{"id":2366,"date":"2014-04-03T02:08:45","date_gmt":"2014-04-03T00:08:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=2366"},"modified":"2015-02-06T20:50:30","modified_gmt":"2015-02-06T18:50:30","slug":"violences-faites-aux-femmes-le-temoignage-comme-support-de-lutte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=2366","title":{"rendered":"Violences faites aux femmes : le t\u00e9moignage comme support de lutte"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/femme-noire.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2391 alignright\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/femme-noire.jpg?resize=227%2C155&#038;ssl=1\" alt=\"femme noire\" width=\"227\" height=\"155\" \/><\/a>Face aux d\u00e9nis, aux menaces de rejets, voire aux risques de repr\u00e9sailles, les voix de celles qui endurent des violences \u00e0 caract\u00e8re sexuel ou propre aux in\u00e9galit\u00e9s de genre demeurent bien souvent inaudibles. Les quelques t\u00e9moignages publi\u00e9s ici participent, chacun \u00e0 leur mani\u00e8re, \u00e0 rompre ce silence. Ils \u00e9clairent de fa\u00e7on poignante sur les traumatismes, les souffrances, les exasp\u00e9rations que des femmes peuvent \u00e9prouver lorsqu&rsquo;elles sont r\u00e9duites \u00e0 des objets sexuels par des hommes ou lorsqu&rsquo;elles doivent se conformer malgr\u00e9 elles aux r\u00f4les genr\u00e9s impos\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9. Ces t\u00e9moignages proviennent du site <a href=\"http:\/\/www.polyvalence-mp.com\">Polyvalence-mp.com<\/a> dont le projet innovant est de faire conna\u00eetre au grand public ce type de v\u00e9cus opprim\u00e9s dans leur singularit\u00e9. Toute personne peut y communiquer le sien avec l&rsquo;assurance de ne pas \u00eatre jug\u00e9e. Le site aborde \u00e9galement d&rsquo;autres th\u00e9matiques comme l&rsquo;interruption volontaire de grossesse, les troubles du comportement alimentaire, les rapports entre maternit\u00e9 et sexualit\u00e9, la contraception et les addictions. Les quatre t\u00e9moignages livr\u00e9s ici peuvent \u00eatre aussi bien lus qu&rsquo;\u00e9cout\u00e9s. Ils ont \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 \u00eatre enregistr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;\u00e9mission de radio <em>Femme Libre<\/em> diffus\u00e9e sur Radio Libertaire les mercredi entre 18h30 et 20h30. Chaque diffusion sera d\u00e9sormais l&rsquo;occasion d&rsquo;entendre la lecture de ces t\u00e9moignages. L&rsquo;\u00e9motion et la port\u00e9e du propos de ces femmes n&rsquo;en ressortent que plus marquants. Place \u00e0 elles.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5 style=\"text-align: right;\"><span style=\"color: #7138c6;\">Site \u00e0\u00a0suivre : <a href=\"http:\/\/www.polyvalence-mp.com\">POLYVALENCE-MP.COM<\/a>\u00a0<\/span><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">[html5mp3 id=3]<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_2430\" aria-describedby=\"caption-attachment-2430\" style=\"width: 581px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Catharsis.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2430 \" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Catharsis.jpg?resize=581%2C78&#038;ssl=1\" alt=\"Catharsis - cr\u00e9\u00e9 avec l'alphabet d'Anastasia Mastrakouli\" width=\"581\" height=\"78\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Catharsis.jpg?w=886&amp;ssl=1 886w, https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Catharsis.jpg?resize=300%2C40&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 581px) 100vw, 581px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-2430\" class=\"wp-caption-text\">Catharsis &#8211; cr\u00e9\u00e9 avec l&rsquo;alphabet d&rsquo;Anastasia Mastrakouli<\/figcaption><\/figure>\n<h5>Le jour o\u00f9 les couleurs ont chang\u00e9<\/h5>\n<p><em><strong>Avertissement : ce t\u00e9moignage contient des descriptions de sc\u00e8nes de violences pouvant heurt\u00e9es votre sensibilit\u00e9.<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Petits, \u00e0 l\u2019\u00e9cole, on nous apprend des comptines pour mettre des couleurs sur des mots, des \u00e9motions.<\/p>\n<p>Le rouge pour l\u2019amour, le vert pour l\u2019espoir, le bleu pour le ciel\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces comptines, je les ai apprises, et je les comprenais, jusqu\u2019au jour o\u00f9 les couleurs ont chang\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re fois que j\u2019ai rencontr\u00e9 le plus effroyable monstre que je connaisse, j\u2019avais 5 ans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019\u00e9tait pas dans un livre de contes, ni cach\u00e9 sous mon lit comme pour la plupart des enfants\u2026 il entrait dans ma vie pour la d\u00e9truire petit \u00e0 petit.<\/p>\n<p>Pour toujours, les couleurs ont chang\u00e9 dans ma vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le bleu. Tout d\u2019abord, c\u2019\u00e9tait la couleur de mes yeux, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un nuage noir les traverse pour les changer d\u00e9finitivement. Le jour o\u00f9 j\u2019ai senti que ma vie allait changer, mes yeux ont vir\u00e9. Comme si le bleu de mes yeux s\u2019\u00e9coulait avec mes larmes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En m\u00eame temps que je perdais le bleu de mes yeux, d\u2019autres bleus apparaissaient sur mon corps et mon \u00e2me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les bleus, \u00e7a, j\u2019en ai eu, tout d\u2019abord pour combler son plaisir pervers et sadique, puis pour me forcer \u00e0 faire tout ce dont il avait envie, pour me faire taire, pour prot\u00e9ger mon petit fr\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les coups de poings dans la t\u00eate, les bousculades contre les murs, les \u00e9tranglements, la pression de ses doigts ignobles sur mes yeux, et qui allaient chercher le vomissement en s\u2019enfon\u00e7ant loin dans ma gorge, les pi\u00e9tinements, les coups de pied dans le dos\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le bleu symbolise aussi l\u2019eau, l\u2019eau de la douche que j\u2019entendais couler un moment lorsque mon fr\u00e8re et lui se douchaient, les fois o\u00f9 il a failli me noyer, l\u2019eau glac\u00e9e de la pluie qui me coulait dessus pendant des heures lorsqu\u2019il m\u2019enfermait dans la cour au fond du jardin, et que mon corps bleuissait de froid.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le rouge. La couleur de l\u2019amour est devenue la couleur du danger, de la souffrance, de l\u2019alarme qui se d\u00e9clenche pour l\u2019instinct de survie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re fois que j\u2019ai senti cette douleur aigu\u00eb et atroce me d\u00e9chirer le ventre, j\u2019ai cri\u00e9 en fermant les yeux, et la couleur que j\u2019ai vue \u00e9tait le rouge. Rouge comme le sang qui frappait contre mes tempes, rouge comme la tache qu\u2019il y avait dans le lit, et rouge comme le sang qui s\u2019\u00e9coulait lorsque je suis all\u00e9e aux toilettes. Rouge comme la col\u00e8re et la violence qui s\u2019abattaient sur moi, rouge comme la haine qui \u00e9tait en train de na\u00eetre au fond de moi, rouge comme son sang que j\u2019ai envie de r\u00e9pandre depuis que j\u2019ai compris ce qu\u2019il m\u2019\u00e9tait arriv\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai pleur\u00e9, seule, sur ces toilettes que je voyais immenses avec mes yeux de petite fille, sans comprendre ce qu\u2019il se passait, me disant que c\u2019\u00e9tait normal et que je l\u2019avais m\u00e9rit\u00e9. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois que je vivais les sentiments de culpabilit\u00e9 et de honte qui me poursuivent encore aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jaune. La couleur du soleil qui r\u00e9chauffe s\u2019est transform\u00e9e en souvenirs de d\u00e9tails \u00e9c\u0153urants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ses ongles des mains jaunis par des mycoses qui tripotaient mon corps juv\u00e9nile, ses ongles de pieds infect\u00e9s de la m\u00eame mani\u00e8re, qui produisaient des petits cliquetis sur le lino, me pr\u00e9venaient de son arriv\u00e9e imminente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jaune du gras de sa viande, qu\u2019il nous donnait \u00e0 manger pour seul repas. Le jour o\u00f9 je l\u2019ai jet\u00e9 \u00e0 la poubelle lorsqu\u2019il s\u2019\u00e9tait absent\u00e9 pour aller aux toilettes, il m\u2019a tir\u00e9e par les cheveux, me faisant tomber de ma chaise, pour me plonger la t\u00eate dans la poubelle, me for\u00e7ant \u00e0 la manger de cette mani\u00e8re jusqu\u2019au bout.<\/p>\n<p>Jaune comme la bile que je vomissais tous les jours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le violet. Je ne pouvais pas m\u2019emp\u00eacher de parler de cette couleur qui sonne plut\u00f4t comme \u00ab\u00a0violer\u00a0\u00bb, c\u2019est ce qu\u2019il s\u2019est pass\u00e9 quasiment tous les jours pendant 9 ans.<\/p>\n<p>Le vert. Couleur de l\u2019espoir, qui s\u2019est transform\u00e9e en couleur de la peur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plusieurs fois, j\u2019ai eu tellement mal et tellement peur qu\u2019en me regardant dans la glace j\u2019avais constat\u00e9 que mon teint avait vir\u00e9 au vert.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne peux non plus m\u2019emp\u00eacher de penser aux vers qui rongent, comme lui qui a enti\u00e8rement rong\u00e9 mon enfance, ma confiance, mon amour-propre, mes rep\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le blanc. Couleur qui repr\u00e9sente la puret\u00e9 et la clart\u00e9, est devenu le blanc de son \u00e9cume salace au coin de la bouche, le blanc qui tache mes draps et mon pyjama, le blanc qui opacifiait les yeux de ma m\u00e8re, le blanc des yeux des t\u00eates de poissons qu\u2019il me for\u00e7ait, comme le gras, \u00e0 avaler.<\/p>\n<p>Les blancs qui s\u2019\u00e9taient install\u00e9s petit \u00e0 petit entre ma m\u00e8re et moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le blanc\u2026 la couleur de la blouse d\u2019infirmi\u00e8re de ma m\u00e8re qui ne m\u2019a jamais secourue.<\/p>\n<p>Le noir. Repr\u00e9sente la sobri\u00e9t\u00e9 et l\u2019\u00e9l\u00e9gance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 5 ans je me suis enfonc\u00e9e dans le noir, profond, intense, \u00e9pais, cherchant un point de lumi\u00e8re. Le noir angoissant de la nuit, dans l\u2019attente et la peur que la porte s\u2019ouvre et qu\u2019il se glisse dans mon lit. Le noir de mon armoire, o\u00f9 je me cachais pour ne pas qu\u2019il me trouve, le noir de ses propos, le noir qu\u2019il avait install\u00e9 dans ma t\u00eate et bien au fond de moi, le noir du d\u00e9sespoir que je porte encore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le noir de mon regard, de ma col\u00e8re qui gronde quand je le vois aujourd\u2019hui vivre encore tranquillement au c\u00f4t\u00e9 de ma m\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame si les s\u00e9quelles sont l\u00e0, aujourd\u2019hui, j\u2019essaie de red\u00e9finir le symbole des couleurs avec mes propres d\u00e9finitions, et non plus comme celles de mon enfance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je profite de chaque instant de ma vie loin de ce d\u00e9traqu\u00e9, comme si je pouvais mourir demain et repeins ma vie avec les couleurs que je souhaite, sans que rien ni personne ne me dicte la couleur \u00e0 appliquer.<\/p>\n<p>H\u00e9l\u00e8ne K.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Slide-polyvalence.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2466\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Slide-polyvalence.jpg?resize=590%2C188&#038;ssl=1\" alt=\"Slide polyvalence\" width=\"590\" height=\"188\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Slide-polyvalence.jpg?w=940&amp;ssl=1 940w, https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Slide-polyvalence.jpg?resize=300%2C95&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><\/a><\/p>\n<h5>Comment on tue le patriarcat ?<\/h5>\n<p>On ne nait pas femme on le devient<br \/>\nouais, moi je veux bien franchement<br \/>\nqu\u2019est ce que \u00e7a change de le savoir<br \/>\nqu\u2019est ce que \u00e7a change pour moi ?<br \/>\nqu\u2019est ce que \u00e7a change pour toi ?<br \/>\ncomment on fait mieux apr\u00e8s<br \/>\nque celles qui le savent pas ?<br \/>\nmoi je crois qu\u2019on sait toutes \u00e7a<br \/>\navec des mots ou pas<br \/>\navec des bouquins ou pas<br \/>\nqu\u2019est ce qu\u2019on fait avec \u00e7a ?<br \/>\ncomment on tue le patriarcat ?<br \/>\nJe sais que chacun de mes pas<br \/>\nchacun de mes choix<br \/>\nest le fruit de tout \u00e7a<br \/>\nun gout de libert\u00e9 dans la t\u00eate<br \/>\net au dessus les fils de la marionnette<br \/>\npas trop r\u00e2ler, pas trop crier<br \/>\npas trop parler, pas trop refuser<br \/>\nbien douce, maternelle, coquette<br \/>\ngentille, c\u00e2line, proprette<br \/>\net un jour t\u2019apprend que t\u2019es pas oblig\u00e9e<br \/>\nmais qu\u2019a partir de maintenant tu dois \u00ab\u00a0t\u2019\u00e9manciper\u00a0\u00bb !<br \/>\nqu\u2019est ce qu\u2019on fait avec \u00e7a ?<br \/>\ncomment on tue le patriarcat ?<br \/>\nle poing bien haut je l\u00e8ve<br \/>\net au prince charmant je r\u00eave<br \/>\nje voudrai que ce soit pas si compliqu\u00e9<br \/>\net qu\u2019il vienne tout de m\u00eame m\u2019enlever<br \/>\npour faire des b\u00e9b\u00e9s, ou pas,<br \/>\net partager les travaux m\u00e9nagers<br \/>\nouais mais pour arriver a \u00e7a va falloir s\u2019accrocher<br \/>\ns\u2019accrocher, s\u2019accorder, s\u2019encorder<br \/>\ns\u2019emm\u00ealer, s\u2019d\u00e9m\u00ealer, s\u2019d\u00e9p\u00eatrer<br \/>\nse demander si on aime vraiment cuisiner,<br \/>\net reconnaitre qu\u2019on est pas tr\u00e8s tr\u00e8s branch\u00e9e fer a repasser<br \/>\nmais que c\u2019est maman qui nous a appris<br \/>\n\u00e0 pas supporter les chemises froiss\u00e9es<br \/>\nqu\u2019est ce qu\u2019on fait avec \u00e7a ?<br \/>\ncomment on tue le patriarcat ?<br \/>\nOn me parle d\u2019opprim\u00e9es, de s\u2019r\u00e9volter<br \/>\nmais faudrait pas trop trop \u00ab\u00a0leur\u00a0\u00bb en d\u2019mander<br \/>\nsous peine, les pauvres, de les \u00e9masculer<br \/>\ntoutes ces contradictions a la con,<br \/>\ns\u2019\u00e9manciper, mais rester dans le ton<br \/>\ntout bousculer, porter du rouge a l\u00e8vre<br \/>\ns\u2019insurger, et suivre la mode de la saison<br \/>\nrefuser d\u2019s\u2019\u00e9piler, \u2026, mais pas pendant l\u2019\u00e9t\u00e9 !<br \/>\nouais, toutes ces contradictions \u00e0 la con,<br \/>\nsi quelqu\u2019un pouvait m\u2019expliquer,<br \/>\nqu\u2019est ce qu\u2019on fait avec \u00e7a ?<br \/>\ncomment on tue le patriarcat ?<br \/>\n<em>Parce qu\u2019ici je pr\u00e9cise un truc,<br \/>\nj\u2019suis pas bien meilleures que toutes,<br \/>\nje me jette dans leurs bras \u00e0 tous<br \/>\nconstate ma propre incapacit\u00e9<br \/>\n\u00e0 ne pas rejouer tout le temps<br \/>\nle m\u00eame refrain,<br \/>\ndu d\u00e9but \u00e0 la fin ,<br \/>\nles fins, je les connais par c\u0153ur<br \/>\nun peu comme toutes mes s\u0153urs<br \/>\nmais les d\u00e9buts, c\u2019est pas bien plus diff\u00e9rents<br \/>\non se tourne autour on s\u2019\u00e9value on prend les mesures, \u00e7a cadre<br \/>\nmais finalement; les motifs du rideau vont pas avec le papier peint<br \/>\nalors, on secoue la nappe pour retirer les miettes,<br \/>\net on esp\u00e8re que les t\u00e2ches partiront au lavage.<\/em><\/p>\n<p>Tos<\/p>\n<h5>C\u00e9leste canicule<\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019\u00e9lever. Ne plus toucher ce sol si bassement terrestre ni la gravit\u00e9 du lourd r\u00e9el pour acc\u00e9der aux volutes si cotonneuses de la pl\u00e9nitude. Ne plus avancer ou reculer, s\u2019envoler. Cordialement c\u00e9der l\u2019espace allou\u00e9, et ce d\u00e8s le premier tour, comme au si malsain jeu des chaises musicales. Demeurer au quai de tous les trains et de ses rails d\u2019opportunit\u00e9s si mortellement encr\u00e9s. Contempler de si haut les mortels s\u2019 engouffrer dans leur pr\u00e9cieux wagons d\u2019ambition. Se d\u00e9lecter de se d\u00e9lester d\u2019une trop pesante enveloppe organique dont le noir vortex circulaire se situe entre sa matrice et le cortex. V\u00e9rifier qu\u2019il existe toujours en le frappant r\u00e9guli\u00e8rement d\u2019un coup de poing assur\u00e9. Une contraction comme positive r\u00e9ponse. Vous pouvez toujours tous baiser \u00e0 loisir un \u00e0 un ce vulgaire corps- socle vou\u00e9 \u00e0 la punition en guise de r\u00e9demption mais vous n\u2019atteindrez jamais \u00f4 grand jamais\u00a0 son inestimable enc\u00e9phale. D\u00e9fier les pesants gravas du Chaos, contr\u00f4ler, maitriser, enfin ! Saillant comme les jugements. Vaporeux comme une trace de Deroxat. Angulaire comme une pierre. Vif comme l\u2019hyperconscience. Puissant comme un roman. Disciplin\u00e9 comme la perfection. Dissoci\u00e9 comme Dukan. Violent comme une barre \u00e0 mine. Angoiss\u00e9 comme la crise. Reni\u00e9 comme l\u2019ill\u00e9gitime. Asexu\u00e9 comme un spectre ail\u00e9. Echapper aux choix. Plus d\u2019\u00e9chec. S\u2019emplir de vide. Vider le trop plein. Bouloter de subtils nectars si commun\u00e9ment nomm\u00e9s\u00a0 \u00ab\u00a0connaissances\u00a0\u00bb. Vomir le vil superflu. Devenir l\u2019omniscience, l\u2019onirique, la puret\u00e9, l\u2019imperceptible. Devenir Dieu. Contempler l\u2019horizon, pardonner. La mis\u00e9ricorde face \u00e0 la maladive hostilit\u00e9 jalousant la transcendance.<\/p>\n<p>Ao\u00fbt 2003.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous \u00eates en estival festival. Je suis en psychiatrique h\u00f4pital. Le soir de ses vingt ans, trente huit kilos tourment\u00e9s et avin\u00e9s sous trente cinq degr\u00e9s, en amont d\u2019une tour de quarante m\u00e8tres, ont h\u00e9sit\u00e9. Finalement, ils n\u2019ont pas saut\u00e9, un stylo Bic encre fine les a sauv\u00e9s. J\u2019ai atterri, autrement. La culpabilit\u00e9 est un virus.<\/p>\n<p>C.<\/p>\n<h5>Regards<\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On les croit innocents. Ils se croient innocents. Un regard, qu\u2019est-ce que c\u2019est\u00a0? Inoffensif, en apparence. Des regards, on en croise tous les jours\u00a0; le doux des yeux bleus de ma boulang\u00e8re, l\u2019interrogateur de l\u2019enfant qui d\u00e9visage mon septum perc\u00e9, le fatigu\u00e9 de la grosse dame qui rentre enfin chez elle, le sympathique du mec qui tient la roulotte \u00e0 pizzas en bas de mon RER. Celui de l\u2019amoureux qui apaise ou celui de l\u2019amant qui fait fondre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Seulement non, ce n\u2019est pas rien\u00a0; c\u2019est expressif et puissant, un regard. \u00c7a peut t\u2019effrayer, te peiner, te m\u00e9priser, te toiser ou te cracher \u00e0 la gueule. \u00c7a peut te d\u00e9shabiller int\u00e9gralement quand tu portes pourtant des v\u00eatements opaques\u00a0; tu n\u2019es pourtant pas fo-u-lle, tu as pris soin de v\u00e9rifier avant de sortir. \u00c7a peut insister, fixer, dominer, glacer, torturer, lac\u00e9rer, blesser, enterrer. \u00c7a a le pouvoir d\u2019agir en silence, discr\u00e8tement. Parce que c\u2019est toi qui seras point\u00e9e du doigt si tu sautes \u00e0 la gueule de tous les connards qui se retournent sans pudeur dans la rue pour bien reluquer le devant apr\u00e8s s\u2019\u00eatre impun\u00e9ment enquis du derri\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est un compliment, faut se d\u00e9tendre\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non, va te faire foutre. Quand tu m\u2019interpelles avec autant de respect qu\u2019en rappelant ton chien, ce n\u2019est pas un compliment. Quand tu ralentis ta caisse pour me mater de haut en bas et lever un pouce satisfait avant de repartir, ce n\u2019est pas un compliment. Quand tu me d\u00e9visages avec un sourire en coin qui traduit tes pens\u00e9es, comme un pr\u00e9dateur qui salive devant sa proie, ce n\u2019est pas un compliment. Oh, tu rectifieras, tu me parleras de \u00ab\u00a0pulsions\u00a0\u00bb, tu penses que c\u2019est naturel apr\u00e8s tout, toi t\u2019es un homme et les hommes c\u2019est comme \u00e7a que \u00e7a marche. Tu refuses simplement de voir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9coute-moi quand je te dis qu\u2019il est sale, ton regard inquisiteur. Qu\u2019il me fait h\u00e9siter \u00e0 mettre mon short quand il fait pourtant chaud. Qu\u2019il me fait inutilement claquer des tunes en taxis juste parce que le RER du samedi soir merci bien. Qu\u2019il me montre que je ne suis pas \u00e0 ma place si je sors de celle que l\u2019on m\u2019a attribu\u00e9e. Qu\u2019il est collant et que si tu l\u2019appuies en sus de ton vocabulaire d\u00e9daigneux, il me reste dessus longtemps apr\u00e8s que tu l\u2019aies enfin d\u00e9tourn\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entends-moi quand je te dis qu\u2019il me renvoie \u00e0 ma condition permanente de victime potentielle, et qu\u2019il fait na\u00eetre en moi la m\u00e9fiance et la crainte tout le temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Regarde-moi et dis-moi que tu trouves acceptable de pr\u00e9parer sa d\u00e9fense avant m\u00eame qu\u2019il ne se passe quoi que ce soit et ce \u00e0 chaque minute de la journ\u00e9e, du moment o\u00f9 on r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 sa tenue, en prenant en compte les param\u00e8tres m\u00e9t\u00e9orologiques sans omettre ceux de l\u2019heure et des quartiers fr\u00e9quent\u00e9s, \u00e0 celui o\u00f9 l\u2019on serre un poing plein de grosses bagouzes parce que le mec l\u00e0-bas ne nous inspire pas confiance. Parce qu\u2019il nous aura regard\u00e9e avec une insistance qui inqui\u00e8te sur la suite des \u00e9v\u00e9nements. Parce qu\u2019on ne sait jamais quel sera le prochain connard \u00e0 venir faire un peu trop chier. Parce qu\u2019on ne sait pas jusqu\u2019o\u00f9 celui-l\u00e0 ira. Parce que quand \u00e7a arrive, il est tr\u00e8s, tr\u00e8s rare que qui que ce soit ne bouge le petit doigt et qu\u2019on sait pertinemment qu\u2019on va tr\u00e8s probablement devoir affronter le cauchemar de hurler sans \u00eatre entendue. Pire\u00a0: de hurler sans \u00eatre vue et de voir les regards se d\u00e9tourner. Ces m\u00eames regards qu\u2019on dit\u00a0innocents, sans jugement mais inexorablement ferm\u00e9s et \u00e0 leur mani\u00e8re infiniment destructeurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors regarde-moi\u00a0; mais avec bienveillance, et au moment opportun.<\/p>\n<p>Ma\u00eblle<\/p>\n<p><em>Merci \u00e0 Tan d&rsquo;avoir accept\u00e9 que ces t\u00e9moignages soient publi\u00e9s sur Grand Angle. Merci \u00e9galement \u00e0 leurs auteures d&rsquo;en avoir autoris\u00e9 la diffusion.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Face aux d\u00e9nis, aux menaces de rejets, voire aux risques de repr\u00e9sailles, les voix de celles qui endurent des violences \u00e0 caract\u00e8re sexuel ou propre aux in\u00e9galit\u00e9s de genre demeurent bien souvent inaudibles. Les quelques t\u00e9moignages &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":16,"featured_media":2438,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[32],"tags":[179,182,178,184,183,181,23,180,177],"class_list":["post-2366","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-anthropologie-et-vision-de-lhumain","tag-domination","tag-feminisme","tag-femme","tag-genre","tag-inegalite","tag-sexisme","tag-temoignage","tag-viol","tag-violence"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/acte.jpg?fit=800%2C447&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pc9uqr-Ca","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2366","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/16"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2366"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2366\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2438"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2366"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2366"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2366"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}