{"id":2638,"date":"2014-06-05T23:41:32","date_gmt":"2014-06-05T21:41:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=2638"},"modified":"2014-06-22T22:58:44","modified_gmt":"2014-06-22T20:58:44","slug":"contribution-dherve-guyon-autour-de-loeuvre-de-john-holloway","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=2638","title":{"rendered":"Contribution d&rsquo;Herv\u00e9 Guyon autour de l&rsquo;oeuvre de John Holloway"},"content":{"rendered":"<h3 align=\"center\">Rapport \u00ab\u00a0compr\u00e9hensif\u00a0\u00bb issu du s\u00e9minaire ETAPE\u00a0de mai 2014 en la pr\u00e9sence exceptionnelle de John Holloway<\/h3>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00c1 propos de <em>Changer le monde sans prendre le pouvoir<\/em> (1<sup><span style=\"font-size: small;\">e<\/span><\/sup> \u00e9d.\u00a0: 2002; trad. fran\u00e7. \u00e9ditions Syllepse en 2008) et <em>Crack Capitalism. 33 th\u00e8ses contre le Capital<\/em> (1<sup><span style=\"font-size: small;\">e<\/span><\/sup> \u00e9d.\u00a0: 2010; trad. fran\u00e7. aux \u00e9ditions Libertalia en 2012)\u00a0de John Holloway<\/strong><\/p>\n<p align=\"center\"><b>\u00a0<\/b><\/p>\n<h4><\/h4>\n<h4><\/h4>\n<h4><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/Herve-Guyon.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-2649\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/Herve-Guyon.jpg?resize=300%2C316&#038;ssl=1\" alt=\"Herve Guyon\" width=\"300\" height=\"316\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/Herve-Guyon.jpg?w=394&amp;ssl=1 394w, https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/Herve-Guyon.jpg?resize=284%2C300&amp;ssl=1 284w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Introduction<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai la chance de pouvoir introduire la discussion, d\u2019expliquer tout l\u2019int\u00e9r\u00eat que je trouve dans les deux ouvrages de John Holloway (<em>Comment changer le monde sans prendre le pouvoir<\/em> et <em>Crack Capitalism<\/em>).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon introduction essayera d\u2019expliquer l\u2019apport qu\u2019offre ce qu\u2019\u00e9crit John pour un militant r\u00e9volutionnaire, volontairement sans utiliser des concepts centraux discut\u00e9s par John, tel que \u00ab\u00a0travail abstrait\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0f\u00e9tichisation\u00a0\u00bb, car cela demanderait des explications un peu longues et une comp\u00e9tence que je ne suis pas certain d\u2019avoir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis militant syndical, mais j\u2019ai surtout \u00e9t\u00e9 pendant 25 ans un de ces militants professionnels prisonniers du carcan l\u00e9niniste et d\u2019un marxisme orthodoxe propre \u00e0 bien des courants trotskistes. Comme le dit John, le cadre l\u00e9niniste <em>\u00ab\u00a0\u00e7a ne marche pas\u00a0\u00bb<\/em>. Si j\u2019ai rompu avec les organisations politiques, je n\u2019ai pas rompu avec le combat politique. Et les livres de John offre un regard qui interpelle un militant comme moi.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">John discute dans ses deux ouvrages de comment changer le monde en apportant une critique \u00e0 la r\u00e9ponse des marxistes orthodoxes qui est\u00a0: construire un parti et prendre le pouvoir. John ne rejette pas le marxisme, il puise dans les \u00e9crits de Marx des \u00e9l\u00e9ments pour amorcer une r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9criture de John est tout sauf une \u00e9criture affirmative, cherchant \u00e0 donner un cadre th\u00e9orique dans lequel un militant puisse trouver des r\u00e9ponses toutes faites \u00e0 ses questions. John critique le marxisme vu comme la th\u00e9orie de la v\u00e9rit\u00e9 (je fais remarquer que nombre de journaux trotskistes s\u2019appelle justement \u00ab\u00a0la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb)\u00a0; th\u00e9orie scientiste qui cr\u00e9e une distance entre l\u2019objet de l\u2019\u00e9tude (le capitalisme) et la th\u00e9orie (le marxisme). La critique de John de ce marxisme positiviste est faite de questions, avec des r\u00e9ponses qui provoquent d\u2019autres questions. John construit une discussion avec le lecteur. Cette discussion est ouverte, sans fin, si bien que la fin de ses livres est une invitation \u00e0 continuer cette discussion, ouverture \u00e0 construire dans la pratique et dans la th\u00e9orie ce chemin complexe vers le d\u00e9passement du capitalisme, sans savoir si ce chemin existe. Si John d\u00e9construit les cat\u00e9gories du marxisme orthodoxe, il se refuse donc \u00e0 reconstruire de nouvelles cat\u00e9gories fig\u00e9es, mais nous invite \u00e0 les appr\u00e9hender d\u2019une fa\u00e7on dynamique et critique. Le marxisme est donc \u00e0 appr\u00e9hender comme une arme critique et non comme un savoir avec ses v\u00e9rit\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>Le travail<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">John reprend la lecture critique du <em>Capital<\/em> amorc\u00e9e par Moische Postone, le courant Krisis entre autres sur la nature du capitalisme. Mais John apporte une analyse particuli\u00e8re qui d\u00e9passe \u00e0 mes yeux des limites de l\u2019analyse propos\u00e9e par Krisis ou Postone. Le c\u0153ur de l\u2019analyse se situe sur ce qu\u2019est le travail. Le travail a souvent \u00e9t\u00e9 pris comme quelque chose de transhistorique, c\u2019est-\u00e0-dire que le concept de travail est vu identiquement dans toutes les \u00e9poques. De toute \u00e9poque, les hommes auraient travaill\u00e9, et d\u2019ailleurs ce qui d\u00e9finirait l\u2019homme c\u2019est justement le travail. John, et le courant \u00ab\u00a0critique de la valeur\u00a0\u00bb (voir <a href=\"http:\/\/critiquedelavaleur.over-blog.com\/\" target=\"_blank\">http:\/\/critiquedelavaleur.over-blog.com\/<\/a> ), critiquent ce point de vue.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le concept de travail vu comme une activit\u00e9 transhistorique confond la production de richesses sociales n\u00e9cessaire \u00e0 la vie sociale, qui effectivement a toujours exist\u00e9, et la forme sociale particuli\u00e8re qu\u2019elle prend dans une soci\u00e9t\u00e9 particuli\u00e8re. Sous le capitalisme, lorsque qu\u2019une personne travaille, lorsqu\u2019elle produit une richesse, l\u2019objectif n\u2019est pas de r\u00e9pondre \u00e0 un besoin social, mais de produire du profit, on dira produire de la valeur (au sens marxiste o\u00f9 seul le travail humain est g\u00e9n\u00e9rateur de valeur concr\u00e9tis\u00e9 par la vente de la marchandise). Le travail tel que nous le connaissons aujourd\u2019hui se caract\u00e9rise par la production de marchandises destin\u00e9 au march\u00e9 capitaliste. Le travailleur n\u2019a plus la ma\u00eetrise de ce qu\u2019il produit ni du rythme \u00e0 laquelle il produit. Marx disait\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le travail existe en dehors du producteur, ind\u00e9pendamment de lui, \u00e9tranger \u00e0 lui, il devient une puissance autonome<\/em>\u00a0\u00bb. Le travail sous le capitalisme est devenu une activit\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme p\u00e9nible et compl\u00e8tement s\u00e9par\u00e9e des autres activit\u00e9s sociales. Le monde ne devient qu\u2019un syst\u00e8me de production et d\u2019\u00e9change de marchandises o\u00f9 nous avons perdu le contr\u00f4le de ce que nous produisons. Le capitalisme construit un monde complexe mais qui a une unit\u00e9 sous-jacente\u00a0: toutes les relations entre les personnes se construisent autour des marchandises.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sous le capitalisme, peu importe ce qui est produit, peu importe comment, l\u2019objectif est de cr\u00e9er de la valeur. Il y a donc une diff\u00e9rence qualitative entre la forme sociale de production de richesse sous le capitalisme et sous d\u2019autres soci\u00e9t\u00e9s. Dans d\u2019autres soci\u00e9t\u00e9s, les \u00ab\u00a0travailleu.r.se.s\u00a0\u00bb avaient partiellement ou totalement la ma\u00eetrise de ce qu\u2019ils\/elles produisaient, ils\/elles ma\u00eetrisaient le rythme du travail. Le travail \u00e9tait vu qualitativement et non pas sur l\u2019angle purement quantitatif du temps de travail. Le travail productif \u00e9tait int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la vie sociale, il n\u2019y avait pas de coupure compl\u00e8te entre la vie sociale des personnes et leur travail. Avec le capitalisme, une personne est pay\u00e9e pour produire des marchandises, destin\u00e9e au \u00ab\u00a0march\u00e9 mondial\u00a0\u00bb. Le capitalisme a ainsi rompu le lien entre la personne et ce qu\u2019elle produit, c\u2019est-\u00e0-dire le lien entre la production de richesse et la vie sociale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>Les relations sociales<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les individus sont construits dans le cadre du capitalisme par cette forme de relation sociale qu\u2019est la production de valeurs. De ce point de vue, ce n\u2019est donc pas uniquement le Capital qu\u2019il faut renverser, mais au-del\u00e0, le rapport \u00e0 la production de richesse. Une \u00e9conomie planifi\u00e9e peut tr\u00e8s bien conserver les rapports sociaux actuels ; l\u2019URSS en \u00e9tant un exemple. Donc poser uniquement la transformation du capitalisme sur le terrain de l\u2019organisation \u00e9conomique sans poser le probl\u00e8me de la transformation des rapports sociaux fondamentaux, c\u2019est-\u00e0-dire les rapports li\u00e9s \u00e0 la marchandisation, c\u2019est poser l\u2019avenir comme identique \u00e0 aujourd\u2019hui. Le d\u00e9passement du capitalisme doit entrainer une transformation radicale de la fa\u00e7on dont les hommes produisent les richesses. Cela veut dire une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l\u2019activit\u00e9 de production de richesse sociale ne soit plus s\u00e9par\u00e9e du reste de la vie sociale, c\u2019est-\u00e0-dire une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le travail, au sens capitaliste, aura disparu.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la tradition marxiste orthodoxe, l\u2019objectif est l\u2019abolition du salariat. Avec la critique du travail, l\u2019abolition du salariat prend une consistance plus forte, car l\u2019objectif ici devient l\u2019abolition du travail, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019abolition des activit\u00e9s \u00e9conomiques non-ma\u00eetris\u00e9es par les producteurs eux-m\u00eames. Comment y arriver\u00a0? On ne sait pas. Il ne peut y avoir de r\u00e9ponse. Cela ne pourra se faire que par construction collective, empiriquement, de quelque chose de nouveau, dont nous ne savons pas ce que cela pourra \u00eatre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette critique du travail n\u2019est pas propre \u00e0 John, on la retrouve chez Postone ou le groupe Krisis. Mais Postone ou Anselm Jappe ou Robert Kurz (je ne parle que de ceux que j\u2019ai lus) provoquent \u00e0 mes yeux une autre impasse que le marxisme orthodoxe. En effet, les personnes ne sont alors appr\u00e9hend\u00e9es que par cette fonction de producteur de valeur, donc enferm\u00e9es dans leur r\u00f4le social impos\u00e9 par le capitalisme. On a une vision unidimensionnelle de la personne, comme simple acteur et constructeur du capitalisme. Les personnes deviennent uniquement des agents du capitalisme et adh\u00e9rant au capitalisme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien \u00e9videmment, un syst\u00e8me social ne tient que parce qu\u2019il a l\u2019adh\u00e9sion de ses membres. Mais John propose une vision plus contradictoire des individus que cette analyse unidimensionnelle. John discute beaucoup du concept du \u00ab\u00a0faire\u00a0\u00bb, (le \u00ab\u00a0faire\u00a0\u00bb est la traduction du \u00ab\u00a0doing\u00a0\u00bb de John). Le faire est tout ce que nous faisons d\u2019utile et d\u00e9sirable et qui ne contribue pas \u00e0 la valorisation du capital. John repart de la double nature du travail, que Marx a d\u00e9velopp\u00e9, qui peut se d\u00e9composer, d\u2019une part, en travail utile, c\u2019est-\u00e0-dire la production de richesse sociale, et, par ailleurs, le travail est avant tout dans le capitalisme le moyen de produire de la valeur. Comme c\u2019est la production de valeur qui r\u00e9gente le travail, avec le capitalisme, on perd la jouissance de son \u00ab\u00a0faire\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de son activit\u00e9 cr\u00e9atrice. Le capitalisme nous enferme dans des identit\u00e9s, dans des r\u00f4les sociaux, nous figent, et nous cadrons nos actes par rapport \u00e0 ce r\u00f4le que l\u2019on nous demande de jouer. Nous adh\u00e9rons tous au capitalisme et en sommes les acteurs plus ou moins inconsciemment.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>L\u2019au-del\u00e0 du capitalisme<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais en m\u00eame temps, nous ne sommes pas que cela. En permanence, chaque personne recherche \u00e0 retrouver sa force cr\u00e9atrice, ce\u00a0 que John appelle son <em>faire<\/em>. Il y a en permanence une contradiction entre le r\u00f4le que je joue comme acteur du capitalisme et un d\u00e9sir de m\u2019en \u00e9chapper pour retrouver mon activit\u00e9 cr\u00e9atrice, c\u2019est-\u00e0-dire ma nature d\u2019humain. Cette tension en chaque personne peut se caract\u00e9riser par exemple par la matin\u00e9e o\u00f9 l\u2019on d\u00e9cide de dormir plut\u00f4t que d\u2019aller travailler, la pause que l\u2019on prend avec les coll\u00e8gues un peu plus longue que d\u2019habitude, la d\u00e9mission d\u2019un poste salari\u00e9 pour devenir intermittent du spectacle,\u2026 Les rapports sociaux que le capitalisme nous obligent \u00e0 vivre nous poussent \u00e0 les construire et reconstruire en permanence, c\u2019est-\u00e0-dire nous poussent \u00e0 construire le capitalisme\u00a0; et, en m\u00eame temps, nous pousse \u00e0 construire autre chose, un \u00ab\u00a0au-del\u00e0\u00a0\u00bb du capitalisme comme dit John. \u00c1 mes yeux, on trouve des ponts avec toute une litt\u00e9rature sur la psychodynamique du travail comme Christophe Dejours ou ce que des courants sociologiques rapportent du rapport au travail.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, pour John, s\u2019il faut comprendre le capitalisme en termes de classes, l\u2019antagonisme de classe ne peut \u00eatre compris comme une relation entre deux blocs fig\u00e9s, car le capitalisme ne nous est pas ext\u00e9rieur. Les rapports sociaux sont fragment\u00e9s en nous. La lutte de classe est en nous, comme deux p\u00f4les oppos\u00e9s. La lutte de classe passe au sein de chacun de nous comme acceptation du capitalisme et lutte contre le capitalisme. Nous ne luttons pas en tant que classe de travailleurs, mais contre le fait d\u2019\u00eatre la classe travailleuse, contre le travail ali\u00e9n\u00e9. Nous sommes tous dedans le capitalisme et luttant pour en sortir. C\u2019est cette vision contradictoire de la personne qu\u2019apporte John et \u00e0 partir de laquelle il discute du potentiel r\u00e9volutionnaire de notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9action des personnes contre le r\u00f4le social que le capitalisme veut leur faire jouer cr\u00e9e en permanence des millions de toutes petites br\u00e8ches dans le capitalisme. Bien \u00e9videmment, le capitalisme ne sera pas d\u00e9pass\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019existence isol\u00e9e de ces petites br\u00e8ches, je vais y revenir. Mais l\u2019int\u00e9r\u00eat de cette lecture de ce qui nous sommes est de montrer que les choses ne sont pas fig\u00e9es, que le capitalisme cr\u00e9e des contradictions au sein de chaque personne, c\u2019est-\u00e0-dire un potentiel r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>Le potentiel des br\u00e8ches<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si ces br\u00e8ches restaient individuelles, comme des petits espaces de libert\u00e9 que nous nous offrions, le capitalisme para\u00eetrait ind\u00e9passable. Mais ces br\u00e8ches prennent parfois, m\u00eame tr\u00e8s souvent, un caract\u00e8re collectif. Que ce soit la gr\u00e8ve, avec l\u2019auto-organisation de la lutte et l\u2019\u00e9mergence de relations nouvelles entre les personnes\u00a0; que ce soit les AMAP, les squats,\u2026 la vie est remplie de ces moments o\u00f9 l\u2019au-del\u00e0 du capitalisme se cr\u00e9e collectivement, o\u00f9 les personnes retrouvent une coop\u00e9ration sociale ind\u00e9pendamment du capitalisme, ce que John appelle le <em>flux social<\/em>. Ces br\u00e8ches sont souvent \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Elles sont r\u00e9prim\u00e9es, parfois violemment. D\u2019autres s\u2019\u00e9touffent. D\u2019autres sont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es par le capitalisme et ce que l\u2019on croit \u00eatre un \u00ab\u00a0contre le capitalisme\u00a0\u00bb devient un moyen pour le capitalisme de canaliser la r\u00e9volte, ou de cr\u00e9er de nouveaux espaces \u00e9conomiques ou politiques pour imposer son ordre. Le plus souvent, ces br\u00e8ches reproduisent des rapports sociaux que justement nous voulons combattre. Au sein d\u2019AG, de collectifs, \u2026 on voit r\u00e9apparaitre les formes de rapports de dominations, sexuelles mais aussi sociales, que nous voudrions combattre. Bref, si ces br\u00e8ches sont des moments qui cr\u00e9ent l\u2019au-del\u00e0, en m\u00eame temps elles portent les stigmates du capitalisme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce regard sur nous, notre mani\u00e8re d\u2019\u00eatre contradictoire, avec parfois des moments o\u00f9 c\u2019est la construction d\u2019un anticapitalisme qui prime, montre que l\u2019au-del\u00e0 du capitalisme n\u2019est pas un moment qui se cr\u00e9era demain, apr\u00e8s une r\u00e9volution victorieuse. L\u2019au-del\u00e0 du capitalisme se vit dans toutes ces interstices que nous cr\u00e9ons, \u00e9ph\u00e9m\u00e8res certes, mais r\u00e9elles.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce regard permet d\u2019appr\u00e9hender le capitalisme comme un syst\u00e8me non fig\u00e9, o\u00f9 ce sont les rapports sociaux construit par le capitalisme qui dominent, mais poussant par r\u00e9action des espaces r\u00e9volutionnaires au sens d\u2019\u00eatre des \u00ab\u00a0au-del\u00e0\u00a0\u00bb de ce que le capitalisme voudrait nous contraindre d\u2019\u00eatre, des espaces o\u00f9 nous retrouvons la ma\u00eetrise de nos relations sociales.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut d\u00e8s lors, avec cette approche, analyser les mouvements sociaux pass\u00e9s et pr\u00e9sents autrement que par le prisme du marxisme orthodoxe. Lors des situations r\u00e9volutionnaires (1917, 1936, 1968,\u2026), l\u2019objectif des personnes en action \u00e9tait souvent de \u00ab\u00a0rompre\u00a0\u00bb avec l\u2019ordre social qu\u2019ils subissaient\u00a0: rompre le rapport au travail, cr\u00e9er de nouveaux rapports sociaux. L\u2019objectif de r\u00e9appropriation de l\u2019outil de production n\u2019\u00e9tait pas tant la volont\u00e9 de mettre en place une \u00e9conomie planifi\u00e9e, mais plus fondamentalement se r\u00e9approprier sa vie de fa\u00e7on collective et autod\u00e9termin\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si on raisonne en termes de lutte de classe et de pouvoir, il y a de quoi d\u00e9sesp\u00e9rer, car toute l\u2019\u00e9nergie de r\u00e9volte n\u2019arrive jamais \u00e0 d\u00e9passer le cadre local. D\u00e8s que la r\u00e9volte tente de prendre le pouvoir d\u2019\u00c9tat, elle retombe dans l\u2019\u00e9chec que l\u2019on analyse par la \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb des dirigeants ou par \u00ab\u00a0il a manqu\u00e9 un vrai parti\u00a0\u00bb qui est le leitmotiv des analyses l\u00e9ninistes. Or, on ne peut que constater que la d\u00e9mocratie directe, la r\u00e9appropriation de la vie sociale n\u2019ont jamais d\u00e9pass\u00e9 le stade du local. Que ce soit les soviets de la r\u00e9volution russe, les communes de la r\u00e9volution espagnole, les comit\u00e9s, AG, etc.\u00a0; le contr\u00f4le social r\u00e9ellement effectu\u00e9 par la population, c\u2019est-\u00e0-dire la r\u00e9appropriation de ce que John appelle le flux social par les personnes, autod\u00e9termin\u00e9 par les personnes, n\u2019a toujours exist\u00e9 qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale. La r\u00e9appropriation de ce flux social, autod\u00e9termin\u00e9 par les personnes, semble incapable de pouvoir se construire d\u00e8s que l\u2019organisation sociale agglom\u00e8re dans un ensemble unique une surface trop importante. Or, le capitalisme a impos\u00e9 un monde unique, ce qui nous oblige \u00e0 raisonner \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de ce monde. Comment alors s\u2019organiser collectivement au-del\u00e0 du local sans retomber dans les \u00e9checs v\u00e9cus\u00a0? On voit dans le monde arabe ou en Gr\u00e8ce une floraison de ces espaces localis\u00e9s qui vont au-del\u00e0 du capitalisme, mais d\u00e8s que ces mouvements s\u2019agr\u00e8gent pour devenir un mouvement unique dans l\u2019objectif de \u00ab\u00a0prendre le pouvoir\u00a0\u00bb, on voit ces mouvements s\u2019\u00e9touffer pour laisser place \u00e0 des pouvoirs qui \u00ab\u00a0trahissent\u00a0\u00bb les espoirs et cette incapacit\u00e9 de s\u2019extraire collectivement du capitalisme au-del\u00e0 d\u2019une petite collectivit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>Les br\u00e8ches et l\u2019\u00c9tat<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous semblons enlis\u00e9s dans cette contradiction\u00a0: le \u00ab\u00a0au-del\u00e0\u00a0\u00bb du capitalisme n\u2019existe qu\u2019\u00e0 de petites \u00e9chelles, et pourtant il faudrait bien l\u2019imposer \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire. John apporte un regard qui permet de sortir de cette nouvelle impasse. John a dans <em>Changer le monde\u2026<\/em> toute une discussion sur l\u2019\u00c9tat. L\u2019\u00c9tat est une structure s\u00e9par\u00e9e des personnes, mais il n\u2019est pas un objet, c\u2019est une forme particuli\u00e8re de relation sociale, il doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme constitutif du syst\u00e8me. S\u2019emparer du pouvoir d\u2019\u00c9tat par les urnes ou par les armes, c\u2019est prendre le contr\u00f4le d\u2019une structure int\u00e9gr\u00e9 aux relations sociales du capitalisme. Orienter l\u2019action r\u00e9volutionnaire vers la prise du pouvoir \u00e9tatique, c\u2019est avoir une vision d\u2019un \u00c9tat ext\u00e9rieur aux relations sociales, comme une chose fig\u00e9e. Or briser le capitalisme veut dire briser les relations sociales li\u00e9es au capitalisme, et donc entre autres l\u2019\u00c9tat. John n\u00a0 nie pas le besoin de s\u2019organiser au-del\u00e0 du localisme, donc d\u2019avoir \u00e9ventuellement une forme de gouvernement, mais dans le sens d\u2019un gouvernement construit en fonction de nouvelles relations sociales. Un tel gouvernement ne serait pas semblable aux formes \u00e9tatiques que nous connaissons, car il ne serait plus s\u00e9par\u00e9 des personnes, c\u2019est-\u00e0-dire de la coop\u00e9ration sociale. En d\u00e9passant le capitalisme, on ne peut que reconstruire une nouvelle forme de gouvernement, c\u2019est-\u00e0-dire une nouvelle forme de gestion du commun entre les individus. Il ne faut donc pas avoir pour objectif de prendre le pouvoir d\u2019\u00c9tat tel que le capitalisme l\u2019a cr\u00e9\u00e9, mais de construire autre chose ind\u00e9pendamment des formes que le capitalisme a cr\u00e9\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019au-del\u00e0 du capitalisme est une soci\u00e9t\u00e9 unique \u00e0 l\u2019image du monde capitaliste, John dit \u00ab\u00a0une totalit\u00e9\u00a0\u00bb, cela est impossible \u00e0 r\u00e9aliser pratiquement, car il faudrait un gouvernement-\u00c9tat mondial, donc s\u00e9par\u00e9 socialement des personnes. Mais si on comprend que l\u2019au-del\u00e0 du capitalisme passe par la r\u00e9appropriation de ce que John appelle notre <em>faire<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire notre activit\u00e9 cr\u00e9atrice, qui doit \u00eatre au c\u0153ur des rapports sociaux de l\u2019au-del\u00e0 du capitalisme\u00a0; et si on comprend que de tels rapports sociaux ne peuvent se construire qu\u2019\u00e0 une \u00e9chelle humaine, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des relations sociales que nous avons, du flux social des personnes\u00a0; l\u2019au-del\u00e0 du capitalisme peut commencer \u00e0 s\u2019envisager autrement que comme un monde communiste unique, avec une \u00e9conomie centralis\u00e9e et planifi\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, car une telle organisation n\u00e9cessiterait un pouvoir \u00e9tatique qui rentrerait en contradiction avec l\u2019autod\u00e9termination des personnes. John discute, \u00e0 l\u2019image des zapatistes, d\u2019un monde fait de multiples mondes, reli\u00e9s par un maillage complexe de relations sociales, sans isolat mais sans uniformisation, sans opposition entre le niveau micro et le niveau macro. L\u2019id\u00e9e d\u00e8s lors n\u2019est plus de choisir entre deux impasses\u00a0: construire un monde communiste unique vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec ou bien s\u2019enfermer dans une petite communaut\u00e9 isol\u00e9e, elle aussi vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec, mais de construire un monde multiple, avec un maillage social compl\u00e8tement diff\u00e9rent de celui que nous connaissons aujourd\u2019hui, et donc une forme de gestion du commun compl\u00e8tement diff\u00e9rente de ce que nous connaissons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La globalit\u00e9 capitaliste est un tissage de plus en plus serr\u00e9 des rapports sociaux par le travail. Mais le \u00ab\u00a0au-del\u00e0\u00a0\u00bb du capitalisme n\u2019a pas besoin d\u2019un tissage dense similaire. Il faut construire non pas une nouvelle totalit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire un monde unique, mais \u00ab\u00a0<em>une constellation changeante, une conf\u00e9d\u00e9ration de particularit\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em> comme dit John. C\u2019est-\u00e0-dire un maillage par r\u00e9seaux, sans un \u00c9tat s\u00e9par\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9, mais avec des modes de gouvernement int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 la vie sociale, avec un maillage souple des diff\u00e9rentes structures. Pas des unit\u00e9s isol\u00e9es, mais un autre type d\u2019interconnexion sociale, une autre forme de socialisation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Est-ce possible\u00a0? Techniquement, le d\u00e9veloppement scientifique permet d\u2019envisager la relocalisation productive, la circulation des richesses, la construction de rapports sociaux qui seraient ni le prolongement productiviste du capitalisme, ni le retour en arri\u00e8re vers une \u00e9conomie domestique locale. Comment\u00a0? On ne sait pas et on ne peut le savoir, car c\u2019est \u00e0 construire. Ce monde fait de multiples mondes interreli\u00e9s, consid\u00e9r\u00e9 comme un processus vivant, donc en modification permanente, ne peut se construire que sur la base de l\u2019action consciente et volontaire de la population au travers de toutes ces espaces qui vont au-del\u00e0 du capitalisme. L\u2019objectif ne peut pas \u00eatre la convergence de tous ces espaces en un seul mouvement unique, mais l\u2019objectif ne peut pas \u00eatre non plus l\u2019isolat. Le changement viendra de leur confluence. Il faut donc \u0153uvrer \u00e0 la r\u00e9sonance et aux relations entre ces espaces pour construire l\u2019au-del\u00e0 du capitalisme d\u2019une fa\u00e7on multiple et interreli\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>Le potentiel r\u00e9volutionnaire maintenant<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le capitalisme a bien des armes pour freiner, \u00e9craser, d\u00e9tourner, de telles tentatives. Si on analyse le capitalisme comme un syst\u00e8me fig\u00e9, capable de se reproduire en permanence \u00e0 l\u2019identique, l\u2019espoir serait faible d\u2019imaginer de le d\u00e9passer d\u00e9finitivement. Les exp\u00e9riences actuelles des luttes dans le monde arabe ou en Gr\u00e8ce ne seraient d\u00e8s lors que la r\u00e9plication d\u2019\u00e9checs pass\u00e9s sans espoir de voir demain de telles \u00e9nergies nous permettre de d\u00e9passer le capitalisme. Mais la dynamique \u00e9conomique du capitalisme le pousse de plus en plus dans des contradictions. Ces contradictions sont d\u2019ordre \u00e9cologique bien \u00e9videmment. Mais elles sont aussi et avant tout d\u2019ordre social. La m\u00e9canisation permanente, qui seule permet aux capitalistes de ne pas perdre au jeu de la concurrence, fait sortir du travail productif de plus en plus de personnes, et oblige le capitalisme \u00e0 user d\u2019artifices, comme le cr\u00e9dit, qui non seulement ne r\u00e9solve aucun probl\u00e8me mais ne font que les amplifier. La crise amorc\u00e9e il y a six ans n\u2019en est qu\u2019une d\u00e9monstration. Le capitalisme fait des tours de vis continuels pour nous \u00e9craser sous sa domination. Le capitalisme oblige donc de plus en plus de personnes \u00e0 devoir construire cet au-del\u00e0 pour survivre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9volution est, pour John, la transformation de la vie quotidienne, c\u2019est donc de la vie quotidienne que doit surgir la r\u00e9volution. L\u2019important, ce ne sont pas les limites de chaque mouvement, mais la direction de chaque mouvement. La seule mani\u00e8re de concevoir la transformation est de partir des br\u00e8ches dans la domination capitaliste, et voir comment ces br\u00e8ches peuvent se lier. Il n\u2019y a pas un but \u00e0 atteindre, mais un mouvement \u00e0 amplifier. Mais il n\u2019y a pas non plus un mouvement en deux temps, avec la prise du pouvoir d\u2019\u00c9tat comme pivot. La lutte contre le capitalisme est int\u00e9gr\u00e9e dans les pratiques quotidiennes, dans une multitude de fragmentations des relations sociales, donc une multiplicit\u00e9 d\u2019antagonismes, de nature tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. On a l\u2019impression que notre mouvement est fait d\u2019une multitude de diff\u00e9rences. Mais les br\u00e8ches sont bas\u00e9es sur le m\u00eame antagonisme. Les luttes ne sont pas atomis\u00e9es, il y a une r\u00e9sonance entre elle. Il faut imaginer l\u2019anticapitalisme comme un kal\u00e9idoscope d\u2019insubordinations dans lequel cela n\u2019a pas grand sens d\u2019\u00e9tablir des distinctions et hi\u00e9rarchies.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces formes d\u2019espaces anticapitalistes qui \u00e9mergent sont l\u2019embryon de la soci\u00e9t\u00e9 future. Ces \u00ab\u00a0au-del\u00e0\u00a0\u00bb du capitalisme \u00e9mergent en permanence, avec bien des d\u00e9fauts, des limites, des r\u00e9pressions, des d\u00e9viances. Il est important de ne pas id\u00e9aliser ces br\u00e8ches. Nos tentatives de construire des \u00ab\u00a0au-del\u00e0\u00a0\u00bb du capitalisme sont soit absorb\u00e9es par le capitalisme, soit r\u00e9prim\u00e9es. Nos ruptures portent les stigmates du pass\u00e9, les contradictions du capitalisme se reproduisent dans nos br\u00e8ches. Il y a une pression \u00e0 la conformit\u00e9 et aux rapports sociaux capitalistes. Il n\u2019y a donc aucune puret\u00e9 dans ces exp\u00e9riences, elles sont toutes contradictoires, car nous essayons de cr\u00e9er de nouveaux rapports sociaux et nous recr\u00e9ons ceux que nous voulons quitter. Il faut appr\u00e9hender ces br\u00e8ches comme des ouvertures sur autre chose.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a un c\u00f4t\u00e9 angoissant dans ce regard de John, car on ne sait pas. Il n\u2019y a pas de v\u00e9rit\u00e9, de chemin pr\u00e9-\u00e9tabli, de strat\u00e9gie \u00e0 \u00e9laborer autre que participer \u00e0 la gen\u00e8se d\u2019un flux social, avec toutes les limites qu\u2019ont ces espaces anticapitalistes, mais aussi tout le potentiel qu\u2019ils ont. Comme le dit John, je le cite \u00ab<em>\u00a0Comment changer le mode sans prendre le pouvoir\u00a0? (\u2026) nous ne savons pas. (\u2026) Nous avons perdu toutes nos certitudes, mais l\u2019\u00e9mergence de l\u2019incertitude est essentielle pour la r\u00e9volution.<\/em>\u00a0\u00bb Il faut penser en termes d\u2019\u00e9mulation, contagion, de r\u00e9sonnance. Il faut approfondir les br\u00e8ches, \u0153uvrer \u00e0 leurs confluences, les faire se connecter et les aider \u00e0 \u00eatre en r\u00e9sonance, car le capitalisme n\u2019est pas infiniment flexible, il a ses propres contradictions. \u00catre r\u00e9volutionnaire est donc la chose la plus ordinaire du monde, cela fait partie de la vie de tous les jours dans le capitalisme. Il n\u2019y a plus de s\u00e9paration entre les militants conscients et les gens ordinaires. Il faut \u0153uvrer \u00e0 la r\u00e9sonance mutuelle des rebellions ordinaires, qui est la seule base possible pour une r\u00e9volution communiste. Nous sommes tous et toutes partie prenante du processus r\u00e9volutionnaire, car nous sommes tous et toutes des gens ordinaires. Et il n\u2019y a pas de bonnes r\u00e9ponses, seulement des millions d\u2019exp\u00e9riences.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>Conclusion<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour conclure, John offre une grille d\u2018analyse de notre monde et de ses potentialit\u00e9s en rupture compl\u00e8te avec le marxisme orthodoxe. Le marxisme orthodoxe et les organisations r\u00e9volutionnaires sont en \u00e9checs permanents depuis un si\u00e8cle. Deux voies semblent d\u00e8s lors ouvertes\u00a0: le renoncement ou r\u00e9essayer, tel Sisyphe, ce qui \u00e9choue depuis toujours. John d\u00e9place compl\u00e8tement l\u2019angle d\u2019analyse \u00e0 partir de Marx. L\u2019objectif n\u2019est plus de construire un parti r\u00e9volutionnaire pour une future r\u00e9volution, mais de participer \u00e0 un mouvement r\u00e9volutionnaire d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. On dit parfois qu\u2019il est plus facile d\u2019imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme. John offre une lecture du monde o\u00f9 la fin du capitalisme est d\u00e9j\u00e0 partiellement l\u00e0. Il offre un regard qui nous redonne confiance sur la possibilit\u00e9 de d\u00e9passer le capitalisme en remarquant que les gens ordinaires participent \u00e0 un mouvement \u00e0 la fois de refus et cr\u00e9ation, les gens ordinaires sont rebelles et non victimes, ils sont sujets et non objets. Il n\u2019y a pas la minorit\u00e9 militante consciente qui a compris et une masse de personnes moutonni\u00e8res, mais l\u2019anticapitalisme \u00e9merge de tout le monde, et c\u2019est de ce potentiel qu\u2019il faut partir. Militer pour la r\u00e9volution n\u2019est plus militer pour construire un Parti, mais participer \u00e0 ce mouvement d\u00e9j\u00e0 l\u00e0.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: right;\" align=\"center\">Herv\u00e9 Guyon<\/h4>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"center\"><b>\u00a0<\/b>Militant syndical, ex militant trotskiste (LO, NPA)<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"center\">13 mai\u00a02014<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rapport \u00ab\u00a0compr\u00e9hensif\u00a0\u00bb issu du s\u00e9minaire ETAPE\u00a0de mai 2014 en la pr\u00e9sence exceptionnelle de John Holloway \u00c1 propos de Changer le monde sans prendre le pouvoir (1e \u00e9d.\u00a0: 2002; trad. fran\u00e7. \u00e9ditions Syllepse en 2008) et Crack &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":17,"featured_media":2611,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[28,61,31],"tags":[212,213,210,209,211],"class_list":["post-2638","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-analyses","category-critique","category-la-pensee-libertaire-philosophie","tag-capitalisme","tag-critique-de-la-valeur","tag-herve-guyon","tag-john-holloway","tag-marxisme"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/Holloway.jpg?fit=224%2C149&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pc9uqr-Gy","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2638","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/17"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2638"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2638\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2611"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2638"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2638"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2638"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}