{"id":2589,"date":"2014-05-31T18:46:33","date_gmt":"2014-05-31T16:46:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=2589"},"modified":"2014-06-01T19:07:07","modified_gmt":"2014-06-01T17:07:07","slug":"desobeissance-et-democratie-radicale-sandra-laugier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=2589","title":{"rendered":"D\u00e9sob\u00e9issance et d\u00e9mocratie radicale &#8211; Sandra Laugier"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Article de pr\u00e9paration au s\u00e9minaire ETAPE de juin sur <strong>l&rsquo;\u00e9thique perfectionniste, individualisme d\u00e9mocratique et d\u00e9sob\u00e9issance civile <\/strong>&#8211; texte in\u00e9dit<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">____________________________<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peut-on compter sur soi-m\u00eame, et comment\u00a0? Le penseur am\u00e9ricain Henry David Thoreau, le jour o\u00f9 il s\u2019installe au bord du lac de Walden \u2013 un 4 juillet, anniversaire de l\u2019Ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine \u2013 d\u00e9cide qu\u2019il construira sa maison de ses mains, et vivra seul, au milieu des bois : \u00ab\u00a0je gagnais ma vie gr\u00e2ce au seul travail de mes mains\u00a0\u00bb. Utopie\u00a0? Au bout de deux ans, Thoreau retourne \u00e0 la civilisation, mais l\u2019esprit de <em>Walden<\/em> vit toujours. En t\u00e9moignent, aux Etats-Unis dans les ann\u00e9es 1960 au moment de la bataille des droits civiques, et aujourd\u2019hui en France, les multiples actes de <em>d\u00e9sob\u00e9issance civile<\/em>, concept invent\u00e9 aussi par Thoreau. Je peux et dois m\u2019opposer \u00e0 la loi commune, m\u2019isoler de la soci\u00e9t\u00e9, si je ne m\u2019y reconnais pas. La d\u00e9sob\u00e9issance se fonde que sur un principe moral, la <em>confiance en soi,<\/em> qui encourage l\u2019individu \u00e0 refuser la loi commune et accept\u00e9e des autres, en se fondant sur sa propre conviction qu\u2019elle est injuste.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6><strong>Tradition et actualit\u00e9 de la d\u00e9sob\u00e9issance<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9sob\u00e9issance civile est le refus volontaire et ostensible d\u2019appliquer un texte r\u00e9glementaire. Il ne faut pas imaginer, donc, que d\u00e9sob\u00e9ir est un acte qui recouvre toutes les r\u00e9sistances et toutes les r\u00e9voltes. La d\u00e9sob\u00e9issance civile est une forme d\u2019action qui r\u00e9pond \u00e0 une d\u00e9finition pr\u00e9cise\u00a0: refuser, de fa\u00e7on non-violente, collective et publique, de remplir une obligation l\u00e9gale ou r\u00e9glementaire au motif qu\u2019elle viole un \u00ab\u00a0principe sup\u00e9rieur\u00a0\u00bb afin de se faire sanctionner pour que la l\u00e9gitimit\u00e9 de cette obligation soit appr\u00e9ci\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un appel en justice. La France d\u2019aujourd\u2019hui vit un moment marqu\u00e9 par la prolif\u00e9ration du nombre d\u2019actes de d\u00e9sob\u00e9issance civile. Loin de marquer un rejet du politique, ces refus en appellent \u00e0 une extension des droits et des libert\u00e9s qu\u2019une d\u00e9mocratie devrait assurer \u00e0 ses citoyens. Ce qui est r\u00e9sum\u00e9 par la question de notre livre\u00a0: <em>Pourquoi d\u00e9sob\u00e9ir en d\u00e9mocratie\u00a0?<\/em> (avec Albert Ogien, Paris, La D\u00e9couverte, 2010). La d\u00e9sob\u00e9issance civile pourrait \u00eatre tenue pour une forme d\u2019action politique d\u00e9su\u00e8te, et inad\u00e9quate. C\u2019est que, dans un r\u00e9gime d\u00e9mocratique, les libert\u00e9s de vote, d\u2019expression, de manifestation, de gr\u00e8ve, de conscience et d\u2019association sont apparemment garanties\u00a0; des m\u00e9canismes de \u00ab\u00a0dialogue social\u00a0\u00bb ont \u00e9t\u00e9 institu\u00e9s, dans le travail parlementaire, le paritarisme ou les n\u00e9gociations collectives\u00a0; et la d\u00e9fense des droits fondamentaux est une r\u00e9alit\u00e9 juridique qu\u2019on peut faire jouer. Dans ces conditions, on ne voit plus pourquoi l\u2019expression d\u2019un m\u00e9contentement devrait prendre les allures de la d\u00e9sob\u00e9issance, et on peut m\u00eame s\u2019inqui\u00e9ter d\u2019un geste qui remet en cause le principe m\u00eame de la d\u00e9mocratie, \u00e0 savoir le fait que la minorit\u00e9 s\u2019engage \u00e0 accepter la l\u00e9gitimit\u00e9 de ce qu\u2019une majorit\u00e9 d\u00e9cide, en attendant une \u00e9ventuelle alternance. La d\u00e9sob\u00e9issance est une modalit\u00e9 de contestation dont le bien-fond\u00e9 est mis en doute pour des raisons de l\u00e9gitimit\u00e9 (de quel droit se soustraire \u00e0 la loi r\u00e9publicaine\u00a0?), pour des raisons politiques (pourquoi revendiquer les int\u00e9r\u00eats des individus contre ceux de la collectivit\u00e9), ou pour des raisons d\u2019efficacit\u00e9 (elle ne s\u2019attaque pas aux racines de l\u2019ali\u00e9nation et de la domination).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or la d\u00e9sob\u00e9issance s\u2019impose quand on a \u00e9puis\u00e9 l\u2019expression du d\u00e9saccord par les moyens politiques classiques, qui respectent les r\u00e8gles du dialogue\u00a0: elle est une mise en cause certes non-violente, mais radicale, d\u2019un pouvoir devenu sourd \u00e0 la contestation. Nous souhaitons ici donner des \u00e9l\u00e9ments pour d\u00e9crire ce ph\u00e9nom\u00e8ne, en prendre acte et montrer en d\u00e9finitive la <em>justesse <\/em>de ces gestes, qui sont con\u00e7us non pas comme une mise en cause, mais une r\u00e9affirmation des principes de la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le recours \u00e0 la d\u00e9sob\u00e9issance fait en effet curieusement revivre une tradition n\u00e9e aux Etats-Unis, et semble s\u2019\u00e9carter des modes d\u2019action politique reconnus dans la France contemporaine. C\u2019est que Henry David Thoreau (1817-1862) et Ralph Waldo Emerson (1803-1882), les promoteurs am\u00e9ricains de la d\u00e9sob\u00e9issance civile, s\u2019exprimaient en contexte d\u00e9mocratique \u2013 pas tyrannique \u00e0 proprement parler \u2013 contre une trahison des id\u00e9aux de ma d\u00e9mocratie\u00a0: c\u2019est ce sentiment qui suscite la d\u00e9sob\u00e9issance, on ne se <em>reconna\u00eet<\/em> pas dans l\u2019Etat et sa parole, on ne veut plus parler en son nom (ni qu\u2019il pr\u00e9tende nous exprimer). La d\u00e9sob\u00e9issance civile surgit quand un fonctionnement public apparemment d\u00e9mocratique suscite le d\u00e9go\u00fbt, et le refus\u00a0: notamment par sa forme d\u2019expression, son langage. Les motifs des \u00ab\u00a0grandes causes\u00a0\u00bb qui lui ont donn\u00e9 ses lettres de noblesse (Gandhi, la Guerre d\u2019Alg\u00e9rie, celle du Viet Nam, le combat contre la colonisation, la s\u00e9gr\u00e9gation raciale, ou les luttes pour le droit \u00e0 l\u2019avortement ou \u00e0 la libre sexualit\u00e9) se retrouvent dans la volont\u00e9 de soutenir des ill\u00e9gaux et des clandestins, exprim\u00e9e dans un certain nombre d\u2019actions plus ou moins spectaculaires. Mais d\u2019autres mani\u00e8res de d\u00e9sob\u00e9ir existent aujourd\u2019hui. La premi\u00e8re consiste, pour un groupe de citoyens organis\u00e9s, \u00e0 se mettre d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment en infraction tout en cherchant \u00e0 articuler cette action \u00e0 celle qu\u2019une opposition politique livre dans le cadre du d\u00e9bat d\u00e9mocratique. La seconde suscite moins d\u2019int\u00e9r\u00eat m\u00e9diatique\u00a0: elle consiste, pour une poign\u00e9e de citoyens, \u00e0 refuser ostensiblement d\u2019appliquer une disposition l\u00e9gale ou r\u00e9glementaire qu\u2019ils sont charg\u00e9s de mettre en \u0153uvre mais dont ils estiment qu\u2019elle est attentatoire \u00e0 la justice ou \u00e0 la d\u00e9mocratie. Ce qui est le cas lorsque des agents de l\u2019Etat refusent de suivre des instructions dont ils pensent qu\u2019elles font peser des menaces sur l\u2019\u00e9gal acc\u00e8s des citoyens \u00e0 des besoins fondamentaux (sant\u00e9, \u00e9ducation, justice, etc.)\u00a0; ou nuisent aux libert\u00e9s individuelles\u00a0; ou d\u00e9gradent la qualit\u00e9 des prestations offertes aux usagers d\u2019un service public. La d\u00e9sob\u00e9issance civile prend alors une allure in\u00e9dite et plus discr\u00e8te. Elle renvoie \u00e0 un sentiment de d\u00e9possession de la voix.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6><strong>La voix et la dissidence<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes partis, au plan philosophique, de l\u2019importance chez Ludwig Wittgenstein (1889-1951), comme chez Emerson, de l\u2019id\u00e9e de <em>voix<\/em> et de revendication (<em>claim<\/em>). Lorsque Wittgenstein dit que les humains \u00ab\u00a0s\u2019accordent dans le langage qu\u2019ils utilisent\u00a0\u00bb, il fait appel \u00e0 un accord qui n\u2019est fond\u00e9 sur rien d\u2019autre que la validit\u00e9 d\u2019une voix. Dans son ouvrage <em>Dire et vouloir dire<\/em> (1969), Stanley Cavell, reprenant Kant, d\u00e9finissait la rationalit\u00e9 du recours au langage ordinaire, sur le mod\u00e8le du jugement esth\u00e9tique, comme revendication d\u2019une \u00ab\u00a0voix universelle\u00a0\u00bb\u00a0: se fonder sur <em>moi<\/em> pour dire ce que <em>nous<\/em> disons. Cette revendication est ce qui d\u00e9finit l\u2019accord, et la communaut\u00e9 est donc, par d\u00e9finition, revendiqu\u00e9e, pas fondatrice. C\u2019est moi \u2013 ma voix \u2013 qui r\u00e9clame la communaut\u00e9, pas l\u2019inverse. Trouver ma voix consiste, non pas \u00e0 trouver un accord avec <em>tous<\/em>, mais \u00e0 faire une revendication. On peut ainsi dire que chez Cavell et Wittgenstein la communaut\u00e9 ne peut exister que dans sa constitution par la revendication individuelle et par la reconnaissance de celle d\u2019autrui. Elle ne peut donc \u00eatre pr\u00e9suppos\u00e9e, et il n\u2019y a aucun sens \u00e0 r\u00e9soudre le d\u00e9saccord moral ou le conflit politique par le recours \u00e0 elle. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une solution au probl\u00e8me de la moralit\u00e9\u00a0: bien plut\u00f4t d\u2019un transfert de ce probl\u00e8me, et du fondement de l\u2019accord communautaire, vers la connaissance et le revendication de soi.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La voix est forc\u00e9ment dissidente, contre le conformisme. On pr\u00e9f\u00e9rera ici l\u2019id\u00e9e de d\u00e9sob\u00e9issance \u00e0 celle d\u2019\u00e9mancipation. Le dissensus est propre \u00e0 la d\u00e9mocratie et \u00e0 ce type m\u00eame de conformisme que suscite la d\u00e9mocratie, celui que d\u00e9plore Emerson lorsqu\u2019il revendique la \u00ab\u00a0Self-Reliance\u00a0\u00bb (ou \u00ab\u00a0Confiance en soi\u00a0\u00bb, 1841). Penser la d\u00e9sob\u00e9issance en d\u00e9mocratie revient \u00e0 penser le retournement du conformisme. Elle est li\u00e9e \u00e0 la d\u00e9finition m\u00eame d\u2019une d\u00e9mocratie, d\u2019un gouvernement du peuple c\u2019est-\u00e0-dire <em>par<\/em> le peuple, comme le disait tr\u00e8s clairement la d\u00e9claration d\u2019ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine\u00a0(\u00e0 laquelle Emerson et Thoreau veulent \u00eatre fid\u00e8les contre les d\u00e9rives de la Constitution puis de sa mise en \u0153uvre jacksonienne)\u00a0: un bon gouvernement d\u00e9mocratique est le gouvernement qui est le n\u00f4tre, le mien \u2013 qui m\u2019exprime et que je puis exprimer. La question de la d\u00e9mocratie est bien celle de la voix. Je dois avoir une voix dans mon histoire, et me reconna\u00eetre dans ce qui est dit ou montr\u00e9 par ma soci\u00e9t\u00e9, et ainsi, en quelque sorte, lui donner ma voix, accepter qu\u2019elle parle en mon nom. La d\u00e9sob\u00e9issance est la solution qui s\u2019impose lorsqu\u2019il y a dissonance\u00a0: je ne m\u2019entends plus, dans un discours qui sonne faux, dont chacun de nous peut faire l\u2019exp\u00e9rience quotidienne (pour soi-m\u00eame aussi, car pour Emerson le conformisme qu\u2019on doit d\u2019abord chasser est le sien propre).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6><strong>D\u00e9mocratie radicale\u00a0: assentiment en conversation et dissentiment<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette approche, la question de la d\u00e9mocratie est affaire de langage : elle devient celle de l\u2019expression. L\u2019illusion est que si ma soci\u00e9t\u00e9 est raisonnablement libre et d\u00e9mocratique, mon dissentiment n\u2019a pas \u00e0 s\u2019exprimer sous forme radicale\u00a0: comme si j\u2019avais minimalement consenti \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, de fa\u00e7on que mon d\u00e9saccord puisse \u00eatre raisonnablement formul\u00e9 dans ce cadre. Mais quel consentement ai-je donn\u00e9\u00a0? La d\u00e9mocratie radicale veut continuer la conversation en ce qu\u2019elle consid\u00e8re que non, je n\u2019ai pas donn\u00e9 mon consentement\u00a0: pas \u00e0 tout. La critique est au fondement m\u00eame de la d\u00e9mocratie, elle n\u2019est pas sa d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence ou une faiblesse interne. L\u2019id\u00e9e m\u00eame de d\u00e9sob\u00e9issance civile est d\u2019abord une approche am\u00e9ricaine de la d\u00e9mocratie, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 elle essaie de se r\u00e9inventer sur le sol am\u00e9ricain, et dans le cadre d\u2019une d\u00e9ception par la d\u00e9mocratie devenue conformiste et marchande. Elle est cependant caract\u00e9ristique de ces moments o\u00f9 on d\u00e9sesp\u00e8re de la d\u00e9mocratie, o\u00f9 elle d\u00e9g\u00e9n\u00e8re en conformit\u00e9. Cette voie du dissentiment est particuli\u00e8rement importante dans la tradition culturelle am\u00e9ricaine, et on l\u2019a retrouv\u00e9e dans les mouvements minoritaires d\u2019opposition \u00e0 la guerre en Irak de G. W. Bush. On peut m\u00eame imaginer que par un d\u00e9tour elle a men\u00e9 au changement politique et au retour d\u2019un pouvoir d\u00e9mocrate, assorti du signe important, au pays de l\u2019esclavage, que fut l\u2019\u00e9lection d\u2019un pr\u00e9sident \u00e0 moiti\u00e9 noir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Emerson et Thoreau refusaient la soci\u00e9t\u00e9 de leur temps pour les m\u00eames raisons que l\u2019Am\u00e9rique avait voulu l\u2019ind\u00e9pendance, et revendiqu\u00e9 les droits que sont la libert\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9, la recherche du bonheur. Ils prenaient \u00e0 la lettre la D\u00e9claration d\u2019Ind\u00e9pendance\u00a0: \u00ab\u00a0Les gouvernements sont \u00e9tablis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir \u00e9mane du <em>consentement <\/em>des gouvern\u00e9s\u00a0\u00bb. C\u2019est ici et maintenant, chaque jour, que se r\u00e8gle mon assentiment \u00e0 ma soci\u00e9t\u00e9\u00a0; je le l\u2019ai pas donn\u00e9, en quelque sorte, une fois pour toutes. Non que mon assentiment soit mesur\u00e9 ou conditionnel\u00a0: mais il est, constamment, en discussion, ou en <em>conversation<\/em> \u2013 il est travers\u00e9 par le dissentiment. Thoreau dans la <em>D\u00e9sob\u00e9issance civile<\/em> (1849) d\u00e9clare\u00a0: \u00ab\u00a0je souhaite refuser de faire all\u00e9geance \u00e0 l\u2019Etat, m\u2019en retirer de mani\u00e8re effective\u00a0\u00bb. Si l\u2019Etat refuse de dissoudre son union avec le propri\u00e9taire d\u2019esclaves, alors \u00ab\u00a0que chaque habitant de l\u2019Etat dissolve son union avec lui (l\u2019Etat)\u00a0\u00bb. \u00abJe ne peux reconna\u00eetre ce gouvernement pour mien, puisque c\u2019est aussi celui de l\u2019esclave\u00bb, dit Emerson. Nous sommes tous esclaves et notre parole sonne faux. Plut\u00f4t que de revendiquer \u00e0 leur place, et de les maintenir ainsi dans le silence, ils pr\u00e9f\u00e8rent revendiquer les seuls droits qu\u2019ils puissent d\u00e9fendre, les leurs. Leur droit d\u2019avoir un gouvernement qui parle et agit en leur nom, qu\u2019ils reconnaissent, \u00e0 qui ils donnent leur voix.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6><strong>D\u00e9sob\u00e9issance civile et individualisme<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On comprend alors quelle est l\u2019actualit\u00e9 de la confiance en soi, et de la d\u00e9sob\u00e9issance contre le conformisme, et le d\u00e9sespoir d\u00e9mocratique. Le mod\u00e8le de la d\u00e9sob\u00e9issance r\u00e9appara\u00eet comme manifestation non pas de r\u00e9volte, mais d\u2019espoir, contre tout ce d\u00e9sespoir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9sob\u00e9issance oblige ainsi \u00e0 revendiquer une forme d\u2019individualisme \u2013 car ne faut pas laisser le monopole de l\u2019individu, si l\u2019on peut dire, au n\u00e9olib\u00e9ralisme et \u00e0 certaines formes destructrices d\u2019individualisme. Et la pens\u00e9e de Cavell, celle de la tradition de pens\u00e9e am\u00e9ricaine du XIXe si\u00e8cle, Emerson et Thoreau, th\u00e9oriciens de la d\u00e9sob\u00e9issance civile et de la confiance en soi, ouvre sur la r\u00e9habilitation d\u2019une forme radicale et critique d\u2019individualisme. Ils montrent, comme Wittgenstein et la philosophie du langage ordinaire, que la r\u00e9flexion sur l\u2019individu passe par une red\u00e9finition de ce qu\u2019est une expression juste, une voix coh\u00e9rente\u00a0; il ne suffit pas de s\u2019exprimer pour avoir une voix. La voix est indissolublement personnelle et collective, et plus elle exprime le singulier, plus elle est propre \u00e0 repr\u00e9senter le collectif. Une voix doit alors \u00eatre revendicatrice, exprimer les autres : pas seulement parler au nom de ceux qui ne peuvent parler, id\u00e9e condescendante et sans avenir. On ne parle pas \u00e0 la place de quelqu\u2019un, il faut d\u00e9j\u00e0 \u00eatre capable de parler pour soi, d\u2019assumer la responsabilit\u00e9 d\u2019une prise de parole.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la base de la question de la voix, il y a la question\u00a0: qu\u2019est-ce qui permet de dire nous\u00a0? JE (seul) puis dire ce que NOUS disons. L\u2019usage commun du langage pose directement une question politique, qui est celle de la n\u00e9cessit\u00e9 de la voix individuelle et du <em>dissensus<\/em>. C\u2019est l\u2019id\u00e9e qu\u2019il faut <em>trouver sa voix<\/em> en politique\u00a0: cette th\u00e9matisation de la voix se trouve chez Emerson et dans l\u2019id\u00e9e de confiance en soi (<em>Self-Reliance<\/em>). Emerson affirme que l\u2019expression individuelle est l\u00e9gitim\u00e9e comme publique quand elle est authentique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Croire votre pens\u00e9e, croire que ce qui est vrai pour vous dans l\u2019intimit\u00e9 de votre c\u0153ur est vrai pour tous les hommes &#8211; c\u2019est l\u00e0 le g\u00e9nie. Exprimez votre conviction latente, et elle sera le sentiment universel; car ce qui est le plus intime finit toujours par devenir le plus public.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela conduit Emerson \u00e0 une critique du conformisme et du moralisme, con\u00e7us comme incapacit\u00e9 \u00e0 prendre la parole, \u00e0 vouloir dire soi-m\u00eame ce qu\u2019on dit, \u00e0 \u00eatre bien sujet de sa parole. La confiance n\u2019est pas un fondement sur une individualit\u00e9 existante, elle la constitue\u00a0: cette constitution de l\u2019individu s\u2019accomplit par la recherche par chacun de sa voix, du ton juste, de l\u2019expression ad\u00e9quate. Il s\u2019agit \u00e0 la fois de constitution individuelle\u00a0 \u2013 \u00ab\u00a0suivre sa constitution\u00a0\u00bb dit Emerson \u2013\u00a0 et commune\u00a0: trouver une <em>constitution politique<\/em> qui permette \u00e0 chacun de trouver expression, d\u2019\u00eatre exprim\u00e9 par le commun et d\u2019accepter de l\u2019exprimer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019individualisme devient alors principe d\u00e9mocratique, celui de la comp\u00e9tence politique et expressive de chacun. Il s\u2019agit de savoir pour chacun ce qui lui convient, et \u00e0 chaque fois de fa\u00e7on singuli\u00e8re. Le vrai individualisme, ce n\u2019est pas l\u2019\u00e9go\u00efsme, c\u2019est l\u2019attention \u00e0 l\u2019autre en tant que singulier, et \u00e0 l\u2019expression sp\u00e9cifique de chacun\u00a0; c\u2019est l\u2019observation des situations ordinaires o\u00f9 sont pris les autres. C\u2019est pour ces raisons qu\u2019un enjeu de l\u2019individualisme est aussi l\u2019attention aux vuln\u00e9rables. L\u2019individualisme v\u00e9ritable devient attention concr\u00e8te \u00e0 chacun.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6><strong>D\u00e9sob\u00e9ir pour la d\u00e9mocratie<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour finir, la d\u00e9sob\u00e9issance en d\u00e9mocratie n\u2019est pas un refus de la d\u00e9mocratie, au contraire. Elle est li\u00e9e \u00e0 la d\u00e9finition m\u00eame d\u2019une d\u00e9mocratie, d\u2019un gouvernement du peuple, c\u2019est-\u00e0-dire <em>par<\/em> le peuple, comme le disait la d\u00e9claration d\u2019ind\u00e9pendance\u00a0: un gouvernement d\u00e9mocratique est le gouvernement qui est le n\u00f4tre, le mien \u2013 qui m\u2019exprime, o\u00f9 j\u2019ai ma voix. Je dois avoir une voix dans mon histoire, et me reconna\u00eetre dans ce qui est dit ou montr\u00e9 par ma soci\u00e9t\u00e9, et ainsi, en quelque sorte, lui donner ma voix, accepter qu\u2019elle parle en mon nom. La question politique premi\u00e8re devient celle de l\u2019<em>expression<\/em>. La position de Thoreau et d\u2019Emerson est simple\u00a0: on a non seulement le droit mais le devoir de r\u00e9sister, et donc de d\u00e9sob\u00e9ir, lorsque le gouvernement agit contre <em>ses propres principes<\/em>. Thoreau refuse de reconna\u00eetre le gouvernement comme sien, et refuse de lui donner sa voix, sa contribution financi\u00e8re\u00a0; il refuse qu\u2019il parle en son nom \u2013 lorsqu\u2019il promeut l\u2019esclavage ou fait la guerre au Mexique. C\u2019est l\u00e0 un affect politique fondamental, qu\u2019on retrouvait dans les oppositions internes \u00e0 la guerre en Irak\u00a0: <em>Not in our name<\/em>. C\u2019est aussi une reconception du contrat social. L\u2019installation de Thoreau \u00e0 Walden est une protestation contre la vie que m\u00e8nent les autres hommes (\u00ab\u00a0<em>a life of quiet desperation\u00a0<\/em>\u00bb), contre sa soci\u00e9t\u00e9 telle qu\u2019elle existe. Emerson et Thoreau refusent la soci\u00e9t\u00e9 de leur temps pour les m\u00eames raisons que l\u2019Am\u00e9rique a voulu l\u2019ind\u00e9pendance, et revendiqu\u00e9 les droits que sont la libert\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9, et ne l\u2019oublions pas, la recherche du bonheur. Ils prennent \u00e0 la lettre la D\u00e9claration d\u2019Ind\u00e9pendance\u00a0: \u00ab\u00a0Les gouvernements sont \u00e9tablis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir \u00e9mane du <em>consentement <\/em>des gouvern\u00e9s. Toutes les fois qu\u2019une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer et de l\u2019abolir, et d\u2019\u00e9tablir un nouveau gouvernement.\u00a0\u00bb Lorsque Emerson embrasse comme Thoreau la cause abolitionniste dans de c\u00e9l\u00e8bres discours (en 1844 et 1854), et dans sa d\u00e9fense de John Brown, il d\u00e9nonce avec l\u2019esclavage la corruption des principes m\u00eames de la constitution am\u00e9ricaine, et la corruption des politiques, repr\u00e9sentants de la nation \u2013 il\u00a0 recommande alors de d\u00e9sob\u00e9ir \u00e0 la loi, dans sa d\u00e9nonciation scandalis\u00e9e de la loi inique sur les esclaves fugitifs.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fondement de cette position est encore une fois la confiance en soi, qui loin d\u2019\u00eatre une assurance ou une pr\u00e9tention, se d\u00e9finit en opposition au conformisme. Pour Thoreau, ce n\u2019est pas le silence qui guette d\u2019abord l\u2019intellectuel, mais en effet le conformisme. Contre la conformit\u00e9, Emerson et Thoreau demandent donc une vie qui soit \u00e0 nous, \u00e0 laquelle nous ayons consenti, avec notre propre voix. Thoreau \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Je r\u00e9ponds qu\u2019il ne peut pas s\u2019y associer sans se d\u00e9shonorer. Je ne peux pas un seul instant reconna\u00eetre comme <em>mon <\/em>gouvernement une organisation politique qui est ainsi le gouvernement de <em>l\u2019esclave<\/em>\u00a0\u00bb. Si j\u2019accepte la soci\u00e9t\u00e9, la reconnais comme mienne, JE suis esclave, nous le sommes tous. Thoreau et Emerson ne visent pas \u00e0 parler pour les autres, les \u00ab\u00a0sans-voix\u00a0\u00bb \u2013 ils revendiquent <em>leur<\/em> droit d\u2019avoir un gouvernement qui parle et agit en leur nom.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question de la d\u00e9sob\u00e9issance ne concerne donc pas seulement ceux qui ne parlent pas, ceux qui, pour des raisons structurelles ne peuvent pas parler (qui ont d\u00e9finitivement \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0exclus\u00a0\u00bb de la conversation de la justice)\u00a0: elle concerne \u00e9galement ceux qui <em>pourraient parler<\/em>, mais se heurtent \u00e0 l\u2019inad\u00e9quation de leur parole. Du coup, dans la soci\u00e9t\u00e9 actuelle, paradoxalement, le probl\u00e8me ce ne sont pas seulement les exclus, au sens des exclus de la parole, mais aussi ceux dont la parole n\u2019est pas \u00e9cout\u00e9e \u00e0 sa juste valeur, est d\u00e9valoris\u00e9e. L\u2019id\u00e9al d\u2019une conversation politique &#8211; de la d\u00e9mocratie &#8211; serait celui d\u2019une circulation de la parole o\u00f9 personne ne serait sans voix. Et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019on retrouve l\u2019\u00e9galit\u00e9 comme exigence politique, et sa revendication comme forme de la r\u00e9sistance.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui la d\u00e9sob\u00e9issance civile pourrait \u00eatre tenue pour une forme d\u2019action politique d\u00e9su\u00e8te, et inad\u00e9quate \u2013 surtout en un temps de lutte pour la d\u00e9mocratie m\u00eame dans des dictatures en cours d\u2019effondrement. La relecture de Thoreau nous permet alors de comprendre le sens de la d\u00e9sob\u00e9issance civile aujourd\u2019hui, et son essence d\u00e9mocratique. Le recours \u00e0 la d\u00e9sob\u00e9issance, qui para\u00eet s\u2019\u00e9carter des modes d\u2019action politique reconnus, exprime, comme autrefois chez Thoreau, le sentiment d\u2019une perte de la voix, d\u2019une trahison des id\u00e9aux de la d\u00e9mocratie\u00a0: on ne se <em>reconna\u00eet<\/em> pas dans l\u2019Etat et sa parole, on ne veut plus parler en son nom (ni qu\u2019il pr\u00e9tende nous exprimer). Pourquoi d\u00e9sob\u00e9ir en d\u00e9mocratie\u00a0? Mais justement\u00a0: on ne d\u00e9sob\u00e9it qu\u2019en d\u00e9mocratie \u2013 quand on n\u2019a plus dans la vie publique les conditions de la conversation o\u00f9 l\u2019on pourrait raisonnablement exprimer son diff\u00e9rend, quand on est d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de sa voix, et du langage commun. La d\u00e9sob\u00e9issance est un rappel du fondement de la d\u00e9mocratie, qui est l\u2019expression de chacun, la recherche d\u2019une parole authentique et juste, contre une parole qui, pour reprendre le mot d\u2019Emerson, \u00ab\u00a0nous chagrine\u00a0\u00bb ou est \u00e9touff\u00e9e. Une mani\u00e8re de reprendre possession est la d\u00e9sob\u00e9issance, comme revendication personnalis\u00e9e et publique, au nom de ce que la collectivit\u00e9 des citoyens r\u00e9clame.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sandra Laugier &#8211; Tokyo, 2011<\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de pr\u00e9paration au s\u00e9minaire ETAPE de juin sur l&rsquo;\u00e9thique perfectionniste, individualisme d\u00e9mocratique et d\u00e9sob\u00e9issance civile &#8211; texte in\u00e9dit &nbsp; ____________________________ &nbsp; Peut-on compter sur soi-m\u00eame, et comment\u00a0? 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