{"id":1811,"date":"2013-11-19T04:35:39","date_gmt":"2013-11-19T02:35:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=1811"},"modified":"2014-02-05T13:40:55","modified_gmt":"2014-02-05T11:40:55","slug":"quand-la-critique-sest-dissoute-dans-le-capitalisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.grand-angle-libertaire.net\/?p=1811","title":{"rendered":"Quand la critique s&rsquo;est dissoute dans le capitalisme"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2013\/11\/Le-nouvel-esprit-du-capitalisme.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-1852 alignright\" alt=\"Le nouvel esprit du capitalisme\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2013\/11\/Le-nouvel-esprit-du-capitalisme.jpg?resize=152%2C220&#038;ssl=1\" width=\"152\" height=\"220\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2013\/11\/Le-nouvel-esprit-du-capitalisme.jpg?resize=208%2C300&amp;ssl=1 208w, https:\/\/i0.wp.com\/www.grand-angle-libertaire.net\/wp-content\/uploads\/2013\/11\/Le-nouvel-esprit-du-capitalisme.jpg?zoom=2&amp;resize=152%2C220&amp;ssl=1 304w\" sizes=\"auto, (max-width: 152px) 100vw, 152px\" \/><\/a>\u00c9laborer une argumentation qui soit \u00e0 la fois rigoureuse et porteuse d\u2019une pr\u00e9tention explicative \u00e0 une large frange des conditions d\u2019existences des individus n\u2019est pas chose ais\u00e9e en sociologie. Avec rien de moins que l\u2019ensemble du monde du travail et ses \u00e9volutions \u00e0 l\u2019aune de la dynamique du capitalisme en France comme terrain d\u2019\u00e9tude, <em>Le nouvel esprit du capitalisme<\/em> de Luc Boltanski et \u00c8ve Chiapello (1999) a relev\u00e9 ce d\u00e9fi. Sur pr\u00e8s de huit-cent pages, les deux auteurs conduisent une d\u00e9monstration serr\u00e9e dont la question suivante en constitue le fil directeur : comment expliquer les difficult\u00e9s d\u2019expression &#8211; voire l\u2019affaiblissement &#8211; de la critique du capitalisme alors qu\u2019il s\u2019affirme particuli\u00e8rement robuste et consistant, et fragilise des franges croissantes de la population fran\u00e7aise depuis le milieu des ann\u00e9es soixante-dix ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Y r\u00e9pondre demande de s\u2019attarder sur les mutations de l\u2019esprit du capitalisme, <em>\u00ab l\u2019id\u00e9ologie qui justifie l\u2019engagement dans le capitalisme \u00bb<\/em> (p.42). S&rsquo;inspirant de Max Weber, les deux auteurs consid\u00e8rent que, sans l&rsquo;aide de raisons morales s\u00e9duisantes \u00e0 y participer, ce mode de production ne saurait perdurer. La r\u00e9mun\u00e9ration serait insuffisante, constituant <em>\u00ab tout au plus un motif pour rester dans l\u2019emploi, non pour s\u2019y impliquer \u00bb<\/em> (p.41). Or, la dynamique du capitalisme n&rsquo;aurait de sens que pour elle-m\u00eame puisqu&rsquo;elle avance par la force d&rsquo;une accumulation de valeur en tant que fin en soi [1]. Ce mode de production ne pourrait donc trouv\u00e9 ses justifications d&rsquo;ordre morales qu&rsquo;en les important d&rsquo;ailleurs.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, elles ne proviendraient plus la religion protestante comme l&rsquo;avait montr\u00e9 Weber mais, en r\u00e9alit\u00e9, de\u00a0 la critique anticapitaliste. En effet, le capitalisme aurait <em>\u00ab besoin de ses ennemis, de ceux qu\u2019il indigne et qui s\u2019oppose \u00e0 lui, pour trouver les points d\u2019appui moraux qui lui manque \u00bb<\/em> (p.71). \u00ab Gr\u00e2ce \u00bb \u00e0 eux, dirigeants d\u2019entreprises, politiciens,<em> top-managers<\/em>, seraient \u00e9clair\u00e9s sur les inqui\u00e9tudes morales en prise avec les circonstances de la vie des individus au travail auxquelles il convient de r\u00e9pondre, au moins en partie, pour conserver leur mobilisation. Ses critiques, selon les deux auteurs, s\u2019affirment dans une pragmatique de l\u2019indignation pouvant prendre deux formes : la \u00ab critique artiste \u00bb pointant d\u2019une part en quoi le capitalisme g\u00e9n\u00e8re du \u00ab d\u00e9senchantement \u00bb et de l\u2019\u00ab inauthenticit\u00e9 \u00bb, d\u2019autre part d\u2019\u00aboppression \u00bb ; la \u00ab critique sociale \u00bb qui stigmatise le capitalisme comme producteur de \u00ab mis\u00e8re \u00bb et d\u2019\u00ab in\u00e9galit\u00e9s \u00bb, mais \u00e9galement d\u2019\u00ab opportunisme \u00bb et d\u2019\u00ab \u00e9go\u00efsme \u00bb (p. 82). Ainsi le deuxi\u00e8me esprit du capitalisme se serait form\u00e9 dans les ann\u00e9es trente au contact de la critique sociale port\u00e9 par les partis de masses socialistes et communistes. La progressive mise en place de l\u2019\u00c9tat providence [2] auquel cela donna lieu permettant, en retour, de pr\u00e9server l\u2019accumulation. Pour la p\u00e9riode contemporaine, le sch\u00e9ma est analogue. Si les m\u00e9faits sociaux du capitalisme se perp\u00e9tuent et s\u2019accroissent depuis ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es tout en att\u00e9nuant les forces de la critique, c\u2019est parce que les \u00e9volutions organisationnelles du monde du travail ont trouv\u00e9 leurs justifications dans une partie des discours protestataires des \u00e9v\u00e9nements de mai soixante-huit [3].<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6>La neutralisation de la critique artiste par le n\u00e9o-management<\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les auteurs commencent leur d\u00e9monstration en cherchant \u00e0 saisir les sp\u00e9cificit\u00e9s de ce nouvel esprit du capitalisme. Ils m\u00e8nent pour cela une analyse comparative entre un corpus d\u2019articles de revues manag\u00e9riales des ann\u00e9es soixante et des ann\u00e9es quatre-vingt-dix. Guides d\u2019action pour les dirigeants et les personnels d\u2019encadrement, elles constituent des \u00ab lieux d\u2019incarnation \u00bb privil\u00e9gi\u00e9s de l\u2019id\u00e9ologie capitaliste en ce qu\u2019elles sont destin\u00e9es \u00e0 conseiller, suivant les conjonctures \u00e9conomiques, les m\u00e9thodes les plus pr\u00e9f\u00e9rables pour garantir l\u2019assentiment des travailleurs aux finalit\u00e9s de l\u2019entreprise. En regardant alors comment ces productions discursives \u00e9voluent depuis trente ans, les auteurs notent la construction progressive d\u2019un nouveau mod\u00e8le productif en opposition avec la p\u00e9riode taylorienne-fordiste. Le centralisme hi\u00e9rarchique et la \u00ab direction par objectif \u00bb si ch\u00e8re \u00e0 F.W Taylor devient une <em>\u00ab forme d\u2019organisation \u00e0 bannir \u00bb<\/em> (p.115) pour r\u00e9pondre aux aspirations des cadres et des employ\u00e9s \u00e0 une certaine autonomie tout en r\u00e9duisant les inconv\u00e9nients que posent le gigantisme des entreprises aux prises de d\u00e9cisions. Les travailleurs \u00e9volueront d\u00e9sormais dans une organisation en \u00e9quipe autonome qui m\u00e8ne des projets. Ils seront moins plac\u00e9s sous l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un chef que de celle de leur \u00ab leader \u00bb et des clients exigeants. L\u2019un des traits les plus marquants de cette nouvelle forme d\u2019organisation est <em>\u00ab le passage du contr\u00f4le \u00e0 l\u2019auto-contr\u00f4le \u00bb<\/em> (p.122), lequel est permis par une plus grande importance accord\u00e9e \u00e0 la confiance mutuelle. Les crit\u00e8res de personnalit\u00e9, bannis pendant la p\u00e9riode fordiste, sont mis au go\u00fbt du jour. Cr\u00e9ativit\u00e9, autonomie, inventivit\u00e9, etc. deviennent les ma\u00eetres mots du n\u00e9o-management qui invite, non plus les \u00ab cadres \u00bb mais \u00ab les managers \u00bb, \u00ab chefs de projet \u00bb ou \u00ab donneurs de souffle \u00bb a trouver le plein d\u00e9veloppement d\u2019eux-m\u00eames dans l\u2019enrichissement social progressif permis par la succession des projets, des stages et autres formations individualis\u00e9es. Il s\u2019agit pour l\u2019entreprise d\u2019avoir en retour un salari\u00e9 pleinement investi dont on a rendu synonymes son \u00e9panouissement personnel et les objectifs professionnels qui lui sont assign\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deuxi\u00e8me trait marquant de l\u2019entreprise n\u00e9o-capitaliste, le passage <em>\u00ab de la justice sociale \u00e0 la justice \u00bb<\/em> (p.302). Anciennement fond\u00e9e sur le m\u00e9rite \u00e0 l\u2019ascension par l\u2019anciennet\u00e9, ce type de justice est d\u00e9nonc\u00e9e dans le corpus des ann\u00e9es quatre-vingt-dix comme une forme archa\u00efque de pouvoir privil\u00e9gi\u00e9. Lui est substitu\u00e9e une forme de reconnaissance sociale que l\u2019on obtient gr\u00e2ce \u00e0 la d\u00e9monstration de ses aptitudes \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer de l\u2019activit\u00e9 \u00ab de projet \u00bb et \u00e0 la mener avec succ\u00e8s. <em>\u00ab Les personnes ne feront plus carri\u00e8re mais passeront d\u2019un projet \u00e0 un autre, leur r\u00e9ussite sur un projet donn\u00e9 leur permettant d\u2019acc\u00e9der \u00e0 d\u2019autres projets plus int\u00e9ressants \u00bb<\/em> (p.155). Mais dans un monde o\u00f9 les \u00ab connexions \u00bb temporaires physiques ou \u00e9lectroniques sont n\u00e9cessaires pour d\u00e9marrer un projet, la stabilit\u00e9 de l\u2019emploi devient plus fragile. Pour diverses raisons, tenant par exemple \u00e0 un \u00e9chec, une personne qui ne parvient plus \u00e0 cr\u00e9er ou s\u2019ins\u00e9rer dans des projets peut se retrouver en \u00e9tat d\u2019exclusion : <em>\u00ab effet de mort dans un univers r\u00e9ticulaire \u00bb<\/em> (p.174).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On l\u2019observe, ces formes nouvelles de gestion de la main-d\u2019\u0153uvre d\u00e9samorcent les deux \u00e9cueils qui ont \u00e9t\u00e9 formul\u00e9s par la critique artiste qui d\u00e9non\u00e7ait, dans les ann\u00e9es soixante-dix, l\u2019inauthenticit\u00e9 des relations et l\u2019oppression hi\u00e9rarchique. Ne pouvant plus d\u00e9noncer les valeurs m\u00eames au nom desquelles elle avait combattu, la critique artiste se retrouva paralys\u00e9e le temps de retrouver des nouvelles cat\u00e9gories d\u2019analyses. Quant aux revendications en termes d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de solidarit\u00e9 qu\u2019a pu exprimer la critique sociale dans les ann\u00e9es soixante-dix, elles n\u2019ont simplement pas \u00e9t\u00e9 prise en compte. Comment l\u2019expliquer, en particulier face aux cons\u00e9quences pourtant socialement n\u00e9fastes des transformations op\u00e9r\u00e9es dans monde du travail ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6>Le contournement de la critique sociale<\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, celles-ci ont largement \u00e9t\u00e9 d\u00e9favorables aux travailleurs. Le d\u00e9veloppement de la flexibilit\u00e9, sous couvert de l\u2019anti-taylorisme impuls\u00e9 par la critique artiste, est all\u00e9 de pair avec la pr\u00e9carisation de l\u2019emploi (flexibilit\u00e9 externe) et l\u2019exclusion\/ch\u00f4mage des moins \u00ab adaptables \u00bb (flexibilit\u00e9 interne). La flexibilit\u00e9 externe a aussi g\u00e9n\u00e9r\u00e9 l\u2019intensification de la charge de travail. Le temps partiel qui demande un ajustement en temps quasiment r\u00e9el de la production n\u2019autorise plus les quelques temps morts autrefois possibles pendant la \u00ab juste journ\u00e9e de travail \u00bb promue par F. Taylor. L\u2019individualisation de la r\u00e9mun\u00e9ration, principe de l\u2019autonomisation de la situation de travail, permis par ailleurs de soutenir une mall\u00e9abilit\u00e9 et une pression plus forte sur les salari\u00e9s. De m\u00eame que l\u2019individualisation des comp\u00e9tences, des gratifications et des sanctions a provoqu\u00e9 plus g\u00e9n\u00e9ralement <em>\u00ab un effet pernicieux en tendant \u00e0 faire de chaque individu le seul responsable de ses r\u00e9ussites et de ses \u00e9checs \u00bb<\/em> (p.370). Deux autres changements majeurs non directement imputables \u00e0 la r\u00e9cup\u00e9ration de la critique artiste sont \u00e9galement \u00e0 noter. D\u2019une part, l\u2019extension de la sous-traitance qui aurait d\u00e9cousue les identit\u00e9s collectives au sein des entreprises entre salari\u00e9s maintenus en interne et salari\u00e9s \u00ab externalis\u00e9s \u00bb. D\u2019autre part, l\u2019augmentation de la s\u00e9lectivit\u00e9 \u00e0 l\u2019embauche \u2013 imputable \u00e0 l\u2019accroissement du niveau d\u2019\u00e9tude [4] \u2013 qui aurait entra\u00een\u00e9 le report d\u2019une partie des plus dipl\u00f4m\u00e9s sur des emplois moins qualifi\u00e9s, aggravant ainsi la situation des plus d\u00e9munis en ressources scolaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la critique sociale n\u2019a pu alors constituer des r\u00e9sistances suffisantes face \u00e0 ces cons\u00e9quences, \u00e0 l\u2019exception notoire de la d\u00e9nonciation de l\u2019exclusion, c\u2019est, selon les auteurs, parce qu\u2019elle n\u2019a pu se rendre compte des enjeux sociaux pos\u00e9s par les transformations du monde du travail. Ses sch\u00e9mas d\u2019analyses n\u2019ont pas \u00e9volu\u00e9s en m\u00eame temps que le mode d\u2019organisation inspir\u00e9 par la critique artiste. La critique sociale se trouvait alors, <em>\u00ab quand elle parvient \u00e0 se faire entendre, sans prise sur un monde qui n\u2019est plus d\u00e9j\u00e0 le m\u00eame \u00bb<\/em> (p.456). Coups d\u2019\u00e9p\u00e9e dans l\u2019eau, donc, qu\u2019aurait donn\u00e9e cette forme de critique durant ces quelques d\u00e9cennies. Ce qui ne serait pas sans lien, selon les auteurs, avec la d\u00e9syndicalisation progressive des ann\u00e9es soixante-dix \u00e0 la fin des ann\u00e9es quatre-vingt-dix. Il en irait de m\u00eame concernant la fin des messianismes politiques, l\u2019\u00e9puisement du paradigme des classes sociales comme sch\u00e8me explicatif des injustices et la d\u00e9sinstitutionalisation des r\u00e9gulations professionnelles. Les volont\u00e9s d\u2019agir militante se d\u00e9placeraient d\u00e8s lors vers de nouveaux terrains, caritatifs ou humanitaires, souci d\u2019op\u00e9rationnalit\u00e9 imm\u00e9diate qui tranche avec les espoirs pass\u00e9s en \u00ab des lendemains qui chantent \u00bb. Au niveau th\u00e9orique, la \u00ab fin des grands r\u00e9cits \u00bb semblerait programm\u00e9e, la critique tablant sur des approches locales, \u00e0 moyenne port\u00e9e, sans ambition d\u2019embrasser une totalit\u00e9 macrosociale ou de brosser une \u00e9volution historique g\u00e9n\u00e9rale. Le capitalisme n\u2019a-t-il donc plus de soucis \u00e0 se faire ? Rien n&rsquo;est en fait moins s\u00fbr. Les deux sociologues ne manquent pas de voir que la mis\u00e8re et les difficult\u00e9s \u00e9conomiques colport\u00e9es par les transformations du capitalisme avaient r\u00e9cemment suscit\u00e9 des formes nouvelles de critiques, qui \u00e9taient, certes, encore en gestation, mais dont <em>\u00ab l\u2019espoir de r\u00e9duire un jour l\u2019injustice \u00bb<\/em> (p.466) pourrait bien leur donner la patience suffisante pour m\u00fbrir jusqu\u2019\u00e0 retrouver prise sur le monde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6>Les conditions d\u2019un renouveau de la critique<\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Faisant le point sur l\u2019actualit\u00e9 des critiques contemporaines, les auteurs tentent, dans une troisi\u00e8me partie, de leurs donner un coup de pouce th\u00e9orique pour acc\u00e9l\u00e9rer leurs pleines r\u00e9activations. L\u2019objectif politique est transparent : faire <em>\u00ab advenir des dispositifs allant dans le sens d\u2019une plus grande s\u00e9curit\u00e9 des salari\u00e9s \u00bb<\/em> (Postface, p.929).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Concernant d\u2019abord la critique sociale, les auteurs notent la fin de la traditionnelle d\u00e9nonciation de l\u2019exploitation pour un d\u00e9placement qui s\u2019op\u00e8re aujourd\u2019hui en direction de l\u2019exclusion. Tant au sens d\u2019une impossibilit\u00e9 \u00e0 s\u2019ins\u00e9rer \u00e9conomiquement, qu\u2019au sens de <em>d\u00e9saffiliation<\/em> (R. Castel), c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une rupture de connexion progressives dans un monde en r\u00e9seau faisant passer un individu de l\u2019\u00e9tat d\u2019ins\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019exclu. Seul probl\u00e8me de ce concept : sa mise en \u0153uvre politique souffre de ne pouvoir identifier les responsables de cette nouvelle forme d\u2019injustice. <em>\u00ab Contrairement au mod\u00e8le des classes sociales, dans lequel l\u2019explication de la mis\u00e8re du \u00ab prol\u00e9tariat \u00bb reposait sur la d\u00e9signation d\u2019une classe (la bourgeoisie, les d\u00e9tenteurs des moyens de production) responsable de son \u00ab exploitation \u00bb, le mod\u00e8le de l\u2019exclusion permet de d\u00e9signer une n\u00e9gativit\u00e9 sans passer par l\u2019accusation. \u00bb<\/em> (p. 486). Il est donc particuli\u00e8rement d\u00e9licat d\u2019introduire l\u2019exclusion comme concept critique d\u00e8s lors que cette cat\u00e9gorie pratique ne permet pas l\u2019expression d\u2019une conflictualit\u00e9 ou, pire, qu&rsquo;elle conduit \u00e0 reporter le poids de la faute sur l\u2019individu lorsqu&rsquo;il est per\u00e7u comme incapable de satisfaire les exigences du management (en termes de comp\u00e9tences, d\u2019adaptabilit\u00e9, de savoir-\u00eatre, etc.). Le projet des deux sociologues est d\u00e8s lors de donner \u00e0 l\u2019exclusion un potentiel subversif en le rapportant aux dispositifs de formations du profit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils reprennent alors la th\u00e9orie de l\u2019exploitation marxiste en l\u2019appliquant au monde connexionniste afin d\u2019\u00e9tablir un lien entre la situation d\u2019exploit\u00e9 et la situation d\u2019exclu. La d\u00e9monstration est la suivante : dans un monde o\u00f9 la capacit\u00e9 \u00e0 nouer les liens et \u00e0 \u00e9tablir des connexions est une source d\u2019enrichissement, il existerait deux cat\u00e9gories g\u00e9n\u00e9rales d\u2019individus, ceux que les auteurs nomment les <em>grands<\/em> et les <em>petits<\/em>. La qualit\u00e9 essentielle des premiers est de pouvoir <em>\u00ab se d\u00e9placer de fa\u00e7on autonome, non seulement dans l\u2019espace g\u00e9ographique mais aussi entre les personnes ou encore dans les espaces mentaux, entre les id\u00e9es \u00bb<\/em> (p.490-491). Quant aux seconds, c\u2019est peu ou prou l\u2019inverse : ils se caract\u00e9risent par leur immobilit\u00e9, leur manque de connexion et leur faible d\u00e9placement. Et c\u2019est entre ces deux cat\u00e9gories que s\u2019\u00e9tablirait un rapport d\u2019exploitation en ce que l\u2019immobilit\u00e9 des seconds est n\u00e9cessaire \u00e0 la mobilit\u00e9 des premiers. <em>\u00ab En demeurant sur place, les petits y assurent la pr\u00e9sence des grands qui ne peuvent \u00eatre partout en m\u00eame temps, et entretiennent pour eux les liens qu\u2019ils ont tiss\u00e9s \u00bb<\/em> (p.493). Sans eux, pas de mobilit\u00e9s possibles car personne n\u2019entretiendrait des liens qui la rende possible. Or, malgr\u00e9 leur importance dans le proc\u00e8s de production, les <em>petits<\/em> ne seraient pas reconnus comme ils le m\u00e9riteraient car insuffisamment r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s \u00e0 leur juste valeur par les <em>grands<\/em> qui tirent pourtant d\u2019eux une grande partie de leur enrichissement et, tout bonnement, leur place de <em>grands<\/em>. Voil\u00e0 donc les <em>petits<\/em> exploit\u00e9s [5]. Mais aussi, et du m\u00eame coup, courent-ils le risque d\u2019\u00eatre exclus quand les projets changent, lorsque leur capital de comp\u00e9tences s\u2019\u00e9rode, que les entreprises se succ\u00e8dent, bref : d\u00e8s lors que leurs immobilit\u00e9s n\u2019est justement plus \u00ab exploitables \u00bb. D\u2019o\u00f9 le lien entre exclusion et exploitation : ceux qui sont les plus immobiles sont aussi ceux qui ont le plus de chance d\u2019\u00eatre exclus, pr\u00e9caris\u00e9s, mis au ban des \u00ab inutiles au monde \u00bb pour reprendre le terme de Zygmunt Baunam. Que faire alors ? Pour r\u00e9duire l\u2019exploitation connexionniste, les auteurs proposent un ensemble de dispositifs de justices visant \u00e0 inscrire juridiquement de nouveaux cadres pour recenser les contributions que chacun apporte \u00e0 la valeur ajout\u00e9e, des r\u00e8gles plus justes de r\u00e9mun\u00e9ration, une meilleure \u00ab \u00e9galit\u00e9 des chances \u00bb en terme de mobilit\u00e9, l\u2019introduction de garantie \u00e0 avoir un emploi, m\u00eame pr\u00e9caire pendant une p\u00e9riode de ch\u00f4mage, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Concernant ensuite la critique artiste, les auteurs notent qu\u2019elle pointe aujourd\u2019hui les risques d\u2019anomie provoqu\u00e9s par la g\u00e9n\u00e9ralisation du monde en r\u00e9seau. Quid, en effet, de l\u2019authenticit\u00e9 des relations lorsque celles-ci deviennent temporaires, mall\u00e9ables \u00e0 merci, subordonn\u00e9es \u00e0 l\u2019exigence de flexibilit\u00e9 de la connexion ? Ou d\u00e8s lors que <em>\u00ab l\u2019accroissement de l\u2019autonomie <\/em>[qui s&rsquo;est]<em> accompagn\u00e9 d\u2019un d\u00e9veloppement de l\u2019autocontr\u00f4le et du travail en \u00e9quipe, <\/em>[s&rsquo;est traduit] par <em>un renforcement du contr\u00f4le par les pairs, <\/em>[laissant]<em> penser que les travailleurs sont plus contr\u00f4l\u00e9s qu\u2019auparavant \u00bb<\/em> (p.576). En d\u2019autres termes, l\u2019int\u00e9gration de la critique artiste par le capitalisme aurait accru le conformisme des individus aux lois de l\u2019entreprise. Les auteurs n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 y voir une extension de la sph\u00e8re marchande \u00e0 l\u2019humain. D\u2019o\u00f9, selon eux, la n\u00e9cessit\u00e9 pour la critique artiste, de se relancer en s\u2019alliant avec la critique \u00e9cologique constituant actuellement l\u2019une des seules positions o\u00f9 la pluralit\u00e9 et la singularit\u00e9 des \u00eatres \u2013 qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019\u00eatre humain, d&rsquo;animaux ou de v\u00e9g\u00e9taux \u2013 sont affect\u00e9s d\u2019une valeur en soi et d\u00e9fendable comme telle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dernier point majeur enfin : comment v\u00e9ritablement parler de lib\u00e9ration quand celle-ci, associ\u00e9e \u00e0 une plus forte mobilit\u00e9 sur le march\u00e9 du travail, s\u2019est pay\u00e9e d\u2019un surcro\u00eet de pr\u00e9carisation ? R\u00e9sister \u00e0 ce qui s\u2019apparente en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 une soumission croissante des devenirs individuels \u00e0 la recherche d\u2019efficacit\u00e9 des entreprises ne pourrait pour les auteurs, se faire, sans entamer un rapprochement de la critique artiste et de la critique sociale. Redonner une marge de libert\u00e9 aux travailleurs (ch\u00e8re \u00e0 la premi\u00e8re) s\u2019articulerait alors sur un dispositif de protection contre la mobilit\u00e9 impos\u00e9e par l\u2019instabilit\u00e9 contractuelle qui rend justement d\u00e9pendant des al\u00e9as du march\u00e9 les moins dot\u00e9s en comp\u00e9tences. \u00c0 ce titre, la cr\u00e9ation d\u2019un <em>statut<\/em> pour les \u00ab travailleurs mobiles \u00bb d\u00e9finissant un cadre g\u00e9n\u00e9rique de conditions de travail et d\u2019emploi \u00e0 respecter par les entreprises semble \u00eatre un bon d\u00e9but pour aller dans ce sens.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6>Le capitalisme et ses critiques : une nouvelle forme dialectique<\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En conclusion de leur ouvrage, les auteurs s\u2019interrogent sur les forces et faiblesses de la critique aujourd\u2019hui. Ils r\u00e9sument, en une formule particuli\u00e8rement limpide, le probl\u00e8me nodal rencontr\u00e9 par celle-ci : <em>\u00ab La critique est moins mobile que le capitalisme \u00bb<\/em> (p.658). Autrement dit, elle r\u00e9agit toujours avec un temps de retard et n\u2019arrive pas \u00e0 anticiper les d\u00e9veloppements \u00e0 venir du capitalisme. Il reste n\u00e9anmoins que trois dangers, inh\u00e9rents \u00e0 ses d\u00e9placements successifs, menacent le capitalisme. La critique pourrait s\u2019appuyer sur ces fragilit\u00e9s pour d\u00e9velopper son action et montrer que, contrairement \u00e0 ce qu\u2019affirme son esprit, le capitalisme ne r\u00e9pond pas \u00e0 l\u2019exigence de satisfaction et d\u2019accroissement commun. En premier lieu, le processus d\u2019accumulation est tributaire de la participation des personnes qui pourraient se d\u00e9sengager d\u00e8s lors que leur investissement n\u2019est pas r\u00e9compens\u00e9 \u00e0 sa juste valeur ou qu\u2019il s\u2019effectue au d\u00e9triment de la qualit\u00e9 des relations sociales. Deuxi\u00e8mement, le capitalisme a besoin de l\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat pour exprimer sa pleine puissance et prendre en charge les d\u00e9g\u00e2ts qu\u2019il occasionne \u00e0 une partie du corps social. Or, les crises \u2013 financi\u00e8re et de l\u00e9gitimit\u00e9 \u2013 que traverse l\u2019\u00c9tat sont susceptibles d\u2019entamer la bonne marche du capitalisme. Enfin, la \u00ab paup\u00e9risation \u00bb, produite par le capitalisme, introduit des logiques parall\u00e8les de d\u00e9brouillardise moins l\u00e9gales qui discr\u00e9ditent plus ou moins l\u2019entreprise de lib\u00e9ration affich\u00e9e par le syst\u00e8me et peuvent nuire, \u00e0 terme, \u00e0 sa cr\u00e9dibilit\u00e9. Ces raisons font conclure sur une note plus optimiste, L. Boltanski et \u00c8. Chiapello : <em>\u00ab Par ses d\u00e9placements, le capitalisme se red\u00e9ploie en s\u2019affranchissant de la critique. Mais l\u2019avantage ainsi obtenu est un gain de temps, non une victoire d\u00e9finitive. M\u00eame en faisant abstraction des facteurs qui, du c\u00f4t\u00e9 de la critique, favorisent sa p\u00e9rennit\u00e9, les effets destructeurs d\u2019un capitalisme sans contraintes cr\u00e9ent d\u2019eux-m\u00eames un terrain favorable \u00e0 la relance de la critique. \u00bb<\/em> (p. 689). La critique nourrit le capitalisme puis le capitalisme nourrit la critique et ainsi de suite, le processus peut sembler sans fin pour peu que l\u2019on demeure dans le r\u00e9gime du capital. En filigrane, appara\u00eet <em>in fine<\/em> la mise \u00e0 nu par les deux auteurs d\u2019une nouvelle forme dialectique : celle du capitalisme et de ses critiques [6].<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6>Remarques critiques<\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La notori\u00e9t\u00e9 de cet ouvrage, bien au-del\u00e0 de la sph\u00e8re acad\u00e9mique et jusqu\u2019aux gestionnaires d\u2019entreprises lui a valu de nombreuses recensions publi\u00e9es dans les trois ann\u00e9es qui suivirent sa parution, dans lesquelles figureront, bien entendu, un grand nombre de critiques. Il serait fastidieux d\u2019en faire la synth\u00e8se ici mais nous essayerons, \u00e0 la place, de nous concentrer sur trois critiques qui nous paraissent fondamentales \u00e0 (re)formuler sur l\u2019ouvrage : le choix d\u2019un corpus de texte de la litt\u00e9rature du management pour analyser l\u2019esprit du capitalisme, le r\u00f4le finalement assez limit\u00e9 attribu\u00e9 \u00e0 la critique et la tentative de fonder une nouvelle th\u00e9orie de l\u2019exploitation calqu\u00e9e sur le monde rhizomatique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6>La question de l\u2019influence de l\u2019esprit du capitalisme<\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019un des reproches les plus souvent fait \u00e0 cet ouvrage fut d\u2019avoir choisi, pour d\u00e9terminer les nouvelles configurations id\u00e9ologiques du capitalisme, le terrain d\u2019enqu\u00eate des id\u00e9es plut\u00f4t que celui des individus. Fonder uniquement l\u2019analyse de l\u2019esprit du capitalisme sur les textes de management qui sont cens\u00e9s l\u2019incarner nous offre certes, une figure de l\u2019id\u00e9altype de l\u2019organisation du travail contemporaine, mais ne permet en aucun cas de savoir comment et jusqu\u2019\u00e0 o\u00f9 les prescriptions normatives que ces revues proposent sont appliqu\u00e9es dans l\u2019entreprise. Tous les dirigeants lisent-ils cette litt\u00e9rature ? Si oui, qu\u2019en comprennent et qu\u2019en retiennent-ils ? Parviennent-ils \u00e0 mettre en \u0153uvre les prescriptions de leur choix de mani\u00e8re analogue \u00e0 leurs pr\u00e9visions de d\u00e9part sachant que les d\u00e9cisions prises \u00ab au sommet \u00bb sont discut\u00e9es et interpr\u00e9t\u00e9es \u00e0 chaque \u00e9chelon avant de parvenir \u00e0 \u00ab la base \u00bb ? Et, d\u00e8s lors que les changements sont op\u00e9r\u00e9s, sont-ils respect\u00e9s avec minutie ? Ou font-ils l\u2019objet de ren\u00e9gociation, de r\u00e9appropriation, de contournement ou de r\u00e9sistances ? Entre ce qui est prescrit par cette litt\u00e9rature et ce qui se r\u00e9alise dans les faits, il ne fait pas de doute que des \u00e9carts se soient nich\u00e9s, ne serait-ce parce que le fait m\u00eame de travailler, \u00e0 tous les \u00e9chelons d\u2019une entreprise, demande de faire face et combler tout ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu par l\u2019organisation prescrite du travail. Toutes \u00ab t\u00e2ches prescrites \u00bb ne pouvant se r\u00e9aliser que via leur interpr\u00e9tation humaine et concr\u00e8te qui fait de tout travail un travail \u00ab de conception [\u2026] puisqu\u2019il est convoqu\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019ordre technologique-machinal est insuffisant \u00bb [7].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les auteurs ont pourtant conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019observer comment la nouvelle id\u00e9ologie capitaliste transforme l\u2019entreprise et ne manquent d\u2019ailleurs pas de le pr\u00e9ciser, en s\u2019appuyant sur une \u00e9tude men\u00e9 par T. Coutrot en 1996, <em>\u00ab qu\u2019environ 20% des \u00e9tablissements ont largement mis en \u0153uvre les innovations organisationnelles associ\u00e9es au troisi\u00e8me esprit du capitalisme, ce qui n\u2019en fait d\u00e9j\u00e0 plus un ph\u00e9nom\u00e8ne marginale \u00bb<\/em> (p.321). Certes, cela ne nous dit rien sur la mani\u00e8re dont ces innovations ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9appropri\u00e9es par les travailleurs qui doivent faire face \u00e0 la complexit\u00e9 des contraintes inh\u00e9rentes \u00e0 l\u2019organisation du travail. Mais nous savons au moins que l\u2019esprit du capitalisme d\u00e9tient une influence non-n\u00e9gligeable sur les chefs d\u2019entreprises et qu\u2019il est possible que depuis la date de l\u2019\u00e9tude d\u2019avantage d\u2019entre eux aient \u00e9t\u00e9 convaincus par ces \u00ab justifications \u00bb. Toutefois, pour comprendre dans quelle mesure cet esprit p\u00e9n\u00e8tre les organisations aujourd\u2019hui, il ne faudrait pas se limiter \u00e0 une comparaison binaire entre son id\u00e9al \u00e0 pr\u00e9tention totalisante et une analyse \u00ab pointilliste \u00bb des pratiques au travail. Comme l\u2019indique V. Boussard, sans tenir compte d\u2019un niveau interm\u00e9diaire qui assurerait le passage entre le monde id\u00e9el des prescriptions manag\u00e9riales et leur mise en \u0153uvre dans les faits, il serait difficile de comprendre le succ\u00e8s de cette id\u00e9ologie. Son expansion d\u00e9pendrait aussi de la capacit\u00e9 de ces experts en management, consultants, universitaires professeurs de gestion ou gestionnaires, \u00e0 d\u00e9fendre leurs territoires professionnels, \u00e0 institutionnaliser ainsi qu\u2019\u00e0 vendre les innovations manag\u00e9riales aux entreprises [8].<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6>Le r\u00f4le limit\u00e9 attribu\u00e9 \u00e0 la critique<\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il existe un autre point beaucoup plus contestable dans l\u2019ouvrage que nous aimerions pr\u00e9ciser : celui des rapports qu\u2019entretiennent le capitalisme et ses critiques. Rappelons-le, les deux sociologues lui attribuent une double faiblesse. Le premier est que du fait de sa moindre mobilit\u00e9 \u2013 li\u00e9e au temps de r\u00e9action n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019analyse des transformations du capitalisme et \u00e0 la formulation d\u2019une r\u00e9plique coh\u00e9rente -, la critique formulerait des r\u00e9ponses inappropri\u00e9es car d\u00e9cal\u00e9es. Seconde faiblesse d\u2019une autre nature, la critique fournirait finalement les armes au capitalisme qui se r\u00e9approprierait les arguments qu\u2019elle fourbirait \u00e0 son encontre pour intensifier le processus d\u2019accumulation sous couvert de satisfaire \u00e0 ses exigences. L\u2019expos\u00e9 successif de ce double rapport fait na\u00eetre un trouble au lecteur qu\u2019on peut expliquer en trois \u00e9tapes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Premi\u00e8rement, quoi que disent les deux auteurs sur leur volont\u00e9 de r\u00e9armer la critique, si celle-ci est de toute fa\u00e7on vou\u00e9e \u00e0 alimenter et r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer le syst\u00e8me capitaliste, alors leur ouvrage sera lui aussi t\u00f4t ou tard r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 et instrument\u00e9 pour museler leurs propres propositions critiques voire, d\u00e9boucher sur des innovations profitables. Il semble donc parfaitement contradictoire de pr\u00e9tendre d\u2019une part, r\u00e9armer la critique et d\u2019autre part, affirmer que son destin est d\u2019\u00eatre mis au service du capitalisme \u00e0 moins bien s\u00fbr d\u2019\u00eatre un fervent partisan du capitalisme (ce qui serait, dans le cas de L. Boltanski et d\u2019\u00c8. Chiapello, relativement absurde). Secondement, d\u2019un point de vue logique, il appara\u00eet que ces deux faiblesses de la critique sont inconciliables. Comment la critique pourrait, en effet, \u00eatre simultan\u00e9ment toujours en retard (premi\u00e8re faiblesse) et en prise contemporaine avec le capitalisme au point de lui servir de tremplin pour ses transformations (deuxi\u00e8me faiblesse) ? Quelle place est par ailleurs donn\u00e9e aux compromis qui sont fait avec la critique lors des changements organisationnels ? Ne peut-on pas aussi concevoir que la critique peut peser sur la trajectoire finalement retenue m\u00eame si celle-ci n\u2019a pas encore bien cat\u00e9goris\u00e9 les configurations id\u00e9ologiques contre lesquelles elle essaye de se d\u00e9fendre ? Troisi\u00e8me remarque enfin, au niveau empirique, les auteurs ignorent les exemples o\u00f9 la critique n\u2019est pas seulement en retard sur les \u00e9volutions du capitalisme. Elle peut temporairement, marquer un coup d\u2019arr\u00eat au capitalisme et subvertit le processus d\u2019accumulation du capital. Une dimension de mai soixante-huit trop rapidement mise \u00e0 l\u2019index dans l\u2019ouvrage qui aurait demand\u00e9 une discussion plus large. Elle peut \u00e9galement tenter d&rsquo;anticiper sur les \u00e9volutions du capitalisme. S\u2019agissant de trouver des candidats \u00e0 l\u2019\u00e9criture de dystopie, le dix-neuvi\u00e8me et le vingti\u00e8me si\u00e8cle en regorge ; \u00e0 commencer par K. Marx lui-m\u00eame. Sa loi sur la baisse tendancielle du taux de profit, qui, rappelons-le sommairement, pr\u00e9tendait d\u00e9montrer que le capitalisme ne pouvait survivre sans g\u00e9n\u00e9rer des crises de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re en raison du remplacement de la main d\u2019\u0153uvre \u2013 pourtant seule cr\u00e9atrice de plus-value \u2013 par les innovations technologiques, n\u2019\u00e9tait-elle pas d\u2019abord une tentative de pr\u00e9vision \u00e0 port\u00e9e critique sur les \u00e9volutions d\u2019un syst\u00e8me incapable de se maintenir sans engendrer des d\u00e9sastres sociaux et \u00e9conomiques ? [9]. On trouvera d\u2019ailleurs chez l\u2019\u00e9crivain J. London une vulgarisation de cette th\u00e8se proph\u00e9tique dans son roman <em>Le talon de fer<\/em> dans lequel il tentera d\u2019imaginer les conditions pratiques de la r\u00e9volution socialiste [10]. Que penser par ailleurs d\u2019un autre roman, beaucoup plus c\u00e9l\u00e8bre de G. Orwell, <em>1984<\/em>, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 certains sociologues du travail tentent d\u2019analyser comment, dans une perspective foucaldienne, \u00ab l\u2019id\u00e9ologie de la transparence \u00bb est un moyen de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019obsession de la surveillance des salari\u00e9s [11] ? Les anticipations \u00e0 port\u00e9e critique peuvent aussi \u00eatre utilis\u00e9es par des mouvements politiques. L\u2019exemple paroxystique en est le parti pour la d\u00e9croissance qui a opt\u00e9 pour justification principale \u00e0 son vaste programme politique le fait qu\u2019une catastrophe humanitaire majeure se produirait si le capitalisme et son mod\u00e8le de production-consommation effr\u00e9n\u00e9e venait \u00e0 s\u2019\u00e9tendre \u00e0 l\u2019ensemble des pays du globe [12].<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6>Une nouvelle th\u00e9orie de l\u2019exploitation qui ignore son fondement<\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La derni\u00e8re critique que nous aimerions proposer s\u2019adresse \u00e0 la th\u00e9orie de l\u2019exploitation connexionniste que les deux auteurs ont explicitement souhait\u00e9 construire \u00e0 partir du sch\u00e9ma marxiste. Il ne s\u2019agira pas ici de d\u00e9fendre la sup\u00e9riorit\u00e9 de la th\u00e9orie de K. Marx sur celle de L. Boltanski et \u00c8. Chiapello : nous savons aujourd\u2019hui que la th\u00e9orie de l\u2019exploitation de la force de travail a elle aussi ses limites, notamment parce que sa valeur n\u2019est, en d\u00e9finitive, aucunement d\u00e9termin\u00e9e dans le <em>Capital<\/em> [13]. Nous voudrions en revanche montrer que les deux sociologues ont m\u00e9sinterpr\u00e9t\u00e9 la th\u00e9orie de K. Marx au point de d\u00e9fendre une conception de l\u2019exploitation connexionniste qui n\u2019en est plus r\u00e9ellement une, mais tout bonnement ce qu\u2019on pourrait interpr\u00e9ter comme \u00e9tant du vol (bien qu\u2019il se garde d\u2019employer ce terme). En effet, nous avons vu que, pour ces deux auteurs, l\u2019exploitation \u00ab concerne la r\u00e9mun\u00e9ration des contributions \u00e0 la formation du profit. De ce fait : <em>\u00ab D\u00e9noncer l\u2019exploitation signifie que certaines contributions n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es au niveau de leur apport \u00bb<\/em> (p. 490). L\u2019exploitation existe lorsque certains ne sont pas r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s justement. Quelque chose leur est due qui leur a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9, ce qui est peu ou prou assimilable \u00e0 un vol. Pour K. Marx au contraire, l\u2019exploitation n\u2019est pas du vol, elle ne r\u00e9side pas sp\u00e9cifiquement dans le fait que le salari\u00e9 n\u2019est pas r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 justement : elle est avant tout un <em>processus<\/em> qui permet d\u2019abord d\u2019obtenir des gains pr\u00e9alablement \u00e0 leurs redistributions entre la classe dominante et la classe domin\u00e9e. Elle suppose le caract\u00e8re du sujet juridique du salari\u00e9 qui stipule, comme on sait, que ce dernier doit vendre sa force de travail (et non sa personne ou le produit de son travail), c\u2019est-\u00e0-dire ses capacit\u00e9s (ou potentialit\u00e9s) physiques et intellectuelles, dans un lieu et un temps d\u00e9termin\u00e9s qui est celui du travail. Or, comme cette marchandise particuli\u00e8re dont la propri\u00e9t\u00e9 est de produire du travail repr\u00e9sente une valeur inf\u00e9rieure \u00e0 r\u00e9tribuer pour le capitaliste que celle qu\u2019elle lui a rapport\u00e9, il peut en extraire une \u00ab survaleur \u00bb ou \u00ab plus-value \u00bb qui feront ses futurs profits, laissant ainsi appara\u00eetre qu\u2019il y a eu exploitation [14].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, K. Marx d\u00e9sire montrer avec cette th\u00e9orie comment les capitalistes parviennent \u00e0 s\u2019enrichir en profitant de leurs travailleurs, mais cet enrichissement, qui n\u2019est jamais seulement personnel, arrive, d\u2019une part, parce que ces travailleurs sont soumis au r\u00e9gime juridique du salariat (ils doivent vendre leur force de travail) et, d\u2019autre part, parce que les capitalistes sont \u00ab oblig\u00e9s \u00bb de retirer sur eux une plus-value sans laquelle le syst\u00e8me capitaliste s\u2019effondrerait, puisque les auteurs le disent eux-m\u00eames comme K. Marx : celui-ci fonctionne comme un processus sans fin et insatiable de production d\u2019argent. Ceci signifie que m\u00eame si les salari\u00e9s parviennent \u00e0 obtenir de meilleurs salaires, ils ne devraient logiquement jamais obtenir la juste valeur de leur contribution, auquel cas la plus-value dispara\u00eetrait et le capitalisme avec elle. Il y donc, pour K. Marx, toujours exploitation, quoi qu\u2019on y fasse, d\u00e8s lors que nous vivons dans une soci\u00e9t\u00e9 capitaliste. R\u00e9duire l\u2019exploitation \u00e0 un vol des gains de productivit\u00e9 des puissants sur la valeur qu\u2019ont produit les salari\u00e9s, c\u2019est confondre chez le penseur du Capital le fondement m\u00eame du capitalisme avec l\u2019absence d\u2019un dispositif moral vou\u00e9 \u00e0 r\u00e9\u00e9quilibrer la r\u00e9partition de la plus-value de mani\u00e8re (plus) \u00e9galitaire. Ceci \u00e9tant admis, le mode d\u2019organisation rhizomatique est peut \u00eatre parvenu \u00e0 trouver un moyen plus efficace d\u2019exploiter les salari\u00e9s (ce qui resterait encore \u00e0 prouver) en ayant suivi les \u00e9volutions de la pens\u00e9e manag\u00e9riale et profit\u00e9 des progr\u00e8s technologiques des transports et des moyens de communication.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 ces quelques reproches, L. Boltanski et \u00c8. Chiappelo offrent une masse argumentative cons\u00e9quente (notamment \u00e0 la seconde partie de l\u2019ouvrage sur l\u2019ensemble des changements op\u00e9r\u00e9s dans le monde du travail) qui, \u00e0 la suite de P. Bourdieu et de beaucoup d\u2019autres, proc\u00e8dent \u00e0 un formidable d\u00e9voilement de la violence symbolique contenue dans les structures, qui dissimule des rapports de dominations arbitraires et (plus ou moins) invisibles. L\u2019ouvrage est \u00e0 conseiller \u00e0 tous ceux qui souhaiteraient analyser et r\u00e9sister aux sir\u00e8nes de la modernit\u00e9 et aux appels r\u00e9it\u00e9r\u00e9s \u00e0 la soumission au capitalisme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Cl\u00e9o Armand<\/h6>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[1] K. Marx l\u2019expliquait d\u00e9j\u00e0 dans son Capital (version allemande). La nature du capital serait celle d\u2019un \u00ab sujet automate \u00bb, c\u2019est \u00e0 dire ici d\u2019un proc\u00e9d\u00e9 d\u2019auto-accroissement incessant qui n\u2019aurait, au fond, de sens que pour lui-m\u00eame et non, comme le dirait le courant marxiste h\u00e9t\u00e9rodoxe aujourd\u2019hui, pour r\u00e9pondre v\u00e9ritablement \u00e0 la satisfaction des besoins mat\u00e9riels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[2] Pr\u00e9cisons simplement que pour le sociologue H.L. Wilensky, l\u2019\u00e9mergence de l\u2019\u00c9tat-Providence dans de nombreux pays europ\u00e9ens entre 1940 et 1960 n\u2019est pas que du seul fait d\u2019une prise de conscience critique. Elle impliquait l\u2019atteinte d\u2019un niveau de richesse accumul\u00e9e suffisant pour entreprendre des r\u00e9formes de protection sociale r\u00e9pondant aux attentes de s\u00e9curit\u00e9 en cette p\u00e9riode. Cf. Wilensky H.L., <em>The Welfare State and equality : structural and id\u00e9ological roots of public expenditure<\/em>, \u00c9d. University of California press, 1972.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[3] Il ne faudrait pas en conclure que la critique serait alors le seul moteur de transformation du capitalisme. L. Boltanksi et \u00c8. Chiapello nous avertissent que si elle peut jouer un r\u00f4le majeur elle en est loin d\u2019\u00eatre la seule : <em>\u00ab La pression constante de la concurrence, l\u2019observation angoiss\u00e9e des mouvements strat\u00e9giques qui s\u2019op\u00e8rent sur leurs march\u00e9s sont un aiguillon puissant \u00e0 la recherche incessante par les responsables d\u2019entreprises de nouvelles fa\u00e7ons de faire \u00bb<\/em> (p.95).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[4] Selon Louis Chauvel, le probl\u00e8me serait d\u2019une nature plus complexe : cette s\u00e9lectivit\u00e9 \u00e0 l\u2019embauche ne serait pas li\u00e9e \u00e0 un trop grand nombre de dipl\u00f4m\u00e9s \u2013 que l\u2019on invoque souvent -, mais par le manque d\u2019ad\u00e9quation entre l\u2019augmentation du niveau d\u2019\u00e9tude et la qualit\u00e9 des emplois propos\u00e9s. Cf. Chauvel L., <em>Le destin des g\u00e9n\u00e9rations, Structure sociale et cohortes en France au xxe si\u00e8cle<\/em>, \u00c9d. Puf, 2010.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[5] Il est pr\u00e9cis\u00e9ment indiqu\u00e9 dans le texte que <em>\u00ab les immobiles sont exploit\u00e9s [&#8230;] au sens o\u00f9 le r\u00f4le qu\u2019ils jouent en tant que facteurs de production n\u2019est pas reconnu comme il le m\u00e9riterait et o\u00f9 leur contribution \u00e0 la formation de la valeur ajout\u00e9e n\u2019est pas r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e au niveau o\u00f9 elle devrait l\u2019\u00eatre pour que le partage puisse \u00eatre dit \u00e9quitable. \u00bb<\/em> (p. 494). Il est surprenant de ce point de vue que les deux auteurs aient souhait\u00e9 b\u00e2tir une th\u00e9orie de l\u2019exploitation suivant le sch\u00e9ma marxiste alors qu\u2019ils font ici implicitement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la th\u00e9orie n\u00e9o-classique avec ses \u00ab facteurs de production \u00bb (le travail et le capital) qui apportent chacun une \u00ab contribution \u00bb \u00e0 la valeur ajout\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[6] Les deux sociologues mentionneront pourtant qu\u2019\u00e0 une seule occasion\u00a0en d\u00e9but d\u2019ouvrage avoir voulu construire une authentique <em>\u00ab dialectique du capitalisme et de ses critiques \u00bb<\/em> (p.92)<\/p>\n<p>[7] Dejours C., <em>Travail, usure mentale. De la psychopathologie \u00e0 la psychodynamique du travail<\/em>, \u00c9d Bayard, 2000, p.217.<\/p>\n<p>[8] Boussard V., <em>Sociologie de la gestion<\/em>, \u00c9d. Belin, 2008, pp. 225-234.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[9] Cette critique est en partie reprise aujourd\u2019hui par deux des fondateurs de \u00ab la nouvelle critique de la valeur \u00bb, mouvement de r\u00e9flexion philosophique allemand (wertkritik). Voir Jappe A., <em>Cr\u00e9dit \u00e0 mort<\/em>, \u00c9d. Lignes, 2011 et Kurz R., <em>Vie et mort du capitalisme<\/em>, \u00c9d. Lignes, 2011.<\/p>\n<p>[10] London J., <em>Le talon de fer<\/em>, \u00c9d. 10\/18, 1973.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[11] Bessire D., \u00ab Aux racines des discours dominants sur la transparence \u00bb, <em>Actes des 10e journ\u00e9es d\u2019histoire de la comptabilit\u00e9 et du management<\/em>, 25 et 26 mars 2004.<\/p>\n<p>[12] Harribey J.M., \u00ab Les th\u00e9ories de la d\u00e9croissance : enjeux et limites \u00bb, <em>Cahiers fran\u00e7ais, D\u00e9veloppement et environnement, no 337<\/em>, mars-avril 2007, p. 20-26.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[13] C\u2019est effectivement sous couvert d\u2019une rh\u00e9torique subtile que Marx pr\u00e9tend d\u00e9terminer la valeur de la force de travail, comme celle des autres marchandises par le temps n\u00e9cessaire \u00e0 sa production, c\u2019est-\u00e0-dire aux co\u00fbts des moyens de subsistance n\u00e9cessaire \u00e0 son entretien qui n\u2019est autre que son salaire. Sans rentrer dans les d\u00e9tails, pr\u00e9cisons que Marx n\u00e9glige par hypoth\u00e8se la transformation du salaire en force de travail, c\u2019est-\u00e0-dire la consommation. Il manque dans son argumentation une v\u00e9ritable analyse des conditions de la \u00ab production \u00bb de la force de travail dont on pourrait l\u00e9gitimement se demander si le salaire ne peut \u00eatre d\u00e9pens\u00e9 par le travailleur que dans le but de l\u2019entretenir (et pas simplement pour vivre) ou si cet entretien ne se fait que par le salaire et non \u00e9galement par le travail domestique qui \u00e9tait tr\u00e8s r\u00e9pandu \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la r\u00e9daction du <em>Capital<\/em>. Cf. Lautier B., Tordjada R.., <em>\u00c9cole, force de travail et salariat<\/em>, \u00c9d. Maspero, 1978.<\/p>\n<p>[14] Marx K., <em>Le Capital <\/em>livre I, \u00c9d. Champs Flammarion, (1865) 1985. pp.130-138.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9laborer une argumentation qui soit \u00e0 la fois rigoureuse et porteuse d\u2019une pr\u00e9tention explicative \u00e0 une large frange des conditions d\u2019existences des individus n\u2019est pas chose ais\u00e9e en sociologie. 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