{"id":2565,"date":"2014-05-18T16:03:26","date_gmt":"2014-05-18T14:03:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=2565"},"modified":"2015-02-23T16:17:11","modified_gmt":"2015-02-23T14:17:11","slug":"du-point-de-vue-de-la-societe-rafael-perez","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=2565","title":{"rendered":"\u00ab Du point de vue de la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb &#8211; Rafael Perez"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<h5>Philosophie sociale et pens\u00e9e libertaire<\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Pour prolonger un peu la rencontre avec St\u00e9phane Haber <strong>[1]<\/strong> dans le cadre du s\u00e9minaire ETAPE, j\u2019aimerais ici approfondir le d\u00e9bat qui s\u2019est ouvert sur la double question du rapport conflictuel \u00e0 la th\u00e9orie et \u00e0 l\u2019Etat. <\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Issues de matrices politiques et conceptuelles assez diff\u00e9rentes, philosophies sociales et pens\u00e9es libertaires se d\u00e9veloppent aujourd\u2019hui dans une large m\u00e9connaissance mutuelle. Elles travaillent pourtant en parall\u00e8le autour de th\u00e8mes souvent similaires, d\u2019interrogations et d\u2019angles d\u2019approches qui peuvent donner lieu \u00e0 un d\u00e9bat vif, ouvert et enrichissant pour les un-e-s comme pour les autres. Les points de passage sont nombreux, \u00e0 commencer par la critique du capitalisme et de l\u2019\u00e9conomie politique, la question de la perspective r\u00e9volutionnaire, l\u2019analyse de la relation entre sujet et \u00e9mancipation, ou encore, la critique de l\u2019id\u00e9ologie et de la m\u00e9taphysique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je propose d\u2019explorer ici un axe g\u00e9n\u00e9ral de possibles rencontres autour du probl\u00e8me de la constitution d\u2019un \u00ab\u00a0point de vue de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb. En termes de m\u00e9thode, nous pouvons partir du constat que philosophies sociales et pens\u00e9es libertaires ont globalement en commun une attitude critique \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la philosophie politique\u00a0: les th\u00e9ories politiques classiques ne parviendraient pas \u00e0 poser les questions sociales pour elles-m\u00eames, dans la mesure o\u00f9 elles tendraient \u00e0 les r\u00e9duire trop vite \u00e0 des probl\u00e8mes gouvernementaux. Pr\u00e9tendre \u00ab\u00a0adopter le point de vue du gouvernement\u00a0\u00bb entra\u00eenerait ainsi une certaine d\u00e9formation des questions sociales\u00a0: elles ne seraient plus per\u00e7ues que comme probl\u00e8mes de gestion abstraits, renvoyant \u00e0 des techniques de pouvoir et \u00e0 la l\u00e9gitimation de l\u2019ordre \u00e9tabli.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, s\u2019il est possible\u00a0 de trouver au sein de ces deux courants des visions qui tendent \u00e0 pr\u00f4ner la r\u00e9sorption du politique dans le social, il peut aussi para\u00eetre int\u00e9ressant d&rsquo;analyser les limites d&rsquo;un tel projet qui fait dispara\u00eetre toute coordination politique d\u00e9mocratique afin d\u2019\u00e9tudier articulations et frictions entre philosophies sociales, pens\u00e9es libertaires et th\u00e9ories de la d\u00e9mocratie radicale[2]. Il ne faudrait pas niveler ou gommer ici les asp\u00e9rit\u00e9s, les conflits, et la grande pluralit\u00e9 de voix, de tendances adverses, de g\u00e9n\u00e9rations, de parcours militants, qui traversent et animent ces deux courants[3]. Ouvrir un dialogue r\u00e9el implique aussi d\u2019identifier des points de diff\u00e9rence ou de tension, des accents plac\u00e9s diff\u00e9remment, par exemple sur la critique de la rationalit\u00e9, du positivisme et de l\u2019industrie culturelle d\u2019un c\u00f4t\u00e9, ou pr\u00e9cis\u00e9ment, de l\u2019Etat, de la d\u00e9mocratie et de la normativit\u00e9, de l\u2019autre. En ce sens, il ne s\u2019agit pas tant ici de se fermer <em>a priori<\/em> aux th\u00e9ories critiques qui se revendiquent comme \u00ab\u00a0politiques\u00a0\u00bb que de d\u00e9signer un angle d\u2019attaque que philosophies sociales et pens\u00e9es libertaires rencontrent toutes deux comme un probl\u00e8me.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon cette approche, philosophies sociales et pens\u00e9es libertaires d\u00e9signent donc moins un ensemble syst\u00e9matique de r\u00e9ponses arr\u00eat\u00e9es qu\u2019une pluralit\u00e9 de mani\u00e8res de poser les questions \u00ab\u00a0du point de vue de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb. Dans cette perspective, pour appr\u00e9hender les probl\u00e8mes sociaux en tant que tels, il faudrait donc se donner positivement les moyens de parvenir \u00e0 les consid\u00e9rer du point de vue de la soci\u00e9t\u00e9. Mais que peut bien signifier poser les questions \u00ab\u00a0du point de vue de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0? L\u2019objectif de cet article est d\u2019en d\u00e9gager la possibilit\u00e9 et d\u2019en pr\u00e9ciser le sens au moyen d\u2019une lecture crois\u00e9e de ces deux formes de critiques sociales.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour faciliter sa lecture, j\u2019ai s\u00e9quenc\u00e9 sa publication. Je chercherai d\u2019abord de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 croiser et comparer les apports respectifs des philosophies sociales et des pens\u00e9es libertaires en tant qu\u2019attitudes critiques\u00a0: le but de cette premi\u00e8re publication est ainsi de montrer que poser les questions du point de vue de la soci\u00e9t\u00e9 a pour pr\u00e9alable une double critique qui vise \u00e0 la fois la pr\u00e9tention \u00e0 l\u2019objectivit\u00e9 des th\u00e9ories traditionnelles et l\u2019aspiration \u00e0 adopter le point de vue unifiant du gouvernement. Sur le mode de la pr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale, je partirai ici plus sp\u00e9cialement de deux textes tr\u00e8s classiques de Horkheimer et Kropotkine. Dans une deuxi\u00e8me publication, je proposerai de consid\u00e9rer sous un autre angle le probl\u00e8me classique consistant \u00e0 se demander s\u2019il n\u2019y a jamais qu\u2019une multiplicit\u00e9 de points de vue individuels\u00a0: en m\u2019appuyant sur des textes plus contemporains ou moins travaill\u00e9s, je montrerai alors comment les apports combin\u00e9s des conceptions anarchistes de l\u2019individu et des \u00e9tudes de sa constitution sociale permettent de faire face \u00e0 cette interrogation, en lien avec certaines questions contemporaines autour de l\u2019intersectionnalit\u00e9. Cela m&rsquo;am\u00e8nera \u00e0 traduire concr\u00e8tement cette volont\u00e9 de construire des th\u00e9ories du point de vue de la soci\u00e9t\u00e9 en m\u2019interrogeant sur les difficult\u00e9s de la relation entre chercheur-e-s et militant-e-s, pour ouvrir la perspective d\u2019une philosophie sociale libertaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chercher \u00e0 poser les questions du point de vue de la soci\u00e9t\u00e9 est d\u2019abord une mani\u00e8re de se d\u00e9marquer des th\u00e9ories qui se pr\u00e9tendent sans point de vue, ou assument explicitement la position de conseill\u00e8re du prince. Je veux proposer ici une relecture d\u2019un texte classique de philosophie sociale, puis d\u2019un texte classique de la pens\u00e9e libertaire, afin de m\u2019efforcer de d\u00e9gager \u00e0 leur crois\u00e9e un axe g\u00e9n\u00e9ral de m\u00e9thode. Avant de pr\u00e9tendre d\u00e9velopper une th\u00e9orie sociale libertaire, il importe en effet d\u2019avoir une id\u00e9e un peu g\u00e9n\u00e9rale de ce qu\u2019est la fonction traditionnelle de la th\u00e9orie, ne serait-ce pour la critiquer explicitement et s\u2019en d\u00e9marquer activement. En quoi consistent ces th\u00e9ories traditionnelles\u00a0? On peut dire que, dans une large mesure, les th\u00e9ories traditionnelles se concentrent sur des t\u00e2ches techniques ou sp\u00e9cialis\u00e9es et pr\u00e9tendent \u00e0 la neutralit\u00e9 quant \u00e0 leurs significations et leurs implications sociales, tout en entretenant ce mythe de la raison selon lequel \u00ab l\u2019objectif ultime de la th\u00e9orie en g\u00e9n\u00e9ral est d\u2019\u00e9difier un syst\u00e8me universel de la science, qui ne se limite plus \u00e0 un domaine d\u00e9termin\u00e9 mais englobe tous les objets possibles. \u00bb[4] Ce qui permet le passage du sp\u00e9cialis\u00e9 \u00e0 l\u2019universel selon la th\u00e9orie traditionnelle, c\u2019est un encha\u00eenement d\u00e9ductif de propositions rationnelles qui vont du plus simple au plus complexe, \u00ab\u00a0ces longues cha\u00eenes de raisons\u00a0\u00bb qu\u2019\u00e9voquait d\u00e9j\u00e0 Descartes \u00e0 l\u2019aube de la philosophie moderne. Ainsi, ce qui est vis\u00e9 par Horkheimer dans <em>Th\u00e9orie traditionnelle et th\u00e9orie critique<\/em>, c\u2019est une tendance de la th\u00e9orie traditionnelle vers un pur syst\u00e8me combinatoire de symboles math\u00e9matiques interchangeables, sur le mod\u00e8le duquel les sciences sociales elles-m\u00eames (<em>Geisteswissenschaften<\/em>) seraient appel\u00e9es \u00e0 venir tant bien que mal s\u2019aligner. Quand bien m\u00eame la valeur de la th\u00e9orie serait mesur\u00e9e non seulement \u00e0 sa coh\u00e9rence logique (sur le mod\u00e8le des d\u00e9monstrations math\u00e9matiques) mais encore \u00e0 travers ses effets pratiques (comme dans le pragmatisme am\u00e9ricain[5]), son rapport \u00e0 la pratique reste ici tr\u00e8s ind\u00e9termin\u00e9, et tr\u00e8s abstrait\u00a0: la place effective de l\u2019activit\u00e9 th\u00e9orique dans le processus de production (les ing\u00e9nieur-e-s dans l\u2019industrie par exemple) et dans le contexte social g\u00e9n\u00e9ral (les technocrates dans les institutions) n\u2019est pas suffisamment remise en question pour que cela puisse affecter les orientations de la recherche. Horkheimer montre ainsi que les th\u00e9oricien-ne-s traditionnel-le-s effectuent leur t\u00e2che dans une large m\u00e9connaissance du contexte social de leur travail, alors-m\u00eame que leur sp\u00e9cialisation disciplinaire est une expression de la division capitaliste du travail qui assigne \u00e0 chaque activit\u00e9 th\u00e9orique une place particuli\u00e8re dans le processus de production[6]. La pr\u00e9tention \u00e0 l\u2019objectivit\u00e9 de la th\u00e9orie traditionnelle va ainsi de pair avec un aveuglement d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 sur sa fonction sociale. Les th\u00e9ories dominantes apparaissent comme des th\u00e9ories au service de la domination, au sens o\u00f9 elles ne font qu\u2019apporter les moyens du renouv\u00e8lement de sa puissance \u00e0 l\u2019ordre \u00e9tabli.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, nous ne pouvons pas nous en tenir \u00e0 un simple rejet indiff\u00e9renci\u00e9 de toute forme de th\u00e9orie. Face \u00e0 l\u2019objectivit\u00e9 dominante, la th\u00e9orie critique appara\u00eet d\u2019abord comme un contre-point de vue[7]. En contrepoint des th\u00e9ories dominantes, il s\u2019agit alors de r\u00e9pondre \u00e0 une double exigence\u00a0: faire activement entendre la voix et la pens\u00e9e des domin\u00e9-e-s, et en m\u00eame temps prendre conscience de sa propre inscription sociale, de son lieu et de sa fonction (y compris donc de ce que le travail th\u00e9orique charrie ou r\u00e9active de domination culturelle, symbolique, rationnelle\u2026). Cela implique aussi de faire appara\u00eetre\u00a0et remettre en question\u00a0: d\u2019une part, les rapports de pouvoir internes qui assurent la coh\u00e9sion de la communaut\u00e9 scientifique en m\u00eame temps qu\u2019ils mod\u00e8lent et structurent le travail th\u00e9orique[8]\u00a0; d\u2019autre part l\u2019int\u00e9gration de la th\u00e9orie dans divers dispositifs de savoir-pouvoir, et tout particuli\u00e8rement l\u2019appareil id\u00e9ologique d\u2019Etat[9]. Par contraste avec la science institutionnelle, la th\u00e9orie critique se veut ainsi une philosophie sociale, c\u2019est-\u00e0-dire\u00a0\u00ab\u00a0une philosophie qui se con\u00e7oit elle-m\u00eame comme \u00e9tant inscrite dans un environnement ou un contexte social\u00a0\u00bb[10]. D\u00e8s lors, \u00ab\u00a0la philosophie sociale suppose premi\u00e8rement une d\u00e9marche philosophique qui se donne les moyens de distinguer la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019Etat, le social du politique\u00a0; c\u2019est une philosophie qui reconna\u00eet une autonomie (f\u00fbt-elle relative) \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 et \u00e0 la vie sociale par rapport \u00e0 l\u2019Etat et aux institutions politiques\u00a0\u00bb[11]. A partir de l\u00e0, chercher \u00e0 reposer les questions \u00ab\u00a0du point de vue de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb peut s\u2019inscrire plus frontalement dans un rapport critique aux r\u00e9ponses propos\u00e9es \u00ab\u00a0du point de vue du gouvernement\u00a0\u00bb\u00a0: il pourrait en effet \u00eatre int\u00e9ressant d\u2019associer la critique de la philosophie politique \u00e0 la question pratique du rapport \u00e0 l\u2019Etat, qui se pose diff\u00e9remment pour la philosophie sociale et pour la pens\u00e9e libertaire. Les auteur-e-s qui se r\u00e9clament de la philosophie sociale cherchent souvent dans le marxisme h\u00e9t\u00e9rodoxe des outils pour d\u00e9passer le poids des \u00e9checs du pass\u00e9\u00a0sans renoncer au projet de transformation sociale, mais cet \u00e9lan critique pourrait tout aussi bien se raviver au contact de lign\u00e9es contestataires alternatives qui prennent leur source dans le communisme anti-autoritaire (sans se faire d\u2019illusions pour autant sur ses propres limites historiques).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette alternative est d\u00e9j\u00e0 d\u00e9gag\u00e9e dans une conf\u00e9rence classique de Kropotkine, <em>L\u2019Etat, son r\u00f4le historique<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0C&rsquo;est surtout dans la question de l&rsquo;\u00c9tat que se trouvent divis\u00e9s les socialistes. Dans l&rsquo;ensemble des fractions qui existent parmi nous, (\u2026) deux grands courants se dessinent. Il y a ceux, d&rsquo;une part, qui esp\u00e8rent accomplir la r\u00e9volution sociale dans l&rsquo;\u00c9tat : maintenir la plupart de ses attributions, les \u00e9tendre m\u00eame, les utiliser pour la r\u00e9volution. Et il y a ceux qui, comme nous, voient dans l&rsquo;\u00c9tat, non seulement sous sa forme actuelle, mais dans son essence m\u00eame et sous toutes les formes qu&rsquo;il pourrait rev\u00eatir, un obstacle \u00e0 la r\u00e9volution sociale : l&#8217;emp\u00eachement par excellence \u00e0 l&rsquo;\u00e9closion d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 bas\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et la libert\u00e9, la forme historique \u00e9labor\u00e9e pour pr\u00e9venir cette \u00e9closion. Ceux-ci travaillent en cons\u00e9quence \u00e0 abolir l&rsquo;\u00c9tat, et non \u00e0 le r\u00e9former.\u00a0\u00bb[12] Contre la tendance \u00e0 confondre l\u2019Etat et la soci\u00e9t\u00e9, Kropotkine commence par rappeler que l\u2019Etat n\u2019est qu\u2019une forme historique d\u2019apparition relativement r\u00e9cente (XVI\u00e8me si\u00e8cle) et d\u00e9nonce la fausset\u00e9 historique du contrat social par lesquels les hommes se seraient associ\u00e9s sous l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019Etat. A un premier niveau, pour penser le point de vue de la soci\u00e9t\u00e9, il faut en effet d\u00e9passer le mythe du contrat social qui effectue l\u2019assimilation de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019Etat et permettrait ainsi au point de vue du gouvernement de valoir pour la soci\u00e9t\u00e9. Mais \u00e0 un second niveau, non seulement l\u2019Etat n\u2019est pas historiquement la premi\u00e8re forme d\u2019association, mais son apparition vient mettre un terme au formidable d\u00e9veloppement amorc\u00e9e au XII\u00e8me si\u00e8cle avec le d\u00e9veloppement des communes libres (de Toscane, de la Hanse, du Rhin, du Laonnais, etc.). \u00ab\u00a0Annihiler l&rsquo;ind\u00e9pendance des cit\u00e9s ; piller les riches guildes de marchands et d&rsquo;artisans ; centraliser entre ses mains le commerce ext\u00e9rieur des cit\u00e9s, et le ruiner ; s&#8217;emparer de toute l&rsquo;administration int\u00e9rieure des guildes et soumettre le commerce int\u00e9rieur, ainsi que la fabrication de toute chose jusque dans ses moindres d\u00e9tails, \u00e0 une nu\u00e9e de fonctionnaires \u2014 et tuer de cette fa\u00e7on l&rsquo;industrie et les arts ; s&#8217;emparer des milices locales et de toute l&rsquo;administration municipale, \u00e9craser les faibles au profit des forts par les imp\u00f4ts, et ruiner les pays par des guerres, \u2014 tel fut le r\u00f4le de l&rsquo;\u00c9tat naissant aux XVI\u00e8me et XVII\u00e8me si\u00e8cles vis-\u00e0-vis des agglom\u00e9rations urbaines.\u00a0\u00bb Dans la pr\u00e9sentation que fait Kropotkine, l\u2019Etat appara\u00eet ainsi historiquement comme une institution qui s\u2019oppose \u00e0 toute association qui ne passe pas par sa m\u00e9diation, et cherche \u00e0 concentrer dans un p\u00f4le principal de pouvoir les fonctions vivantes qui s\u2019\u00e9panouissaient dans le r\u00e9seau dynamique et f\u00e9d\u00e9raliste des communes libres. Bien que cela demande \u00e9videmment \u00e0 \u00eatre nuanc\u00e9 et \u00e9tay\u00e9 historiquement, ce changement de perspective est stimulant et prometteur. En outre, si l\u2019Etat correspond \u00e0 un moment historique particulier (une phase de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence qui contraste avec la vivacit\u00e9 du XII\u00e8me), il s\u2019agit surtout pour Kropotkine de donner \u00e0 penser une soci\u00e9t\u00e9 post-\u00e9tatiste qui puisse renouer avec le dynamisme de ces formes d\u2019organisation en communes libres, en unions professionnelles, et au-del\u00e0, en f\u00e9d\u00e9rations[13].\u00a0Ainsi, poser les questions du point de vue de la soci\u00e9t\u00e9 engage d\u2019abord \u00e0 revenir sur deux pr\u00e9tentions \u00e0 l\u2019unification\u00a0: l\u2019objectivit\u00e9 universelle des th\u00e9ories traditionnelles, et la centralisation \u00e9tatiste recouvrant et r\u00e9primant toute autre forme d\u2019organisation. Ici, les efforts des th\u00e9ories sociale et libertaire semblent effectivement pouvoir se combiner efficacement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais plut\u00f4t que de lisser les asp\u00e9rit\u00e9s et les diff\u00e9rences, nous devons nous efforcer de voir en quoi philosophies sociales et pens\u00e9es libertaires peuvent mutuellement se critiquer, s\u2019aiguiser. Si la pens\u00e9e libertaire se d\u00e9marque par son rapport sans concession \u00e0 l\u2019Etat, il est effectivement possible de lui reprocher de ne pas avoir suffisamment pris en compte ses \u00e9volutions contemporaines ou d\u2019en avoir une vision simplificatrice\u00a0: de fait, l\u2019Etat semble rev\u00eatir chez Kropotkine une fonction purement n\u00e9gatrice et n\u00e9faste qui s\u2019oppose absolument \u00e0 l\u2019\u00e9lan positif des communes libres\u00a0; non seulement les ph\u00e9nom\u00e8nes de transition, d\u2019int\u00e9gration, ou de prise en relai sont insuffisamment pris en compte, mais l\u2019analyse des ph\u00e9nom\u00e8nes de pouvoir au sein-m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9 semble ici passer au second plan[14]. En outre, Kropotkine a encore une vision traditionnelle du r\u00f4le de la science qui doit par son progr\u00e8s sur le chemin de la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 apporter \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 une organisation rationnelle\u00a0: il ne per\u00e7oit pas suffisamment la mani\u00e8re dont la tendance centralisatrice de la rationalit\u00e9 vient servir les besoins de l\u2019Etat. Ici, la philosophie sociale peut justement fournir des ressources pour une critique de la raison qui d\u00e9passe le r\u00e8gne post-moderne de l\u2019impuissance ou de l\u2019\u00e9quivalence des th\u00e9ories \u00e9mancipatrices. Il faut cependant r\u00e9affirmer clairement que si la philosophie sociale revendique une approche plus actuelle et plus nuanc\u00e9e, cela n\u2019implique pas n\u00e9cessairement une position politique plus floue et ambig\u00fce vis-\u00e0-vis de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale (\u00e0 la mani\u00e8re des travaux de la g\u00e9n\u00e9ration d\u2019Habermas, assez loin des positions initiales d\u2019Adorno et Horkheimer). Ce n\u2019est pas parce que les r\u00e9volutions d\u2019inspiration communiste du XX\u00e8me si\u00e8cle ont produit des r\u00e9sultats inacceptables qu\u2019il faut faire des compromis avec le capitalisme et l\u2019Etat\u00a0: pour d\u00e9passer ces r\u00e9alisations dramatiques, il faut au contraire radicaliser la critique. Dans cette perspective, une politique du point de vue de la soci\u00e9t\u00e9 peut justement viser un refus de la r\u00e9duction de la politique \u00e0 des techniques de gouvernements\u00a0: un changement de focale et un d\u00e9centrement, un jeu de champ\/contrechamp. Et certes, il est possible d\u2019accorder \u00e0 la philosophie sociale que, si la focalisation change, opposer le point de vue de la soci\u00e9t\u00e9 au point de vue de l\u2019Etat ne signifie pas n\u00e9cessairement que l\u2019opposition \u00e0 l\u2019Etat doive constituer le c\u0153ur de ce projet politique\u00a0: la politique n\u2019a pas n\u00e9cessairement \u00e0 se d\u00e9finir par rapport \u00e0 l\u2019Etat, pour lui ou contre lui, a fortiori dans une situation historique o\u00f9 la distribution des forces rend peu probable la capacit\u00e9 de r\u00e9unir assez d\u2019influence et d\u2019\u00e9nergie pour abolir concr\u00e8tement l\u2019Etat et emp\u00eacher sa reconstitution (y compris sous la forme d\u2019un Etat soi-disant r\u00e9volutionnaire). Mais cela ne saurait se traduire politiquement par une position de compromis temporaire ou un abandon de la perspective r\u00e9volutionnaire\u00a0: si les \u00e9v\u00e9nements insurrectionnels ou r\u00e9volutionnaires ne permettent pas le passage binaire d\u2019une politique d\u2019Etat \u00e0 une politique sans Etat, ils lib\u00e8rent efficacement des possibilit\u00e9s nouvelles aux politiques qui se jouent, toujours de mani\u00e8re conflictuelle, sur un autre plan que l\u2019Etat.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chercher \u00e0 d\u00e9velopper des propositions \u00ab\u00a0du point de vue de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb implique donc d\u2019abord de remettre en question la pr\u00e9tention \u00e0 l\u2019objectivit\u00e9 des th\u00e9ories traditionnelles int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 la division capitaliste du travail et \u00e0 l\u2019appareil id\u00e9ologique d\u2019Etat, d\u2019une part, et le recouvrement des dynamiques d\u2019organisation sociale par l\u2019Etat dans les politiques traditionnelles, d\u2019autre part. Par contraste, une th\u00e9orie sociale critique a pour t\u00e2che sp\u00e9cifique de rendre explicite son propre positionnement et d\u2019\u00eatre attentive aux possibilit\u00e9s collectives qui exc\u00e9dent le cadre \u00e9tatique. Plut\u00f4t que de construire \u00e0 froid un ensemble syst\u00e9matique de r\u00e9ponses arr\u00eat\u00e9es, il s\u2019agit de poser les questions aux prises avec les luttes et les d\u00e9bats qui agitent et travaillent r\u00e9ellement la soci\u00e9t\u00e9\u00a0: non pas suivre passivement le flux m\u00e9diatique mais rep\u00e9rer activement ce qui est d\u00e9cisif dans le moment historique, ce qui est ouvert et mobile, nommer et participer \u00e0 ces dynamiques. Assumer un angle en m\u00eame temps que prendre part au commun.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Rafael Perez &#8211; mai 2014<\/h6>\n<p>______<\/p>\n<p><strong>Notes :<\/strong><\/p>\n<p>[1] Auteur de <em>Penser le n\u00e9ocapitalisme, <\/em>Paris, Les Prairies ordinaires, 2013.<\/p>\n<p>[2]\u00a0 Voir par exemple les contributions nuanc\u00e9es et probl\u00e9matiques de Cornelius Castoriadis, <em>L\u2019institution imaginaire de la soci\u00e9t\u00e9, <\/em>Paris, Seuil, 1975\u00a0; J\u00fcrgen Habermas, <em>L\u2019\u00e9thique de la discussion, <\/em>Paris, Flammarion, 1999\u00a0; <em>\u00a0<\/em>Murray Bookchin, <em>Pour un municipalisme libertaire, <\/em>Lyon, Atelier de cr\u00e9ation libertaire, 2003 ou Jacques Ranci\u00e8re, <em>La haine de la d\u00e9mocratie, <\/em>Paris, La Fabrique, 2005.<\/p>\n<p>[3] Pour une pr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale, voir Jean-Marc Durand Gasselin, <em>L&rsquo;Ecole de Francfort<\/em>, Paris, Gallimard, 2012 (avec lequel nous avions r\u00e9alis\u00e9 un entretien un entretien pour l\u2019IRESMO et Grand Angle\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/le-retour-de-la-philosophie-sociale\/\">https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/le-retour-de-la-philosophie-sociale\/<\/a> )<\/p>\n<p>[4] Max Horkheimer, <em>Th\u00e9orie traditionnelle et th\u00e9orie critique<\/em>, Paris, Gallimard, 1974, p. 16.<\/p>\n<p>[5] William James, <em>Le pragmatisme, <\/em>Paris, Flammarion, 2007.<\/p>\n<p>[6]Max Horkheimer, <em>Th\u00e9orie traditionnelle et th\u00e9orie critique<\/em>, Paris, Gallimard, 1974, p. 25-26\u00a0: \u00ab\u00a0La conception traditionnelle de la th\u00e9orie est tir\u00e9e par abstraction de l\u2019activit\u00e9 scientifique, telle qu\u2019elle s\u2019accomplit \u00e0 un niveau d\u00e9termin\u00e9, dans le cadre de la division du travail. Elle correspond \u00e0 l\u2019activit\u00e9 propre du savant \u2013 qui s\u2019exerce parall\u00e8lement \u00e0 toutes les autres activit\u00e9s que comporte la vie sociale, sans que la relation entre les diverses formes d\u2019activit\u00e9 apparaisse imm\u00e9diatement \u00e0 l\u2019\u00e9vidence. C\u2019est pourquoi cette conception ne fait pas appara\u00eetre la fonction r\u00e9elle de la science dans la soci\u00e9t\u00e9, ce que la th\u00e9orie signifie dans la vie des hommes, mais seulement le sens qu\u2019elle a dans la sph\u00e8re isol\u00e9e o\u00f9 elle est produite dans des conditions d\u00e9termin\u00e9es historiquement.\u00a0\u00bb.Voir aussi <em>Dialectique de la raison, <\/em>Paris, Gallimard, 1974: \u00ab\u00a0Plus l\u2019\u00e9volution technique rend le travail corporel superflu, plus celui-ci est \u00e9rig\u00e9 en mod\u00e8le du travail intellectuel qu\u2019il faut emp\u00eacher \u00e0 tout prix de tirer les cons\u00e9quences.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>[7] On peut aussi penser \u00e0 l\u2019opposition \u00e0 la pseudo-neutralit\u00e9 m\u00e9diatique. Voir en particulier Georges Lapierre, <em>La commune d\u2019Oaxaca<\/em>, Paris, Rue des cascades, 2008 , p. 18-19\u00a0: \u00ab\u00a0 Ne nous ber\u00e7ons pas d\u2019illusions ou de doux mensonges, dans cette affaire l\u2019objectivit\u00e9 du t\u00e9moin, du journaliste ou de l\u2019historien, n\u2019existe pas, elle n\u2019a jamais exist\u00e9. Parler d\u2019objectivit\u00e9 dans ce cas, ce serait tout au plus exprimer la gratitude de l\u2019Etat envers son flatteur pour le dithyrambe qu\u2019il aura commis. Une insurrection reste l\u2019expression la plus pure d\u2019une subjectivit\u00e9. Au cours d\u2019un mouvement insurrectionnel, nous devenons sujets d\u2019une histoire qui se construit\u00a0; pr\u00e9tendre alors \u00e0 l\u2019objectivit\u00e9, c\u2019est passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 des barricades, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Etat. Informer, ce n\u2019est pas se montrer objectif et neutre, c\u2019est prendre le parti de la communication contre le parti pris de la d\u00e9sinformation. Tracer l\u2019histoire dynamique d\u2019un \u00e9v\u00e9nement, c\u2019est \u00e9crire avec ses doutes, ses inqui\u00e9tudes, ses passions, ses d\u00e9sirs, ses peines. Nous \u00e9crivons \u00e0 partir de notre point de vue, c\u2019est lui qui donne une perspective bien particuli\u00e8re et, quoi qu\u2019il en soit, subjective, sur les \u00e9v\u00e9nements\u00a0: je me suis senti proche des barricadiers et des barricadi\u00e8res, j\u2019ai partag\u00e9 leurs aspirations, leurs r\u00eaves, leurs utopies et leurs illusions aussi, c\u2019est ce fr\u00e9missement qui ne veut pas d\u00e9sesp\u00e9rer du futur malgr\u00e9 les trahisons et l\u2019implacable rouleau compresseur de la r\u00e9pression, que vous trouverez dans ces pages, c\u2019est lui qui orientera ma r\u00e9flexion.\u00a0\u00bb Voil\u00e0 peut-\u00eatre un des plus beaux exemples de ce que je d\u00e9signe ici comme \u00ab\u00a0point de vue de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>[8] Thomas S. Kuhn, <em>La structure des r\u00e9volutions scientifiques, <\/em>Flammarion, 1983.<\/p>\n<p>[9] Louis Althusser, <em>Id\u00e9ologie et appareil Id\u00e9ologique d\u2019\u00c9tat in<\/em> <em>La Pens\u00e9e<\/em>, n\u00b0 151, juin 1970. Voir\u00a0: <a href=\"http:\/\/w7.ens-lyon.fr\/amrieu\/IMG\/pdf\/Althusser_ideologie_Etat_1970.pdf\">http:\/\/w7.ens-lyon.fr\/amrieu\/IMG\/pdf\/Althusser_ideologie_Etat_1970.pdf<\/a><\/p>\n<p>[10] Franck Fischbach, <em>Manifeste pour une philosophie sociale<\/em>, La d\u00e9couverte, 2009, p. 66.<\/p>\n<p>[11] Franck Fischbach, <em>Manifeste pour une philosophie sociale<\/em>, La d\u00e9couverte, 2009, p. 63.<\/p>\n<p>[12] On peut trouver le texte de cette conf\u00e9rence en ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/kropot.free.fr\/Kropotkine-Etat.htm\">http:\/\/kropot.free.fr\/Kropotkine-Etat.htm<\/a><\/p>\n<p>[13] Voir un peu plus loin\u00a0: \u00ab\u00a0Il s&rsquo;agit, non seulement \u2014 comme on l&rsquo;a dit quelquefois en se plaisant dans la vague m\u00e9taphysique \u2014 de remettre au travailleur \u00able produit int\u00e9gral de son travail\u00bb ; mais il s&rsquo;agit de refaire en entier tous les rapports, depuis ceux qui existent aujourd&rsquo;hui entre chaque individu et son marguillier ou son chef de gare, jusqu&rsquo;\u00e0 ceux qui existent entre m\u00e9tiers, hameaux, cit\u00e9s et r\u00e9gions. Dans chaque rue et dans chaque hameau, dans chaque groupe d&rsquo;hommes r\u00e9unis autour d&rsquo;une usine ou le long d&rsquo;une voie ferr\u00e9e, il faut r\u00e9veiller l&rsquo;esprit cr\u00e9atif, constructeur, organisateur, afin de reconstruire toute la vie \u2014 \u00e0 l&rsquo;usine, sur le chemin de fer, au village, au magasin, dans l&rsquo;approvisionnement, dans la production, dans la distribution. Tous les rapports entre individus et entre les agglom\u00e9rations humaines sont \u00e0 refaire, du jour m\u00eame, du moment m\u00eame o\u00f9 l&rsquo;on touchera \u00e0 l&rsquo;organisation actuelle, commerciale ou administrative. Et l&rsquo;on veut que ce travail immense, qui demande l&rsquo;exercice libre du g\u00e9nie populaire, se fasse dans les cadres de l&rsquo;\u00c9tat, dans l&rsquo;\u00e9chelle pyramidale de l&rsquo;organisation qui fait l&rsquo;essence de l&rsquo;\u00c9tat !\u00a0\u00bb (toujours sur <a href=\"http:\/\/kropot.free.fr\/Kropotkine-Etat.htm\">http:\/\/kropot.free.fr\/Kropotkine-Etat.htm<\/a> )<\/p>\n<p>[14] Pour un point sur le renforcement des in\u00e9galit\u00e9s sociales li\u00e9es \u00e0 l\u2019essor des villes et de la bourgeoisie au Moyen-\u00c2ge, on pourra lire le beau livre de Claude Gauvard, <em>Le moyen-\u00e2ge, <\/em>Paris, La Martini\u00e8re, 2010 (en particulier p. 56, 63 et 74\u00a0; voir aussi le chapitre sur la naissance de l\u2019Etat, entre ch\u00e2teaux, souverains et empereurs, p. 189).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Philosophie sociale et pens\u00e9e libertaire &nbsp; Pour prolonger un peu la rencontre avec St\u00e9phane Haber [1] dans le cadre du s\u00e9minaire ETAPE, j\u2019aimerais ici approfondir le d\u00e9bat qui s\u2019est ouvert sur la double question du &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":20,"featured_media":2569,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[28,31],"tags":[146],"class_list":["post-2565","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-analyses","category-la-pensee-libertaire-philosophie","tag-rafael-perez"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/du-point-de-vue-de-la-ste.jpg?fit=283%2C179&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pc9uqr-Fn","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2565","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2565"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2565\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2569"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2565"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2565"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2565"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}