{"id":2517,"date":"2014-05-05T22:44:38","date_gmt":"2014-05-05T20:44:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=2517"},"modified":"2014-05-10T18:45:09","modified_gmt":"2014-05-10T16:45:09","slug":"nos-pretendues-democraties-en-questions-libertaires-philippe-corcuff","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=2517","title":{"rendered":"Nos pr\u00e9tendues \u00ab d\u00e9mocraties \u00bb en questions (libertaires) &#8211; Philippe Corcuff"},"content":{"rendered":"<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: left;\" align=\"center\"><b><span style=\"color: black; font-family: 'Arial','sans-serif'; font-size: 12pt;\">Entre philosophie politique \u00e9mancipatrice et sociologie critique<\/span><\/b><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: center;\" align=\"center\"><b><span style=\"color: black; font-family: 'Arial','sans-serif'; font-size: 14pt;\">\u00a0<\/span><\/b><\/p>\n<h6><strong>Introduction<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La critique sociale renvoie, tant dans les mouvements sociaux que dans les champs intellectuels (en particulier dans les sciences sociales), \u00e0 des outils de d\u00e9cryptage de ce qui appara\u00eet <em>n\u00e9gatif<\/em> dans les soci\u00e9t\u00e9s, avec les notions plus ou moins associ\u00e9es d\u2019in\u00e9galit\u00e9s, d\u2019injustices, de domination, d\u2019oppression ou d\u2019exploitation. Cette mise en cause s\u2019appuie fr\u00e9quemment sur l\u2019intuition d\u2019un <em>positif<\/em>, voire la vision d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale ou, du moins, d\u2019une am\u00e9lioration. Depuis les Lumi\u00e8res du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, on a souvent donn\u00e9 le nom d\u2019\u00e9mancipation \u00e0 ce positif, mot qui pointe davantage un processus continu qu\u2019un \u00e9tat achev\u00e9. En 1784, Kant parlait d\u2019une \u00ab\u00a0sortie de l\u2019homme hors de l\u2019\u00e9tat de tutelle\u00a0\u00bb (1). Aujourd\u2019hui, bien apr\u00e8s la naissance du mouvement socialiste et avec les apports des th\u00e9ories critiques modernes, on pourrait red\u00e9finir l\u2019\u00e9mancipation comme une sortie des dominations dans la construction d\u2019une autonomie individuelle et collective. Cette perspective suppose souvent le concours actif, individuel et collectif, de ceux qui sont soumis aux contraintes oppressives, c\u2019est-\u00e0-dire une auto-\u00e9mancipation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9mocratie, entendue comme double id\u00e9al politique associ\u00e9 d\u2019autogouvernement des personnes et des soci\u00e9t\u00e9s, a des accointances particuli\u00e8res avec l\u2019\u00e9mancipation et avec la critique sociale. Avec l\u2019\u00e9mancipation, car justement la vis\u00e9e politique d\u2019autogouvernement en constitue une des figures majeures, avec des r\u00e9sonances libertaires dans la liaison \u00e9tablie entre le plan individuel et le plan collectif. Avec la critique sociale, car nous ne vivons pas aujourd\u2019hui en d\u00e9mocratie \u00e0 proprement parler, contrairement \u00e0 ce qui se r\u00e9p\u00e8te souvent dans les m\u00e9dias dominants et parmi les forces politiques dominantes, mais dans des <em>r\u00e9gimes repr\u00e9sentatifs professionnalis\u00e9s \u00e0 id\u00e9aux d\u00e9mocratiques<\/em>. Je rejoins ici Cornelius Castoriadis qui parlait d\u2019\u00ab\u00a0oligarchies lib\u00e9rales\u00a0\u00bb (2) et Jacques Ranci\u00e8re qui identifie des \u00ab\u00a0\u00c9tats de droits oligarchiques\u00a0\u00bb (3).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce cadre, j\u2019examinerai dix pr\u00e9suppos\u00e9s, impens\u00e9s et probl\u00e8mes qui tra\u00eenent dans nos soci\u00e9t\u00e9s contemporaines autour de \u00ab\u00a0la d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb (4). Je serai succinct et synth\u00e9tique sur les diff\u00e9rents points, mais en gagnant en globalisation dans leur mise en rapport. Ma d\u00e9marche se pr\u00e9sentera comme \u00e0 la fois critique <em>et<\/em> compr\u00e9hensive vis-\u00e0-vis de la question de la d\u00e9mocratie. En creux de cette critique compr\u00e9hensive de la d\u00e9mocratie, se dessinera en pointill\u00e9s une philosophie politique alternative de la d\u00e9mocratie par rapport aux discours dominants, qui puisera cependant dans des traditions h\u00e9rit\u00e9es et dans des intuitions ordinaires quant \u00e0 la d\u00e9mocratie. Des ressources seront puis\u00e9es pour ce faire dans la sociologie critique. L\u2019amorce de r\u00e9flexion propos\u00e9e ici s\u2019inscrit dans un cadre plus large de r\u00e9interrogation libertaire des \u00ab\u00a0logiciels\u00a0\u00bb de la critique sociale et de l\u2019\u00e9mancipation en ce d\u00e9but de XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, men\u00e9e dans plusieurs textes r\u00e9cents (5).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/dmGA.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2539\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/dmGA.jpg?resize=608%2C270&#038;ssl=1\" alt=\"dmGA\" width=\"608\" height=\"270\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/dmGA.jpg?w=608&amp;ssl=1 608w, https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/dmGA.jpg?resize=300%2C133&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 608px) 100vw, 608px\" \/><\/a><\/p>\n<h6><strong>1 &#8211; Un pr\u00e9suppos\u00e9 anthropologique\u00a0: la d\u00e9sirabilit\u00e9 naturelle de la participation d\u00e9mocratique<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De quelles qualit\u00e9s dotons-nous souvent les humains lorsque l\u2019on vise un d\u00e9veloppement de la d\u00e9mocratie\u00a0? En tant que \u00ab\u00a0d\u00e9mocrates\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0progressistes\u00a0\u00bb, nous pr\u00e9supposons fr\u00e9quemment que <em>la participation d\u00e9mocratique est naturellement d\u00e9sirable pour les humains<\/em>. Nombre de progressistes sont donc bien conscients des forces qui \u00e9dulcorent l\u2019id\u00e9al d\u00e9mocratique dans les faits. Mais nous tendons \u00e0 croire que, si nous nous d\u00e9barrassions de ces logiques oppressives, les citoyens participeraient largement, activement et contin\u00fbment \u00e0 la vie de la cit\u00e9. \u00ab\u00a0D\u00e9barrassons-nous de l\u2019oppression et les citoyens retrouveront leur go\u00fbt naturel pour la d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb, semblons-nous dire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une question pourrait toutefois \u00e9branler l\u2019\u00e9difice d\u00e9mocratique et progressiste b\u00e2ti sur un tel pr\u00e9suppos\u00e9 anthropologique\u00a0: <em>est-ce que, si on pouvait mettre entre parenth\u00e8ses les effets propres \u00e0 la domination sociale, d\u2019autres activit\u00e9s (l\u2019amour, la convivialit\u00e9, le travail, le sport, l\u2019art, la musique, le jeu, la lecture, la paresse, la gastronomie, l\u2019esth\u00e9tique de soi, etc.) n\u2019appara\u00eetraient pas plus d\u00e9sirables \u00e0 nos concitoyens que la participation d\u00e9mocratique ?<\/em> Si on formule une telle question, cela signifie qu\u2019on ne pose plus comme une n\u00e9cessit\u00e9 <em>la d\u00e9sirabilit\u00e9<\/em> de la d\u00e9mocratie. On ne devient pas pour autant un ath\u00e9e de la d\u00e9mocratie, mais on ouvre un espace <em>agnostique<\/em> afin d\u2019interroger une \u00e9vidence anthropologique trop facilement admise. La d\u00e9sirabilit\u00e9 de la d\u00e9mocratie devient politiquement souhaitable, mais ne serait plus consid\u00e9r\u00e9e comme anthropologiquement naturelle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le questionnement du pr\u00e9suppos\u00e9 anthropologique de la d\u00e9sirabilit\u00e9 naturelle de la d\u00e9mocratie pourrait alors d\u00e9boucher sur une autre question, rendue impensable tant que ce pr\u00e9suppos\u00e9 relevait de l\u2019\u00e9vidence\u00a0: <em>comment rendre plus d\u00e9sirable la participation d\u00e9mocratique \u00e0 c\u00f4t\u00e9 et en concurrence avec d\u2019autres types d\u2019activit\u00e9 ?<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<h6><strong>2 &#8211;\u00a0L\u2019h\u00e9sitation entre deux pr\u00e9suppos\u00e9s quant aux visions du citoyen\u00a0: atomisme et collectivisme<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand ils envisagent les caract\u00e9ristiques du citoyen, sujet de la participation d\u00e9mocratique, les d\u00e9mocrates contemporains h\u00e9sitent souvent entre deux pr\u00e9suppos\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; soit le citoyen est appr\u00e9hend\u00e9 comme un atome isol\u00e9 qui, dans un deuxi\u00e8me temps, va se mettre en relation (d\u00e9lib\u00e9ration, etc.) avec les autres citoyens \u2013 c\u2019est une vision qu\u2019on va appeler <em>atomistique<\/em>\u00a0; dans ce cas ce sont souvent \u00ab\u00a0les communaut\u00e9s\u00a0\u00bb qui menaceraient la citoyennet\u00e9 d\u00e9mocratique, sous la forme de ce qui est d\u00e9nonc\u00e9 comme \u00ab\u00a0communautarisme\u00a0\u00bb\u00a0; deux \u00ab\u00a0communautarismes\u00a0\u00bb suppos\u00e9s emplissent tout particuli\u00e8rement les fantasmes de l\u2019esprit public en France aujourd\u2019hui\u00a0: celui des musulmans et celui des homosexuels\u00a0;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; soit le citoyen va \u00eatre pris comme l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u2019un tout qui le surplombe (\u00ab\u00a0la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la R\u00e9publique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le bien commun\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb,\u00a0\u00ab\u00a0le lien social\u00a0\u00bb, etc.) auquel il doit \u00ab\u00a0s\u2019int\u00e9grer\u00a0\u00bb comme on dit (le vocabulaire de \u00ab\u00a0l\u2019int\u00e9gration\u00a0\u00bb \u00e9tant fr\u00e9quemment guid\u00e9 par une pens\u00e9e du tout) \u2013 c\u2019est une vision qu\u2019on va appeler <em>collectiviste\u00a0<\/em>; dans ce cas, un \u00ab\u00a0individualisme\u00a0\u00bb diabolis\u00e9 serait fr\u00e9quemment cens\u00e9 menacer la citoyennet\u00e9 d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici on a peut-\u00eatre int\u00e9r\u00eat \u00e0 regarder du c\u00f4t\u00e9 des sociologies contemporaines pour envisager une troisi\u00e8me voie plus op\u00e9ratoire. Ce que nous avons nomm\u00e9 \u00ab\u00a0les nouvelles sociologies\u00a0\u00bb ont une vision <em>relationnaliste <\/em>des individus, toujours saisis dans des relations sociales (6). Ainsi, en ce qui concerne la participation d\u00e9mocratique, les individus ont, en dehors de l\u2019espace d\u00e9mocratique, des relations sociales qui les dotent de certaines caract\u00e9ristiques, en amont. Et, en aval, ils produisent les collectifs propres \u00e0 l\u2019espace d\u00e9mocratique \u00e0 travers des relations sociales. \u00c0 partir de l\u00e0, la participation d\u00e9mocratique pourrait \u00eatre vue comme une coop\u00e9ration d\u2019individus lest\u00e9s par des relations sociales ext\u00e9rieures \u00e0 l\u2019espace d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019illusion de la d\u00e9nonciation ordinaire des \u00ab\u00a0communautarismes\u00a0\u00bb consiste \u00e0 oublier les insertions collectives des individus. L\u2019illusion de la d\u00e9nonciation ordinaire de \u00ab\u00a0l\u2019individualisme\u00a0\u00bb est d\u2019oublier la place importante des individus pour le double id\u00e9al d\u2019autogouvernement des individus et des soci\u00e9t\u00e9s. Une critique plus localis\u00e9e et plus ajust\u00e9e d\u2019un pi\u00e8ge \u00ab\u00a0communautariste\u00a0\u00bb consisterait \u00e0 mettre en cause la pr\u00e9tention de certaines collectivit\u00e9s (comme \u00ab\u00a0la nation\u00a0\u00bb ou d\u2019autres collectivit\u00e9s plus restreintes, comme des collectivit\u00e9s religieuses) \u00e0 une h\u00e9g\u00e9monie sur la d\u00e9finition des individus, alors que ce qui fait factuellement la singularit\u00e9 de chaque individu, c\u2019est justement d\u2019\u00eatre au croisement d\u2019une pluralit\u00e9 de relations sociales et d\u2019insertions collectives. Une critique plus localis\u00e9e et plus ajust\u00e9e d\u2019un impens\u00e9 \u00ab\u00a0ultra-individualiste\u00a0\u00bb consisterait \u00e0 mettre en cause l\u2019oubli des relations sociales tramant chaque individu.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pens\u00e9e de la d\u00e9sob\u00e9issance civile d\u00e9mocratique, telle que la philosophe Sandra Laugier la tire aujourd\u2019hui des pens\u00e9es d\u00e9mocratiques radicales am\u00e9ricaines chez Ralph Waldo Emerson et chez Henry David Thoreau, se pr\u00e9sente comme une des approches relationnalistes disponibles de la citoyennet\u00e9 d\u00e9mocratique. Car l\u2019autonomie individuelle s\u2019y exprime dans le rapport critique \u00e0 des liens sociaux pr\u00e9existants. Sandra Laugier note ainsi, en s\u2019inscrivant aussi dans le sillage des philosophies de Ludwig Wittgenstein et de Stanley Cavell\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0C\u2019est l\u00e0 le fonctionnement m\u00eame du langage ordinaire, qui est celui d\u2019un langage partag\u00e9 et commun, mais dont je suis seul \u00e0 d\u00e9finir les conditions d\u2019ad\u00e9quation \u00e0 chaque instant\u00a0\u00bb (7).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet individualisme d\u00e9mocratique, \u00e0 travers son insertion critique dans des relations sociales, r\u00e9v\u00e8le une port\u00e9e libertaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6 style=\"text-align: justify;\"><strong>3 &#8211; Un pr\u00e9suppos\u00e9 <em>r\u00e9publicard<\/em> quant aux rapports entre pluralit\u00e9 humaine et espace commun<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La R\u00e9publique se pr\u00e9sente comme un bel id\u00e9al autour de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des citoyens et de la constitution d\u2019un espace politique commun. Mais les usages <em>r\u00e9publicards<\/em> de la d\u00e9mocratie n\u2019ont-ils pas souvent d\u00e9form\u00e9 historiquement l\u2019id\u00e9al r\u00e9publicain, tout particuli\u00e8rement en France, en confondant bien commun, d\u2019une part, et unit\u00e9 et centralisation, d\u2019autre part\u00a0? Le vocabulaire de \u00ab\u00a0l\u2019unit\u00e9\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0l\u2019unification\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0la centralisation\u00a0\u00bb a ainsi fr\u00e9quemment domin\u00e9 la vision r\u00e9publicaine (ou plut\u00f4t <em>r\u00e9publicarde<\/em>) de la d\u00e9mocratie. Dans le couple traditionnel de l\u2019Un (\u00ab\u00a0la R\u00e9publique une et indivisible\u00a0\u00bb\u00a0!) et du Multiple (les diff\u00e9rences g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par la diversit\u00e9 humaine), ils choisissent sans h\u00e9siter la mise au pas du second par le premier, via \u00ab\u00a0l\u2019unification\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9tatisme centraliste fran\u00e7ais renforce ce tropisme \u00e0 travers \u00ab\u00a0la centralisation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ne peut-on pas penser le bien commun autrement que sous la forme de l\u2019\u00e9crasement du Multiple par l\u2019Un\u00a0? Sans pour autant se laisser aller \u00e0 la seule exaltation de la pluralit\u00e9, comme dans les approches dites \u00ab\u00a0postmodernes\u00a0\u00bb, qui ne s\u2019inqui\u00e8tent gu\u00e8re de la stabilisation de rep\u00e8res partag\u00e9s au sein de l\u2019espace politique. Une grande philosophe du politique au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, Hannah Arendt, a fourni une piste utile en ce sens. Elle a d\u2019abord avanc\u00e9 que \u00ab\u00a0la politique repose sur un fait\u00a0: la pluralit\u00e9 humaine\u00a0\u00bb, tout en pr\u00e9cisant que \u00ab\u00a0la politique traite de la communaut\u00e9 et de la r\u00e9ciprocit\u00e9 d\u2019\u00eatres <em>diff\u00e9rents<\/em>\u00a0\u00bb (8). La politique consisterait \u00e0 cr\u00e9er des espaces communs en partant de la pluralit\u00e9 humaine, sans \u00e9craser cette pluralit\u00e9 au nom de l\u2019Un. C\u2019est d\u2019ailleurs d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent, \u00e0 titre d\u2019amorce, dans le vocabulaire des \u00ab\u00a0convergences\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0coordinations\u00a0\u00bb (distinct de celui de \u00ab\u00a0l\u2019unification\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0la centralisation\u00a0\u00bb) utilis\u00e9 aujourd\u2019hui dans la galaxie altermondialiste. Le vocabulaire ouvrier, socialiste et libertaire du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, celui de \u00ab\u00a0l\u2019association\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0la mutuelle\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0la coop\u00e9ration\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0la f\u00e9d\u00e9ration\u00a0\u00bb, se situait d\u00e9j\u00e0 sur ce chemin r\u00e9trospectivement h\u00e9r\u00e9tique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6><strong>4 &#8211;\u00a0Un impens\u00e9 oligarchique au c\u0153ur des r\u00e9gimes repr\u00e9sentatifs professionnalis\u00e9s<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019apologie des \u00ab\u00a0d\u00e9mocraties r\u00e9ellement existantes\u00a0\u00bb (et pratiquement peu existantes) comme les incitations multiples \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019exercice de la citoyennet\u00e9\u00a0\u00bb et \u00e0 \u00ab\u00a0la participation d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb tendent \u00e0 faire comme si tout le monde avait le m\u00eame acc\u00e8s aux possibilit\u00e9s et m\u00eame \u00e0 l\u2019envie de participation. Une s\u00e9rie d\u2019in\u00e9galit\u00e9s point\u00e9es par les pens\u00e9es critiques viennent ici provoquer des interf\u00e9rences.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marx avait d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 pointer le probl\u00e8me dans son texte <em>\u00c0 propos de la question juive<\/em>, o\u00f9 il intervenait dans le d\u00e9bat sur la citoyennet\u00e9 des juifs qui n\u2019\u00e9taient pas \u00e0 l\u2019\u00e9poque largement reconnue (9). Il \u00e9tait favorable \u00e0 cette citoyennet\u00e9, mais en profitait pour r\u00e9fl\u00e9chir aux limites de la citoyennet\u00e9 r\u00e9publicaine dans une perspective d\u2019\u00e9mancipation humaine plus large. Il \u00e9crivait notamment\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat abolit \u00e0 sa mani\u00e8re les distinctions de naissance, de rang social, d\u2019\u00e9ducation, de profession, quand il d\u00e9cr\u00e8te que naissance, rang social, \u00e9ducation, profession sont des distinctions <em>non politiques<\/em>; quand (&#8230;) il proclame que chaque membre du peuple participe, <em>\u00e0 titre \u00e9gal<\/em>, \u00e0 la souverainet\u00e9 populaire (&#8230;) Et pourtant, l\u2019\u00c9tat laisse la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, l\u2019\u00e9ducation et la profession agir \u00e0 leur fa\u00e7on\u00a0\u00bb (10).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marx consid\u00e8re que l\u2019\u00e9mancipation politique promue par la R\u00e9volution fran\u00e7aise constitue un \u00ab\u00a0grand\u00a0\u00bb mais bien insuffisant \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb (11). Car la scission entre le citoyen et l\u2019individu priv\u00e9 juxtapose le domaine (restreint) de l\u2019\u00e9galit\u00e9 politique et le champ (plus vaste) de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale, \u00e9conomique et culturelle. Marx observe que les in\u00e9galit\u00e9s sociales restreignent et fragilisent l\u2019\u00e9galit\u00e9 proclam\u00e9e dans l\u2019espace d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pierre Bourdieu (12) et, \u00e0 partir de ses concepts, Daniel Gaxie, dans son livre <em>Le cens cach\u00e9<\/em>, ont approfondi sociologiquement depuis cette fragilit\u00e9 sociale de l\u2019\u00e9galit\u00e9 d\u00e9mocratique. Le cens avec un <em>c<\/em>, vis\u00e9 par Gaxie, renvoie \u00e0 cette \u00e9poque historique o\u00f9, en France, les citoyens devaient payer un certain niveau d\u2019imp\u00f4t pour pouvoir \u00eatre \u00e9lecteurs. Aujourd\u2019hui, un cens, cach\u00e9 cette fois, r\u00e9appara\u00eetrait. Selon Bourdieu et Gaxie, puisant dans les in\u00e9galit\u00e9s \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le reste du monde social (culturelles, raciales, coloniales et postcoloniales, entre genres, g\u00e9n\u00e9rations, etc.), une nouvelle forme d\u2019in\u00e9galit\u00e9, proprement politique cette fois, s\u2019institue entre les professionnels de la politique et les citoyens ordinaires. Cette domination politique instaure des barri\u00e8res (d\u2019autant plus efficaces que peu visibles) vis-\u00e0-vis de la participation des citoyens, un <em>cens cach\u00e9<\/em>. Cette barri\u00e8re est d\u2019autant plus \u00e9lev\u00e9e que les personnes sont d\u00e9munies en ressources \u00e9conomiques et culturelles, et qu\u2019elles sont d\u00e9valoris\u00e9es dans la soci\u00e9t\u00e9. Ces barri\u00e8res passent notamment par le langage. Gaxie \u00e9crit ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0l\u2019exercice de la profession politique est li\u00e9 \u00e0 la manipulation d\u2019un langage sp\u00e9cifique (&#8230;) un langage de professionnel. La ma\u00eetrise de ce langage par les agents du champ politique est \u00e0 l\u2019origine de l\u2019incomp\u00e9tence relative des autres agents sociaux et tend \u00e0 les d\u00e9poss\u00e9der de leurs possibilit\u00e9s d\u2019intervention dans les activit\u00e9s politiques\u00a0\u00bb (13).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car l\u2019autre face de cette d\u00e9possession d\u00e9mocratique est la constitution d\u2019une oligarchie de repr\u00e9sentants professionnalis\u00e9s, dont Max Weber et Roberto Michels ont \u00e9t\u00e9 parmi les premiers sociologues. En s\u2019appuyant notamment sur une des \u00e9tudes pionni\u00e8res consacr\u00e9e \u00e0 un parti politique de masse, le parti social-d\u00e9mocrate allemand, Michels (14) proposait une critique libertaire de la tendance \u00e0 la monopolisation des pouvoirs dans les mains des repr\u00e9sentants et des professionnels de la politique au sein d\u2019institutions se voulant d\u00e9mocratiques. Il pointait donc une tendance oligarchique pr\u00e9sente au c\u0153ur des r\u00e9gimes \u00e0 id\u00e9aux d\u00e9mocratiques fonctionnant \u00e0 la repr\u00e9sentation. Il avan\u00e7ait ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0une repr\u00e9sentation permanente \u00e9quivaudra toujours \u00e0 une h\u00e9g\u00e9monie des repr\u00e9sentants sur les repr\u00e9sent\u00e9s\u00a0\u00bb (15).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est dans ce quadruple sillage de Weber, Michels, Bourdieu et Gaxie que, au sein de la science politique critique fran\u00e7aise, R\u00e9mi Lefebvre et Fr\u00e9d\u00e9ric Sawicki ont analys\u00e9 la professionnalisation et la d\u00e9popularisation du Parti socialiste (16) ou que C\u00e9line Braconnier et Jean-Yves Dormagen ont diagnostiqu\u00e9 la mont\u00e9e d\u2019une \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie de l\u2019abstention\u00a0\u00bb (17).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les illusions quant \u00e0 \u00ab\u00a0la d\u00e9mocratie r\u00e9alis\u00e9e\u00a0\u00bb ou les incitations \u00e0 la participation d\u00e9mocratique passent le plus souvent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du couple d\u00e9possession\/oligarchie dans les r\u00e9gimes repr\u00e9sentatifs professionnalis\u00e9s modernes \u00e0 id\u00e9aux d\u00e9mocratiques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6><strong>5 &#8211;\u00a0Un impens\u00e9 \u00e9tatiste<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hors de cercles marginaux, les institutions d\u00e9mocratiques sont envisag\u00e9es le plus souvent \u00e0 travers la figure historique de \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb moderne. L\u2019\u00c9tat, c\u2019est en quelque sorte la tendance organis\u00e9e poussant \u00e0 une int\u00e9gration verticale et hi\u00e9rarchique des institutions d\u2019une soci\u00e9t\u00e9. Dans cette logique, la d\u00e9mocratie se constituerait n\u00e9cessairement de mani\u00e8re ascendante du bas vers le haut autour d\u2019un axe unique. Ce n\u2019est pas seulement une vision de gouvernants et de technocrates, mais nombre de critiques citoyennes du n\u00e9olib\u00e9ralisme \u00e9conomique aujourd\u2019hui font appel \u00e0 un tel \u00c9tat suppos\u00e9 \u00ab\u00a0d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb contre le \u00ab\u00a0tout march\u00e9\u00a0\u00bb. C\u2019est oublier que, comme l\u2019a mis en \u00e9vidence notamment la tradition anarchiste, il y a de la domination proprement politique, avec ses composantes bureaucratiques, technocratiques et politiciennes professionnelles, active dans cette verticalit\u00e9 hi\u00e9rarchique, qui fonctionne alors surtout en pratique de mani\u00e8re descendante, des gouvernants vers les gouvern\u00e9s. Cette verticalisation hi\u00e9rarchisante \u00e9tatique vient contrecarrer le double id\u00e9al d\u00e9mocratique d\u2019autogouvernement de soi et d\u2019autogouvernement des collectivit\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 partir de la critique de l\u2019impens\u00e9 \u00e9tatiste, pourraient \u00eatre envisag\u00e9es des galaxies d\u2019institutions d\u00e9mocratiques ne constituant pas un \u00c9tat. Certes la sociologie contemporaine a souvent mis l\u2019accent sur le r\u00f4le des institutions publiques. Par exemple, Robert Castel a analys\u00e9 les protections et \u00ab\u00a0les supports sociaux\u00a0\u00bb fournis aux individus par \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat social\u00a0\u00bb (18). Luc Boltanski a montr\u00e9, dans une lecture s\u00e9mantique de l\u2019institution, comment cette derni\u00e8re se pr\u00e9sente \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019\u00ab\u00a0un \u00eatre sans corps \u00e0 qui est d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 la t\u00e2che de dire ce qu\u2019il en est de ce qui est\u00a0\u00bb (19). L\u2019institution aurait, ce faisant, une fonction de stabilisation de \u00ab\u00a0la r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb. Le d\u00e9fi d\u2019un anarchisme institutionnaliste et pragmatiste consisterait alors \u00e0 envisager des institutions d\u00e9mocratiques sans \u00c9tat, c\u2019est-\u00e0-dire non n\u00e9cessairement reli\u00e9es de mani\u00e8re ascendante\/descendante \u00e0 un axe vertical hi\u00e9rarchisant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6><strong>6 &#8211;\u00a0Nationalisme m\u00e9thodologique<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son livre <em>Pouvoir et contre-pouvoir \u00e0 l\u2019\u00e8re de la mondialisation<\/em>, le sociologue allemand Ulrich Beck a mis en \u00e9vidence la pr\u00e9gnance d\u2019un \u00ab\u00a0nationalisme m\u00e9thodologique\u00a0\u00bb sur les sciences sociales et plus largement sur les pens\u00e9es contemporaines (20). Qu\u2019est-ce \u00e0 dire\u00a0? Il s\u2019agit de la tendance \u00e0 la r\u00e9ification de l\u2019espace de l\u2019\u00c9tat-nation comme base de l\u2019analyse et d\u00e9coupage oblig\u00e9 de l\u2019objet, ce qui rend peu visibles ou d\u00e9form\u00e9es les r\u00e9alit\u00e9 transnationales. Dans un contexte fran\u00e7ais de remont\u00e9e du r\u00e9f\u00e9rent \u00ab\u00a0national\u00a0\u00bb, cette r\u00e9ification appara\u00eet m\u00eame renforc\u00e9e (21). Ce qui a conduit des penseurs radicaux, comme l\u2019\u00e9conomiste Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, \u00e0 assimiler \u00ab\u00a0souverainet\u00e9 populaire\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0souverainet\u00e9 nationale\u00a0\u00bb (22). Plus largement, on entend de plus en plus au sein des gauches critiques \u00e9noncer une \u00e9quivalence essentialiste entre \u00ab\u00a0le national\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0le populaire\u00a0\u00bb, qui seraient les deux mamelles de la d\u00e9mocratie face \u00e0 la mondialisation capitaliste. Cette pente vient s\u2019ajouter aux brouillages nationalistes port\u00e9s, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019extr\u00eame-droite cette fois, par les courants dits \u00ab\u00a0rouges-bruns\u00a0\u00bb, autour d\u2019Alain Soral (23).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Devant ce r\u00e9tr\u00e9cissement nationaliste des pens\u00e9es critiques, on suivra Ulrich Beck dans son appel \u00e0 \u00ab\u00a0une Nouvelle Th\u00e9orie critique d\u2019un point de vue cosmopolitique\u00a0\u00bb (24), plus en phase avec les mouvements sociaux altermondialistes et les r\u00e9seaux d\u2019<em>indignados<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6><strong>7 &#8211;\u00a0Un impens\u00e9 mis\u00e9rabiliste dans les critiques de \u00ab\u00a0l&rsquo;ali\u00e9nation\u00a0\u00bb en d\u00e9mocratie<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a un \u00e9cueil sym\u00e9triquement inverse \u00e0 celui point\u00e9 par Bourdieu et Gaxie (et dans lequel peuvent tomber parfois Bourdieu et Gaxie)\u00a0: c\u2019est ce que les sociologues Claude Grignon et Jean-Claude Passeron ont appel\u00e9 le <em>mis\u00e9rabilisme<\/em> (25). C\u2019est-\u00e0-dire une fa\u00e7on de voir de haut les milieux populaires qui sont les plus \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la politique institutionnelle, en ne se les repr\u00e9sentant que comme \u00ab\u00a0d\u00e9munis\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0incomp\u00e9tents\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0ali\u00e9n\u00e9s\u00a0\u00bb. Avec le risque de l\u2019attente de l\u2019intervention du savant ou du dirigeant politique \u00ab\u00a0\u00e9clair\u00e9\u00a0\u00bb susceptible de les faire passer de la caverne aux lumi\u00e8res de la raison\u2026Le mis\u00e9rabilisme d\u00e9bouche fr\u00e9quemment sur une forme de paternalisme, de vision tut\u00e9laire de la politique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les porteurs de ces analyses se r\u00e9f\u00e8rent pourtant souvent \u00e0 l\u2019id\u00e9al d\u2019auto-\u00e9mancipation des domin\u00e9s et des citoyens en g\u00e9n\u00e9ral. Cependant, dans cette perspective, o\u00f9 \u00ab\u00a0les autres\u00a0\u00bb sont appr\u00e9hend\u00e9s de mani\u00e8re \u00e9litiste et m\u00e9prisante comme une masse informe et passive, il n\u2019y a plus beaucoup de place pour une \u00e9mancipation des citoyens par eux-m\u00eames. D\u2019o\u00f9 le glissement subreptice et fr\u00e9quent du verbe pronominal <em>s\u2019\u00e9manciper<\/em> (du type \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9mancipation des travailleurs sera l\u2019\u0153uvre des travailleurs eux-m\u00eames\u00a0\u00bb de la I<sup>e<\/sup> Internationale ouvri\u00e8re) au verbe transitif <em>\u00e9manciper<\/em> (comme on \u00e9mancipait des esclaves).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Contrer cette d\u00e9rive mis\u00e9rabiliste-paternaliste pourrait notamment passer par la mise en tension deux grandes pens\u00e9es contemporaines\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1) la philosophie de l\u2019\u00e9mancipation de Jacques Ranci\u00e8re, qui part de la possibilit\u00e9 de l\u2019\u00e9galit\u00e9 et des <em>capacit\u00e9s<\/em> des domin\u00e9s\u00a0;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">et 2) la sociologie critique de Pierre Bourdieu, qui part du poids des in\u00e9galit\u00e9s et donc des <em>incapacitations<\/em> des domin\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une critique compr\u00e9hensive et pragmatique de la citoyennet\u00e9 d\u00e9mocratique s\u2019efforcerait de partir \u00e0 la fois des capacit\u00e9s <em>et<\/em> des incapacitations (li\u00e9es aux in\u00e9galit\u00e9s et aux dominations) des citoyens (26).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6><strong>8 &#8211;\u00a0Une illusion \u00ab\u00a0basiste\u00a0\u00bb dans les critiques de la repr\u00e9sentation politique<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les probl\u00e8mes aff\u00e9rents \u00e0 la participation d\u00e9mocratique, les \u00e9cueils ne viennent pas que des repr\u00e9sentants professionnalis\u00e9s (m\u00eame si cela vient aussi et beaucoup d\u2019eux, sous une forme non n\u00e9cessairement consciente et volontaire), mais aussi des repr\u00e9sent\u00e9s, et surtout des relations repr\u00e9sentants\/repr\u00e9sent\u00e9s exprimant un rapport de domination, une domination sp\u00e9cifiquement politique, qui a des effets tant sur les repr\u00e9sentants que les repr\u00e9sent\u00e9s. Du c\u00f4t\u00e9 des repr\u00e9sent\u00e9s et de certains discours d\u00e9mocratiques-critiques, il peut justement y avoir une illusion \u00ab\u00a0basiste\u00a0\u00bb, selon laquelle ce n\u2019est pas le rapport repr\u00e9sentants\/repr\u00e9sent\u00e9s qui pose probl\u00e8me, mais seulement les repr\u00e9sentants, dans un combat manich\u00e9en entre \u00ab\u00a0les sommets\u00a0\u00bb n\u00e9cessairement manipulateurs et \u00ab\u00a0la base\u00a0\u00bb n\u00e9cessairement bonne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici, pour nettoyer ses lunettes d\u2019une telle bu\u00e9e \u00ab\u00a0basiste\u00a0\u00bb, il peut \u00eatre utile de faire un voyage avec l\u2019historien Marc Ferro du c\u00f4t\u00e9 de la r\u00e9volution russe de 1917, dans son livre <em>Des soviets au communisme bureaucratique<\/em> (27). Ferro met en \u00e9vidence deux sources d\u2019absolutisme dans le processus r\u00e9volutionnaire russe\u00a0: la monopolisation du pouvoir par les bolcheviks (donc du c\u00f4t\u00e9 des repr\u00e9sentants), mais aussi ce qu\u2019il appelle un \u00ab\u00a0absolutisme populaire\u00a0\u00bb. C\u2019est-\u00e0-dire que dans des soviets o\u00f9 il n\u2019y avait aucun bolchevik, il a observ\u00e9, \u00e0 travers les archives et les t\u00e9moignages, des pratiques autoritaires, des mises en cause du pluralisme et des modes d\u2019imposition d\u2019un conformisme venant de la fameuse \u00ab\u00a0base\u00a0\u00bb. Ferro \u00e9crit que cela doit nous inciter \u00e0 \u00ab\u00a0comprendre comment une soci\u00e9t\u00e9 peut s\u00e9cr\u00e9ter \u00e0 la fois d\u00e9mocratie et totalitarisme\u00a0; comment cohabitent, chez les m\u00eames citoyens souvent, le consensus et la contestation, comment chaque citoyen est \u00e0 la fois oppresseur et opprim\u00e9\u00a0\u00bb (28).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ferro retrouve ainsi d\u2019une certaine fa\u00e7on l\u2019inspiration d\u2019\u00c9tienne de La Bo\u00e9tie au XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle quant \u00e0 \u00ab\u00a0la servitude volontaire\u00a0\u00bb (29), qui ne se pr\u00e9sente pas seulement comme une domination impos\u00e9e par les gouvernants, mais aussi consentie d\u2019une certaine fa\u00e7on par les domin\u00e9s, m\u00eame si la notion de \u00ab\u00a0volont\u00e9\u00a0\u00bb permet mal de cerner ce consentement. La critique de l\u2019illusion \u00ab\u00a0basiste\u00a0\u00bb r\u00e9oriente notre regard vers les relations gouvernants\/gouvern\u00e9s, plut\u00f4t que sur les seuls gouvernants.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6><strong>9 &#8211;\u00a0Une \u00e9quation difficile l\u00e9gu\u00e9e par Marx\u00a0: minorit\u00e9s actives et majorit\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9mancipation d\u00e9mocratique<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Tous les mouvements historiques ont \u00e9t\u00e9, jusqu&rsquo;ici, accomplis par des minorit\u00e9s ou au profit des minorit\u00e9s. Le mouvement prol\u00e9tarien est le mouvement spontan\u00e9 de l&rsquo;immense majorit\u00e9 au profit de l&rsquo;immense majorit\u00e9.\u00a0\u00bb, \u00e9crivent Karl Marx et Friedrich Engels dans <em>Le Manifeste communiste<\/em> (30). \u00ab\u00a0Le mouvement de\u00a0\u00bb s\u2019inscrit dans la logique de l\u2019auto-\u00e9mancipation des opprim\u00e9s. Mais ceux qui se sont r\u00e9clam\u00e9s du \u00ab\u00a0mouvement prol\u00e9tarien\u00a0\u00bb au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, \u00ab\u00a0r\u00e9formistes\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb, ne se sont-ils pas finalement d\u00e9grad\u00e9s tr\u00e8s vite en mouvements de minorit\u00e9s, parlementaires professionnels ou avant-garde r\u00e9volutionnaires\u00a0? Une des grandes le\u00e7ons du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle pour les forces se r\u00e9clamant de l\u2019\u00e9mancipation sociale n\u2019est-elle pas le passage subreptice, souvent inaper\u00e7u aux yeux de ses acteurs eux-m\u00eames, du verbe pronominal <em>s\u2019\u00e9manciper<\/em> au verbe transitif <em>\u00e9manciper<\/em>\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant l\u2019auto-\u00e9mancipation se pr\u00e9pare avec des minorit\u00e9s actives\u00a0: militants d\u2019associations, de syndicats ou d\u2019organisations politiques, manifestants et gr\u00e9vistes, praticiens d\u2019exp\u00e9riences alternatives, artistes r\u00e9tifs et cr\u00e9atifs. Comment penser et surtout pratiquer la tension entre la place particuli\u00e8re de minorit\u00e9s actives et l\u2019auto-\u00e9mancipation de la majorit\u00e9, sans que les premi\u00e8res ne se transforment en oligarchie \u00e9mancipatrice, voire en de nouvelles classes oppressives\u00a0? Un probl\u00e8me th\u00e9orique et pratique que nous ont l\u00e9gu\u00e9 Marx et Engels et que, en tenant compte des d\u00e9boires du pass\u00e9, nous avons int\u00e9r\u00eat \u00e0 appr\u00e9hender sous la forme d\u2019une tension plut\u00f4t que d\u2019une r\u00e9ponse pr\u00e9tendant d\u00e9passer les contradictions. En ce sens, il vaut mieux suivre ici m\u00e9thodologiquement le libertaire Pierre-Joseph Proudhon, qui donnait la primaut\u00e9 logique aux jeux des antinomies plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 leur \u00e9ventuel d\u00e9passement, privil\u00e9gi\u00e9 par une dialectique d\u2019inspiration h\u00e9g\u00e9lienne (31).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6><strong>10 &#8211;\u00a0Une tension difficile \u00e0 assumer pour l&rsquo;intellectualit\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0: logique d\u00e9mocratique et logique de comp\u00e9tence<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pens\u00e9e de la d\u00e9mocratie et l\u2019espace d\u00e9mocratique ont des liens \u00e9troits, mais ne fonctionnent peut-\u00eatre pas id\u00e9alement sur exactement les m\u00eames bases. C\u2019est que j\u2019appelle \u00ab\u00a0l\u2019intellectualit\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb (32). L\u2019intellectualit\u00e9 d\u00e9mocratique, c\u2019est l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle le c\u0153ur de production des id\u00e9es concernant l\u2019organisation de la cit\u00e9 en d\u00e9mocratie, ce serait un espace pluriel de dialogues, de coop\u00e9rations, de tensions et de confrontations entre notamment des mouvements sociaux, des praticiens d\u2019exp\u00e9rimentations alternatives, des organisations politiques, des intellectuels professionnels, des artistes et des citoyens ordinaires. Un espace particuli\u00e8rement en butte aux chocs de deux logiques, une logique d\u00e9mocratique et une logique hi\u00e9rarchique\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; La logique d\u00e9mocratique est celle de l\u2019espace politique, bas\u00e9 sur la pr\u00e9supposition id\u00e9ale \u00ab\u00a0de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de n\u2019importe qui avec n\u2019importe qui\u00a0\u00bb, selon une expression de Jacques Ranci\u00e8re (33). Ce qui implique de valoriser les capacit\u00e9s des citoyens dans la dynamique de leur auto-\u00e9mancipation. En ce sens Ranci\u00e8re a raison de r\u00e9cuser la figure du philosophe-roi (Platon) ou m\u00eame celle du sociologue-roi (tentation de Bourdieu) dans l\u2019espace politique id\u00e9alement d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; La logique hi\u00e9rarchique est celle de l\u2019espace des savoirs techniques, scientifiques et philosophiques, gouvern\u00e9 par des crit\u00e8res de comp\u00e9tences en discussion dans les diff\u00e9rentes disciplines. C\u2019est ce qui fait que (fort heureusement\u00a0!) n\u2019est pas attribu\u00e9e la m\u00eame grandeur philosophique \u00e0 Michel Foucault et \u00e0 BHL. C\u2019est au nom d\u2019une telle comp\u00e9tence scientifiquement attest\u00e9e que Bourdieu est souvent intervenu l\u00e9gitimement dans l\u2019espace public afin de d\u00e9voiler des m\u00e9canismes de domination et de d\u00e9mystifier des pr\u00e9jug\u00e9s sociaux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s\u2019agit encore une fois de mettre en tension Bourdieu et Ranci\u00e8re, leurs parts de lumi\u00e8re et leurs parts d\u2019ombre respectives, en assumant le caract\u00e8re hybride et impur de l\u2019espace interactif appel\u00e9 \u00ab\u00a0intellectualit\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb, toujours dans une dynamique ouverte. Or, le plus souvent, les pratiques d\u00e9mocratiques, y compris dans les secteurs critiques et radicaux, affichent surtout la logique d\u00e9mocratique dans la production des id\u00e9es en d\u00e9mocratie et font fonctionner de fait une logique hi\u00e9rarchique bas\u00e9e sur la comp\u00e9tence. On a ainsi davantage affaire \u00e0 quelque chose comme une schizophr\u00e9nie non r\u00e9fl\u00e9chie qu\u2019\u00e0 une mise en tension assum\u00e9e et raisonn\u00e9e (34).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6><strong>En guise de conclusion\u00a0: la d\u00e9mocratie comme horizon, pari et \u00ab\u00a0transcendance relative\u00a0\u00bb<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur quelle approche globale de la d\u00e9mocratie d\u00e9bouche la critique compr\u00e9hensive de la d\u00e9mocratie esquiss\u00e9e ici\u00a0? Si on parle de d\u00e9mocratie en tant qu\u2019id\u00e9al, cela signifie qu\u2019on ne la consid\u00e8re pas comme une donn\u00e9e \u00ab\u00a0naturelle\u00a0\u00bb des soci\u00e9t\u00e9s humaines, ni comme quelque chose de compl\u00e8tement inscrit dans les faits, ou comme un mouvement in\u00e9luctable, mais comme une construction historique fragile, partielle, lacunaire, toujours inaboutie, toujours \u00e0 recommencer et \u00e0 am\u00e9liorer, dans un \u00e9cart entre cet id\u00e9al et des r\u00e9alisations limit\u00e9es, voire d\u00e9form\u00e9es. Dans cette perspective, la d\u00e9mocratie appara\u00eet comme <em>un pari<\/em>. Jacques Derrida a \u00e9crit des choses \u00e9clairantes sur un tel pari d\u00e9mocratique dans son livre <em>Spectres de Marx<\/em>. Il a ainsi d\u00e9fini la d\u00e9mocratie comme une \u00ab\u00a0promesse\u00a0\u00bb, plus pr\u00e9cis\u00e9ment comme\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0l\u2019ouverture (d\u2019un) \u00e9cart entre une promesse infinie et les formes d\u00e9termin\u00e9es, n\u00e9cessaires mais n\u00e9cessairement inad\u00e9quates de ce qui doit se mesurer \u00e0 cette promesse\u00a0\u00bb (35).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le pari d\u00e9mocratique se pr\u00e9senterait comme <em>un horizon<\/em> par rapport auquel on pourrait r\u00e9duire l\u2019\u00e9cart sans pouvoir le supprimer. Car on n\u2019atteint jamais un horizon, il nous offre seulement des rep\u00e8res pour avancer. Partant, les institutions d\u00e9mocratiques appara\u00eetraient tout \u00e0 la fois \u00ab\u00a0n\u00e9cessaires\u00a0\u00bb, comme inscriptions lacunaires et provisoires d\u2019un id\u00e9al d\u00e9mocratique, toujours pour partie d\u00e9form\u00e9 par des logiques socio-historiques de domination, et \u00ab\u00a0n\u00e9cessairement inad\u00e9quates\u00a0\u00bb, car toujours en de\u00e7\u00e0 de cet id\u00e9al d\u00e9mocratique supposant comme un mouvement perp\u00e9tuel d\u2019am\u00e9lioration et de conqu\u00eate. L\u2019id\u00e9al d\u00e9mocratique lui-m\u00eame n\u2019aurait rien d\u2019intemporel mais aurait aussi une histoire, et continuerait \u00e0 se red\u00e9finir au cours du temps, \u00e0 travers des exp\u00e9riences, des luttes, des r\u00e9flexions et des d\u00e9bats.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette approche de l\u2019id\u00e9al d\u00e9mocratique comme pari et horizon appara\u00eet particuli\u00e8rement importante au vu de la faiblesse des dispositifs d\u00e9mocratiques dans nos r\u00e9gimes repr\u00e9sentatifs professionnalis\u00e9s \u00e0 id\u00e9aux d\u00e9mocratiques. Et id\u00e9al d\u00e9mocratique et critique sociale ont alors n\u00e9cessairement partie li\u00e9e. La d\u00e9mocratie, dans ce cadre, participe de ce que j\u2019ai caract\u00e9ris\u00e9 il y a quelques ann\u00e9es comme des \u00ab\u00a0transcendances relatives\u00a0\u00bb (36). Qu\u2019est-ce que j\u2019entends par l\u00e0\u00a0? Non pas la pr\u00e9tention \u00e0 la r\u00e9solution magique d\u2019une antinomie via un oxymore (le fait d\u2019accoler \u00ab\u00a0transcendances\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0relatives\u00a0\u00bb). Plut\u00f4t une notion et un probl\u00e8me s\u2019effor\u00e7ant de <em>d\u00e9placer<\/em> (et non pas de d\u00e9passer) l\u2019opposition entre la transcendance et la relativit\u00e9, en maintenant toutefois dans une inspiration proudhonienne un espace de tensions. Des transcendances qui n\u2019auraient pas un caract\u00e8re absolu, mais qui int\u00e9greraient des fragilit\u00e9s. Des valeurs qui seraient bien immanentes (issues de notre monde terrestre), mais qui fonctionneraient comme des rep\u00e8res, un peu au-dessus de nos t\u00eates afin de nous aider \u00e0 nous orienter. Dans cette configuration, il n\u2019y aurait pas de garantie d\u00e9finitive \u00e0 l\u2019aventure humaine, sans pour autant qu\u2019elle ne se diss\u00e9mine dans une forme de nihilisme \u00ab\u00a0postmoderne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Philippe Corcuff &#8211; mai 2014<\/h6>\n<p>______<\/p>\n<p><strong>Notes\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(1) Emmanuel Kant, \u00ab\u00a0R\u00e9ponse \u00e0 la question\u00a0: Qu\u2019est-ce que les Lumi\u00e8res\u00a0?\u00a0\u00bb (1<sup>e<\/sup> \u00e9d.\u00a0: 1784), <em>in<\/em> <em>Vers la paix perp\u00e9tuelle, etc.<\/em>, trad. fran\u00e7. de J.-F. Poirier et F. Proust, Paris, GF-Flammarion, 1991, p.43.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(2) Dans \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/france\/060812\/chris-marker-cornelius-castoriadis-une-lecon-de-democratie\" target=\"_blank\">Chris Marker-Cornelius Castoriadis\u00a0: une le\u00e7on de d\u00e9mocratie<\/a>\u00a0\u00bb (entretien de 1989), Mediapart, 8 ao\u00fbt 2012.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(3) Jacques Ranci\u00e8re, <em>La haine de la d\u00e9mocratie<\/em>, Paris, La Fabrique, 2005, p.81.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(4) Une premi\u00e8re version de ce texte a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e sous le titre \u00ab\u00a0De quelques pr\u00e9suppos\u00e9s et points aveugles des id\u00e9aux d\u00e9mocratiques\u00a0\u00bb au colloque international \u00ab\u00a0Quelle(s) critiques pour la d\u00e9mocratie\u00a0?\u00a0\u00bb, organis\u00e9 par le laboratoire Philosophie des normes (EA 1270) \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Rennes 1, les 11-12 avril 2013.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(5) Voir notamment Philippe Corcuff, <em>O\u00f9 est pass\u00e9e la critique sociale\u00a0? Penser le global au croisement des savoirs<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte, collection \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que du MAUSS\u00a0\u00bb, 2012, <em>Marx XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Textes comment\u00e9s<\/em>, Paris, Textuel, collection \u00ab\u00a0Petite Encyclop\u00e9die Critique\u00a0\u00bb, 2012, et <em>La gauche est-elle en \u00e9tat de mort c\u00e9r\u00e9brale\u00a0?<\/em>, Paris, Textuel, collection \u00ab\u00a0Petite Encyclop\u00e9die Critique\u00a0\u00bb, 2012.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(6) Voir Philippe Corcuff, <em>Les nouvelles sociologies. Entre le collectif et l\u2019individuel<\/em> (1<sup>e<\/sup> \u00e9d.\u00a0: 1995), Paris, Armand Colin, collection \u00ab\u00a0128\u00a0\u00bb, 2011, 3<sup>e<\/sup> \u00e9d.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(7) Sandra Laugier, <em>Une autre pens\u00e9e politique am\u00e9ricaine. La d\u00e9mocratie radicale d\u2019Emerson \u00e0 Stanley Cavell<\/em>, Paris, Michel Houdiard, 2004, p.12.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(8) Hannah Arendt, <em>Qu\u2019est-ce que la politique\u00a0?<\/em> (manuscrits de 1950-1959), trad. fran\u00e7. et pr\u00e9face de S. Courtine-Denamy, Paris, Seuil, 1995, p.31.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(9) Par contre, on trouve dans la deuxi\u00e8me partie d\u2019<em>\u00c0 propos de la question juive<\/em> quelques traces de st\u00e9r\u00e9otypes antis\u00e9mites\u00a0; preuve que m\u00eame une telle figure critique, par ailleurs arri\u00e8re-petit-fils (du c\u00f4t\u00e9 maternel), petit-fils et neveu de rabbins (du c\u00f4t\u00e9 de son p\u00e8re, converti au protestantisme pour pouvoir exercer sa profession d\u2019avocat), qui sera par la suite victime \u00e0 plusieurs reprises de l\u2019antis\u00e9mitisme, a pu un court moment \u00eatre soumis \u00e0 certains pr\u00e9jug\u00e9s de son temps.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(10) Karl Marx, <em>\u00c0 propos de la question juive<\/em> (1<sup>e<\/sup> \u00e9d.\u00a0: 1844), dans <em>\u0152uvres III<\/em>, \u00e9dition \u00e9tablie par M. Rubel, Paris, Gallimard, collection \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 1982, pp.355-356.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(11) <em>Ibid.<\/em>, p.358.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(12) Voir notamment le recueil de textes de Pierre Bourdieu<em>, Langage et pouvoir symbolique<\/em>, Paris, Seuil, collection \u00ab\u00a0Points Essais\u00a0\u00bb, 2001.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(13) Daniel Gaxie, <em>Le cens cach\u00e9. In\u00e9galit\u00e9s culturelles et s\u00e9gr\u00e9gation politique<\/em>, Paris, Seuil, 1978, p.95.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(14) Sur Roberto Michels (1876-1936), voir la s\u00e9ance du s\u00e9minaire ETAPE (Explorations Th\u00e9oriques Anarchistes Pragmatistes pour l\u2019\u00c9mancipation) sur le th\u00e8me \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/conversations.grand-angle-libertaire.net\/etape-seminaire-3\/\" target=\"_blank\">Roberto Michels\u00a0: critique des partis politiques, du syndicalisme r\u00e9volutionnaire et de l\u2019anarchisme<\/a>\u00a0\u00bb d\u2019octobre 2013, autour de la contribution du philosophe Jean-Christophe Angaut (auteur d\u2019une nouvelle traduction en cours du livre devenu classique, <em>Les partis politiques<\/em>, publi\u00e9 fin 1910 et not\u00e9 1911 par Michels).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(15) Roberto Michels, <em>Les partis politiques. Essai sur les tendances oligarchiques des d\u00e9mocraties<\/em> (1<sup>e<\/sup> \u00e9d.\u00a0: 1911), trad. fran\u00e7. de S. Jank\u00e9l\u00e9vitch, Paris, Flammarion, collection \u00ab\u00a0Champs\u00a0\u00bb, 1971, p.38.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(16) R\u00e9mi Lefebvre et Fr\u00e9d\u00e9ric Sawicki, <em>La soci\u00e9t\u00e9 des socialistes. Le PS aujourd\u2019hui<\/em>, Bellecombe-en-Bauges, \u00c9ditions du Croquant, collection \u00ab\u00a0Savoir\/Agir\u00a0\u00bb, 2006.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(17) C\u00e9line Braconnier et Jean-Yves Dormagen, <em>La d\u00e9mocratie de l\u2019abstention. Aux origines de la d\u00e9mobilisation \u00e9lectorale en milieu populaire<\/em>, Paris, Gallimard, collection \u00ab\u00a0Folio-Actuel\u00a0\u00bb, 2007.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(18) Robert Castel, <em>Propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, propri\u00e9t\u00e9 sociale, propri\u00e9t\u00e9 de soi. Entretiens sur la construction de l\u2019individu moderne<\/em>, entretiens avec Claudine Haroche, Paris, Fayard, 2001.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(19) Luc Boltanski, <em>De la critique. Pr\u00e9cis de sociologie de l\u2019\u00e9mancipation<\/em>, Paris, Gallimard, 2009, p.117.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(20) Ulrich Beck, <em>Pouvoir et contre-pouvoir \u00e0 l\u2019\u00e8re de la mondialisation<\/em> (1<sup>e<\/sup> \u00e9d.\u00a0: 2002), trad. fran\u00e7. d\u2019A. Duthoo, Paris, Aubier\/Flammarion, 2003, notamment pp.105-116.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(21) Voir Philippe Corcuff, \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/blogs.mediapart.fr\/blog\/philippe-corcuff\/210314\/quand-des-penseurs-critiques-desarment-l-internationalisme-todd-lordon-durand-ruffin\" target=\"_blank\">Quand des penseurs \u00ab\u00a0critiques\u00a0\u00bb d\u00e9sarment l\u2019internationalisme\u00a0: Todd, Lordon, Durand, Ruffin\u2026\u00a0<\/a>\u00bb, <em>Le Monde Libertaire Hors S\u00e9rie<\/em>, n\u00b054, mars-avril 2014, repris sur Mediapart, 21 mars 2014.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(22) Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, \u00ab\u00a0Le soul\u00e8vement ou la table rase\u00a0\u00bb, intervention dans le cadre de la conf\u00e9rence internationale \u00ab\u00a0Leur dette, notre d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb organis\u00e9e par ATTAC France le 15 janvier 2012, en partenariat avec le site Mediapart\u00a0; <a href=\"http:\/\/blogs.mediapart.fr\/edition\/leur-dette-notre-democratie\/video\/190112\/frederic-lordon-le-soulevement-ou-la-table-ras\" target=\"_blank\">vid\u00e9o sur Mediapart<\/a>, 19 janvier 2012.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(23) Voir Philippe Corcuff, \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/blogs.mediapart.fr\/blog\/philippe-corcuff\/120314\/quand-des-soraliens-lyonnais-potachent-antisemite-et-brouillent-le-combat-contre-l-islamophobi\" target=\"_blank\">Quand des soraliens lyonnais potachent antis\u00e9mite\u2026et brouillent le combat contre l\u2019islamophobie<\/a>\u00a0\u00bb, Mediapart, 12 mars 2014, ainsi qu\u2019avec Haoues Seniguer, \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.rue89lyon.fr\/2014\/04\/03\/disciples-alain-soral-nauseabondent-lyon\/\" target=\"_blank\">Quand les disciples d\u2019Alain Soral naus\u00e9abondent \u00e0 Lyon<\/a>\u00a0\u00bb, Rue 89 Lyon, 3 avril 2014.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(24) Ulrich Beck, <em>Pouvoir et contre-pouvoir \u00e0 l\u2019\u00e8re de la mondialisation<\/em>, <em>op. cit<\/em>., p.67.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(25) Claude Grignon et Jean-Claude Passeron, <em>Le savant et le populaire. Mis\u00e9rabilisme et populisme en sociologie et en litt\u00e9rature<\/em>, Paris, Gallimard\/Seuil, collection \u00ab\u00a0Hautes Etudes\u00a0\u00bb, 1989.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(26) Pour des d\u00e9veloppements pour cette critique compr\u00e9hensive \u00e0 partir de la tension Bourdieu\/Ranci\u00e8re, voir les chapitres 1 et 2 de Philippe Corcuff, <em>O\u00f9 est pass\u00e9e la critique sociale\u00a0?<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, pp.33-58.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(27) Marc Ferro, <em>Des soviets au communisme bureaucratique<\/em>, Paris, Gallimard\/Julliard, collection \u00ab\u00a0Archives\u00a0\u00bb, 1980.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(28) <em>Ibid.<\/em>, p.15.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(29) \u00c9tienne de La Bo\u00e9tie, <em>Le Discours de la servitude volontaire<\/em> (\u00e9crit vers 1548), transcription de C. Teste (1836), pr\u00e9sentation de M. Abensour et M. Gauchet, Paris, Petite Biblioth\u00e8que Payot, 1993.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(30) Karl Marx et Friedrich Engels, <em>Le Manifeste communiste<\/em> (1<sup>e<\/sup> \u00e9d.\u00a0: 1848), repris dans Philippe Corcuff, <em>Marx XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p.145.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(31) Voir Pierre-Joseph Proudhon, <em>De la Justice dans la R\u00e9volution et dans l\u2019\u00c9glise<\/em> (1<sup>e<\/sup> \u00e9d.\u00a0: 1858), Paris, Fayard, collection \u00ab\u00a0Corpus des \u0153uvres de philosophie en langue fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, 1988, tome 1, pp.35-36, et <em>Th\u00e9orie de la propri\u00e9t\u00e9<\/em> (1<sup>e<\/sup> \u00e9d.\u00a0: 1866), Paris, L\u2019Harmattan, collection \u00ab\u00a0Les introuvables\u00a0\u00bb, 1997, p.206.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(32) Voir Philippe Corcuff, <em>La gauche est-elle en \u00e9tat de mort c\u00e9r\u00e9brale\u00a0?<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, pp.78-80.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(33) Jacques Ranci\u00e8re, <em>La M\u00e9sentente. Politique et philosophie<\/em>, Paris, Galil\u00e9e, 1995, p.37.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(34) Voir Philippe Corcuff, \u00ab<a href=\"http:\/\/blogs.mediapart.fr\/blog\/philippe-corcuff\/050913\/intellectuels-militants-et-intellectualite-democratique-vues-critiques-sur-quelques-experience\" target=\"_blank\">\u00a0Intellectuels, militants et intellectualit\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0: vues critiques sur quelques exp\u00e9riences pass\u00e9es<\/a>\u00a0\u00bb, Mediapart, 5 septembre 2013.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(35) Jacques Derrida, <em>Spectres de Marx<\/em>, Paris, Galil\u00e9e, 1993, p.111.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(36) Dans Philippe Corcuff, <em>La soci\u00e9t\u00e9 de verre. Pour une \u00e9thique de la fragilit\u00e9<\/em>, Paris, Armand Colin, collection \u00ab\u00a0Individu et Soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, 2002.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entre philosophie politique \u00e9mancipatrice et sociologie critique \u00a0 Introduction &nbsp; La critique sociale renvoie, tant dans les mouvements sociaux que dans les champs intellectuels (en particulier dans les sciences sociales), \u00e0 des outils de d\u00e9cryptage de &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":2534,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[28,30,61,56,31],"tags":[197,198,22,199,201,78,115,149,39,200],"class_list":["post-2517","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-analyses","category-autonomisation","category-critique","category-democratie-directe-participative","category-la-pensee-libertaire-philosophie","tag-anarchisme","tag-critique-sociale","tag-democratie","tag-emancipation-2","tag-libertaire","tag-philippe-corcuff","tag-philosophie-politique","tag-pragmatisme","tag-slide","tag-sociologie"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/Finished-Pipe-Piper-Recycled-Art.jpg?fit=283%2C129&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pc9uqr-EB","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2517","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2517"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2517\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2534"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2517"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2517"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2517"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}