\u00e9ralement, le raisonnement de Proudhon selon lequel la conscience de l\u2019interd\u00e9pendance fait na\u00eetre le sens de la justice semble n\u00e9gliger des questions dont l\u2019importance ne s\u2019est pas d\u00e9mentie depuis le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle : Diff\u00e9rents degr\u00e9s d\u2019interd\u00e9pendance et de liens communautaires conduisent-ils \u00e0 une m\u00eame solidarit\u00e9 ? La solidarit\u00e9 n\u2019est-elle pas toujours un peu s\u00e9lective ? Les diff\u00e9rences culturelles radicales ont-elles un impact sur la possibilit\u00e9 de la solidarit\u00e9 transnationale ? Le ressentiment entre des communaut\u00e9s d\u00e9chir\u00e9es par l\u2019histoire ne para\u00eet-il pas un obstacle insurmontable \u00e0 la possibilit\u00e9 m\u00eame du pardon et de la confiance minimale sans lesquels il ne saurait y avoir de solidarit\u00e9 ? Le f\u00e9d\u00e9ralisme social et le f\u00e9d\u00e9ralisme politique sont-ils \u00e9galement solidarisants ? Ici, on ne saurait faire l\u2019\u00e9conomie d\u2019un dialogue entre l\u2019oeuvre de Proudhon et des approches plus contemporaines, notamment l\u2019interculturalisme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>Conclusion<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019essentiel du programme de recherche de Proudhon appara\u00eet d\u00e8s son premier ouvrage social : concilier libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9 et unit\u00e9 dans le v\u00e9ritable esprit de la R\u00e9volution fran\u00e7aise en opposition avec le d\u00e9s\u00e9quilibre unitaire institu\u00e9 par le jacobinisme, consolid\u00e9 par les r\u00e9gimes subs\u00e9quents et auquel l\u2019alternative communiste ne propose qu\u2019un renversement des b\u00e9n\u00e9ficiaires. L\u2019id\u00e9al proudhonien trouve d\u2019abord sa voie hors de la sph\u00e8re politique, dans le mutuellisme anarchiste. Au fil des \u00e9v\u00e9nements, des pol\u00e9miques et des r\u00e9flexions, Proudhon en vient \u00e0 faire du f\u00e9d\u00e9ralisme mutuelliste sa solution, tant pour la question nationale que pour le probl\u00e8me social. Sur la base d\u2019une m\u00e9thode dialectique originale, Proudhon pr\u00e9sente le f\u00e9d\u00e9ralisme mutuelliste comme la voie de l\u2019\u00e9quilibre entre deux s\u00e9ries de termes \u00e0 la fois antinomiques et indissociables : l\u2019\u00e9galit\u00e9 et la libert\u00e9, d\u2019une part ; la libert\u00e9 et l\u2019unit\u00e9, d\u2019autre part. Selon l\u2019auteur, le bien purement f\u00e9d\u00e9ral que r\u00e9alise cette dialectique s\u00e9rielle est la solidarit\u00e9, tant sur le plan national qu\u2019entre les nations. Ses justifications renvoient essentiellement \u00e0 la capacit\u00e9 du principe de mutualit\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019interd\u00e9pendance qui caract\u00e9rise la condition sociale, de m\u00eame qu\u2019\u00e0 celle du syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif d\u2019incarner l\u2019ordre social et politique d\u2019actualisation maximale de la libert\u00e9 humaine comme \u00e9ventail de possibles toujours perfectibles pouvant coexister les uns avec les autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9tude du f\u00e9d\u00e9ralisme de Proudhon est instructive \u00e0 plusieurs \u00e9gards. Premi\u00e8rement, le f\u00e9d\u00e9ralisme proudhonien illustre la difficult\u00e9 majeure \u00e0 surmonter pour atteindre un \u00e9quilibre entre unit\u00e9 et diversit\u00e9. En effet, nous avons vu que, m\u00eame si l\u2019auteur fait de l\u2019\u00e9quilibre l\u2019objectif premier de son f\u00e9d\u00e9ralisme, m\u00eame s\u2019il pr\u00e9sente unit\u00e9 et diversit\u00e9 comme des valeurs interd\u00e9pendantes et incontournables, sa crainte obsessive de l\u2019unit\u00e9-uniformit\u00e9 jacobine mine sa capacit\u00e9 \u00e0 identifier certaines vertus de l\u2019unit\u00e9, particuli\u00e8rement celles des espaces communs d\u2019interaction qui animent le f\u00e9d\u00e9ralisme tocquevillien. En r\u00e9sulte une structure institutionnelle qui emprunte beaucoup aux pr\u00e9ceptes du mod\u00e8le conf\u00e9d\u00e9ral et se rapproche finalement beaucoup plus du cloisonnement entre les nations que de l\u2019interculturalisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pareille structure tend vers la fragmentation et s\u2019av\u00e8re peu susceptible d\u2019institutionnaliser une jouissance \u00e9tendue d\u2019un bien comme la solidarit\u00e9 mutuelliste proudhonienne. La pr\u00e9sence d\u2019un tel d\u00e9s\u00e9quilibre f\u00e9d\u00e9ral chez le p\u00e8re de l\u2019\u00e9quation entre f\u00e9d\u00e9ralisme et \u00e9quilibre montre \u00e0 la fois la difficult\u00e9 et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019accorder une \u00e9gale attention aux m\u00e9rites respectifs de l\u2019unit\u00e9 et de la diversit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deuxi\u00e8mement, nous avons soulign\u00e9 qu\u2019en d\u00e9pit de cette carence, si l\u2019on s\u2019en tient \u00e0 l\u2019esprit de la d\u00e9fense de la libert\u00e9 chez Proudhon, on peut arriver \u00e0 faire avancer significativement la justification et le d\u00e9veloppement d\u2019une conciliation f\u00e9d\u00e9rale et interculturelle de l\u2019unit\u00e9 et de la diversit\u00e9. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, d\u2019apr\u00e8s deux de ses trois conceptions de la libert\u00e9 en syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif, l\u2019une individuelle, l\u2019autre collective, on peut identifier trois biens f\u00e9d\u00e9raux susceptibles de favoriser l\u2019exercice de la solidarit\u00e9 en contexte de diversit\u00e9 culturelle : la libert\u00e9 critique, la reconnaissance mutuelle et la pluralisation identitaire. La compl\u00e9mentarit\u00e9 avec la multiplication des espaces communs d\u2019interaction du f\u00e9d\u00e9ralisme tocquevillien para\u00eet ici \u00e9vidente. Par ailleurs, la pens\u00e9e de Proudhon permet de combiner une justification perfectionniste \u00e0 une justification minimaliste de l\u2019\u00e9quilibre f\u00e9d\u00e9ral et interculturel entre unit\u00e9 et diversit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, \u00e0 la diff\u00e9rence des proudhoniens, il nous a sembl\u00e9 que le f\u00e9d\u00e9ralisme de Proudhon ne peut aujourd\u2019hui \u00eatre autosuffisant, notamment parce qu\u2019il laisse en plan des questions dont on ne saurait faire l\u2019\u00e9conomie : diff\u00e9rents degr\u00e9s d\u2019interd\u00e9pendance et de liens communautaires conduisent-ils \u00e0 une m\u00eame solidarit\u00e9 ? La solidarit\u00e9 n\u2019est elle pas toujours un peu s\u00e9lective\u00a0? Les diff\u00e9rences culturelles radicales ont-elles un impact sur la possibilit\u00e9 de la solidarit\u00e9 transnationale ? Le ressentiment entre des communaut\u00e9s d\u00e9chir\u00e9es par l\u2019histoire ne para\u00eet-il pas un obstacle insurmontable \u00e0 la solidarit\u00e9 ? Le f\u00e9d\u00e9ralisme social et le f\u00e9d\u00e9ralisme politique sont-ils \u00e9galement solidarisants ? \u00c0 la d\u00e9charge de Proudhon, il convient de noter que ce sont l\u00e0 des questions auxquelles la recherche contemporaine n\u2019a pas encore apport\u00e9 de r\u00e9ponses tr\u00e8s satisfaisantes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>_____________<br \/>\n<strong>Notes<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Pierre-Joseph Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, \u0152uvres compl\u00e8tes, tome Du principe f\u00e9d\u00e9ratif. La f\u00e9d\u00e9ration et l\u2019unit\u00e9 en Italie. Nouvelles observations sur l\u2019unit\u00e9 italienne. France et Rhin, Paris, Marcel Rivi\u00e8re, 1959, 1<sup>re<\/sup> partie, p. 352-353.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> P-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Les confessions d&rsquo;un r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb, \u0152uvres compl\u00e8tes, tome Les confessions d&rsquo;un r\u00e9volutionnaire, Paris, Marcel Rivi\u00e8re, 1929, p. 249.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Cette l\u00e9gitimit\u00e9 accrue est particuli\u00e8rement visible dans le discours des organisations internationales. Voir Will Kymlicka, \u00ab\u00a0Federalism and Secession: East and West\u00a0\u00bb, communication pr\u00e9sent\u00e9e au colloque Europa Mundi, Santiago De Compostela, Espagne, juin 2000.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Si l&rsquo;on tient \u00e9galement compte de la multiplication des revendications identitaires autres que nationales, on peut m\u00eame craindre un \u00e9miettement des solidarit\u00e9s.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Voir Philippe Van Parijs, \u00ab\u00a0Un regard philosophique sur l&rsquo;avenir de la Belgique\u00a0\u00bb, La Revue nouvelle, septembre 1999, p. 90-108 et Daniel Weinstock, \u00ab\u00a0Vers une th\u00e9orie normative du f\u00e9d\u00e9ralisme\u00a0\u00bb, Revue internationale des sciences sociales, mars 2001, p. 79-87.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Le concept de \u00ab\u00a0solidarit\u00e9 transnationale\u00a0\u00bb r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la solidarit\u00e9 entre nations, que ce soient les nations de diff\u00e9rents \u00c9tats ou celles d&rsquo;un m\u00eame \u00c9tat multinational.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> P-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, chap. 1, p. 270.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Article \u00ab\u00a0F\u00e9d\u00e9ratif (DU PRINCIPE) et de la n\u00e9cessit\u00e9 de reconstituer le parti de la R\u00e9volution\u00a0\u00bb, dans Grand Dictionnaire universel du XIXe si\u00e8cle, sous la direction de Pierre Larousse, Gen\u00e8ve-Paris, Slatkine, 1982 [1866-1879], tome VIII, 1\u00e8re partie, p. 184.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Cette stabilit\u00e9 est encore visible dans les grands dictionnaires qui paraissent apr\u00e8s la mort de Proudhon, malgr\u00e9 l&rsquo;apparition d&rsquo;un autre syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif de type nouveau au Canada. Voir article \u00ab\u00a0F\u00e9d\u00e9ratif (DU PRINCIPE) et de la n\u00e9cessit\u00e9 de reconstituer le parti de la R\u00e9volution\u00a0\u00bb, dans Grand Dictionnaire universel du XIXe si\u00e8cle, sous la dir. de Pierre Larousse, tome IV, 2e partie, p. 889-891, tome VIII, 1\u00e8re partie, p. 182-186, et Dictionnaire de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, Paris, Firmin-Didot, 1878, tome I, 7e \u00e9dition, p. 365, 731.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Proudhon \u00e9crit que \u00ab\u00a0[l]a cause du prol\u00e9tariat et celle de l&rsquo;\u00e9quilibre europ\u00e9en sont solidaires; toutes deux protestent avec une \u00e9gale \u00e9nergie contre l&rsquo;unit\u00e9 et en faveur du syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb (P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 2e\u00a0partie, p. 439)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Voir notamment P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, chap. VII.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, l<sup>re<\/sup> partie, p. 324. Par \u00ab\u00a0synallagmatique\u00a0\u00bb, l&rsquo;auteur entend un engagement bilat\u00e9ral par lequel tous les contractants, sans exception, \u00ab\u00a0s&rsquo;obligent r\u00e9ciproquement les uns envers les autres\u00a0\u00bb (P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, lre partie, p. 315). Par \u00ab\u00a0commutatif\u00a0\u00bb, il entend un contrat o\u00f9 chacun s&rsquo;engage \u00e0 contribuer l&rsquo;\u00e9quivalent de ce qu&rsquo;il recevra, \u00e9tant entendu que la valeur des contributions doit faire l&rsquo;objet d&rsquo;un consensus social et qu&rsquo;une \u00ab\u00a0loi d&rsquo;assurance g\u00e9n\u00e9rale\u00a0\u00bb verra \u00e0 prot\u00e9ger les contractants en \u00ab\u00a0cas de maladie, infirmit\u00e9 ou mutilation\u00a0\u00bb (P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0De la justice dans la R\u00e9volution et dans l&rsquo;\u00c9glise\u00a0\u00bb, \u0152uvres compl\u00e8tes, tome De la justice dans la R\u00e9volution et dans l&rsquo;\u00c9glise, vol. II, Paris, Marcel Rivi\u00e8re, 1931, p. 283).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> P-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, p. 318, note a.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> P-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, p. 360.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> P-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Les d\u00e9mocrates asserment\u00e9s et les r\u00e9fractaires\u00a0\u00bb, dans P-J. Proudhon, \u0152uvres compl\u00e8tes, tome Contradictions politiques. Les d\u00e9mocrates asserment\u00e9s. Lettre aux ouvriers. Si les trait\u00e9s de 1815 ont cess\u00e9 d&rsquo;exister?, Paris, Marcel Rivi\u00e8re, 1952, p. 51.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Pour un expos\u00e9 plus complet de la dialectique de Proudhon et des rapports qu&rsquo;elle entretient avec celles de Hegel et de Marx, voir Georges Gurvitch, Dialectique et sociologie, Paris, Flammarion, 1962, chap. 7.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> Lettre du 30 d\u00e9cembre 1861 \u00e0 Langlois, cit\u00e9e dans Bernard Voyenne, Histoire de l\u2019id\u00e9e f\u00e9d\u00e9raliste, tome 2, Le f\u00e9d\u00e9ralisme de P.-J. Proudhon, Paris, Presses d\u2019Europe, 1973, p. 65.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, Proudhon pr\u00e9sente la justice comme le produit d&rsquo;une facult\u00e9 dont l&rsquo;homme est dot\u00e9 en vertu de sa raison, \u00e0 savoir \u00ab\u00a0la facult\u00e9 de sentir sa dignit\u00e9 dans la personne de son semblable, comme dans sa propre personne, de s&rsquo;affirmer tout \u00e0 la fois comme individu et comme esp\u00e8ce\u00a0\u00bb. La justice est donc \u00ab\u00a0le respect, spontan\u00e9ment \u00e9prouv\u00e9 et r\u00e9ciproquement garanti, de la dignit\u00e9 humaine, en quelque personne et dans quelque circonstance qu&rsquo;elle se trouve compromise, et \u00e0 quelque risque que nous expose sa d\u00e9fense\u00a0\u00bb. C&rsquo;est l\u00e0 la source de tout droit et de tout devoir (P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0De la justice dans la R\u00e9volution et dans l&rsquo;\u00c9glise\u00a0\u00bb, vol. I, p. 423).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> Proudhon n&rsquo;affirme plus le primat de l&rsquo;\u00e9conomique sur le politique, mais il lie la r\u00e9ussite de l&rsquo;organisation politique \u00e0 celle de l&rsquo;organisation \u00e9conomique et continue de faire de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 l&rsquo;un de ses grands objectifs. Voir P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1re partie, chap. XI.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> Aux yeux de Proudhon, l&rsquo;autogestion est la manifestation des progr\u00e8s de la libert\u00e9 dans la sph\u00e8re \u00e9conomique et elle se traduit par \u00ab\u00a0l&rsquo;union intime du travail et du capital, autrement dit l&rsquo;abolition des aristocraties et du salariat\u00a0\u00bb (P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Nouvelles observations sur l&rsquo;unit\u00e9 italienne\u00a0\u00bb \u0152uvres compl\u00e8tes, tome Du principe f\u00e9d\u00e9ratif, p. 248)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> Proudhon consid\u00e8re que \u00ab\u00a0[1]&rsquo;Europe serait encore trop grande pour une conf\u00e9d\u00e9ration unique\u00a0\u00bb (P-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1re partie, p. 335)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0De la justice dans la R\u00e9volution et dans l&rsquo;\u00c9glise\u00a0\u00bb, vol. II, p. 283-284, 287<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> Pour un r\u00e9sum\u00e9 de ces conditions et de ces garanties du suffrage universel telles que les pr\u00e9sente l&rsquo;auteur \u00e0 la veille des \u00e9lections de 1863, voir P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Les d\u00e9mocrates asserment\u00e9s et les r\u00e9fractaires\u00a0\u00bb, p. 41-43<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, p. 326-329.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> Voir P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, p. 320, note a, 322, note a.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> Voir Richard Vernon, Citizenship and Order : Studies in French Political Thought, Toronto, University of Toronto Press, 1986, p. 83.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, p. 320.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, p. 330-331.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0De la capacit\u00e9 politique des classes ouvri\u00e8res\u00a0\u00bb, p. 207.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, p. 323, note a, 328.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, p. 271.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, p. 272.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, p. 272.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, chap. II.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, p. 307.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, chap. III.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, p. 280.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, p. 295.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, p. 292-293. Selon l\u2019auteur, \u00ab\u00a0la confusion du langage et des id\u00e9es\u00a0\u00bb est devenue telle que l\u2019on peut y voir un \u00ab\u00a0[s]igne certain que notre dissolution est proche et qu\u2019une nouvelle \u00e8re va s\u2019ouvrir\u00a0\u00bb (P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, p. 308).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\">[40]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, p. 305.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\">[41]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, p. 310.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref42\" name=\"_ftn42\">[42]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, p. 311-314.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref43\" name=\"_ftn43\">[43]<\/a> R. Vernon, <em>Citizenship and Order<\/em>, p. 94-95.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref44\" name=\"_ftn44\">[44]<\/a> L\u2019auteur explique qu\u2019\u00ab\u00a0il suffit, pour que cette tendance centralisatrice devienne une r\u00e9alit\u00e9, qu\u2019il existe de fait ou de droit une opposition de classes [&#8230;]. C\u2019est une cons\u00e9quence fatale de l\u2019antagonisme des int\u00e9r\u00eats, qu\u2019ils travaillent de concert \u00e0 la concentration du pouvoir\u00a0\u00bb (P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 3e partie, p. 505).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref45\" name=\"_ftn45\">[45]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, p. 319-320.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref46\" name=\"_ftn46\">[46]<\/a> R. Vernon, <em>Citizenship and Order<\/em>, p. 94.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref47\" name=\"_ftn47\">[47]<\/a> Proudhon pr\u00e9cise qu\u2019il entend par l\u00e0 \u00ab\u00a0s\u00e9parer dans le pouvoir tout ce qui peut \u00eatre s\u00e9par\u00e9, d\u00e9finir tout ce qui peut \u00eatre d\u00e9fini, distribuer entre organes ou fonctionnaires diff\u00e9rents tout ce qui aura \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9 et d\u00e9fini; ne rien laisser dans l\u2019indivision ; entourer l\u2019administration publique de toutes les conditions de publicit\u00e9 et de contr\u00f4le\u00a0\u00bb (P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, p. 330).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref48\" name=\"_ftn48\">[48]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 3<sup>e<\/sup> partie, p. 504.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref49\" name=\"_ftn49\">[49]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 3<sup>e<\/sup> partie, p. 504-505.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref50\" name=\"_ftn50\">[50]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, p. 330.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref51\" name=\"_ftn51\">[51]<\/a> P.-J. Proudhon, La f\u00e9d\u00e9ration et l\u2019unit\u00e9 en Italie, Paris, E. Dentu, 1863, p. 25.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref52\" name=\"_ftn52\">[52]<\/a> P.-J. Proudhon, La f\u00e9d\u00e9ration et l\u2019unit\u00e9 en Italie, p. 25.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref53\" name=\"_ftn53\">[53]<\/a> P.-J. Proudhon, La f\u00e9d\u00e9ration et l\u2019unit\u00e9 en Italie, p. 25.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref54\" name=\"_ftn54\">[54]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Les d\u00e9mocrates asserment\u00e9s et les r\u00e9fractaires\u00a0\u00bb, p. 58.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref55\" name=\"_ftn55\">[55]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, p. 263.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref56\" name=\"_ftn56\">[56]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 2<sup>e<\/sup> partie, p. 366. En 1789, rappelons-le, parall\u00e8lement \u00e0 l\u2019expos\u00e9 de ses positions en mati\u00e8re de repr\u00e9sentation, Siey\u00e8s avait initialement propos\u00e9 au second Comit\u00e9 de constitution une m\u00e9thode purement g\u00e9om\u00e9trique de division du territoire de France (voir B. Voyenne, Histoire de l\u2019id\u00e9e f\u00e9d\u00e9raliste, tome 1, Les sources, Paris, Presses d\u2019Europe, 1976, p. 192). Proudhon omet de pr\u00e9ciser que Siey\u00e8s att\u00e9nua quelque peu sa position initiale et que \u00ab\u00a0le compas et la r\u00e8gle n\u2019avaient pas seuls pr\u00e9sid\u00e9 au d\u00e9coupage\u00a0\u00bb d\u00e9partemental finalement adopt\u00e9. Il n\u2019en demeure pas moins que, pour la majorit\u00e9 des membres du Comit\u00e9 de constitution, ce d\u00e9coupage vise largement \u00e0 institutionnaliser une conception unitaire et indivisible de la nation, de m\u00eame qu\u2019\u00e0 tuer dans l\u2019\u0153uf toute vell\u00e9it\u00e9 f\u00e9d\u00e9raliste que pourraient favoriser les aspirations locales et r\u00e9gionales (voir Mona Ozouf, article \u00ab\u00a0D\u00e9partement\u00a0\u00bb, Dictionnaire critique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, sous la dir. de Fran\u00e7ois Furet et M. Ozouf, Paris, Flammarion, 1988, p. 568).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref57\" name=\"_ftn57\">[57]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0De la justice dans la R\u00e9volution et dans l\u2019\u00c9glise\u00a0\u00bb, vol. II, p. 289.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref58\" name=\"_ftn58\">[58]<\/a> P.-J. Proudhon, La f\u00e9d\u00e9ration et l\u2019unit\u00e9 en Italie, p. 27. Voir \u00e9galement \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1re partie, p. 263, 303.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref59\" name=\"_ftn59\">[59]<\/a> P.-J. Proudhon, La f\u00e9d\u00e9ration et l&rsquo;unit\u00e9 en Italie, p. 56-57.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref60\" name=\"_ftn60\">[60]<\/a> B. Voyenne, \u00ab\u00a0La dialectique \u00e9galit\u00e9-libert\u00e9 chez P.-J. Proudhon\u00a0\u00bb, L\u2019Europe en formation, hiver 1987, p. 18.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref61\" name=\"_ftn61\">[61]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0De la capacit\u00e9 politique des classes ouvri\u00e8res\u00a0\u00bb, p. 207-209.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref62\" name=\"_ftn62\">[62]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0De la capacit\u00e9 politique des classes ouvri\u00e8res\u00a0\u00bb, p. 211.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref63\" name=\"_ftn63\">[63]<\/a> B. Voyenne, Histoire de l\u2019id\u00e9e f\u00e9d\u00e9raliste, tome 2, Le f\u00e9d\u00e9ralisme de P.-J. Proudhon, p. 133.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref64\" name=\"_ftn64\">[64]<\/a> B. Voyenne, Histoire de l\u2019id\u00e9e f\u00e9d\u00e9raliste, p. 134.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref65\" name=\"_ftn65\">[65]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0De la capacit\u00e9 politique des classes ouvri\u00e8res\u00a0\u00bb, p. 200.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref66\" name=\"_ftn66\">[66]<\/a> P-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, p. 352.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref67\" name=\"_ftn67\">[67]<\/a> Notons que, comme c&rsquo;est encore souvent le cas aujourd&rsquo;hui, Proudhon utilise le terme \u00ab\u00a0charit\u00e9\u00a0\u00bb plut\u00f4t que celui de \u00ab\u00a0solidarit\u00e9 altruiste\u00a0\u00bb, et qu&rsquo;il l&rsquo;associe \u00e0 la fraternit\u00e9 plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 la solidarit\u00e9. Voir P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0De la capacit\u00e9 politique des classes ouvri\u00e8res\u00a0\u00bb, p. 204.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref68\" name=\"_ftn68\">[68]<\/a> Sur l&rsquo;\u00e9miettement de la solidarit\u00e9 dans la f\u00e9d\u00e9ration belge, voir notamment D. Karmis et A.-G. Gagnon, \u00ab\u00a0Federalism, Federation and Collective Identities in Canada and Belgium: Different Routes, Similar Fragmentation\u00a0\u00bb, dans Multinational Democracies, sous la dir. de Alain-G. Gagnon et James Tully, Cambridge, Cambridge University Press, 2001, particuli\u00e8rement les pages 165-170.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref69\" name=\"_ftn69\">[69]<\/a> P-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Syst\u00e8me des contradictions \u00e9conomiques ou Philosophie de la mis\u00e8re\u00a0\u00bb, \u0152uvres compl\u00e8tes, tome <em>Syst\u00e8me des contradictions \u00e9conomiques ou Philosophie de la mis\u00e8re<\/em>, Paris, Marcel Rivi\u00e8re, 1923, vol. II, p.\u00a0527.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref70\" name=\"_ftn70\">[70]<\/a> Lettre du 2 novembre 1862 \u00e0 Milliet, cit\u00e9e dans J.-L. Puech et T. Ruyssen, \u00ab\u00a0Le f\u00e9d\u00e9ralisme dans l&rsquo;oeuvre de Proudhon\u00a0\u00bb, dans P-J. Proudhon, \u0152uvres compl\u00e8tes, tome Du principe f\u00e9d\u00e9ratif, p. 53.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref71\" name=\"_ftn71\">[71]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 3<sup>e<\/sup> partie, p. 506.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref72\" name=\"_ftn72\">[72]<\/a> P.-J. Proudhon, La f\u00e9d\u00e9ration et l&rsquo;unit\u00e9 en Italie, p. 23.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref73\" name=\"_ftn73\">[73]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Nouvelles observations sur l&rsquo;unit\u00e9 italienne\u00a0\u00bb, p. 211.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref74\" name=\"_ftn74\">[74]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Nouvelles observations sur l&rsquo;unit\u00e9 italienne\u00a0\u00bb, p. 219-225.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref75\" name=\"_ftn75\">[75]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Nouvelles observations sur l&rsquo;unit\u00e9 italienne\u00a0\u00bb, p. 225-237.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref76\" name=\"_ftn76\">[76]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 3<sup>e<\/sup> partie, p. 507.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref77\" name=\"_ftn77\">[77]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 3<sup>e<\/sup> partie, p. 546.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref78\" name=\"_ftn78\">[78]<\/a> Voir notamment P.-J. Proudhon, La f\u00e9d\u00e9ration et l\u2019unit\u00e9 en Italie, p. 104; \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 2<sup>e<\/sup> partie, p.\u00a0392; et \u00ab\u00a0Nouvelles observations sur l\u2019unit\u00e9 italienne\u00a0\u00bb, p. 216.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref79\" name=\"_ftn79\">[79]<\/a> Voir notamment P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, conclusion, p. 550-551.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref80\" name=\"_ftn80\">[80]<\/a> P.-J. Proudhon, La f\u00e9d\u00e9ration et l&rsquo;unit\u00e9 en Italie, p.\u00a0118.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref81\" name=\"_ftn81\">[81]<\/a> Nicolas Portier, \u00ab\u00a0Proudhon: un d\u00e9mophile antid\u00e9mocrate?\u00a0\u00bb, L&rsquo;Europe en formation, automne-hiver 1994, p.\u00a0100.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref82\" name=\"_ftn82\">[82]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0De la justice dans la R\u00e9volution et dans l&rsquo;\u00c9glise\u00a0\u00bb, vol. IV, p. 179-215.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref83\" name=\"_ftn83\">[83]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 1<sup>re<\/sup> partie, p. 360.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref84\" name=\"_ftn84\">[84]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0Du principe f\u00e9d\u00e9ratif\u00a0\u00bb, 3<sup>e<\/sup> partie, p. 542.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref85\" name=\"_ftn85\">[85]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0De la justice dans la R\u00e9volution et dans l&rsquo;\u00c9glise\u00a0\u00bb, vol. IV, 189.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref86\" name=\"_ftn86\">[86]<\/a> P.-J. Proudhon, Carnets, tome II, 1847-1848, Paris, Marcel Rivi\u00e8re, 1961, carnet n\u00b0\u00a05, p. 133.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref87\" name=\"_ftn87\">[87]<\/a> P.-J. Proudhon, \u00ab\u00a0De la capacit\u00e9 politique des classes ouvri\u00e8res\u00a0\u00bb, p. 306-307.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le f\u00e9d\u00e9ralisme et le d\u00e9fi de la solidarit\u00e9 dans les soci\u00e9t\u00e9s divis\u00e9es &nbsp; Dimitrios Karmis &nbsp; &nbsp; L\u2019id\u00e9e de F\u00e9d\u00e9ration est certainement la plus haute \u00e0 laquelle se soit \u00e9lev\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 nos jours le g\u00e9nie politique. &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":2827,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[47,31],"tags":[230,231,232,87,233],"class_list":["post-2822","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoire-des-idees","category-la-pensee-libertaire-philosophie","tag-dimitrios-karmis","tag-federalisme","tag-mutuellisme","tag-proudhon","tag-tocqueville"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Lire-P-J.jpg?fit=378%2C280&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pc9uqr-Jw","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2822","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2822"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2822\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2827"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2822"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2822"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2822"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}